V VAISSEAUX DE LA PAROI CRANIENNE
Lésions des veines du diploé.
Dans la substance spongieuse qui sépare les deux tables des os du crâne se trouvent des veines et serpentent des canaux veineux, canaux de Breschei, à parois compactes existant dans le frontal, le pariétal et l'occipital, et allant s'ouvrir à la surface des os.
Les veines de chaque groupe s'anastomosent entre elles et forment de véritables arborisations. (Pièce 788 du Musée de Clamart.)
Malgré l'opinion des classiques, les vaisseaux du diploé ne nous semblent pas devoir être incriminés comme origine fréquente des hémorrhagies ; nous n'avons pu en trouver qu'une observation probante. — Nous répéterons souvent combien il est difficile dans certains cas de reconnaître non seulement la déchirure du vaisseau, mais même le vaisseau lésé : or ici la recherche porte sur
des vaisseaux d'un petit calibre. — Le diploé est-il mis au jour au voisinage d'un sinus, à un centimètre par exemple (cas de Perrin) du sinus longitudinal supérieur, quelle scrupuleuse attention ne faut-il pas exercer pour affirmer que le sang ne vient pas d'un sinus voisin.
Les injections permettent seules d'apprécier la capacité et la richesse de cet ordre de canaux : elle est peu considérable.
Lorsque, h la suite d'un traumatisme, le diploé est divisé^ le sang infiltré entre les mailles du tissu osseux a une grande tendance à se coaguler : or cette donnée est incompatible avec l'abondance des épanchemeuts sanguins qui sont en dehors de la dure-mère. Enfin, l'observation clinique de tous les instants ne nous montre-telle pas les fractures du crâne indemnes de tout épanchement sanguin, dans l'immense majorité des cas? Or, dans ces faits, les deux tables sont fracturées, et les vaisseaux du diploé rompus.
Telles sont les raisons d'ordre anatomique et d'ordre clinique qui, en l'absence de preuves directes, nous prouvent que les vaisseaux du diploë ne semblent pas intervenir dans les épanchements de sang intra-crâniens.
Lésions de l'un des vaisseaux pénétrants de la base
du crâne,
La veine jugidaire interne et V artère carotide interne traversent le crâne à sa base pour pénétrer dans son intérieur ; ils peuvent donc être rompus dans les traumatismes qui atteignent la base du crâne.
Les rapports de la veine jugulaire interne avec la paroi
I rânienne sont peu étendus : ils sont ceux d'un vaisseau ([ui traverse un orifice, le trou déchiré postérieur; il est vrai que la veine est dilatée en ce point et présente un renflement connu sous le nom de golfe de la veine jugulaire interne : l'adhérence de la veine avec le contour de l'orifice n'est établie par aucun lien fibreux. Chassaignac, dans son mémoire sur l'écoulement séreux qui s'effectue par l'oreille à la suite des fractures du rocher, fait remarquer aussi que le rocher, entouré presque de tous côtés par des affluents sanguins considérables, est de tous les l is du crâne celui sur lequel sont concentrés le plus d'aboutissants veineux. Le golfe jugulaire qui renferme la plus grande masse sanguine à l'état de collection qui puisse se trouver dans le crâne, est dans de tels rapports avec le rocher, qu'une fracture ou un déjettement de cet os peut causer aux parois membraneuses du golfe, de petites ruptures.
Cette minime étendue dans les rapports du contenant et du contenu, cette liberté d'action du vaisseau, sont deux particularités qui expliquent l'immunité de ce vaisseau contre les traumatismes. Mais voici, à notre avis, la raison la plus péremptoire : tous les auteurs qui se sont occupés des fractures du crâne, Aran, Trélat, Félizet, pour ne citer que les autorités dont nous avons besoin, ont fait remarquer que les plus communes des fractures irradiées do la voûte à la base, sont celles qui intéressent l'étage moyen : or ces fractures se propagent habituellement dans la fosse moyenne du crâne, à travers la lame écailleuse du temporal et la grande aile du sphénoïde, pouvant même intéresser le rocher, mais dans ses portions antérieure et 7no7jenne seulement, traversant la selle
turcique quelquefois, pour aller gagner la fosse moyenne du côté opposé ; d'un autre côté, dans les fractures irradiées de l'étage postérieur, on voit les traits de fractures gagner le trou occipital. Par conséquent la veine jugulaire interne, au niveau de sa continuité avec le sinus latéral, ne saurait être intéressée, dans ces fractures par irradiation.
Lartère carolide interne offre des conditions anatomiques opposées à celles de la jugulaire interne. Cette artère, arrivée à la base du crâne, traverse, non plus un orifice, comme la jugulaire interne, mais un canal, canal tortueux, inllexe en forme d'^S italique creusé dans l'épaisseur du rocher : la direction générale de ce canal est telle que dans les fractures perpendiculaires à l'axe du rocher, et dans certaines fractures parallèles à cet axe, il sera rompu. Mais à côté dos fractures du rocher à proprement parler, nous venons de rappeler que cette portion pétrée du temporal est la voie la plus usuelle que suivent, dans les fractures mixtes, les traits de fractures irradiées de la voûte à la base. L'artère carotide interne, dans son trajet canaliculaire, est donc exposée à être intéressée :
1° Dans les fractures du rocher, que les traits de fractures appartiennent à Tune ou l'autre des variétés de fractures du rocher ;
2° Dans les fractures mixtes, par une irradiation fissurique de la voûte à la base.
Cette même artère n'est pas libre dans le canal qu'elle traverse, elle est immédiatement contiguë à la dure-mère qui la sépare de la paroi interne du conduit carotidien.
Mais ce n'est pas seulement par son trajet carotidien que cette artère est liée à l'histoire des épauchements
ï^anguins intra-crâniens. Sortie de son canal, désormais iiitra-crânienne, cette artère affecte des rapports intimes avecle sinus caverneux; elle est logée dans un dédoublement de la dure-mère, compagne parallèle de la veine ijui forme le sinus, protégée par conséquent, d'un côté par la veine, de l'autre, par un feuillet dure-mérien. Ce canal vasculo-fibreux fait suite au canal osseux, le continue : il affecte des rapports, importants à connaître, avec la selle turcique, et avec le sommet de la cavité orbi- [aire osseuse. Ces notions sur le sinus caverneux trouveront en temps opportun leur application (1).
Ces deux gros vaisseaux, veine jugulaire interne et artère carotide interne, échappent, est-il besoin de le dire, en raison de leur situation, aux traumatismes directs.
Ce serait ici le lieu de dire un mot des artères vertébrales et du tronc basilaire qui pénètrent dans le crâne par le trou occipital ; mais comme il n'existe pas une seule observation concluante d'épanchement dû à une déchirure de ce vaisseau, il est inutile d'insister sur les particularités qu'il peut présenter (2).