EXPÉRIENCES
A. — • Expériences destinées à montrer quelles sont les divisions vasculaires susceptibles de fournir un épanchement abondant et cependant compatible avec la vie.
Les plaies de la veine cave ou des gros vaisseaux du liile donnent lieu à un épanchement très abondant, mais entraînant rapidement la mort.
EXP. I. Chien de petite taille. — Coup de couteau dans le deuxième
espace intercostal droit à 4 cent, et demi du sternum. Le couteau est enfoncé à tme profondeur de 4 centimètres. — L'animal rend des flots de sang par la gueule et metirt au bout de 2 minutes. — Autopsie : plèvre droite pleine de sang coagulé, la veine cave supériem^e et la bronche droite ont été ouvertes.
EXP. n. Chien bouledogue de petite taille. — Coup de couteau dans le huitième espace intercostal droit à 8 centimètres du sternum. Le couteau est enfoncé aune profondeur de 4 centimètres. — L'animal meurt ail bout de 10 minutes. — ■ Caillot énorme dans la cavité plem^ale ; plaie du lobe inférieur du poumon intéressant une des veines ptdmonaires au niveau du hde de ce lobe.
EXP. in. Chat. — Coup de couteau dans le quatrième espace intercostal droit.
J'ouvre largement l'espace intercostal et je vois la plaie sur le lobe supérieur du poumon. Entre ses lèvres une très petite quantité de sang s'écoide en bavant. Avec les ciseaux je coupe un des gros vaisseaux du hile au moment où il pénètre dans le parenchyme pulmonaire, aussitôt le sang coule à flots.
L'animal meurt; la plèvre droite renferme un énorme caillot.
EXP. VJ. Chien terrier' de moyenne taille. — Incision large d'un espace intercostal. — Le lobe moyen est saisi avec des pinces et attiré au dehors. Je coupe alors un des gros vaisseaux du hde. Bcoidement de sang abondante Mort au bout de 10 minutes.
EXP. V. — Sur un lapin je fais une fenêtre à la paroi thoracique gauche. Après avoir lié les intercostales qui donnent un filet de sang, j'attire le poumon au dehors et je coupe l'un des vaisseaux du hile. Immédiatement le sang s'écoule avec abondance. — L'animal meurt rapidement.
Les plaies du parenchyme pulmonaire, superficielles ou profondes, ne donnent pas lieu à un écoulement de sang abondant lorsqu'un vaisseau important n'est point blessé.
EXP. VL Chat. — .J'enfonce im bistouri à une profondeui' de 2 cent, et demi dans les sixième, septième et huitième espaces droits. — L'animal est tué par le chloroforme. — A l'ouverture de la plèvre droite, caillot gros comme une noisette. Une petite cuillerée de sang liquide.
EXP. VII. Ghien de moyenne taille. — Incision dans le cinquième espace intercostal gauche à 8 centimèti-es du sternum. ^Par cette incision j'attire au dehors le bord antérieur du lobe supérieur du poumon. Je résèque ce bord dans une étendue de 3 cent, et demi ; la portion réséquée est grosse comme l'extrémité de mon pouce. Je rentre dans la poitrine ce lobe supérieur. — Le chien est tué 10 minutes après. — Une cuillerée à bouche de sang dans la cavité pleurale.
EXP. VIII. Sur le même chien. — Du côté opposé j'enfonce de 2 centimètres un scalpel dans les sixième et septième espaces intercostaux droits. — A l'autopsie, une cuillerée à café de sang dans la plèvre droite.
Un épanchement abondant compatible avec la survie de l'animal est due à la lésion des vaisseaux qui accompagnent les bronches de deuxième ou de troisième ordre.
EXP. IX. Chien bouledogue. — Incision large dans le sixième espace droit; — j'attire le lobe moyen de ce poumon au dehors et à 2 centimètres envii'on du point oii les vaisseaux du hile pénètrent le parenchyme, je fais une incision. Aussitôt écoulement de sang abondant. Le chien est tué le lendemain. — Autopsie : la cavité pleurale contient un caillot volumineux et une assez grande quantité de sérosité sanguinolente, — la plaie aintéressé une bronche de deuxième ordre et le vaisseau qui l'accompagne.
B. — Expérience destinée à mesurer la force de l'aspiration thoracique.
EXP. X. Grand chien terre-neuve. —Un trocai't auquel est adapté par l'intermédiaire d'un tube en caoutchouc un long tube en verre est enfoncé dans la cavité thoracique. Ce tube en verre plonge par son extrémité libre dans un verre à expériences rempli d'eau. Or dans ce tube je vois à chaque mouvement respiratoire la colonne liquide osciller. Je constate qu'en
moyenne la colonne d'eau s'élève à une hauteur de 12 à 13 centimètres dans les inspirations ordinaires ; dans les plus fortes elle s'élève à 20 centimètres et au delà.
C. — Expériences faites dans le but de rechercher ce que devient le sang dans la plèvre (1).
Le sang épanché se coagule immédiatement, pais il se sépare en deux parties: coagulum et sérosité. Au bout de vingt- quatre heures, cette séparation est faite.
EXP. XI. Chien de moyenne taille. — Injection de 800 gr. dans la plèvre droite. L'animal est tué au bout de vingt-quatre heures. Autopsie : 400 gr. de sérosité sanguinolente à droite; caillot de 400 gr. ; plèvre gauche 100 c. c. de sérosité sanglante.
EXP. XII. Chien de moyenne taille. — Injection de 2o0 gr. de sang dans la plèvre gauche. L'animal est tué vingt-quatre heures après. Autopsie: On trouve dans la plèvre gauche 30 c. c. de sérosité sanglante et un caihot de 4.5 gr. ; la plèvre di'oite renfer'me 30 c. c. de sérosité sanglante.
On remarquera sans doute que, toutes les fois qu'une injection un peu abondante a été faite d'un côté de la poitrine, nous avons trouvé aussi un épanchement de sérosité sanglante dans la plèvre du côté opposé. Cependant il n'y a point de communication entre les deux plèvres, mais le médiastin du chien n'a pas de tissu cellulaire interposé entre ses feuillets et laisse facilement filtrer un liquide à travers sa trame sous une très légère pression ; il suffît d'étendre cette membrane sur un petit entonnoir et de verser quelques gouttes d'eau à sa surface pour les voir aussitôt traverser la lame séreuse sans la déchirer.
Lorsque la quantité de sang déversée dans la plèvre est considérable, la sérosité exsudée par le caillot n'est pas résorbée complètement le quatrième ou le cinquième jour ; parfois même la quantité de liquide que renferme la poitrine à ce moment est supérieure à celle qui y a été injectée.
(-1) Pour pratiquer ces expériences, nous nous sommes servi du transfiiseur de bras à bras que M. CoUin a mis à notre disposition avec son obli' geance habituelle.
EXP. XIII. Chien braque de taille moyenne. — Injection dans la plèvre droite de 400 gr. de sang. — Pendant trois jours le chien est triste, très oppressé, il reste étendu dans sa niche, couché tantôt sur un côté, tantôt sur l'autre; il est tué le quatrième jour. Autopsie: 100 c. c. d'un liquide noir semblable à du sang veineux. Abandonné dans un vase, ce liquide ne se coagule pas. Caillot gros comme une noisette, sans traces de néo-membrane à sa surface.
EXP. XIV. Chienne à poil ras de taille moyenne. — Injection dans la plèvre gauche de 600 gr. de sang. — L'animal est tué le quatrième jour. La plèvre gauche renferme 875 gr. d'une sérosité violacée couleur lie de vin et un caillot de 265 gi".
Vascularisation sous-pleurale très exagérée dans toute l'étendue de la plèvre; cette séreuse est partout tomenteuse; traînées fibrineuses à la sui'face du caillot. La plèvre droite renferme 275 gr. de sérosité violacée.
Je dois faire remarquer ici que si une injection de 600 gr. de sang peut être considérée comme très abondante lorsqu'elle est faite à un chien de forte taille, une injection de 250 gr. de sang sera aussi considérable pour la plèvre d'un petit chien gros comme un lièvre par exemple, et les résultats dans ces cas-là seront encore les mêmes.
EXP. XV. Petit chien à oreilles droites gros comme un lièvre. — Injection de 250 gr. de sang dans la plèvre di'oite. — L'animal est tué le troisième jour. Autopsie : 60 c. c. de sérosité sanglante dans la plèvre droite ; caillot non adhérent recouvert d'une mince pellicule tîbrineuse pesant 35 gr. — Vascularisation sous-pleurale et pleurale très exagérée sur toute l'étendue de la séreuse et surtout au niveau de la plèvre médiastine ; 50 c. c. de sérosité sanglante dans la cavité gauche.
EXP. XVI. Petit chien griffon. — Injection de 250 gr. de sang dans la plèvre droite. — L'animal est tué le quatrième jour ; on trouve un petit caillot noir non adhérent, recouvert d'une très mince couche fibrineuse et 70 c. c. de sérosité sanglante noire; pas traces d'inflammation pleurale ; dans la plèvre gauche 25 c. c. de cette même sérosité.
Lorsque la quantité de sang épanchée n'est pas énorme, la sérosité exsudée par le caillot se résorbe peu à peu et le coagulum s'enkyste.
EXP. XVII. Gros chien terre-neuve. — Injection de 250 gri de sang dans la plèvre droite, l'animal est tué le quatrième jour; — plus de sérosité dans la plèvre ; — caillot adhérent au diaphragme et à la plèvre médiastine; il est recouvert par une membrane fibrineuse, élastique, jaunâtre; A sa périphérie, zone vasculaire très accusée; dans le reste de sonétenduej la plèvre est lisse et saine.
EXP. XVIII. Chienne griffonne de taille moyenne. — Plèvre droite, — injection de 33 gr. environ de sang pris dans la veine jugulaire externe. — Plèvre gauche, injection de 33 gr.
Le sixième jour l'animal est tué. — Dans la plèvre droite, petit caillot noir, étalé, gros comme une noix, reliant l'extrémité antérieure du lobe moyen à la plèvre diaphragmatique. Ce caillot pèse 7 gr. 50 cent. Il y a, en outre, dans la plèvre, la valeur d'une cuillerée à café de sérosité. — A gauche, petit caillot allongé et beaucoup plus petit que celui du côté précédent pouvant peser 2 à 3 gr. Ces deux caillots sont recouverts d'une fausse membrane peu épaisse vers leur partie moyenne. — A droite, elle est très épaisse, presque lardacée au niveau du diaphragme et du poumon. En ces points, adhérences, vascularisation excessive de la plèvre correspondante, quelques radicules vasculaires s'étendent même sur la portion épaissie de la néo-membrane.
EXP. XIX. Chien griffon. — Injection dans la plèvre gauche de 280 gr. de sang artériel pris à un chien terrier. — Le chien mange et va bien les jours suivants. Le troisième jour il est assommé. — A l'ouverture de la plèvre gauche, nous trouvons au milieu de 20 c. c. de sérosité noire ne se coagulant point lorsqvi'on l'abandonne à l'air dans un vase, un caillot gros comme une poire et ayant à peu près la forme de ce fruit. Le caillot adhère à la face supérieure du diaphragme, à la paroi pectorale antérieure, au poumon. Ces adhérences sont établies par une fausse membrane élastique qu'il est facile de soulever avec une pince à disséquer, et sous laquelle on peut engager un des mors de la pince, entre le diaphragme et le caillot par exemple. — Au niveau de l'adhérence diaphragmatique,la plèvre est le siège d'une vascularisation très riche. — Les vaisseaux convergent tous vers le point adhérent ; tout autour, état tomenteux et rugueux de la plèvre. Au niveau de la plèvre médiastine, lorsqu'on a détaché le caillot par une traction légère, on constate que le feuiUet de cette plèvre en contact avec le coagulum est le siège d'une vascularisation énorme. Elle apparaît toute rouge, et lorsqu'on détache ce feuillet et qu'on l'étend sur un fond blanc (je l'ai étendu sur le fond d'une cuvette), on distingue à l'œil nu et encore mieux à la loupe une série de houppes vasculaires d'une richesse très grande. Même à la loupe, nous n'avons point trouvé sur la fausse membrane qui recouvre le caillot de traînées vasculaires, et cependant cette fausse membrane présentait sur certains points une réelle épaisseur.
EXP. XX. Petit loulou. — Injection de 160 gr. de sang dans la plèvre droite. — Assommé le troisième jour. — Plèvre droite. Caillot gros comme une petite poire. 95 c. c. de sérosité noire ne se coagulant pas; adhérence du caillot à la plèvre diaphragmatique et costale. —^ Vascularisation très exagérée au niveau des adhérences. A la surface du caillot, fausse membrane élastique fibrinoïde.
EXP. XXI. Petit terrier. — Injection dans la plèvre droite de 150 gr. de sang pris dansla fémorale de la chienne griffonne. — Le chien ne paraît pas s'apercevoir de cette opération. 11 court et n'accuse aucune gène. Le cinquième jour on l'assomme. — Dans la plèvre droite, on ne trouve que
quelques grammes de sérosité rougeâtre. La plèvre est lisse, parfaitement saine. Adhérent au lobe moyen du poumon est un caillot de la forme et du volume d'une petite sangsue. Ce caillot est intimement adhérent, d'une part, à la plèvre médiastine ; de l'autre, il est partout recouvert d'une fausse membrane épaisse de quelques millimètres, qui apparaît nettement dès qu'on plonge le caillot dans l'eau. On peut alors saisir la fausse membrane qui le recouvre, la détacher sur certains points. Dans l'extrémité répondant au poumon, le caillot est noir. A l'extrémité opposée, le caillot n'arrive pas jusqu'à la plèvre médiastine, il y est attaché par une espèce de queue jaunâtre se continuant avec l'enveloppe dont nous venons de parler. Il semble que ce soit l'extrémité inférieure de cette enveloppe très épaissie dont le contenu sanguin a été résorbé.
A l'examen à l'œil nu et à la loupe, nous n'avons point trouvé trace de vascularisation sur cette enveloppe, mais au niveau des points adhérents, surtout au niveau de la plèvre médiastine, est une zone vasculaire qui converge vers lui.
EXP. XXII. Chien boiiledogue de petite taille. — Dans la plèvre droite, injection de 15 gr. de sang pris dans sa jugulaire.
Le troisième jour, injection dans la plèvre gauche de 300 gr. de sang pris dans la fémorale d'un chien griffon. — Le chien, une fois lâché, ne se tient pas sur ses pattes pendant quelques minutes, puis se remet et s'en va en titubant. Le quatrième et le cinquième jour il ne mange pas; il se tient dans sa niche constamment couché sur le côté droit. A partir du cinquième jour jusqu'au dixième, époque à laquelle je le tue, l'animal va très bien. Il mange et se promène. Le dixième jour, le chien est pendu. — A l'ouverture de la plèvre gauche, nous trouvons la valeur d'une cuillerée à bouche de sérosité sanguinolente. La plèvre est parfaitement lisse, iTiais dans un assez grand nombre de points, sur la face convexe du diaphragme et surtout auprès du médiastin, nous trouvons de petits amas jaunes, bruns, aplatis, intimement adhérents à la séreuse. Ils sont du volume d'un pois; le plus gros n'a pas le volume d'une amande. Tout autour d'eux est une zone de vascularisation manifeste qui rayonne de la séreuse vers le centre de la petite masse. Lorsqu'on la détache, à l'aide d'une pince, on découvre la plèvre sous-jacente qui est aussi très vasculaire.