‹ Des épidémiesChapitre 24 sur 43 · SAISONS · texte numérisé non relu

SAISONS

ZONES ISOTHERSnQtTES ( D’après U Carte de M. Boudin.'.

des

Épidé-

mies.

Printemps, ^

Automne.

Hiver. j

De

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tflo

De

De

Oo

Angine

Choléra Éurop. .

Choléra Indien (1)

Coqueluche (2). .

Croup

Dysenterie . . . .

Ergotisme (3). . .

Fièvre bilieuse (4)

F. catarrhale (5).

F. muqueuse. . .

F. pernicieuse (6)

Miliaire (7) . . . .

Ophtalmie (8). . .

Oreillons

Péripneumonie. .

Peste

Scarlatine (9). . .

Scorbut

Typhus

(1) Une épidémie sans indication de la saison. — (2) Deux épid. sans indicat. isothermique. — (3) Une épid. sans mdicat. isolh. — (4) Deux épid. sans indicat. isolh. — (5) Une épid. sans indicat. isolh. — (6) Une épid. sans indicat. isolh. (7) Sept épid. sans indicat. de saisons. — (8) Une épid. à bord du Rôdeur, sans indic. isoth. — (9) Une épid. sans indioat. isoth.

Influence de la latitude et de la longitude.

M. Boudin a pris pour épigraphe de son Essai de géographie médicale, ce passage de sonTraité des fiè^ i>res intermittentes , qui résume sa doctrine sur l’influencedes climats dans la production des maladies : « De même que chaque pays possède son règne végétal et son règne animal caractéristique; de même il possède aussi son règne pathologique à lui ; il a ses maladies propres et exclusives de certaines autres. »

La fièvre jaune a été observée dans une étendue de 54 degrés delatitude, 3 1 appartenant à lazone torride et 23 à la zone tempérée boréale. Les extrêmes de cette étendue sont, dans l’hémisphère austral, Fernambouc, au Brésil (8“ A), et, dans l’hémisphère boréal, Québec, au Canada (46° B). Quant à la longitude, la fièvre jaune s’est manifestée depuis le 92° de longitude occidentale, à la Nouvelle-Orléans, jusqu’au 8® de longitude orientale, à Livourne, mesurant ainsi un espace de 1 00 degrés longitudinaux : d’où il suit que son domaine comprend au moins 1 ,5oo lieues du sud au nord, et plus de i ,600 de l’ouest à l’est. Ses conditions de latitude et de longitude influent, non-seulement sur l’existence de la maladie, mais encore sur sa gravité et sur le nonibre d’individus qu’elle frappe. Aux Antilles, dans ses grandes irruptions, elle attaque la moitié ou les deux tiers de la population européenne non acclimatée; en Espagne, les sept huitièmes des habitants (Moreau de Jonnès). Mais, aux Antilles, dans les fortes épidémies, presque tous les malades succombent, et dans les épidémies moins graves, la mortalité est; au minimum , de deux ou trois sur cinq. En Espagne, elle s’est bornée au tiers ou au quart des indi-

vidus atteints; d’où il suivrait, suivant la remarque de M. Boudin , qu’aux Antilles, on court, toutes choses égales d’ailleurs, moins de chances d’être atteint et plus de chances de mourir qu’en Europe et dans les latitudes élevées d’Amérique. A Québec, sur 53 militaires atteints de fièvre jaune, 6 seulement moururent.

La grande épidémie de choléra qui a sévi à notre époque, s’est étendue depuis le ai' degré de latitude méridionale (Bourbon), jusqu’au 65° degré de latitude septentrionale, dépassant ainsi de 3a degrés l’échelle latitudinale de la fièvre jaune, et n’a épargné, pour ainsi dire, aucun degré de longitude. Venait-elle d’Asie, et le miasme qui, le a6 aoiit iSaq, fit périr, en la heures, à l’hôpital militaire d’Orenbourg, le soldat russe André Yvanoff, première victime du choléra européen, avait-il franchi les monts Ourals, soit avec les caravanes asiatiques, soit au moyen des courants atmosphériques; ou bien s’était-il produitsur place, à la faveur de conditions qui bientôt allaient devenir communes à la presque totalité de l’Europe, assimilée, contre toute vraisemblance géographique, aux brûlantes et humides contrées, fécondées et à la fois infectées par le Gange? Transportée du fait personnel au fait général , cette question est essentielle, fondamentale. Nous la retrouverons.

La peste, étrangère à l’hémisphère austral et à l’Amérique, occupe, dans l’ancien inonde, un espace compris entre les 29® et 42® degrés de latitude boréale, entre les 35® et 21* degrés de longitude, de l’ouest à l’est. Endémique , en Europe , seulement sur une partie de la côte orientale de la Turquie, elle dépasse rarement, en Égypte, Siout dans la vallée du Nil, Gedda sur la mer Rouge, et, en Asie, elle sévit particulièrement sur la

côte de Syrie et sur une partie de celle de l’Asie minewre, d’où elle remonte quelquefois contre le cours des fleuves.

Les fièvres paludéennes, généralement, diminuent en raison de l’élévation des latitudes, en se conformant aux lignes isothermes plutôt qu’aux parallèles. MM. Begin et Fournier, dans l’article Marais du Dictionnaire des Sciences médicales^ ne manquent pas de noter la gravité croissante des fièvres intermittentes du nord au midi.

Le typhus semble n’appartenir qu’à l’hémisphère boréal, et fuir même, dans celui-ci, les latitudes extrêmes. « Dans les climats froids, et pendant les saisons froides de l’année, la propagation du typhus diminue d’une manière sensible, et finit meme souvent par cesser tout à fait... Le froid est le plus sùr moyen préservatif contre le typhus, et l’usage ou des bains froids répétés de tout le corps, ou des frictions avec la neige, peuvent préserver d'un typhus commençant dans la période d’opportunité, et l’étouffer en quelque sorte dans son germe. » (Hildenbrand, Traité du typhus, traduit par M. Gasc.j On voit, dans ce passage, une preuve de l’étroit rapport qui lie la prophylaxie à l’étiologie^

M. Boudin s’est efforcé d’établir une loi d’antagonisme entre les fièvres de marais et la fièvre typhoïde, et il comprend implicitement le typhus au nombre des premières, dans une catégorie qui embrasserait les fièvres paludiques à type continu. Le typhus traumatique (pourriture d’hôpital) peut, comme nous le verrons, se développer sous l’influence des effluves paludéens; mais à supposer qu’il en soit de même, dans quelques cas

fort rares, du ty|)iiiis proprement dit, règle générale, c’est l’encombrement qui le produit.

Hippocrate se tait sur la rage, et jamais on n’en vit d’exemples en Morée, lors de l’expédition française, quoique les chiens abandonnés, réunis en foule, revenus, pour ainsi dire, à l’élat sauvage, fussent tellement affamés qu’ils déterraient les cadavres de nos soldats pour les dévorer. Étrangère à l’Égypte (Prosper Alinn, Volney, Larrey), à l’île de Chypre, à la Syrie, ce qui explique le silence de l’Écriture sur cette cruelle affection; très-rare au Cap de Bonne-Espérance et dans la Cafrerie; rare en Algérie, où elle existe cependant et où mon collègue et ancien condisciple, le docteur Lelouis, en a observé un cas parfaitement caractérisé sur un chef de tribu; inconnue aux Indes-Occidentales avant 1788; la rage se serait manifestée épidéiniquement à la Jamaïque et à Saint-Domingue, avec une telle intensité, que les chiens arrivant d’Europe en étaient atteints avant le débarquement (Moseley). Quant à l’influence du froid sur la rage, on n’a jamais vu celte maladie dans la partie de • la Russie située au nord de Saint-Pétersbourg.

« C’est seulement entre le 43” et le Sq" degré de latitude boréale cpie se sont montrées les éjiidéinies de suette... et, à ce qu’il paraît, c’est surtout dans les endroits boisés, humides, ombragés, mal exposés, c[u’elles trouvent la facilité de prendre un large développement... » (Requin.)

Influence fie C altiludc.

Les étages des Cordillières reproduisent successivement de haut en bas, dans leurs maladies, le tj^pe phlogistique des pays froids, le type catarrhal des pays tein-

pérés, et le type gastro-hépatique des contrées équatoriales. Nulle part, dans le nord, M. Boudin, qu’on ne se lasse pas de lire et de citer, n’a vu la forme inflammatoire, mieux caractérisée que sur le plateau des Castilles, un des plus élevés de rEuroj)e, et notamment à Madrid. Les fièvres paludéennes, quant à la fréquence etàla giavité, décroissent de bas en haut, comme de l’équateur aux pôles. Mais elles peuvent se montrer à toute hauteur, parce qu’à toute hauteur, des marais peuvent se former. Lorsqu’en 1791, au mois de juillet, Joseph Franck visita, avec son père, le mont Saint-Gothard, ils furent étonnés d’y rencontrer des fièvi es intermittentes. Un moine fit cesser leur étonnement en leur montrant des marais près des sources du Rhin et du Tessin. (Praxeos medicœ universœ prœcepta.)

La fréquence et la gravité de la fièvre jaune vont en diminuant jusqu’à une certaine hauteur, à laquelle cette pyrexie cesse de se manifester. Le 90e régiment anglais , campé à Sainte -Lucie, sur le Morne Fortuné, à 840 pieds au-dessus du niveau de la mer,, y perdit 270 hommes; le 91*, baraqué sur le penchant du morne, en perdit 3i8; et le 89e, établi au pied de la montagne, presque au niveau de l’océan Équatorial , 486. La limite altitudinale de la fièvre jaune n’a rien de fixe; elle est suhordoiinée à la température. .Sur les côtes de la Vera Cruz , elle se trouve à 928 mètres au-dessus du niveau de la mer. M. Schœnlein, d’après ce qu’on vient de lire, n’était pas suffisamment renseigné, lorsqu’il a prétendu que la fièvre jaune ne s’élevait jamais à plus de 5oo pieds.

Quant à la peste, on note l’immunité complète d’un village peu éloigné de Constantinople, et situé à une

hauteur d’environ 5oo mètres; celle d’un point culminant de l’île de Malte, lequel a reçu le nom de Safi (pur); celle de la citadelle du Kaire, etc.; faits qui démontrent suffisamment que la peste subit la même loi de décroissance ascensionnelle cpii régit les manifestations delaf] èvre jaune, et des fièvres intermittentes en général.

En ce qui regarde le choléra , j’ai déjà dit que de grandes élévations ne l’avaient pas arrêté, et l’on pouvait en conclure d’avance, comme le remarque judicieusement M. Boudin, que les grandes latitudes ne l’arrêteraient pas non plus : ce qui a eu lieu, en effet, puisqu’il s’est étendu jusqu’au 65® degré de latitude boréale^, et qu’en novembre i83o, à Moscou, par une température de i6 degrés au-dessous de zéro, il atteignait, dans une seule journée, lao pei’sonnes.

Le typhus, comme le choléra, échappe à la loi qui astreint la fièvre jaune et les fièvres intermittentes. D’après M. Schœnlein, celui de i8 1 4 se serait montré sur les points habités les plus éhîvés des Alpes, en su- • bissant toutefois une ditninution notable, tant pour la fréquence que pour la gravité des cas.

Au nord-ouest de l’Asie , une étendue d’environ 1 8,000 lieues carrées , comprenarit la mer Caspienne et le lac d’Aral , se trouve à ])lus de 97 mètres au-dessous du niveau de l’Océan (Humboldt). Quels sont les effets d’un tel abaissement du sol sur les maladies qui sévissent dans cet immense bassin?...

Le fait pathogénétique de l’altitude se décompose en plusieurs éléments, qui se l apportent : à la température, à la pression atmosphérique , à l’électricité , etc. Quelle est la part de chacun de ces éléments dans les phénomènes qui se rattachent à l’altitude et qui

importent au pathologiste? A coup sûr, l’effet préservateur des grandes altitudes, relativement à certaines affections, est surtout lié au décroissement de la température. On peut l’affirmer en voyant, dans les localités d’une médiocre élévation, l’abaissement de la température, et cet abaissement seul, suspendre ou arrêter définitivement de grandes manifestations épidémiques.

. Influence Je l’habitation.

Les données relatives à cette influence, qui mérite toute l’attention du médecin, se réduisent à ceci : en général, l’insalubrité du domicile, le mauvais entretien des rues, des égouts, etc., favorisent le développement des maladies éj)idémiques.

J’ai eu l’idée de relever, dans l’ouvrage de M. Ozanam, le nombre d’épidémies qui ont sévi dans les différents États , et de déterminer la proportion dans laquelle notre pays a été éprouvé par ces maladies. Voici ce que j’ai trouvé :

La Peste a régné épidémiquement : en Italie, 45 fois ; dans tonte l’Europe, 3 fois; en France, en Italie et en Allemagne, simultanément, i fois; en France, 24 fois; en Allemagne, i4 fois; en Espagne, 5 fois; en Portugal, 6 fois ; en Angleterre, 9 fois; à Constantinople, 4 fois; en Suisse, 2 fois; en Sicile, 2 fois; dans l’Ukraine, i fois ; à Moscou, I fois; en Laponie, i fois; à Malte, i fois; en Dabnatie, 1 fois ;

La Fièi^re jeune : aux Antilles, 17 fois ; en Amérique, 3 1 fois; en Espagne, 8 fois; à Saint-Domingue, 3 fois;

eu Afrique, a fois ; au Mexique, i fois ; au Pérou, i fois; au Brésil, i fois ; en Italie, i fois; en Sibérie, i fois;

La Fièure pernicieuse : en Italie, 9 fois ; en l'rance, 4 fois ; en Allemagne, 10 fois; en Espagne, 2 fois ; à Copenhague, I fois;

Le Typhus: en Italie, 19 fois; en France, i3 fois; en Allemagne, 11 fois; en Espagne, 5 fois; en Angleterre, 5 fois; en Russie, 3 fois, en Autriche, 3 fois ; en Suède, 2 fois; en Prusse, 2 fois; en Belgique, Suisse, Savoie, Irlande, Silésie, Norwége, Danemark, Indes Occidentales et Saint-Domingue, simultanément, i fois;

La Miliaire : en France, a3 fois; en Allemagne, 10 fois; en Angleterre, 3 fois; en Italie, 4 fois; en Suisse, r fois;

La Fièere muqueuse : en Allemagne, 2 fois ;

Fièvre bilieuse : en Italie, 10 fois; en France, 5 fois, en Allemagne, 9 fois; en Russie, 1 fois; en Angleterre, I fois;

La Fièvre vermineuse : en France, 8 fois (surtout en Normandie); en Hollande, 2 fois; en Savoie, i fois: en Danemark, i fois;

La tièvie nerveuse : en Allemagne, 3 fois ; en Italie,

1 fois ; en France, 1 fois ;

La Fièvre catarrhale : en France, 18 fois; dans toute l’Europe, 5 fois; en Allemagne, 19 fois; en Italie, 19 fois; en Angleterre, 8 fois ; en Russie, 2 fois; en Espagne,

2 fois; en Suisse, i fois;

1a\ Fièvre angéioténique : en Sicile, 1 fo s; en France, 2 fois; en Suisse, i fois ; en Portugel, 2 fois;

J.e Scoibid : en Italie, i fois; en Allemagne, i fois; en Angleterre, 1 fois; en Norwége, 1 fois; en Croatie, I fois; en Russie, i fois;

La Coqueluche : en Allemagne, 3 fois; en Ilalie,

2 fois ;

V Angine gangréneuse : en France, 8 fois ; en Angleterre, 3 fois; en Portugal, 2 fois; en Italie, 3 fois; en Allemagne, 3 fois; en Espagne, 1 fois; en Suisse, 1 fois; en Suède, i fois ;

Le Croup : en Italie, 2 fois; en Allemagne, 3 fois; en France, i fois;

Ophtalmie en Italie, 4 fois; à Lisbonne, 1 fois; en Allemagne, 3 fois;

Les Oreillons : à Florence, très-souvent ; en Italie, 4 fois; en Écosse, 3 fois; en France, 3 fois; à Copenhague, I fois ; à Istria, i fois.

On le voit, il s’en faut que la France ait été épargnée. Je ne me fais pas illusion, du reste, sur la valeur de ce document. Il n’est qu’approximatif. C’est une ébauche. En si peu de temps, je n’ai pu réunir et analyser convenablement les matériaux nécessaires à la construction d’un pareil tableau. Ce sera peut-être un indice pour un antre écrivain qui aurait plus de loisir.

Je termine ici ce long chapitre sur l’influence des circunifusa dans la production des épidémies. J’ai jugé à propos de le faire suivr e de quelques considérations sur une manifestation morbide très-commune en France, et à l’égard de laquelle mes idées sont faites depuis longtemps. Ces idées, je les ai puisées dans l’enseignement d’un médecin dont le nom durera autant que la grande édition des œuvres hippocratiques de M. Littré, qui lui a fait une si belle place dans son Argument du 3' livre des Epidémies i d’un observateur profond et sagace, qui fut un de mes premiers maîtres, et qui, depuis longues années déjà, me garde une amitié dont je suis fier : je

parle de M. Maillot, le restaurateur de la doctrine fondamentale des fièvres pseudo-continues.

I.a maladie, au sujet de laquelle je me permets cette digression, n’est autre que la fièvre catarrhale, que je suppose liée aux vicissitudes physiques [de l’atmosphère, sans méconnaître toutefois les raisons sur lesquelles ou a cru pouvoir s’appuyer pour la considérer comme étant d’origine miasmatique (i).

APPENDICE AU CHAPITRE I. — Considérations sur la fièvre calarrliale.

Au nombre des épidémies les plus communes, les plus générales, le plus souvent bénignes, quelquefois graves, se rangent les affections catarrhales ^ qui, voisines des phlegmasies, eu diffèrent cependant par des caractères assez tranchés, pour que les anciens en aient fait une classe à part ; spécification éminemment pratique, à laquelle cpielqucs modernes sont revenus et parmi eux, un des premiers, M. Maillot, qui a exercé pendant longtemps les fonctions de médecin en chef de l’hôpital militaire, à Lille, où ces affections se montrent en grand nombie, à raison de la constitution atmosphérique.

Qu’esl-ce donc que la fièvre ca/(3/rùa/e , et réunitelle bien les caractères généraux (Wmefiècre?

I^es modernes l’avaient confondue avec la bronchite ; et cependant pour ie praticien quelle différence! La bronchite est une maladie essentiellement locale. Elle débute par une altération locale; se révélé d’abord par des symptômes locaux; s’accompagne de phénomènes qui

(0 A. Saint-l’clei'sljourg, le 2 janvier 1781, le lliermomèlre de Fareiilieit qui la veille éiait à 35 degrés au-dessous de zéro, était remonté à 5 degrés au-dessus. Le lenilemaiii, quarante mille personnes lurent attaquées d’une épidémie, la fièvre eatarrliale.donl le règne fut éphémère (Ozanam).

dénotent une phlegmasie franche, et augmente, à ce titre, la fibrine dans le sang, comme l’indiquent l’analyse chimique et la formation de la couenne dans le sang des saignées.

Avez-vous cette marche dans la fièvre catarrhale"^ Non , ce sont les symjatômes généraux qui ouvrent la scène. Les symptômes locaux ne sont que secondaires, et ils sont incomplets. L’inutilité frécpiente des antiphlogisticjues, leur effet nuisible dans un grand nombre de cas, repoussent ici l’idée de phlegmasie : fait pratique, que l’absence de )a couenne dans les saignées l’évèle en meme temps à l’observateur.

La maladie débute par des horripilations, par des frissons; une fièvre intense se déclare, puis survient de la toux , et se manifestent les signes d’un embarras gastro-intestinal. Souvent ces derniers phénomènes devancent les symptômes bronchiques. Mais, comme, dans la généralité des cas, ceux ci deviennent prédominants, ils font donner à la maladie le nom de bronchite. Fausse dénomination ! fausse idée ! l’affection bronchique n’est que la localisation d’un état général. I! y a eu d’abord une fièvre ; la lésion des bronches n’est venue qu’après. La localisation, comme on en voit de nombreux exemples dans lesépidémistos, au lieu de se faire sur les organes respiratoires, s’opère quelcjnefois exclusivement sur la muqueuse digestive :d’où certaines fièvres pituiteuses. D’autres fois les symptômes locaux prédominants émanent à la fois du cerveau et de la membrane gastrointestinale : d’où certaines fièvres malignes pituiteuses ou muqueuses. Souvent, ce sont des douleurs rhumatoïdes dans les membres et sur le tronc : d’où la fièvre rhumatique des Allemands.

Ainsi, comme clans les lièvres éruptives, comme clans la fièvre typhoïde, généralisation des symptômes, antérieurement à l’altération locale : symptômes qui ne sont pas en rapport avec la nature, le degré et le siège de cette altération ; enfin , proportion normale de la fibrine, si même cette proportion ne diminue pas: voilà, si je ne me trompe, les caractères essentiels de ce que, dans l’état actuel de la science, on appelle une fièvre. »

Ces idées sont suranées; mais on y revient à bon escient. Voici ce c^ue nous lisons, sur ce sujet, dans un ouvrage publié il y a peu de mois ; -c Si on veut juger à « quel point l’élément nerveux prime le plus ordinai- « renient clans ces fièvres l’élément sanguin et plastic[ue, « on n’a cpi’à fixer son attention sur ce qui se passe « dans l’appareil resjiiratoire. L’oppression est considé- « rable ; les douleurs thoraciques angoissantes et into- « léraLdes, le malaise dyspnéique extrême, la toux forte <r et fréc{uente. . Si on ausculte, on ne perçoit rien, « pas meme, bien souvent, le bruit d’expansion pulmo- « naire. » (Trousseau et Picloux) Et plus loin : «Dans « un troisième degré, la fièvre catarrhale peut prendre « une telle intensité, et la matière du catarrhe être si « abondante c[u’elle se jette, comme on dit, sur cer- « tains parenchymes , y forme des infraclns quasi-in- « flammatoires, des congestions mucoso-sanguines nom- « mées phlegmasies fausses ou bâtardes, et qu’elle place « ainsi les malades clans une situation très-fâcheuse. « Alors, tout en conservant ses caractères spéciaux, l’af- « fection se trouve accompagnée : i° de congestions « cérébrales caractérisées par un gonflement considéra- « ble de la face, une céphalalgie atroce et quelquefois

« du délire; 2® assez souvent aussi de péripneumo-

« nies profondes, centrales..... Quelquefois ce sont des « névralgies, vrais catarrhes des nerfs, des rhumatismes « musculaires ou catarrhes des muscles , des angines O légères , des irritations conjonctivales et jusqu’à des « rhumatismes articulaires très-mobiles , des efflores- « cences érythémateuses à la peau, etc.; puis, dominant « tous ces phénomènes locaux, une fièvre plus ou moins « intense, coupée de temps en temps par des frissonne- « ments irréguliers, w ( Ibid.)

N’est-ce pas aussi de la sorte que procèdent la grippe et la bronchite capillaire? N’y a-t-il pas, dans les deux, apparition préalable des phénomènes généraux?

Notons bien aussi que, dans ces trois affections, la fièvre est ordinairement rémittente au début, quelquefois même intermittente, comme il est arrivé dans la bronchite capillaire de Nantes, où l’on a été conduit un instant à supposer l’existence d’une fièvre intermittente pernicieuse.

On comprend tout de suite la différence que doit apporter dans le traitement, cette manière de considérer la fièvre catarrhale. Au lieu de se borner à combattre l’altération locale, on s’adresse à l’état général, sans négliger toutefois les indications que fournissent les localisations. Loin de là, il faut veiller attentivement anx congestions, toujours plus ou moins voisines d’un état phlegmasique, lui-même plus ou moins intense, plus ou moins caractérisé. Au printemps, par exemple, les localisations sont plus décidément inflammatoires, et elles réclament l’emploi assez large des antiphlogistiques. Si l’hiver a été froid et sec, la phlegmasie est encore plus intense, et une vraie bronchite peut se dé-

velopper : ce qui s’annonce par l’intensité des râles, par leur étendue, par l’apparition de la couenne. A l’au tomne, après les grandes clialeurs de l’été, les troubles du système nerveux, l’ataxie, sont plus à crainrlre. Les saignées ne seront plus conenneuses : si vous y revenez, TOUS développerez des symptômes formidables. Attaquiez l’état général par les évacuants : les vomitifs d’abord. Donnez des boissons émollientes, légèrement diaphorétiques. Si le système nerveux est surexcité, administrez l’opium, vite et à doses non exagérées.

Un point essentiel du traitement, lorsque la fièvre du début aune marche rémittente bien dessinée, c’rst l’administration immédiate du sulfate de quinine. Par là fous préviendrez les redoublemenis, qui congestionnent si fortement le poumon et finissent par donner lieu à ces pneumonies, surtout à ces bronchites capillaires, si redoutahles, quoique toujours secondaires; par là vous préviendrez aussi ces congestions cérébrales, qui jettent le malade dans le délire, dans le coma, et le conduisent à la mort, à travers l’ataxie et l’adynamie, tout comme dans les formes graves de la fièvre typhoïde; sans que, à l’autopsie, on trouve une altération quelconque des follicules de l’intestin.

« Sur 5a épidémies catarrhales, la saignée fut utile « dans dqjditM. Ozanam ; inutile dans 3 et nuisible dans « lo. » Les modernes, je crois, sont encore moins favorables à ce moyen. Elle est à peu près proscrite du traitementde Xdigiippe ; on nel’euiploie cpi’avec la plus grande réserve dans la bronchite capillaire. Les médecins qui pratiquent danslespays froids et humides, où règne la fièvre catanhale, sont très-sobres de déplétions sanguines. « Elles mettent oromptement alors à découvert, et dé-

« sonnais sans contre-poids, un état nerveux alarmant, « du délire, de l’ataxie, delà prostration, du refroidis- « seinent, des nausées, de la dyspnée et un commence- « ment de période asphyxique. Cela avait été observé « très-souvent par les épidémistes des siècles derniers, « avant qu’il nous fut donné d’en être nous-mêmes les « témoins pendant l’épidémie de grippe qui, à Paris et « dans presque toute la France, précéda de fort peu de «temps, en i832, l’invasion du choléra asiatique.» (Trousseau et Pidoux, t. 1, p. âqS )

Tl y a quelques années, ces idées n’auraient eu aucune chance d’attirer l’attention, parce que l’on avait rattaché toutes les pyrexies à la fièvre typhoïde. Aujourd’hui que l’on est revenu à des idées plus justes; aujourd’hui que, sans parler du typhus fevei\ on admet tout au moins la sjnoque simple, il y a toutes chances pour qu’elles soient acceptées.

Endémiques dans certaines localités, les fièvres catarrhales se montrent sous la forme de petites et de grandes épidémies. La grande épidémie de 1 7 33 continua à exercer ses ravages en 1 784, > 735, 1 736 et 1 737, en commençant à parcourir les paysdu nord-est de l’Europe, et en s’avançant progressivement vers le sud-ouest. Celle de 1729 et 1730 parcourut la Russie, la Pologne, la Hongrie, l’Allemagne, la Suède, le Danemark, la France, l’Angleterre et l’Espagne. Celle de 1 732 , après avoir sévi en Europe, se déclara d’abord dans la nouvelle Angleterre, s’étendit vers le sud aux Barbades, à la Jamaïque; puis tournant vers le sud-ouest, elle se répandit au Pérou, au Mexique, portant avec elle le même caractère qu’elle avait eu en Europe. Celles de i5io, i58o, 1730, 1734,

1762 et 1775 parcoururent successivement les diverses régions des deux continents.

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