ENDOCARDITE CHRONIQUE
L'étiologie de l'endocardite chronique ne présente rien de caractéristique à sig-naler. Gomme la plupart du temps elle succède à l'état aig-u , les causes qui la produisent sont donc du même ordre. Toutefois, disons que l'endocardite peut se montrer d'emblée à l'état chronique. 11 aurait été intéressant de rechercher dans ce cas les influences qui président à son apparition ; mais sur ce point la science est muette. Disons seulement que l'antag'onisme qui existerait, d'après l'école de Vienne, entre l'endocardite chronique et certaines maladies, comme la tuberculose, le cancer, le typhus^ n'existe pas. Ainsi Virchow cite un cas où la tuberculisation pulmonaire et intestinale s'accompag-nait d'une inflammation chronique des valvules. Friedreich a vu, de même, un cas analogue.
Du reste, en jetant un coup d'œil sur le tableau suivant, on pourra voir que les pathologistes de Vienne s'étaient beaucoup trop avancés en signalant cet antagonisme. Peut-être n'échappe-t-il pas à toute critique, en ce que Friedreich Gûnsburg a noté toutes les altérations valvulaires qu'il a rencontrées dans la tuberculose, le cancer, le typhus, sans rapporter à l'endocardite ce qui lui revient en propre ; mais du moins ce tableau aura le mérite d'appeler notre attention sur quelques points encore peu connus.
TitberculosB.
Sur 70 cas d'allération du bord libre de la valvule mitrale 15 fois cette altération était survenue dans le cours de la tuberculose.
~ — de toute la valvule . 23
~ 20 — simultanée des deux valvules mitrale et tricuspide .... 11 —
Il est à remarquer que l'altération valvulaire artérielle est très-rare dans la tuberculose.
Cancer.
Sur 70 cas d'altération du bord libre de la valvule mitrale 14
— 128 — de toute la valvule 12 —
— 20 — de la valvule tricuspide 3 -
— '^0 — de la valvule aortiqu" 3 —
Typhus.
Sur 70 cas d'altération du bord libre de la valvule- mitrale 2
— 128 — de toulp la valvule 7 —
— 20 — de la tricuspide 1 -
Quant à l'âg-e des sujets, il est vrai que les lésions consécutives à l'inflammation aig^uë, telles que les dépôts cartilagineux ; les dépôts calcaires, se rencontrent plus fréquemment dans un âg"e avancé, dans la vieillesse; il n'en est pas moins vrai qu'on peut les rencontrer dans l'âg-e adulte ; aussi le D' Joy (1) a constaté que le dépôt calcaire existait entre seize et trente ans dans le quart à peu près des cas.
Notre ami le D"" Goug-uenheim a lu, l'année dernière^ à la Société médicale d'observation une observation où ^es dépôts calcaires, ces crétifîcations existaient chez une jeune femme d'une ving-taine d'années.
Le D'" Joy a eu l'occasion de les rencontrer chez un enfant de 10 ans, et même chez un enfant à peine âg-é de 10 mois.
Une particularité d'un tout autre ordre à sig-naler,
(I) lAbrary ofmedicine, t. III.
r'est que parfois dans l'endocardite chronique les concrétions ossiformes donnent lieu à un développement de l'état aig-u, et cela en dehors de toute phleg-niasie pulmonaire ou autre. La connaissance de ce fait est surtout d'une g-rande importance pour le diag-nostic et le pronostic.
A côté de l'endocardite chronique nous avons cru devoir placer l'endocardite alcoolique et l'endocardite syphilitique, parce que nous ne trouvons rien dans leur marche qui rappelle l'état aig'U. Peut-être aurait-il mieux valu les placer à la suite de l'endocardite puerpérale, leur orig-ine résidant^, d'après certains patholog-istes, dans une altération du sang*, mais nous avons pensé que leur pathog'énie était encore trop peu connue pour motiver une telle préférence.