‹ Des endothéliomes calcifiés de la peauChapitre 3 sur 8 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Observations

Technique et colorations. — La méthode ojue nous avons employée pour étudier nos tumeurs peut se résumer ainsi :

1° Fixation des pièces à l’alcool.

2° Décalcification préalable par l’acide picrique : (ce liquide du reste peut servir de fixateur). Un séjour de trois mois en moyenne est nécessaire pour avoir de bonnes coupes. Les acides forts: (nitrique, sulfurique et chlorhydrique) employés avec succès pour l’étude du tissu osseux, ne conviendraient pas ici, et enlèveraient aux coupes leur physionomie si spéciale, en chassant une partie des sels (carbonates).

3° Coupes au microtome de Reichert, après inclusion dans un des milieux suivants:

a) Gomme et alcool ;

b) Collodion ;

c ) Paraffine.

Si cette dernière permet de faire des coupes d’une finesse extrême, le collodion, par contre, respecte mieux les rapports de la trame et des cellules ; considération importante, quand il s’agit de l’étude des tumeurs et de leur interprétation pathogénique.

4° Colorations :

a ) Hématéine-Eosine ;

b ) Hématéine-Picrocarmin ;

c) Carmin aluné (séjour de 24 heures) ;

d ) Picrocarmin.

L’hématéine, précieusè pour déceler les noyaux, a l’inconvénient de se déposer parfois en plaquettes au niveau des niasses calcifiées, colorées en rose par l’éosine et d’obscurcir la coupe : par contre, le carmin aluné, même après une durée de vingt-quatre heures, a peu d’affinité pour ces tumeurs, qu’il colore en rose lilas très pâle; aussi est-on obligé de le renforcer par le picrocarmin. C’est ce dernier réactif, sans contredit, qui convient le mieux; trame et noyaux se détachent d’une façon parfaitement nette sur les éléments calcifiés, qui apparaissent colorés en jaune verdâtre, un peu à la manière des globules sanguins.

Pour éviter toute rédite fastidieuse dans notre exposé, nous prendrons deux types d’épithéliome calcifié, l’un à trame fibreuse, l’autre à trame osseuse que nous décrirons avec détails : viendront ensuite les observations très résumées des autres cas ; enfin, nous reproduirons l’histoire de deux tumeurs à récidives, opérées l’une par J. Reverdin, l’autre, par A. Malherbe.

Observation ï

Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(1901. - No 45) (1).

Cette tumeur a été enlevée par M. Rivet, chirurgien des hôpitaux, chez une jeune fille de vingt ans, située à la région massetérine, ronde, d’un volume d’une grosse noix, mobile sous les téguments sains; elle était parfaitement encapsulée et s’est énucléée très facilement lors de l’opération. Le début de l’affection remonterait à six mois environ.

A la coupe, elle crie sous le scalpel, et apparaît formée de deux substances : furie grise, d’aspect crétacé, l’autre blanchâtre, formant capsule, et sillonnant la première de petits tractus blancs.

Traitée par la méthode et les colorants indiqués plus haut, à un faible grossissement, nous apercevons dés îlots cellulaires, \ plus ou moins étendus, colorés en rose violet par l’éosine, en jaune par le picrocarmin, et enserrées dans des mailles de tissu conjonctif rose.

Un fort grossissement nous permettra d’étudier d’une façon analytique :

1° Masses cellulaires ;

2» Trame conjonctive avec les éléments y inclus ;

3° Les rapports entre ces deux parties de la tumeur.

1° Masses cellulaires. — Elles nous apparaissent formées d’éléments soudés les uns des autres, soit polygonaux par pression réciproque, s’ils sont vus de face, soit fusiformes,, si la

(1) Numéro de la collection du laboratoire d’histologie de l’Ecole de Médecine.

coupe passe suivant leur longueur, et qui mesurent environ de 15 à 20 u sur leur grand diamètre ; leur épaisseur serait de 6 à 8 y.

Le protoplasma, coloré en rose par l’éosine, en jaune par l’acide picrique du pricrocarmin, est semé de grains calcaires, formant des ponctuations, oit de très fines hachures ; quant au noyau, gros comme un globule sanguin , il apparaît sphérique, vésiculeux, clair, très réfringent, et n’est pas imprégné par les colorants nucléaires — ceci dit seulement pour les éléments complètement calcifiés. En effet, à la périphérie des îlots, nous trouvons des cellules à noyau parfaitement coloré à protoplasma normal : cellules qui, peu à peu, se calcifient dans les couches plus profondes : cependant que leur noyau se gonfle, prend de moins en moins le colorant pour arriver à l’état signalé plus haut : ainsi donc, comme dans toute dégénérescence cellulaire, le noyau est ïultimum meriens.

De plus, nous apercevons formant bordures des cellules à noyaux multiples, analogues aux myéloplaxes de Robin. Elles sont très variables , comme dimension , comme richesse en noyaux — chez les unes le protoplasma est normal ; chez les autres, il est en partie calcifié autour des noyaux : et il est possible de voir en certain-s points, ces myéloplaxes se fragmenter et donner naissance par ce processus, à des cellules calcifiées : quelques-unes enfin semblent former des cellules qui se gonflent et dégénèrent sans se calcifier.

Le centre des masses calcifiées peut se présenter sous deux aspects différents. Tantôt, il est occupé par des débris cellulaires, portions protoplasmiques granuleuses se colorant en rose par l’éosine et le picrocarmin; qui rappellent les zones dégénérées, que l’on peut trouver au sein de tout néoplasme : tantôt, il contient des éléments ayant l’apparence des globes épider-

iniques de l’épithéliome lobulé, ou mieux encore des amas cellulaires bien décrits par Cornil, Ranvier et Brault dans le sarcome angiolitliique (psammome de Wirchow) : ce sont des cellules minces, feuilletées, imbriquées les unes sur les autres, avec ou sans noyau. Parleur aspect, leurs réactions histochimiques, elles tranchent nettement sur le fond des préparations. En certains points de la tumeur, elles sont entourées par des groupes très nombreux de cellules géantes.

Trame. — Elle est formée de tissu conjonctif qui, dense et serré à la périphérie de la tumeur, et formant capsule, tend à devenir en certaines zones, myxomateux. Les fibres conjonctives ont toutes les réactions histochimiques classiques, de même les cellules qui en dépendent : sauf en certains points, où il nous a été possibfe de voir de véritables grains calcaires au sein même du protoplasma, leur noyau restant coloré. La calciose

atteint donc la trame elle-même.

Au sein même du tissu conjonctif divers éléments.

a ) Quelques granulations pigmentaires d’origine hématique

nombreuses surtout autour des vaisseaux.

b) Des vaisseaux que l’on trouve en quantité notable dans les zones myxomateuses principalement. Leur paroi est formée, pour la plupart d’entre eux, d’un simple endothélium, et nous ne trouvons aucun élément dans leur lumière.

c ) Des cellules calcifiées, isolées ou agminées, par quatre, cinq ou dix : elles ont la physionomie que nous leur avons décrites pour les masses cellulaires.

d) Des myêloplaxes , les unes sans altération protoplasmique, isolées au milieu des fibres conjonctives, les autres partiellement calcifiées : l’une d’elle est très voisine d’un vaisseau.

Nous n’avons trouvé nulle part de figures rappelant soit des nerfs, soit des vaisseaux lymphatiques, à parois caractéristiques.

Rapports de la trame et des masses cellulaires

Ils sont des plus simples. Le tissu conjonctif condensé à la périphérie ( capsule ) envoie des cloisons circonscrivant ainsi les masses cellulaires. Celles-ci sont tantôt accolées directement aux travées conjonctives, tantôt séparées par les cellules géantes.

Observation II

Tumeur calcifée à trame osseuse

(Pièce n° 204. — 1879)

Cette tumeur a été enlevée par MM. Berruyer et Ravazé, chez une jeune fille d’une vingtaine d’années.

Située à la partie supérieure du bras (près d’elle un néoplasme analogue beaucoup plus petit) ; elle était mobile sans connexion avec l’os sous-jacent, et avait évolué en plusieurs années.

L’opération fut très simple et la guérison complète.

Examen macroscopique . — Piriforme et un peu aplatie, la tumeur mesure 8 centimètres de long sur 6 à 7 dans sa plus grande largeur et 4 à 5 d’épaisseur. Sur la plus grande partie de sa surface, la substance calcaire est à nu ; en d’autres points, elle est recouverte d’une mince membrane doublée de tissu adipeux : ailleurs adhère une petite portion de tégument très aminci.

A la coupe, elle est très dure ; la calcification étant complète. L’aspect est différent suivant les points examinés : ici, elle rappelle un os court atteint de carie ou d’ostéite raréfiante ; là, un ostéophyte poreux comme ceux qui se développent autour

des séquestres de nécrose ; ailleurs, elle ressemble à un calcul

vésical phosphatique s’émiettant en fins grumeaux, friable.

Décalcification à l’acide picrique et coloration au picro-

carmin.

Les coupes comprennent:

aj La peau et le tissu conjonctif sous-cutané.

b) La tumeur avec ses parties constituantes.

1° Masses cellulaires.

> La trame ( ^ren*e ( osseuse

Nous étudierons successivement ces parties.

a. — Sous l’épiderme normal, le tissu cellulaire sous-cutané nous apparaît très dense avec ses fibres conjonctives et élastiques : l’élément fibrillaire domine ; il y a très peu de cellules : çà et là, des glandes sébacées normales, et des vésicules adipeuses.

En somme, aucun élément anormal.

b. — Au-dessous de ce premier plan, et se continuant insensiblement avec lui, des faisceaux conjonctifs très serrés, laminés, envoient, au sein même de la tumeur, des prolongements dessinant des alvéoles, circonscrivant les éléments calcifiés.

1° Les masses cellulaires sont semblables à celles que nous avons décrites dans l’observation précédente : même dimension, même réaction histochimique ; les unes à noyau incolore, les autres ayant encore une affinité pour le carmin, suivant le degré de vitalité cellulaire ; leur dissociation est facile, et il suffit d’écraser un petit fragment calcaire entre deux lames porte-objet pour obtenir des cellules isolées, typiques, ayant conservé, de par leur pétrification, leur forme et leur aspect si caractéristique.. On y trouve également des îlots cellulaires rappelant les globes épidermiques, tandis qu’à la périphérie, se groupent, mais assez rares, des cellules à noyaux multiples.

2° La tramé est à la fois fibreuse et osseuse : continue, sans ligne de démarcation nette, comme nous l’avons dit, avec le tissu cellulaire sous-cutané, elle est formée de tissu conjonctif

très condensé dans lequel l’action de l’acide acétique décèle la présence de très rares noyaux. Ce type de tissu conjonctif a été déjà bien indiqué par MM. Cornil et Ranvier ; il constitue les petites masses que ces auteurs appellent fibromes cornéens, dénomination adoptée par Rindfleish.

En certains points cependant, les cellules apparaissent plus nombreuses, dans les zones d’accroissement de la tumeur ; et là, nous trouvons, outre les cellules conjonctives, des traînées d’éléments calcifiés. Ajoutons, enfin, que, dans la tumeur qui nous occupe, les vaisseaux sont extrêmement rares.

A côté de ce tissu fibreux, apparaît de l’os vrai, concourant à former la trame. Disposé sans ordre dans la tumeur, le tissu osseux affecte la forme de travées irrégulièrement et élégamment découpées, circonscrivant les masses cellulaires : il contient tous les éléments nécessaires et suffisants pour le caractériser au point de vue histologique. En effet, au milieu d’une substance fondamentale, vaguement striée, nous trouvons des ostéoplastes typiques avec leurs cellules (ostéoblastes) à noyaux bien colorés, à prolongements parfaitement nets.

Les espaces médullaires et les canaux de Havers creusés dans le tissu osseux ainsi formé sont caractéristiques : vaisseaux sanguins nombreux soutenus par une trame réticulée très légère, et autour d’eux des cellules géantes, des vésicules adipeuses, des éléments lymphatiques ; nous trouvons tout cela dans nos préparations (Y. planche I, fig. II).

Le tissu osseux de la tumeur fait suite aux fibres conjonctives d’une façon directe, sans qu’on puisse remarquer au point de transition un nombre plus considérable de cellules, indice d’un retour à l’état embryonnaire ; or, nous savons que pour Ranvier, adoptant la théorie de J. Muller, l’os procède toujours du tissu embryonnaire, qu’il naisse du tissu fibreux ou cartila-

gineux. Ici, le cartilage manque, et la fibre conjonctive subsiste dans le tissu osseux, véritable fibre de Sharpey, telle qu’on la trouve dans l’os périostique, les systèmes intermédiaires de Havers, ou les os dits de membrane chez fœtus, toutes productions dérivant directement du tissu fibreux.

Quels sont les rapports de la trame et des masses cellulaires ?

Dans les points où la trame est osseuse, les éléments calcifiés sont tantôt au contact direct de l’os qu’ils pénètrent, nous avons même vu des masses cellulaires en pleine substance fondamentale, tantôt séparées par de la moelle riche en cellules géantes ; dans les zones à trame fibreuse, ils sont directement encerclés par faisceaux conjonctifs avec ou sans interposition de myéloplaxes.

Observation III Tumeur à trame osseuse.

(lre série. — N° 17).

Cette pièce à été communiquée par le Dr Laënnec, directeur de l’Ecole de Médecine de Nantes, alors que M. le Professeur Malherbe entreprenait ses premiers travaux sur l’épithéliome calcifié. La tumeur, enlevée chez un homme de 38 ans, aurait débuté 22 ans avant l’intervention, à la suite d’une piqûre de guêpe (?), au niveau de la deuxième dorsale ; elle aurait augmenté peu à peu, sans douleur; huit mois avant l’intervention, les téguments s’ulcèrent en plusieurs points.

Aspect macroscopique. — Tumeur ovoïde, bien limitée, longue de huit centimètres, large de sept, épaisse de trois. Consistance ferme au centre. Là, en effet, se trouve une production osseuse, qu’il faut fendre à la scie ; au sein même de cet os, de grands amas de graisse.

On porte le diagnostic d’ostéome sous-cutané, mais un examen histologique attentif nous révèle l’existence d’une tumeur calcifiée à trame osseuse.

Comme dans l’observation précédente, nous trouvons des travées d’os vrai avec canaux de Havers, espaces médullaires, vaisseaux sanguins, les divers éléments de la moelle et des masses calcifiées. De très nombreuses cellules géantes sont contenues dans les préparations ; elles sont en rapport direct avec les amas cellulaires.

Observation IV

Tumeur calcifiée à trame ossifiée.

(lre série. — Pièce n° 16).

Tumeur calcifiée enlevée par M. le Di Heurteaux sur l’avantbras d’un jeune homme de 18 ans. Les détails cliniques font défaut. Elle a le volume d’une noisette, la forme d’un ovale aplati ; sa surface est revêtue d’une membrane blanc jaunâtre, transparente, peu épaisse. A la coupe, elle a la consistance du tissu osseux avec quelques points plus friables.

L’examen microscopique nous montre :

a) Une membrane d’enveloppe, conjonctive, épaisse de 100 à 200 p.., envoyant des travées, qui, au centre, ont subi l’ossification.

bj Des éléments calcifiés en tout semblables à ceux des autres tumeurs.

c) Des travées osseuses avec moelle surtout adipeuse.

Nous n’avons vu dans cette tumeur aucune cellule géante, et les vaisseaux sanguins de la trame conjonctive sont très

rares.

Observation V

Tumeur calcifiée à trame osseuse.

(lre série. — N° 11).

Néoplasme sous-cutané, situé sous la peau du dos, enlevé par le Dr Herbelin, à une femme de 50 ans.

Du volume d’un petit haricot, elle ressemble à un os hérissé de rugosités. A la coupe, elle est extrêmement dure et paraît formée de deux substances : l’une blanche et lisse comme une tranche d’os, l’autre friable et légèrement jaunâtre.

Sur les coupes, au-dessous de la membrane d’enveloppe fibreuse, la trame apparaît totalement osseuse, et forme • des trabécules analogues à celles du tissu spongieux dans un os court. Entre ces trabécules se voient de grands amas de cellules calcifiées. La moelle est surtout adipeuse. Pas de cellules géantes, soit dans la trame, soit dans les masses cellulaires.

Observation VI

Tumeur calcifiée à trame ossifiée.

(lre série. — N° 13).

Le néoplasme était situé sous la peau du sourcil d’une femme de 44 ans. Vers l’âge de 7 ans, c’est-à-dire, 37 ans avant l’opération, cette femme avait fait une chute suivie de l’apparition d’une petite tumeur qui était restée stationnaire et indolente. Trois mois avant l’intervention, il se développa dans cette tumeur un peu d’inflammation et il survint un petit abcès. M. Heurteaux enleva la tumeur qui était formée d’une masse pierreuse contenue dans une enveloppe kystique à laquelle elle adhérait assez lâchement, sauf en quelques points. Le kyste, bien que très

voisin de l’os, était parfaitement mobile, et il n’y avait pas trace d’adhérences avec le squelette. Au microscope, la trame conjonctive de la tumeur se présente soit sous forme de tissu conjonctif fibreux, très peu riche en cellules, soit sous forme de tissu osseux, parfaitement caractérisé. L’os se trouve surtout dans les zones périphériques, à l’exclusion de la trame restée conjonctive pure ; les espaces médullaires sont surtout riches en vésicules adipeuses. Il n’y a aucune cellule géante, et les capillaires sont ici assez volumineux dans les espaces conjonctifs.

Observation VII

Tumeur calcifiée à trame partiellement osseuse

(Année 1899. — N° 161)

Enlevée parM. Klein, médecin militaire, chez un jeune soldat

de vingt-deux ans, la tumeur siégeait à la région parotidienne gauche. Mobile sous les téguments, elle a le volume d’une noisette ; sa surface extérieure, de coloration grisâtre, est grenue ; à la coupe, elle est d’une dureté telle qu’il faut employer la scie.

Il s’agit ici d’une tumeur dont la trame est presque complètement ossifiée. Le tissu conjonctif très dense, peu vasculaire, et dont la calciose est très nette, succède, sans zone de transition, des travées osseuses typiques.

Les espaces médullaires et les canaux de Havers contiennent, en dehors de quelques vésicules adipeuses, des vaisseaux, des lymphocytes et des cellules à noyaux multiples ; ces dernières en assez petit nombre; quant aux masses cellulaires, elles sont semblables à celles que nous avons décrites dans les observations précédentes : calcifiées dans leur totalité, elles sont en

contact directement avec le tissu osseux qu’elles pénétrent, ou séparées de lui par des espaces médullaires. Il n’y a pas de cellules géantes dans ces masses elles-mêmes.

Observation VIII Tumeur calcifiée du sourcil

Le diagnostic de ce néoplasme a été fait par le professeur A. Malherbe, d’après des dissociations de la pièce donnée par M. Heurteaux.

Il s’agissait d’un kyste du sourcil à contenu crétacé, gros comme une lentille et provenant d’une femme adulte. Les cellules obtenues par dissociation étaient identiques à celles des tumeurs que nous étudions.

Observation IX Tumeur calcifiée du cou

(Année 1876. — Pièce N° 35)

Cette pièce recueillie à l’autopsie était une tumeur ossiforme grosse comme une noix ; — malheureusement, elle ne fut pas immédiatement fixée, et subit, de par la dessiccation, diverses altérations.

Malgré ces vicissitudes, M. le professeur Malherbe put obtenir des préparations absolument probantes montrant des cellules calcifiées avec de nombreux globes feuilletés. Il n’y avait aucun myéloplaxe, et la trame conjonctive était en partie détruite.

Observation X

Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Pièce N« 91. - 1878;

Cette tumeur enlevée par le Dr Heurteaux chez une jeune fille de 14 ans, était située à la partie postérieure du cou. Du volume

d’une amande, elle était parfaitement encapsulée par une membrane jaunâtre, demi-transparente, assez friable à la section; la coupe montre et une trame blanche, un peu nacrée, fibreuse, et

une matière composée de grumeaux jaunâtres, contenus dans «

les mailles de la trame.

Membrane d’enveloppe formée de tissu conjonctif dense? donnant naissance à des cloisons constituées au contraire par des éléments jeunes, ronds ou fusiformes: masses cellulaires, les unes non calcifiées, les autres en voie d’infiltration calcaire, d’autres enfin complètement transformées : tels sont les éléments constitutifs de la tumeur.

Notons la présence de nombreuses cellules géantes accolées le long de presque tous les amas calcifiés, et l’existence de quelques capillaires dans la trame (1).

Observation XI

Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Pièce N° 97. — Année 1879)

Il s’agit ici d’un néoplasme opéré par le D1 Heurteaux, chez une petite fille âgée de 16 mois, siégeant à la partie postérieure du lobule de l’oreille.

Cette tumeur, grosse comme une amande, était recouverte par la peau saine, normale, bien développée : le début apparent remonterait à deux mois.

L’examen histologique nous montre au-dessous de l’épiderme, et du tissu cellulaire très légèrement modifié (gonflement de l’endothélium vasculaire, amas lymphocytiques, indice d’irritation), une membrane fibreuse, riche en cellules, envoyant

(1) C’est sur cette tumeur que M. Malherbe arriva pour la première fois au diagnostic d ’épithéliome calcifié.

des prolongements qui forment alvéoles. Dans ces dernières, des masses cellulaires plus ou moins calcifiées, et bordées de très nombreuses cellules géantes. Ici encore, très peu de vaisseaux dans la trame, qui est constituée par du tissu conjonctif jeune.

Observation XII

Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Pièce N° 14. — Année 1879)

La tumeur, grosse comme une noix, occupait la région parotidienne d’une petite fille de neuf mois. A l’âge de deux mois, la malade aurait été piquée par une aiguille, et c’est alors que a tumeur apparut, grossissant peu à peu, ulcérant la peau ; par les points ulcérés, sortaient de petites concrétions blanchâtres, calcifiées. Le néoplasme diagnostiqué sarcome fut enlevé sans incident, et la guérison fut complète.

A la coupe, sur la surface de section, on voit une assez grande quantité de concrétions calcaires, logées dans de petites lacunes creusées dans le tissu de la tumeur.

Les préparations microscopiques, nous montrent une trame, assez riche en vaisseaux, et presque exclusivement composée de cellules rondes, granuleuses ( granulome ), quant aux masses cellulaires, elles sont formées d’éléments à différents stades de calcification. \

Nous n’avons pas trouvé de cellules géantes.

Observation XIII Tumeur calcifiée du front.

Cette tumeur, opérée par le Dr A. Malherbe, chez une femme de 48 ans, siégait au front, entre les deux sourcils. Du volume

d'une tête d’épingle, mobile sous la peau, elle était composée d’un magna calcaire, avec quelques poils. Son début remontait à six mois. La petitesse du néoplasme n’a pas permis de faire des coupes, mais par dissociation, on obtient des cellules calcifiées typiques.

Observation XIV (Année 1881. — Pièce N® 53).

Néoplasme opéré par le DrA. Dianoux, professeur de clinique ophtalmologique à l’Ecole de Médecine de Nantes, chez un homme de 50 ans, sous-cutané, très mobile, situé à la partie moyenne du sourcil. Le début de l’affection serait très ancien.

À l’examen histologique, nous trouvons un stroma fibreux, peu vasculaire, infiltré de cellules calcifiées, enserrant des masses ayant subi également la dégénérescence calcaire.

Pas de cellules à noyaux multiples.

Observation XV Tumeur calcifiée à trame fibreuse.

(Année 1883. — N° 118).

Type parfait du néoplasme calcifié, enlevé par le D1 Heurteaux, sur la joue droite d’un enfant de 7 ans. La tumeur, grosse comme un haricot, mobile sous les téguments, aurait apparu, il y a

un an.

A l’examen histologique, sous une peau parfaitement saine, riche surtout en glandes sudoripares, nous remarquons une capsule conjonctive dont quelques cellules ont subi la calcification : une trame fibreuse assez riche en capillaires et en éléments calcifiés ; enfin des amas cellulaires avec myéloplaxes à leur périphérie.

A noter, la présence d’une cellule géante, creusée d’une vacuole, parfaitement ronde sans contenu cellulaire.

Observation XVI Tumeur calcifiée à trame fibreuse.

(Année 1883. - N° 119).

La production pathologique du volume d’un petit pois siégait au tiers externe du sourcil, et aurait débuté, il y a deux ans. Le sujet' qui en était porteur, était une femme âgée de 21 ans.

Il s’agit ici, d’après les coupes histologiques, d’une tumeur formée de masses cellulaires totalement calcifiées, enserrées dans des tractus conjonctifs assez riches en vaisseaux capillaires.

Nous n’avons trouvé aucune cellule à noyaux multiples.

Observation XVII

Tumeur à trame fibreuse.

(Année 1885. - N® 79).

Pièce recueillie par le Dr -Poisson, au bras d’un sujet d’amphithéâtre, homme âgé de 50 ans : volume : petit pois.

La tumeur est constituée au point de vue histologique sur le type de la précédente. Les cellules sont totalement calcifiées, leurs noyaux eux-mêmes ne se colorent plus.

La trame est conjonctive adulte, presque avasculaire. Pas de myéloplaxes.

Observation XVIII Tumeur calcifiée à trame fibreuse.

(Année 1886. — N° 150).

Située sous le cuir chevelu, la tumeur avait le volume d’une amande. Malheureusement, il n’a été pris aucune note clinique

sur ce cas.

A l’examen histologique, les coupes ont une physionomie spéciale, différente des tumeurs précédentes.

Dans les mailles circonscrites par une trame à cellules fusi-

formes et riche en vaisseaux, apparaissent les masses cellulaires différemment composées. Les unes sont totalement calcifiées, les autres sont formées de petites cellules rondes à noyau parfaitement coloré, à protoplasme non dégénéré ; leur centre seul est formé de quelques éléments calcifiés enroulés comme les globes épidermiques.

Les cellules géantes en voie de segmentation et de transformation calcaire sont assez nombreuses, tant dans la trame qu’à la périphérie des masses calcifiées.

Observation XIX Tumeur calcifiée à trame fibreuse.

(Année 1886. — N° 54).

Enlevée par le D»’ A. Malherbe, chez un jeune garçon de 10 ans, la tumeur, grosse comme un pois, siégait à la partie interne du sourcil gauche ; elle aurait débuté un an auparavant.

Trame et masses cellulaires sont complètement calcifiées : l’examen histologique ne révèle ni vaisseau, ni myéloplaxes ; certaines zones sont dégénérées au sein des masses calcifiées.

Observation XX

Tumeur calcifiée à trame fibreuse.

(Année 1888. — N0' 81).

Type parfait de tumeur calcifiée à trame fibreuse, riche en vaisseaux capillaires ; amas cellulaires nombreux, ayant subi

totalement la dégénérescence calcaire ; il n’y a pas de cellules à

noyaux multiples. Le néoplasme opéré par le D*' Heurteaux était situé à la partie externe du sourcil d’un homme de 45 ans : très petit, mobile sous les téguments il aurait débuté, il y a trois ou quatre mois.

Observation XXI Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1888. — N° 194)

Opérée pàr le Dr Heurtaux, chez une femme de 27 ans : siégeait à la partie externe de l’avant-bras droit, atteignait le volume d’une amande. Le début apparent remonterait à six mois.

A l’examen histologique, capsule et trame formées de tissu conjonctif dense, très vasculaires, enserrent les masses calcifiées. Il existe de très rares myéloplaxes.

Observation XXII Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1889. — N° 52)

Il s’agit ici d’une tumeur à trame fibreuse, peu vasculaire, sans cellules géantes, totalement calcifiée. Du volume d’une aveljne, située à l’avant-bras, mobile, elle aurait débuté douze ans avant l’intervention, et serait restée stationnaire depuis dix ans.

Observation XXIII Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1889.— N° 177)

Néoplasme identique au précédent qui aurait évolué, dans

l’espace d’un an, chez une fillette de cinq ans. Siège: à la nuque; volume: noyau de pêche; mobile sous la peau.

Observation XXIV Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 4889. - N° 180)

Enlevée par Dr A. Malherbe, chez un enfant de 8 mois. La tumeur, située au niveau du sillon naso-génien, avait la dimension d’une petite cerise, et avait évolué en deux mois.

A l’examen histologique, on porte le diagnostic de tumeur calcifiée à trame fibreuse.

Observation XXV Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1889. — N° 79)

Néoplasme, opéré par le Dr Heurtaux, chez une jeune fille de 17 ans. Siège : lobule de l’oreille ; volume : noisette ; date du début : trois à quatre ans.

Au microscope, on voit une tumeur fibreuse, avec des amas cellulaires calcifiés, sans cellules géantes.

Observation XXVI * Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1891. — N° 124)

La tumeur, très petite, située à la jambe droite, au-dessus de la malléole, chez une femme de 65 ans, aurait débuté il y a dix ans. Elle est indolore et mobile sous les téguments.

Diagnostic microscopique. Tumeur calcifiée à trame fibreuse.

Observation XXVII

Tumeur à trame fibreuse

(Année 1893. — N° 72)

Il s’agit ici d’une tumeur remarquable par son évolution lente. Elle siégeait à la cuisse droite, côté externe, d’une femme de 65 ans, et aurait évolué en plus de trente ans.

Son volume est celui d’un petit pois.

Les coupes histologiques montrent le néoplasme constitué par une trame et des masses cellulaires, totalement calciflées.

Pas de myéloplaxes, la tumeur étant arrêtée dans son évolution.

Observation XXVIII Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1894. — N° 27)

Opérée par M. Heurtaux chez une femme de 43 ans; la tumeur grosse comme une noisette, siégeait à la région sourcillière. Début apparent : trois ans.

A l’examen microscopique, sous une peau saine, riche en glandes sébacées indemnes, apparaît une trame fibreuse dense, peu vasculaire et des amas cellulaires calcifiés sans éléments à noyaux multiples.

Observation XXIX

Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1894. — Nn 04)

Située sur la ligne médiane, au niveau du sternum, du volume d’une noix, mobile sous la peau, la tumeur dont le

début remonte à dix ans a été enlevée par le Dr Delarabrie chez un homme de 55 à 60 ans.

Sous un épiderme sain, nous voyons un tissu cellulaire souscutané très, épaissi, fibreux; les glandes sébacées y incluses sont normales, tandis que les sudoripares sont le siège d’un travail irritatif manifeste (prolifération épithéliale dans les culs-de-sac sécréteurs). Vient ensuite, la membrane d’enveloppe très épaisse (3 à 4 millimètres), riche en vaisseaux, formée d’éléments conjonctifs fusiformes. Sa limite, du côté de la tumeur, est formée par des fibres conjonctives très serrées, sinueuses et servant de base d’implantation à des cellules cylindriques, à noyau et protoplasme normaux, cellules qui se calcifient dans la profondeur pour former la tumeur. Dans cette dernière, les pseudoglobes épidermiques sont très nombreux ; il n’y a pas de myéloplaxes.

Observation XXX Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1898. - N° 177)

Le néoplasme, ulcéré et défiguré par les caustiques, siégeait à la face antérieure de la cuisse d’un homme de 45 ans. Volume : grosse amande. Début apparent de la lésion : 4 mois.

L’examen microscopique nous montre ici un beau type de tumeur calcifiée. Capsule fibreuse, trame au contraire très riche en éléments cellulaires, cellules géantes nombreuses, en voie de segmentation et de calcification : amas cellulaires totalement calcifiés. Il y a très peu de vaisseaux dans la trame, et le tissu cellulaire sus-jacent présente ça et là des amas de lymphocytes (infection due à l’ulcération). Glandes sébacées et sudoripares

indemnes.

Observation XXXI

Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1901. — N° 101)

Opérée par le Dr Vignard, chez un homme de 40 ans. Grosse comme une noisette, mobile sous les téguments sains, nettement encapsulée, elle siégeait sur le bord interne de l’avantbras, et aurait débuté il y a six mois.

Sur les coupes, au-dessous de la couche malpighienne et du tissu cellulaire sous-cutané normal, on voit une très belle capsulé fibreuse. En dedans de cette dernière: 1° des cellules à gros noyau unique à réaction histochimique normale, qui se calcifient en gagnant la profondeur ; 2° des cellules à noyaux multiples, très nombreuses, à divers stades de calcification. La trame est formée d’éléments conjonctifs jeunes, et contient très peu de vaisseaux.

Nous avons trouvé en pleine masse calcifiée des canaux , remplis de globules sanguins, exclusivement des hématies parfaitement caractérisées, véritables vaisseaux dont la paroi serait formée par la cellule calcifiée elle-même. C’est là un fait important pour la pathogénie et sur lequel nous reviendrons.

Observation XXXII Tumeur à trame fibreuse

(Année 1901. — N° 143)

Le néoplasme, enlevé par le Dr Heurteaux, était situé à la face externe de l’avant-bras d’une femme âgée de 49 ans, et avait le volume d’une noisette. La date du début n’a pas été notée.

Il s’agit ici, d’après l’examen microscopique, d’un néoplasme à capsule et trame fibreuse très peu vasculaire, avec des amas

cellulaires calciliés. Le long de ces dernières, nous trouvons de nombreuses cellules géantes de dimension remarquable. Les plans sus-jacents, épiderme, tissu cellulaire, glandes sudoripares et sébacées sont normaux, au point de vue histologique.

Observation XXXIII Tumeur à trame fibreuse

(Année 1902. — N° 13)

Néoplasme ossiforme occupant la face externe de la cuisse d’un homme de 25 ans, opéré par le D* Vignard.

Gros comme une petite noisette, mobile et parfaitement enkysté par une gangue conjonctive, il aurait débuté, il y a un an.

A un faible grossissement, les coupes présentent un tissu troué de nombreuses cavités dont les unes sont remplies de détritus granuleux et les autres , en petit nombre , de figures rondes anuclées, pouvant faire songer à des hématies.

Les masses cellulaires sont complètement calcifiées, et il est

impossible de voir un vestige quelconque de trame : il n’y a également ni vaisseaux, ni cellules géantes.

En somme, le néoplasme tout entier est exclusivement composé d’un agrégat de cellules calcifiées comprenant à leur intérieur des vestiges de vaisseaux.

Observation XXXIV

Tumeur calcifiée à trame fibreuse

(Année 1904. — N° 110)

La pièce remise au laboratoire par M. le I> Sourdille, chirurgien des hôpitaux, est un néoplasme calcifié siégeant à la paupière supérieure d’une jeune fille, âgée de 13 ans, et ayant

évolué en l’espace de trois ans, du volume d’une noix. Elle était enkystée et mobile sous la peau.

L’étude microscopique de celte tumeur est des plus intéressante, surtout au point de vue de la question pathogénique.

Une mince capsule conjonctive fibreuse envoie à l’intérieur du néoplasme des cloisons plus ou moins irrégulières. Ces travées, riches en cellules conjonctives, contiennent également des myéloplaxes normaux ou en voie de calcification, et de très nombreux vaisseaux capillaires formés d’un simple endothélium.

Sous la capsule, apparaissent des cellules soit à noyau unique soit à noyaux multiples, qui subissent la calcification en gagnant le centre du néoplasme et, fait très important à noter, il nous a été possible de voir sur nos préparations, au milieu de ces cel1 Iules, un vaisseau rempli de globules sanguins parfaitement caractérisés au point de vue histologique.

Ce vaisseau mesure 60 à 70 y de diamètre. Ses parois sont

formées d’un endothélium plat à noyau bien coloré, et immédiatement en dehors d’elles, leur faisant suite, des éléments

cellulaires dont les noyaux perdent peu à peu leurs affinités colorantes histochimiques, et qui deviennent plus loin complètement calcaires.

De même, au centre de certaines masses totalement calcifiées nous avons vu des cavités remplies d’hématies ; mais dans ce cas, la paroi vasculaire est constituée par la cellule calcaire elle-même.

Ainsi donc, dans cette pièce, l’élément vasculaire prédomine, sans préjudice des autres éléments (cellules géantes, masses calcifiées) ; on le trouve et dans le trame, et dans les ilôts néoplasiques eux-mêmes.

Observation XXXV

Il s’agit ici d’un néoplasme calcifié, dont deux coupes ont été envoyées par M. Caubet fils, de Toulouse, au professeur A. Malherbe, pour contrôler le diagnostic.

C’est une tumeur à trame fibreuse, très vasculaire, riche en cellules géantes : Au milieu de trois masses totalement calcifiées, nous voyons trois cavités remplies d'hématies avec quelques globules blancs.

La finesse des coupes faites à la paraffine nous permet d’étu-

dier ici, certains détails morphologiques des cellules à noyaux multiples qui nous avaient échappé dans les observations précédentes.

Les myéloplaxes nous apparaissent poussant de fins prolongements protoplasmiques, servant à les relier les uns aux autres ; prolongements analogues aux pointes d’accroissement des cellules vasoformatives et où les noyaux, comme dans ces dernières, se disposent sur deux rangées parallèles. (V. Planche II, fig. IV). Quelques-unes de ces cellules sont intimement accolées à la paroi d’un capillaire sanguin ; d’autres sont creusées de vacuoles parfaitement rondes ou elliptiques et ne contenant aucun élément figuré ; enfin, sur l’une d’elles, on voit très nettement par quel mécanisme elles se résolvent en nombreuses cellules mononuclées, destinées à l’accroissement de la tumeur : un noyau situé à la périphérie du myéloplaxe, repousse devant lui le protoplasma dont il se coiffe, il se forme un bourgeon d’abord sessile, puis pédiculé ; le pédicule à son tour, s’amincit, se rompt, et l’élément cellulaire est mis en liberté : dans un antre point, un noyau entouré d’une mince couche protoplasmique, s’isole du reste du myéloplaxe, comme s’il était découpe à

l’emporte-pièce : il en résulte une cellule, et, en lieu et place de cette dernière une vacuole : (V. Planche II, fig. IV).

Tumeur calcifiée, à récidive.

(Observation du Professeur J. Reverdin, de Genève) (1).

B,... Léon, 60 ans, ancien sous-officier de marine, nous est envoyé par le 1> Sulzer, au commencement de mars 1899, pour une tumeur de la nuque qui commence à le faire souffrir. Il n’y aurait pas de tumeurs semblables dans sa famille ; lui-même ne signale dans ses antécédents qu’une insolation et la fièvre noire en 1866.

Il y a sept ans qu’il s’est aperçu d’une grosseur du volume d’un pois siégant à la nuque et un peu à gauche, elle était mobile, ronde, non douloureuse, augmentant peu à peu jusqu'à l’année dernière; à ce moment, elle était plus grosse qu’une noix, toujours mobile, mais très dure : sans aucune cause appréciable, son accroissement est devenu plus rapide, et depuis quatre mois, elle est le siège de picotements, de fourmillements et d’élancements douloureux.

Santé générale excellente, pas d’amaigrissement. Urines normales.

A l’examen fait le 7 mars 1899, je note ce qui suit :

Etat général bon.

La région de la nuque est occupée par une tumeur saillante, qui s’étend en haut tout près des cheveux et descend jusqu’à la limite des régions cervicale et dorsale : elle ferme une saillie circulaire, d’environ dix centimètres de diamètre, dont la partie culminante se trouve légèrement à gauche de la ligne médiane ; elle a l’apparence d’une large plaque bombée ; la peau à son

(1) XIVe Congrès de Chirurgie, Paris, Séance du 22 octobre 1901.

niveau présente une coloration violacée. La tumeur est dure partout, mais cette dureté qui n’a rien de particulier à droite, est sur la ligne médiane telle qu’elle fait penser à une masse osseuse qui pointerait sous la peau ; il semble que la tumeur est formée de tissu osseux entouré de tissus durs aussi, mais à un bien moindre degré.

La peau fait absolument corps avec la tumeur sous-jacente, il est impossible de la soulever en pli. La tumeur est mobile en masse, soit dans le sens vertical, soit dans le sens horizontal, mais cette mobilité est peu accentuée, et on a l’impression que la grosseur doit être adhérente à l’aponévrose. La pression sur les parties dures est douloureuse. Pas dp ganglions hypertrophiés.

Le diagnostic de néoplasme malin, ne me parait pas faire de doute, mais la présence de la partie à dureté osseuse me déconcerte et je passe outre sans diagnostic plus précis. L’indication opératoire me semble évidente.

8 Mars 1899. — Opération, anesthésie locale. Tumeur largement circonscrite par deux incisions courbes ; je pousse dans la profondeur dans les tissus en apparence sains jusqu’à ce que je sois au niveau de la face profonde du néoplasme que je détache en masse ; à gauche, l’aponévrose est dépassée, et je taille en pleins muscles, sur la ligne médiane et à droite, je mets à nu une lame de tissu cellulaire recouvrant les apophyses épineuses non dénudées.

Ligature des artères : suture de Girard (de Berne) rapprochant un peu les bords de la plaie dont les angles sont seuls réunis. Pansement.

Suites opératoires bonnes. Cicatrisation complète à la fin de

mai.

Au mois d’octobre 1899, le malade revient en pleine récidive locale. Sous la cicatrice, s’est formée une nouvelle tumeur qui présente à peu près la même dureté que la première; la peau y est intimement adhérente et la mobilité sur les parties profondes peu accusée. Pas de ganglion ; bon état général.

Le malade refuse une nouvelle intervention. La tumeur augmente, devient douloureuse, et, au mois d’avril 1901, B..., en

mon absence, s’adresse à la clinique de mon collègue Julliard. La tumeur, devenue très volumineuse, s’étendait de l’occipital à la quatrième vertèbre dorsale, et d’une fosse sus-épineuse à l’autre: bosselée, de consistance inégale, mais en grande partie d’une dureté ligneuse, immobile, ulcérée en trois points ; pas de ganglions : le malade, un peu amaigri, porte la tête penchée en avant et ne peut la redresser.

Examen de la pièce. — La tumeur enlevée présentait les caractères suivants.

En la coupant en deux, ce qui peut se faire avec un fort couteau, on constate que la dureté est due à la présence d’une volumineuse masse arrondie, grenue sur la coupe et complètement calcifiée ; on distingue par place autour de la masse calcaire, comme des vestiges d’une enveloppe ; le reste de la tumeur qui occupait sa partie droite a toutes les apparences de l’épithélioma : tissu fragile, gris rosé ; sur la coupe, le raclage donne un suc épais, abondant ; la peau fait corps avec la tumeur dans cette partie.

Diamètre total du néoplasme : 8 centimètres.

Celui de la masse calcifiée: 4 centimètres.

Epaisseur de la tumeur : 3 centim. 1/2.

Examen histologique par M. F. Bascarlet. — La tumeur a été mise dans le formol, puis dans l’alcool.

Nous avons fait des coupes en trois points :

1° Dans le centre de la tumeur ;

2<> Dans la partie qui avoisine la peau ;

3« Dans la partie calcifiée.

1° La masse de la tumeur est formée d’un tissu alvéolaire semblable à première vue à du tissu adénomateux.

Cloisons fibreuses épaisses circonscrivant des lobules épithéliaux, que l’on pourrait prendre pour de simples acinis. A un plus fort grossissement, on constate que ces lobules présentent plutôt les caractères de l’épithéliome que l’adénome : les cellules qui composent ces lobules, sont épithéliales, de formes multiples, mais surtout se rapprochant de la forme plate ; il y a même de grandes cellules à bords crénelés. Ces cellules, normales à la périphérie, se transforment en gagnant le centre en éléments graisseux. En certains points, on aperçoit des figures rappelant les globes épidermiques, qui ne sont, en réalité, que des groupements cellulaires sans cellules cornées au centre.

La peau sus-jacente, n’est pas envahie par la tumeur ; elle

n’envoie aucun bourgeonnement dans la profondeur; les glandes <»

des follicules pileux sont enflammées, mais non dégénérées, et l’on peut affirmer que la tumeur n’a pas pu se développer aux dépens de ces glandes.

Il n’y a aucune forme de transition entre ces glandes et les lobules néoplasiques et si la tumeur est d’origine acineuse, elle a dû se développer aux dépens de glandes incluses, congénitalement.

3° La partie calcaire de la tumeur a été décalcifiée dans l’acide chlorhydrique, contient même tissu alvéolaire, mêmes cellules que plus haut ; pas d’ostéoblastes : il s’agit bien d’une calcification pure et non d’une ossification.

En résumé, épithéliome lobulé venant de la dégénérescence d’un adénome sébacé ; tumeur maligne à points calcifiés, et ayant son point de départ, non dans les glandes de la peau, mais dans les lobules glandulaires sébacés, inclus congénitalement dans la profondeur.

Tumeur calcifiée à récidives multiples

(Observation due à l’obligeance du professeur A. Malherbe)

Vas..., de Gorges, âgé de 59 ans, vient me trouver, le 15 novembre 1897, pour une grosse tumeur dont le début remonte à quatre ou cinq ans. Cette tumeur qui était d’abord toute petite, s’est développée rapidement depuis quatre à cinq mois. Elle a la grosseur du poing, parfaitement mobile en tous sens, et recouverte d’une peau violacée légèrement œdémateuse.

En dehors de la tumeur, vers l’épaule droite, la peau et

l’hypoderme sont épaissis ; on a la sensation de l'oedème dur

ou du lipome diffus. Le siège exact de la tumeur est un peu

au-dessous de la septième cervicale et très peu à droite de la

ligne médiane. La tumeur est assez dure et l’on pense à un

fibrome ; on se demande s’il n’y a pas quelques points myxo-

mateux, en raison de leur demi-transparence. 11 y a quelques

ganglions assez gros à la partie droite du cou ; mais Vas... affir-

me d’une façon très nette qu’ils sont antérieurs à son néoplasme.

Le 18 novembre 1897, j’enlève la tumeur sans autres incidents qu’un peu d’hémorragie et une certaine gêne pour le chloroforme. Guérison extrêmement rapide.

Vas... reste guéri jusqu’en 1898.

Le docteur Doussain, de Clisson, lui enleva une petite récidive grosse comme une fève; néanmoins Je néoplasme continua

d’évoluer et Vas... revint avec une tumeur plus grosse que la première pendant derrière l’omoplate droite.

Intervention à l’Hôtel-Dieu le 30 septembre 1899. Ablation d’une grosse tumeur faiblement encapsulée. Le malade quitte l’hôpital le 14 octobre, ayant encore quelques points bourgeonnants non cicatrisés.

Au mois de mai 1901, j’apprends par le 1> Doussain que Vas... avait une récidive qui serait peut-être inopérable.

Quelque temps après, le malade revint me voir avec une tumeur énorme, ulcérée, sur plusieurs points : il y avait de gros ganglions durs dans l’aisselle, et, en avant de la tumeur jusqu’audessous de la clavicule droite, s’étendait une languette de peau très vascularisée et très suspecte.

Il me sembla que le cas, bien que très grave, n’était pas désespéré. Je l’opérai le 5 juillet 1901.

J’enlevai d’abord les ganglions axillaires, un gros et quatre ou cinq petits. A la coupe, le gros ne parut pas néoplasique. Après une injection de sérum, j’enlevai l’énorme masse et la peau suspecte au-devant de la clavicule.

La plaie, diminuée autant que possible par des sutures, restait au moins à peu près large comme deux mains. Le malade faiblissait et nous n’osâmes pas tailler de lambeau autoplastique pour ne pas prolonger l’intervention.

Les suites furent très simples, mais la grande plaie fut longue à guérir. Le 5 octobre 1901, il y avait encore un petit triangle bourgeonnant, grand comme la moitié de la paume de la main. L’état général était excellent. En mars 1902, le docteur Doussain me dit que Vas... était totalement guéri.

Cependant, le 18 mai 1904, Vas... revint ayant sur le côté droit de l’apophyse épineuse de la septième cervicale, une tumeur grosse comme une mandarine. J’intervins pour la troisième

fois le 21 mai 1904, et opérai largement. De forts liens fibreux fixaient la tumeur à l’apophyse épineuse de la septième cervicale. La guérison fut rapide*

Description macroscopique des tumeurs opérées

1° La tumeur mère a la forme d’un ovoïde aplati d’avant en arrière, du volume du poing, recouverte par une peau saine, mais amincie et légèrement violacée. Elle pèse, avec les téguments et la graisse, 300 grammes. Les dimensions sont les suivantes :

Longueur = 9 centimètres.

Largeur = 7 centimètres.

Epaisseur = 5 centim. 5.

Elle est très peu dure à la coupe, sauf dans la profondeur.

Sur la surface de section, on aperçoit au-dessous de la peau, une capsule fibreuse, enkystant la tumeur, envoyant des tractus blancs à son intérieur, et limitant ainsi à des portions calcifiées.

2° La première récidive affecte également la forme d’un ovoïde aplati d’avant en arrière, largement implanté dans la profondeur. Elle est grosse comme les deux poings, et exulcérée en plusieurs endroits, au niveau des téguments sus-jacents.

Poids =; 700 grammes.

Longueur = 19 centimètres.

Largeur = 9 cent. 5.

Epaisseur = 5 centimètres.

A la coupe, elle est assez résistante : la peau est séparée du néoplasme par une membrane conjonctive légèrement translucide comme du tissu muqueux. Des cloisons conjonctives, très nombreuses, sillonnent l’intérieur de la tumeur et destinent des mailles et anneaux rappelant l’aspect de la cirrhose de Laënnec. Au milieu de ces îlots, on trouve des grains calcaires.

3° Nous notons pour la seconde récidive, même forme, mêmes ulcérations de la peau que dans la pièce précédente, à signaler en plus la présence d’un gros ganglion du volume d’une noix. A la coupe, ce ganglion, tout au moins à l’examen macroscopique, ne parait pas néoplasique.

Poids = 760 grammes.

Longueur = 14 centimètres.

Largeur =. 6 centimètres.

Epaisseur = 5 cent. 1/2.

A la coupe, membrane d’enveloppe, tractus conjonctifs et grains calcaires.

4° La dernière tumeur opérée a une forme hémisphérique, du volume d’une mandarine, sectionnée par la moitié. Elle est parfaitement enkystée.

Poids = 25 grammes.

Longueur = 5 centimètres.

Largeur = 4 cent. 5.

Epaisseur = 2 cent. 5.

La section montre, au-dessous de l’enveloppe conjonctive, des bandes de sclérose circonscrivant des zones calcifiées.

Un gros ganglion, extirpé avec la tumeur, ne présente rien d’anormal.

Examen histologique

1° La tumeur mère est constituée par une trame conjonctive lâche, très riche en vaisseaux, et contenant quelques myéloplaxes.

Quant aux masses cellulaires, les unes sont formés d’éléments non calcifiés, les autres, au contraire, ont subi la transformation calcaire totale avec îlots dégénérés au centre.

Quelques rares myéloplaxes à leur périphérie.

2° Les coupes de la première récidive montrent les détails suivants :

a) Trame fibreuse, formée de cellules conjonctives fusiformes très abondantes. Dans cette trame, des vaisseaux capillaires, et de très nombreuses cellules géantes à différents stades de calcification.

b ) Masses cellulaires. — Quelques-unes sont complètement calcifiées, avec pseudo-globes épidermiques à leur intérieur ; mais la plupart sont formées d’éléments ronds à gros noyaux, et protoplasma parfaitement coloré, sans dégénérescence calcaire ; parfois, on trouve, au milieu de ces derniers îlots, des détritus granuleux, ne prenant pas les colorants nucléaires, et indice d’une dégénérescence cellulaire banale. Nombreux myéloplaxes autour de chaque groupe cellulaire.

3° A l’examen microscopique de la deuxième récidive, nous trouvons les mêmes éléments histologiques que dans les tumeurs précédentes : trame conjonctive, masses calcifiées et cellules non calcifiées (celles-ci très nombreuses), myéloplaxes en grande quantité. De plus, il nous a été possible de voir deux vaisseaux parfaitement caractérisés par leur endothélium et leur contenu ( hématies et globules blancs ), l’un situé en pleine masse calcifiée , l’autre, au centre de cellules n’ayant pas subi la dégénérescence calcaire.

4» Sous le microscope, la troisième récidive ne présente rien de spécial. On y trouve les mêmes parties constituantes que dans les néoplasmes précédents.

L’examen histologique des ganglions des deux dernières récidives n’a rien révélé d’anormal ; nous n’y avons trouvé aucun élément spécifique néoplasique indice de métastase.

Page 1