‹ Des endocarditesChapitre 3 sur 33 · IS · texte numérisé non relu

IS

menlionnées les ossifications des valvules. Gorvisartles avait sig-nalées depuis longtemps. Cet auteur avait même conslaLé la rougeur de la surface interne du cœur, mais il avoue qu'il n'a pu se rendre un compte satisfaisant de sa nature et de sa cause (p. 36).

En 1819, parut la première édition de l'ouvrag-e de Laënnec (1). Dans cette édition, il n'est nullement question de l'inflammation de la membrane interne du cœur; il traite seidement de la cardite interne, des polypes du cœur, des végétations valvulaires, et des concrétions osseuses, cartilag'ineuses des valvules; mais, en aucun endroit, il ne rapporte ces lésions à l'inflammation de la membrane interne, comme il cherchera à le faire plus tard dans une autre édition.

Ainsi (p. 304}, à l'article cardite^ il parle des abcès du cœur par suite d'inflammation du tissu propre do ce viscère, signale même les ulcérations de la surface interne, les ruptures du cœur qui en sont la conséquence, les ruptures des tendons des colonnes charnues ; mais il ne regarde pas ces altérations comme le fait de l'inflammation.

Il en est de même^ à la page 309 (article de l'endurcissement cartilagineux et osseux des valvules); p. 330 et 354 (article des polypes du cœur et des végétations); à ce propos même il réfute l'opinion de Kreizig qui les considère, dit-il, comme le résultat de l'inflammation interne du cœur.

Dans une autre édition (2), nous trouvons un chapitre intitulé : de l'inflammation de la membrane interne du cœur ; mais, à cette époque, il connaissait l'ouvrage de MM. Bertin et Bouiflaud, paru en 1824. Car il réfute l'o-

(1) De l'auscultation médiate, 1819, 11' vol. (•2) V« n.lil., t. m, p. 301.

pinion de ces auteurs, en disant qu'il considère celle inflammation comme une affection beaucoup plus rare que quelques auteurs veulent bien le dire.

En 1821, Henri Rœder (1) parle, dans son ouvrag-e, principalement delà péricardite. A propos delà surface mterne du cœur, il ajoute : « La membrane qui double les cavités du cœur est souvent très-roug-e et enflammée, et la même apparence est quelquefois observée le longde la membrane interne de l'artère et des veines, même à une distance considérable. Aces lésions, quand la maladie a duré longiemps, s'ajoute habituellement l'hypertrophie du cœur. Les cavités sont quelquefois plus g-randes qu'à l'état naturel, mais les parois sont considérablement aug'mentées de volume».

Nous ne mentionnons ici ni Scudamore^ ni David Dundas, ni Mathey de Genève, parce que ces auteurs n'ont eu en vue que la péricardite.

Quant à l'ouvrag'e de James Johnson (2), nous n'avons pu nous le procurer et vérifier par conséquent ce qu'il dit sur le sujet qui nous occupe. D'après M. le professeur Béhier, Johnson aurait fait une histoire assez complète de la maladie désig'née depuis sous le nom d'endocardite par M. Bouillaud.

En 1824, llard ^3), dans sa thèse sur le rhumatisme du cœur, ne fait nulle mention de l'endocardite; il va même plus loin, en disant que la fibre musculaire seule est malade, les autres tissus ne le sont pas ou le sont seulement par contig-uïté.

Simonet (4), dans la cinquième observation de sa thèse,

( I ) Traité pratique des maladies inflammatoires, organiques et sympathiques du cœur; Londres,

(î2) Practicalresearcheon the pathology . treatmens andprevention of rheumnlism; traduit en 1820 par Guilbert.

3} Thèse do. Paris. 1824, n. 73(i.

Tlièsp dp Paris. 1824

sig-nale les lésions qu'il a constatées sur la membrane interne et sur le péricarde, sans appeler pour cela l'attention des observateurs.

La même année, 1824, MM. Bertin etBouillaud publient leur ouvrag-e sur les maladies du cœur et des vaisseaux. Ces auteurs parlent de l'inflammation de l'aorte, de la membrane interne du cœur et de l'artère pulmonaire. L'inflammation de la membrane interne du cœur est sig-nalée comme se rencontrant dans les fièvres g-raves; on ne trouve pas encore le mot endocardite ; les auteurs ne sig-nalent pas non plus le rhumatisme comme étant la cause de cette inflammation. Les dépôts cartilag"ineux et osseux sont considérés comme le résultat de cette inflammation.

Deux ans après, 1826, M. le professeur Andral publie la première édition de sa Clinique, oi!i il parle de la cardi te interne. Nous renvoyons le lecteur aux ouvrag-es de ces deux professeurs pour qu'il puisse j ug-er , mieux que nous ne pourrions le faire assurément, le différend qui s'est élevé entre eux au sujet de l'endocardite. Toutefois ajoutons que M. Andral (1) reconnaît que c'est à M. Bouillaud que l'on doit d'avoir appelé l'attention d'une manière toute particulière sin^ cette phleg-masie, à laquelle il a donne le nom d'endocardite. Il ne doute pas que cette inflammation, long-temps inconnue ou à peine aperçue, ne soit beaucoup plus commune qu'on ne l'avaitpensé, et qu'elle n'exerce réellement une très-g-rande mfluence sur la production d'un certain nombre d'affections org-aniques du cœur.

A partir de 1824, M. Bouillaud ne manqua pas d'appeler l'attention sur les faits qu'il constatait tous

(l)Laënnec, Auscultation médiate, annolë par M. Andral 4« édil

les jours. Peut-être les hommes de cette époque se rappellent- ils encore les luttes que M. Bouillaud eut à soutenir de toutes parts. Quoi qu'il en soit, en 1835, parut la première édition de son traité des maladies du cœur, édition dans laquelle nous trouvons Fendocardite décrite ex professa; description à laquelle, il faut bien le dire, on a peu ajouté depuis.

Si avant d'aller plus loin, nous jetons un coup d'œil sur tous les travaux que nous venons de rapporter, que voyons-nous? Des observateurs qui, sans doute, ont vu les altérations anatomiques spéciales à l'endocardite ; qui ont pu rapporter ces altérations à l'inflammation de la surface interne du cœur; qui ont pu supçonner la coïncidence existant entre cette afîection et le rhumatisme, ce qui, du reste, ne nous paraît nullement démontré pour l'endocarde ; mais, nous le demandons, ces observateurs ont-ils eu le mérite d'avoir fixé l'attention des médecins au point de dire à toute une g-énération : toutes les fois que vous vous trouverez en présence d'un sujet atteint d'un rhumatisme, auscultez-le, et vous reconnaîtrez les signies indiquant une lésion de l'endocarde. Quant à nous, nous ne croyons véritablement pas, nous le disons en toute conscience, sans parti pris, que l'on puisse leur rapporter cet honneur. Est-ce que, dans toute science, en médecine surtout, on ne trouve jamais quelques passag-es où tel auteur a parlé du sujet en htig*e? Est-ce que nous ne trouvons pas dans les anciens auteurs quelques indications se rapportant à l'auscultation, et celles-ci vag-ues et incertaines suffisent-elles pour ôter à Laënnec toute la g-loire de son immortelle découverte? Evidemment non; aussi, nous le répétons, tous ces passag-es que nous venons de sig-naler méritent assurément d'être cités; ils prouvent le travail de leurs] auteurs ; mais

nous croyons qu'ils seraient restés long-temps obscurs et ig-norés, peut-être même à jamais stériles, si un homme n'avait eu l'idée de rattacher aux lésions anatomiques les phénomènes qu'il constatait pendant la vie, s'il n'avait démontré que ces altérations de structure résultaient de l'inflammation et pouvaient avoir par la suite une gTande influence sur la santé; si^ en un mot, il n'avait pas rattaché, d'une manière plus intime, ces lésions à l'affection rhumatismale. Pour toutes ces raisons on ne peut enlever à M. Bouillaud l'honneur de la découverte.

Nous serons bref sur ce qui nous reste à dire. Au point de vue de l'historique, nous n'avons pas la prétention de faire un historique complet de la question, et de sig-naler les auteurs qui, après M. Bouillaud, ontécrit sur l'endocardite. Qu'il nous suffise seulement de signaler: en France, les travaux de Laënnec, Andral, Pig-eaux, Aran, Beau, Forg-et, Gendrin, Lebert, et de nos auteurs classiques MM. les professeurs Béhier, Grisolle, Trousseau, Monneret ; en Allemag-ne, principalement ceux de Fôrster, Friedreich, Bamberg-er, Virchow, et en Ang-leterre, ceux de Walsh et de West.

Dans le courant de notre étude, nous citerons les autres auteurs qui auront sig-nalé quelque particularité intéressante, soit sur l'endocardite en g-énéral, soit sur les endocardites en particulier.

Page 1