OBSERVATION VII
Plaie pénétrante du poumon droit. — Épanchement pleurétique le cinquième jour.
Dufour (Edouard), 21 ans et demi, entre le 18 novembre 1879, salle Saint-Landry, litn« 3, à l'Hôtel-Dieu.
Ce garçon nettoyait un revolver chargé, l'arme avait 7 millimètres de diamètre, il ne sait comment il pressa la détente, le coup partit et la balle l'atteignit au côté droit. Il ne perdit point connaissance, porta la main à son côté et reconnut sa blessure. Quelques gouttes de sang s'en écoulaient. Aussitôt il se fit transporter à l'Hôtel-Dieu et entra à l'hôpital à 8 heures du matin, une heure environ après le moment même où l'accident avait eu lieu.
La face est pâle. La respiration brève et fréquente. Le blessé parle cependant sans effort. Sa chemise est souillée de sang au niveau de la plaie, dans une étendue pouvant mesurer la surface de la paume de la main.
Interrogé, ce garçon nous affirme n'avoir point craché de sang. Il ne tousse point, mais il souffre un peu du côté droit, surtout lorsqu'on exerce une pression légère au voisinage de la blessure.
On observe une infiltration emphysémateuse circonscrite autour de la plaie. Les mouvements provoquent de la douleur dans le côté blessé, cependant nous pouvons assez facilement asseoir notre homme pour l'ausculter ; dans cette position il respire même plus librement.
Percussion. ■ — Sonorité normale des deux côtés.
Auscultation. — En avant, murmure vésiculaire normal.
En arrière et à droite la respiration s'entend dans toute la hauteur du thorax légèrement affaiblie en bas.
Pas traces d'ecchymose lombaire. L'orifice d'entrée de la balle est arrondi, de couleur noire. Aucun liquide ne s'en écoule. Il est situé à 1 1 centimètres de l'appendice xyphoïde dans le sixième espace intercostal droit.
Le diagnostic porté est le suivant : Plaie pénétrante du poumon droit. Point d'épanchement sanguin thoracique.
'On pratique l'occlusion de la plaie et l'on recommande au malade le repos le plus absolu.
Dans la journée le malade se plaint beaucoup de douleurs qu'il ressent dans le côté droit. Il est agité, inquiet. Dans la nuit il vomit les boissons qu'on lui a fait prendre (Bagnol et un peu de rhum), et ne peut arriver à dormir.
Cependant le lendemain matin 21 , il ne se sent pas mal, il s'assoit de lui-même et se laisse bien examiner. Même état absolument que la veille.
Dans la nuit du 21 au 22, il dort peu.
Le 22, vers o heures de l'après-midi, il est pris brusquement d'une
douleur très vive dans le côté droit. Il pousse des cris, et réclame impérieusement un soulagement à cette souffrance qu'il déclare intolérable. T. 38''2. Je luifaisimmédiatement appliquer huit ventouses scarifiées sur le côté droit, et la douleur se calme. Cependant la nuit est mauvaise. L'agitation persiste, il ne peut goûter un moment de repos.
Ce n'est cependant que le 24, c'est-à-dire le surlendemain, que les signes d'un épanchement pleurétique du côté droit s'accusent très nettement. Matité à la percussion dans le tiers inférieur du thorax. Disparition du murmure vésiculaire. Souffle, égophonie.
2o. La gêne respiratoire est un peu augmentée. Mais la douleur de côté est plutôt moins forte. Le malade dort plusieurs heures dans la nuit.
Le 26, la matité remonte jusqu'à l'épine de l'omoplate. T. 38°4. Application d'un large vésicatoire sur le côté droit.
Du 26 octobre au 2 novembre. Le même état persiste, les signes d'épanchement sont toujours les mêmes, et l'état général ne se modifie guère. La température reste constamment la même, 38° ou 38°2. Cependant les nuits sont meilleures. Le malade dort un peu mieux et n'a plus de dégoût pour la nourriture.
Le 2 novembre. Application d'un nouveau vésicatoire. A partir de ce moment l'état général s'améhore de jour en jour, la température décroît graduellement. La gêne respiratoii^e disparaît, l'appétit et le sommeil reviennent, en un mot le malade est bien. Cependant les signes d'épanchement sont toujours là. L'égophonie ne disparaît que le 13 novembre.
Le 15 on permet au malade de se lever quelques heures; à partir de ce moment il entre en pleine convalescence.
Il sort guéri le 24 novembre conservant une légère submatité à la partie inférieure droite de la poitrine.
On entend nettement la respiration jusqu'en bas, quoiqu'un peu affaiblie. Il n'y a point de frottements.
J'ai revu le malade vers le 20 décembre, il se plaignait de ressentir de temps en temps des élancements dans le côté droit. Il avait encore une légère submatité à droite, mais la respiration s'entendait dans toute la hauteur du poumon.
Il n'y a eu à aucun moment d'ecchymose lombaire^