TROUBLES GÉNÉRAUX
Les accidents de ce premier gToupe amènent dans les viscères et à la périphérie des lésions qu'il est important de bien définir, car leur interprétation a donné lieu à des théories différentes.
Ces lésions, rencontrées dans Jes org-anes; sont des embolies, des infarctus hémorrhagiques , des foyers purulents.
Les embolies se remarquent plus rarement que ces deux derniers. D'après Friedreich elles sont plutôt le résultat de l'endocardite chronique que de l'état aig'u. Elles sont produites par le détacj.iement el le transport lointain, soit d'une des vég'étations qui croissent sur les valvules, soit des masses fibrineuses qui les entourent. Ces dépôts doivent avoir un certain volume pour arrêter la circulation dans des vaisseaux assez largues. Alors surviennent toutes les conséquences de l'embolie. Les artères cérébrales peuvent être obstruées ; d'oià foyers hémorrhagnques , anémie partielle , mortification subséquente de la portion anémiée du cerveau, ramollissement. On a même observé la g-ang-rèiie spontanée des orteils à la suite d'une embohedans les artères des membres inférieurs (Niemeyer) (1). Les arrêts de la circulation peuvent encore être produits par des g^ros frag-ments de valvules arrachés par le courant sang-uin (Fôrster).
Si les fragments transportés sont d'un moindre volume, si ce sont de petites masses fibrineuses, trèsminces, elles pénètrent plus avant dans la circulation,
(1) Eléments de pathologie interne, trad. par Gulmann et Ch. Seneel t. I, I860. * '
et on les rencontre alors dans les reins, la rate, où elles peuvent donner lieu à des infarctus.
Mais une distinction importante doit être élablie ici, distinction que Senhouse Kirkes (1) un des premiers a posée et que plusieurs observateurs -ont depuis confirmée, parmi lesquels il suffit de citer MM. Virchow, Charcot et Vulpian, Lancereaux, Fôrster.
Les accidents produits par le transport des matières enlevées à l'endocarde sont de deux ordres : les uns, que nous venons de décrire sous le nom d'embolies, sont des obstacles purement mécaniques à la circulation du sang- ; les autres paraissent résulter de l'introduction dans le sang* de matières infectieuses. Ils se manifestent par des infarctus hémorrhagiques et des abcès. Ces lésions périphériques se rencontrent dans un g-rand nombre d'org-anes : le cœur, le cerveau, la g-lande thyroïde, les reins, la rate, le foie, le tissu cellulaire, les muscles, la muqueuse intestinale, et même, quoique beaucoup plus rarement, le poumon. Ce n'est pas la fibrine qui peut produire ces altérations, ainsi que le pensait Senhouse Kirkes. Des observations déjà nombreuses, et bien étudiées; ont montré que les matières ainsi transportées, étaient les détritus valvulaires entraînés par le courant sang-uin. On a retrouvé ces éléments dég'énérés des valvules dans les infarctus et les foyers puriformes des org-anes.
Gomment se forment ces dépôts lointains ?
Écoutons ce que dit Virchow à ce sujet : « Des particules de la surface valvulaire sont détachées par ce courant sang-uin, et parviennent avec lui dans un point plus ou moins éloig^né. La petitesse, et le deg-ré de ramoUissement de ces frag-ments favorisent beaucoup la
(-1) Edinb. médical and surgical journal, t. X\ III, 1853.
pénétration dans les plus petits vaisseaux. Cette masse est finement granulée; elle possède une propriété chimique très-importante pour en permettre l'étude : elle résiste fort bien aux réactifs ordinaires. C'est Vembolie capillaire, une des formes les plus importantes de la métastase. »
Ces parcelles gTanuleuses, ainsi transportées, déterminent, comme je l'ai déjà dit/ des infarctus et des foyers.
Les infarctus résultent de l'obturation d'un petit rameau artériel; de là un foyer conique dont la pointe est en dedans, et la base reg^arde la périphérie de l'org-ane. Roug^e- noirâtre au début, il devient bientôt jaune, puis se ramollit, et forme une bouillie caséeuse.
L'examen de ces infarctus, de ces foyers puriformes, a été fait avec beaucoup de soin par plusieurs observateurs. Virchovs^ est le premier qui soupçonna et qui démontra l'identité de ces produits métastatiques avec ceux de la valvule ramollie.
Voici l'observation dans laquelle il établit ce fait. Il donne en même temps un moyen de reconnaître ces débris valvulaires.
En effet, les réactifs n'y produisent aucun chang-ement, tandis que les caillots fibrineux sont rendus transparents par la potasse, et se dissolvent.