OBSERVATION XV
Plaie de l'artère mammaire interne. — Épanchement de sang dans la plèvre. — Thoracentése. — Guérison.
(Observation inédite due à M. le professeur Panas.)
Duboud (Alexandre), 18 ans, garçon boucher, entré le 22 septembre 1877, au n° 9 de la salle Saint-Ferdinand.
C'est un garçon bien constitué qui s'est donné involontairement un coup de couteau dans la poitrine en grattant un os. L'instrument pénètre par sa pointe au niveau du quatrième espace intercostal droit, à 3 centimètres et demi de la ligne médiane et à 7 centimètres du mamelon. La plaie, longue de 7 à 8 millimètres dans le sens transversal, est large de 4 millimètres. Son extrémité interne est à 7 millimètres du bord correspondant du sternum. Elle est régulière, bien nette, sans contusion des boxds, et fournit, au moment de l'accident, une hémorrhagie abondante, mais que nous n'avons pas vue. La plaie est aussitôt bouchée avec de l'amadou, recouvert de baudruche
coUodionnée. Le soir, un peu de matité en avant et sous l'aisselle droite, dans le quart inférieur de la poitrine, à peu près, avec obscurité du murmure vésiculaire.
Le 23, matin: même état.
Le soir, l'épanchement occupe, en arrière, une hauteur équivalente à la largeur de la main. Il y a un peu de matité et d'égophonie. P. 100. T. Z8°S.
Le 24, la matité remonte jusqu'à l'épine de l'omoplate, mais M. Panas constate la persistance des vibrations. Il diagnostique une p] euro-pneumonie, surtout d'après l'élévation de la température qui est àSS^i, avec 100 pulsations, car on ne trouve ni souffle tubaire, ni râle, ni ci^achats rouilles. — Six ventouses scarifiées.
Le 2o, matin. Le malade se sent tellement soulagé par les ventouses qu'il se lève et se promène toute la jouxniée. Il refuse de se laisser appliquer un vésicatoire. — Même état local.
Le 26, il a éprouvé un peu de gêne de la respiration pendant la nuit.
Le 27, 100 pulsations. T. 40°8 le soir.
Le 28, matin, 96 pulsations. T. 39". Le soir, la respiration est courte et fréquente avec bruit laryngé, comme s'il y avait compression de la trachée.
Le 29, soir, 112 pulsations. T. 39"4. 40 respirations.
Le 30, matin, 100 pulsations. T. 38°1. — Nouvel examen très complet de M. Panas. Il trouve, en avant, à droite : au sommet, bruit skodique ; à la base, matité absolue. En arrière, à droite : matité absolue dans toute la hauteur; quelques vibrations encore à la base; souffle pleural très accusé. M. Raynaud, appelé en consultation, constate les mêmes signes, et on se décide à faire la thoracentèse. Sous la baudruche qui se trouvait soulevée par une masse fluctuante, existait un abcès, formé de pus crémeux, bien lié, sans mélange de gaz, non fétide. L'écoulement n'augmente ni par la toux, ni par la station verticale. Il est donc évident que cet abcès ne communique pas avec la plèvre, mais il peut suflîre à expliquer la fièvre intense que nous observons depuis six jours. ^
Soir, 100 pulsations, 52 respirations.
Le 2 octobre, matin, on pratique la thoracentèse. Ponction capillaire dans le neuvième espace sous l'aisselle. Il sort un liquide sanguinolent, noir, non coagulé (1,700 gram.). Vers la fin le malade tousse un peu et accuse surtout une vive douleur à l'épaule droite. Il est très fatigué après l'opération.
La mensuration faite avec un mètre, des apophyses épineuses à la ligne médiane du sternum, au niveau du mamelon, a donné : avant la thoracentèse, 89 centimètres ; après, 87 centimètres.
Le souffle et la matité ont disparu presque complètement ; il reste surtout un grand affaiblissement du bruit vésiculaire.
Soir, 106 pulsations. Respirations, 48.
Le 3, matin. Physionomie un peu plus animée que la veille. Dyspnée moindre : 92 pulsations. T. 38°. Resp. 32.
La matité existe de nouveau jusqu'au milieu de la fosse sousscapulaire, mais cette matité est moins forte. Le souffle a également reparu, peu intense. Les vibrations persistent, mais assez faibles.
Le 4, MM. Panas et Raynaud constatent une amélioration très grande. Sonorité bien plus accusée que la veille ; le souffle a disparu ; frottement à la base; un peu d'égophonie le long du rachis.
Matin, P. 84; Resp. 40 ; T. 38°. — Soir, P. 92; Resp. 44; T. 39°.
Le 6, matin, P. 92; Resp. 34 ; T. 38°. — Soir, P. 104; Resp. 40; T. 39°3. — La nuit a été très bonne.
Le 7, matin, P. 96; Resp. 24; T. 38°. — La sonorité se rétablit de plus en plus, mais la température du soir se maintient toujours élevée. Le pouls est dicrote; ou trouve un souffle anémique au cœur assez léger.
Contre cette élévation de la température qui se trouve en désaccord avec l'état général et l'état local, M. Panas prescrit 30 centigrammes de digitale.
Soir, P. 100; Resp. 3!J;T. 39°.
Le 8, matin, P. 104; T. 38°. — Le malade a beaucoup uriné.
Le 9, le pouls n'est plus dicrote, et il est tombé à 78, la température à 37°1.
Le 10, matin, P. 84; Resp. 24; T. 36°8. — Soir, P. 88; Resp. 30; T. 37°2. — La fièvre tombe complètement.
Du côté de la poitrine, il ne reste plus qu'une diminution de l'élasticité et du murmure vésiculaire du côté droit.
Le lendemain, 11, le malade part en convalescence à l'asile de Vincennes,