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CHAPITRE II. — Influence des ingesta

Est-il bien vrai que, dans plusieurs départements de la France, l’usage du seigle ergoté soit général, et qu’on n’en voie pas résulter d’accidents? Il est plus certain que le seigle ergoté donne lieu à une ivresse comparable à celle des fumeurs d’opium ; qu’il amène à la longue des troubles profonds de l’innervation; qu’il ralentit le mouvement circulatoire; et, n’y eût-il que son action sur les fibres contractiles de l’utérus, ce serait assez pour donner à penser qu’une substance aussi énergique ne saurait être impunément employée à titre d’aliment. Je ne puis que m’étonner, je l’avoue, de l’innocuité attribuée à l’usage habituel du pain fait avec la farine de cette céréale contaminée, surtout quand je me représente les épidémies qui se sont produites, en grand nombre, sous l’influence de l’ergot.

César, Galien , parlent de maladies attribuées à des grains altérés. Mais voici des faits : en 1 556, dans le Brabant; en 1569, dans la Hesse, une épidémie fut occasionnée, au rapport de Rambert Dodonæus, par des grains corrompus venant de la Prusse. Une autre épidémie, qui se déclara en 1698, dans l’évéché de Cologne, la Hesse et la Westphalie, fut imputée à la mauvaise qualité des grains et à l’usage des champignons. Dans l’automne de tbqS, une épidémie, qui sévit parti-

culièrement sur les pauvres, régna dans les cantons de la Forêt-Noire, et s’étendit aux chevaux et aux bêtes à cornes : on lui assigna pour cause Tusage du seigle ergoté. En 1722, une autre épidémie, due, suivant Schober, au seigle ergoté, mêlé d’ivraie, affligea les habitants de Moscou et de Nisnei-Novogorod, à l’exception des personnes qui purent manger du pain fait avec de la faHne de bonne qualité. Nouvelle épidémie en 1736, dans toute la Silésie : on en accusa les intempéries et le blé ergoté ; les gens qui avaient une bonne nourriture n’en furent pas atteints. Même épidémie, en 1741» dans la marche de Brandebourg, et surtout dans le Stendall et le Havelberg, au delà de l’Elbe ; même cause : « Les expériences qu’on fit à ce sujet ne laissèrent aucun doute. » L’épidémie reparut en Suède, l’année suivante, et attaqua surtout les paysans qui mangeaient du pain de seigle nouveau. A l’occasion d’une autre épidémie, il est dit que les gens pauvres, qui se nourrissaient de seigle et d’orge, en furent seuls attaqués. Dans celle de Zell (1771)» observée par Taube de Goettingue , on trouva une once d’ergot sur une livre de seigle battu et nettoyé : Taube traita 600 malades, dont 97 moururent. (Ozanam.) Les faits qui précèdent sont relatifs à Xergotisme convulsif, première variété du Raphania, dont la seconde variété est V ergotisme gangréneux. Celui-ci régna en 1650-70-74, en Guyenne, en Sologne, dans le Gâtinais, et principalement à Montargis. Les pauvres seuls furent atteints ; le seigle était surtout actif quand il était nouveau. Vers juin 1690, à Finale, après des pluies et des inondations considérables , les blés furent ergotés ; une épidémie spasmodique et gangréneuse sévit, et pins de 3oo personnes moururent. Les chiens,

les bœufs, les porcs, les abeilles et les vers à soie souffrirent beaucoup. Après le rude hiver de 17,09, une épidémie gangréneuse se manifesta aux environs de Blois : le seigle qui l’avait occasionnée contenait, diton, près d’un quart d’ergot. Les cantons de Berne, de Zurich et de Lucerne subirent le même fléau eu I 7 1 5-1 7 16 : «Ceux qui n’avaient mangé que peu de pain de seigle ergoté en furent quittes pour quelques vertiges et comme un état d’ivresse, surtout s’ils avaient mangé le pain encore chaud (1). » Cette même maladie ravagea la Sologne, en 1747 ^ « Les doigts des pieds se détachaient de leurs articulations, et successivement le métatarse, le pied, la jambe et le fémur, qui se séparait de la cavité cotyloïde. » Ce qui suit est à peine croyable : « Les extrémités supérieures se détachaient de même, et l’on vit des malheureux n’ayant plus que le tionc, vivre néanmoins plusieurs semaines encore; car les séparations avaient lieu sans hémorragie. » Une épidémie du même genre, succédant à la guerre et à une épizootie, ravagea les environs de Lille, vers le milieu de l’été de^ 1749; les pauvres des campagnes en furent seuls attaqués.

Que de témoignages ! Est-il possible de douter? Mais comment un fait si commun autrefois, a-t-il cessé de se produire? A quelles circonstances faut-il l’attribuer?

(1) « Le symptôme le plus commun qui se manifeste chez ceux qui mangent du pain de seigle ergoté, c’est un enivrement auquel se complaisent ceux qui l’éprouvent. Cet enivrement, tout à fait semblable à celui que procurent les boissons alcooliques, s’accompagne de gaîté, et n’est suivi d’aucun de ces symptômes de dégoût et de malaise qui surviennent après l’ingestion d’une grande quantité de liqueurs fermentées. Les paysans savent très-bien qtie les phénomènes qu’ils éprouvent sont dus au pain qu’ils mangent, et, loin de les dégoûter, ils s’en font une habitude, comme les fumeurs et les mangeurs d’opium.» (Troussseau et Pidoux). —

« Dans les élés froids et humides, les épis de seigle con tierment une énorme quantité d’ergots, et lorsque le blé a été battu, les paysans, avant de le faire moudre,, n’enlèvent que les ergots les plus gros, et le reste va au moulin avec le bon grain. Le pain , pendant toute l’année, est fait alors avec du seigle ergoté, et c’est l’aliment qui entre pour la plus grande portion dans la nourriture des habitants de la campagne ( cela dans six ou sept départements) » (Trousseau et Pidoux ). Il y aurait là quelque chose d’incompréhensible si l’on n’était autorisé à penser que les paysans de nos jours font peut être mieux que d’enlever seulement les plus gros ergots, tandis que, probablement, et cela est important à noter, leurs devanciers laissaient les gros comme les petits dans le grain à moudre.

M. Ozanam suppose c|ue le raphanistrum , cjui croît parmi les seigles et l’orge (surtout dans les champs sablonneux) , rarement dans le froment, donne lieu à l’ergotisme convulsif ; que l’ivraie (ainsi nommée à cause de sa propriété enivrante ou stupéfiante) cause simplement un engourdissement et des vertiges, comme les liqueurs fermentées; que l’ergot produit l’ergotisme gangréneux ; enfin, que le mélange de ces substances a dû occasionner l’épidémie de Lille (1749)5 décrite par Boucher^ et qui offre l’ensemble des accidents des deux ergotismes.

Pour quiconque a vu des artérites oblitérantes, la nature de l’ergotisme gangréneux n’est point un mystère. J’ai observé un cas de cette espèce d’artérite dans le service de M. Gerdy, à la Charité. C’était sur un jeune homme de a3 ans, dont le régime avait toujours été sain , qui fut pris de douleurs atroces dans les jambes et d’un refroi-

dissement extrême de ces parties. On leslui repassa avec un fer chaud sur un linge, et quand on découvrit les jambes, après cette manœuvre, elles étaient noires. Il mourut en pleine counaissance, et c’était un horrible spectacle d’assister à la lutte effroyable du cœur contre les caillots, qui, sous l’influence de l’inflammation propagée des vaisseaux au centre circulatoire, tendaient à se former dans son intérieur. Dans l’épidémie de Lille, Bouclier nota qu’il survenait des syncopes, avant-coureurs de la mort.

Il existe une autre raphania : celle que le docteur Guerrescbi, cité par M. Théophile Roussel, a appelée 7?iaïztica, attribuée à l’usage alimentaire du maïs et qui n’est autre que la pellagre. De fortes raisons militent en faveur de cette étiologie; M. Roussel les a exposées avec un véritable talent. Mais comment le maïs agiraitil? serait-ce en vertu d’une maladie de ses grains? M. Balardini donne le nom de verdcrame (vert-de-gris) à une production fongoïde, rangée gar M. Cerati dans le genre de Linr b, sous la désignation spé-

ciale de sporisorium maydh, production qui attaquerait le maïs après la récolte, dans les greniers, et à laquelle il devrait ses propriétés malfaisantes. On bien , l’alimentation presque exclusive avec le maïs serait-elle nuisible, purement et simplement, en tant qu’alitnentation insuffisamment azotée et invariable? Ou, enfin, ces deux modes d’action se combineraient-ils ? Il n’y a encore rien de précis à cet égard. En tout état de cause, il faut tenir grand compte de l’altération remarquable,» signalée par M. Balardini. Elle tendrait à établir entre les ergotismes et la pellagre une parenté ériologique, implicitement énoncée dans le nom donné par M. Guer-

reschi à cette dernière affection. Je ne puis que renvoyer au beau livre de M. Roussel pour de plus amples détails. {De la pellagre ; de son origine, de ses progrès, de son existence en France ; de ses causes et de son traitement curatif et préservatif, avec cette épigraphe, judicieusement empruntée au traité hippocratique de X Ancienne, médecine : Je crois fermement que tout médecin doit étudier la nature humaine, et chercher soigneusement, s’il veut remplir ses obligations, quels sont les rapports de Tlumme avec ses aliments, avec: ses boissons, avec tout son genre de vie, et quelles influences chaque chose exerce sur chacun).

Dans l’épidémie d’acrodynie, on accusa successivement le pain, le vin, l’eau, le sel même, le lard, les pommes de terre; mais, comme Dance l’a fait remarquer après d’autres, « si ces aliments ou boissons eussent été capables de déterminer une pareille épidémie chez les soldats casernés en particulier, on aurait dû l’observer dans toutes les casernes de la capitale; car la nourriture y est la même et sort des mêmes magasins. A l’hospice de Marie-Thérèse, les boidangers et autres fournisseurs ayant été changés , l’épidémie n’en attaqua |ias moins de nouveaux sujets, tandis qu’elle respecta les personnes du voisinage cjui se nourrissaient d’aliments pris chez les mêmes fournisseurs. » Voilà une épidixie dans une épidémie.

Un fait, inséré dans les Annales de la chirurgie française et étrangère et emprunté à un journal italien , montre que l’usage de la viande d’un animal mort du charbon peut donner lieu à des accidents généralisés dans une population restreinte. Voici un fait d’un autre genre, extrêmement curieux.

A la fin (le i833, le 5y® régiment de ligne fut désigné pour faire partie de l’armée d’observation réunie sur les frontières d’Espagne, et pi il ses cantonnements dans le pays des Bascpies de la Soûle, au milieu d’une population énergique , agile, saine et robuste, qui doit ces avantages à la beauté du climat, à une alimentation abondante, rendue excitante par l’addition non ménagée des épices, à l’usage modéré des boissons spiritueuses, à l’habitude de l’exercice contractée dès l’enfance. Là, les maladies internes sont rares relativement, et d’une marche rapide , franchement aiguë. La vie s’épanouit à la surface tégumentaire: d’où la manifestation commune des érysipèles, phlegmons, furoncles, anthrax, hémorrhoïdes, etc.; d’où aussi peut-être l’extrême rareté des épidémies graves dans cette partie de l’arrondissement (leMauléon, et delà non-apparition du choléra en (832. Disséminés dans des villages et des maisons isolées, où ils respiraient un air vivifiant ; libres d’aider les habitants dans les travaux des champs; admis à leurs fêtes , à leurs exercices, les soldats se trouvèrent placés, après un certain lenqis, dans des conditions de santé analogues à celles de leurs hôtes. L’état sanitaire du régiment devint florissant. Il y avait peu de maladies, et celles qui se présentaient étaient éphémères. Le surcroît d’énergie vitale dont les soldats étaient animés, fut d’abord contenu par le froid del’hivei ; mais, à l’approche du printemps, il s’opéra, du centre à la circonférence, une réaction qui eut pour effet la production successive, dans l’ordre suivant , d’éruptions dartreuses, déboutons hémorrhoidaux, d’érysipèles à divers degrés, d’abcès dans plusieurs parties du corps, notamment aux membres, de furoncles, d’anthrax, de quelques char-

bons, et delà tendance de cer taines inflammations phlegmoneusesàse compliquer de gangrène. Mais, de toutes ces lésions, aucune ne fut plus commune que les tumeurs inflammatoires des mains connues sous le nom de panaris, qui fuient très-gi’aves. Il s’en présenta 53 cas ilu mois de mars au mois d’octobre i834, ainsi répartis •. k Và main, 7 à l’avant-bras , 2 au bras(i). .\ucun ne se termina par résolution; 3 furent suivis de gangrène, 3 de carie, 7 de la gène ou de la perte des mouvements des doigts ou d’autres parties de la main. En i835, sous l’empire des mêmes circonstances, retour prévu de la même affection, dont on observa 48 cas, également du mois de mars au mois d’octobre. De ces 48 phlegmons, 4o présentèrent à la main, 5 à l’avantbras, 3 au bras. (Total des deux années : loi.^ Cette fois, dans 27 cas, l’inflammation se termina par résolution, et dans aucun il n’y eut de suite fâcheuse : ni gangrène, ni carie, ni adhérences ou rétractions. M. le docteur Martin , l’habile et judicieux chirurgien-major du corps, historien de cette double épidémie, convaincu, par l’expérience de la précédente année, de l’inefficacité de la méthode antiphlogistique, lui substitua, en i835, le traitement par les onctions mercurielles réitérées, suivant la méthode de M. Serres d’Alais, modifiée. On trouvera le récit plus circonstancié de ces faits, avec des détails essentiels sur le traitement, dans le tome T^VIT du Recueil des mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie mililaires.

Voici donc un cas dans lequel les "c.s/a et \es circu/nfusa se joignirent aux ingesla pour produire une mani-

(1) Pour les classiques contemporains, le panaris est exclusivement le plilegmon des doigts.

festaiion épidémique extrêmement curieuse. « On a révoqué eu doute, dit M. Bégin, que le panaris puisse être produit par des causes internes, nous l’avons vu, semblable en cela au furoncle, se développer et se multiplier pendant longtemps sur plusieurs sujets affectés d’irritations saburrales des premières voies, et ne céder que lorsque les viscères digestifs étaient revenus â leur état normal. Ravaton l’avait déjà observé se répandant, à la manière des épidémies, parmi les soldats de la garnison de Landau, et des exemples du même genre se sont plusieurs fois renouvelés depuis. »

L’usage immodéré du sel marin, la nourriture exclusive, pendant longtemps, avec des viandes salées ou fumées, la privation de végétaux frais, ont été rattachés à l’étiologie du scorbut épidémique. Quant au sel marin, Lind affirme, au contraire, avoir administré, avec succès, l’eau de mer à des matelots affectés de scorbut.

D’autre part, on a vu maintes fois des équipages se maintenir en bon état, quoiqu’ils n’eussent pour toute nourriture que des viandes salées et fumées, du biscuit et des légumes secs; et, au contraire, on a vu des équipages devenir scorbutiques, bien qu’approvisionnés de viandes et de légumes frais.

Ce n’est pas à cause du sel que les viandes ou les poissons conservés sont nuisibles. Ils le sont, dit Fodéré, parce qu’ils contiennent peu de matière nutritive, et qu'associés souvent avec du biscuit et des légumes de mauvaise qualité, avec de l’eau corrompue, ils ne forment pas un aliment suffisant pour des hommes assujettis à de rudes fatigues, dont le sommeil est presque toujours interrompu. La disette de bons aliments, jointe à un travail forcé, est une des causes les plus

fréquentes du scorbut , à moins qu’on n’y supplée par des liqueurs fermentées, surtout par l’usage d»i vin(Fodéré).

Si l’on considère la vive appétence des scorbutiques pour les légumes frais, l’avidité avec laquelle ils s’en repaissent après une longue privation; si l’on réfléchit que les jardins sont l’objet constant de leurs rêves; que les fruits et les légumes verts ont des effets presque miraculeux dans le traitement du scorbut; si, dis-je, on s’inspire de ces circonstances, on sera porté , avec Fodéré et d’autres auteurs , à considérer, comme une des causes possibles de celte maladie, la privation absolue d’aliments végétaux frais.

Toutefois , le remède devient cause de maladie, si l’économie s’y confie exclusivement pour sa sustentation.

Le scorbut attaque fort souvent les équipages indiens, qui ne se nourrissent guère que de riz. « Nous l’avons vu, le professeur J. -P. Franck et moi , pour ainsi dire endémique dans les rizières de la Lombardie et du Piémont, ainsi qu’on le voit dans la Bresse inondée et dans la Sologne: il régna épidémiquement en Allemagne, dans les années 1771 et 1772, époque où un grand nombre d’hommes furent obligés de ne vivre que de légumes, de racines et d’écorces d’arbres; et la même maladie affligea grand nombre de pauvres gens en France, dans les années de disette de 1812, 1816 et 1817, où l’on voyait dans les champs les hommes disputer les plantes sauvages aux herbivores. Une observation m’a fourni, à ce sujet, une preuve incontestable; il s’était établi, en 1816, dans les montagnes du Rove ( rochers sur la Méditerranée, à 4 lieues de Marseille ), une espèce d’ordre de la Trappe, où l’on ne vivait que

de racines et d’herbages cuits, simplement assaisonnés avec du sel , en même temps que toutes les heures du jour étaient employées à travailler à la terre et à prier. Un jeune novice, paysan des environs, me fut présenté un jour par le chef de cette maison, ayant les jambes engorgées, le visage blême et gonflé, les glandes maxillaires dures et tuméfiées, les gencives saignantes et affectées de plusieurs ulcères qui répandaient une fort mauvaise odeur. Son supérieur m’apprit que, six mois auparavant, époque de son entrée, ce jeune homme était très-fort, et qu’il était tombé insensiblement dans l’indolence, et l’état où je le voyais. J’attribuai sa situation à la vie dui’e qu’il menait, et au défaut de nourriture suffisante; j’ordonnai par écrit (car cette formalité était nécessaire pour la règle) que le novice fût mis à l’usage de la viande, du vin, du linge, etc., eu même temps que je prescrivis quelques remèdes antiscorbutiques; ce qui fut suivi à la rigueur pendant trois mois, an bout duquel temps, ayant été visiter cette maison, je trouvai mon malade entièrement rétabli (Fodéré). » J’ai reçu souvent dans mon service, au Val de-Grâce, des scorbutiques venant des prisons militaires de Paris , où le froid, ledéfaut de lumière, le défaut de mouvement, mauvaise nourriture, expliquent, et le développement du scorbut, et la production de la cachexie tuberculeuse. C’est de là que me sont venus aussi deux cas remarquables d’une maladie qu’on avait crue particulière à l’enfance et que j’ai, le premier, décrite chez, l’adulte : la gangUo-phyrnie bronchique ou tuberculisation des ganglions bronchiques ; phthisie bronchique de quelques auteurs. (Voir mon mémoire publié dans notre recueil de Mem. de méd. mil. et le rapport de M. Piorry,

tlans le t. i3 du Bulletin de C Académie de médecine.')

Je prends le passage suivant, relatif à l’influence de l’alimentation sur la production du scorbut, dans le discours de tin d’année que je prononçai le 28 novembre 1847 au Val-de-Gràce , alors hôpital militaire de perfectionnement : « Le scorbut régnait dans le camp de rOued-Srnendou , à 10 lieues de Constantine. M. Bossard , chargé du service médico-chirurgical du camp, provoqua des mesures hygiéniques, dont le résultat fut d’arrêter l’épidémie. Mais bientôt elle sévit de nouveau, et notre collègue était dans une grande perplexité, lorsqu’il porta son attention sur l’entretien du troupeau qui fournissait la viande de la troupe. Dés lot s , la cause principale de l’épidémie fut trouvée. On alloua du foin pour la nourriture des bœufs, on les parqua convena blement, et le scorbut disparut du camp; il disparut sans retour, tandis que, les années précédentes, il n’avait jamais manqué de faire des victimes. »

A Paris, pendant les chaleurs d’un été exceptionnel, il y ent une sorte d’épidémie parmi les personnes qui avaient l’habitude de prendre des glaces. Le public s’en é/nut, et l’autorité ordonna une enquête. Une commission , qui comptait au nombre de ses membres MM. Orfila et Marjolin, examina avec un soin minutieux les ustensiles et ingrédients employés à la fabrication des glaces dans les établissements les plus suspects, et ne put rien découvrir ; en sorte qu’on dut attribuer les accidents observés à la seule action des boissons, en tant que glacées.

« Ces effets des boissons froides sur les hommes qui ont souffert de la soif, de la chaleur et de la fatigue, dit le savant M. Guérard , dans l’article Eau du Diction-

naire de Médecine , oïit d’ailleurs été observés de tout temps. « Alexandre, dit-il, d’après Quinte-Curce, perdit plus d’hommes surles rivesde l’Oxus que ne lui en avait coûté aucune bataille. » Reste à savoirs! ce dernier fait, en particulier, est légitimementimputableà l’ingestion de l’eau de l’Oxus j)ar les soldats du Macédonien. Les bords de l’Oxus, aujourd’hui l’un des deux Djihonn, n’étaient probablement pas exempts de marécages, opinion d’autant plus fondée, cpi’on a lieu de présumer cpie ce grand fleuve se jetait autrefois dans la mer Caspienne, au lieu de se perdre, comme aujourd’hui, dans le lac d’Aral. En se déplaçant ainsi, il a dû nécessairement laisser à nu successivement des terrains limoneux et fermentescibles.

En 1757, t,6oo individus furent traités dans les hôpitaux de Toulon, et dans les environs, pour une dyssenterie reconnaissant pour cause l’usage du vin qui avait été fait avec le mauvais raisin de i'j55.

Il n’est certainement pas déraisonnable de penser qu’il pourrait y avoir un rapport enti’e les manifestations épidémiques cpii sévissent à intervalles si rapprochés, tant sur l’espèce humaine que sur les animaux, et ces grandes épip/ij-ties que nous voyons s’atla([uer à tant d’espèces végétales.

« Les animaux carnivores, dit M. Dumas, mangent les herbivores et trouvent tout formés dans ceux-ci les principes (pii constituent leur corps, ou du moins des principes très-analogues, et que les plus légères modiheations amènent à l'état nécessaire pour la formation des organes. Les herbivores mangent des végétaux, dans lescpiels, à leur tour, ils trouvent ces mêmes principes tout formés; ils sont donc l’intermédiaire entie les car-

nivores et les végétaux. » Sans entrer ici dans une discussion sur la question de savoir si, en effet, les matériaux nutritifs passent tout formés des plantes aux animaux, question résolue d’ailleurs négativement par voie expérimentale; et, en partant du seul fait du passage des principes constituants et réparateurs, des végétaux aux herbivores, et de ceux-ci aux carnivores, je me demande si, à ce rapport brômatalogique ne pourrait pas correspondre un. rapport équivalent dans les manifestations épidémiques. Il y a plusieurs années déjà, en i843, j’écrivais ces lignes : « La médecine devient chaque jour plus générale, comme la physic[ue^ et déjà l’on peut entrevoir une pathologie universelle, comprenant tous les faits morbides des deux sous-règnes vivants dans une coordination rationnelle. M. Rayer, le fondateur des Archives de Médecine comparée , figurera comme l’un des promoteurs les plus influents de ce progrès. l^es grandes lois de la pathologie surgiront de cet ensemble, dans lequel seront reliés tous les faits pathologiques de l’échelle zoo-végétale. » Je rappelle ce pas ■ sage, parce qu’il s’applique bien à la question des épidémies.

L’intempérance est signalée unanimement comme l’une des circonstances qui prédisposent le plus efficacement l’économie à subir l’action des causes épidémiques. Il résulte d’un rapport de la société de tempérance de New-York que, sur 336 individus morts du choléra, 3^6 étaient des buveurs, dont iqS ivrognes consommés. Je crois bien, malgré l’opinion contrai;e de M. Blondel, étayée cependant de raisons qui ne sont pas dénuées de valeur, que l’admission des cholériques en plus grand nombre, le lundi, dansles hôpitauxdeParis,

en i832 (et en temps ordinaire comme en temps d’épidémie), se rattache aux circonstances étiologiques dont je m’occupe en ce moment, et s’explique par les excès du dimanche. Le rapport de la commission municipale de i834 répartit comme il suit les admissions des cholériquesdans les hôpitaux de Paris, pendant lesdivers jours de la semaine :

Liiticlis 7 fi, 8 5

Mardis 7a.11

Mercredis 7 3, 26

Jeudis 74i'2'ï

Vendredis 78

Samedis 72.92

Dimanches fi;. 83

On trouvera ci-dessous un tableau dans lequel j’ai établi le rapport du nombre des décès des cholériques à la population indigente dans les divers arrondissements de Paris. On veira ainsi d’un seul coup-d’œil les influences de la misère sur le développement du clioléra. Or, l’alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité a une part considérable dans cette grande et lamentable influence.

Douzième ....

Neuvième. . . .

Dixième ....

Septième ....

Huitième ....

Sixième

Cinquième . . .

Quatrième. . . .

Onzième ....

Troisième ....

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1 déc. sur 48 habitants.

12e 12,350 indigents.

8e 9,038 6c 6.940 10e 5,084 9e 4,931 5e 4,706 7e 3,911 lie 3,900 4e 3,607 1er 3,601 2e 2,650 3e 2,446

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des arrondissements, suliani le nombre d’indigents.

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CHAPITRE Hl^. — — Influence des applîcata, des excreta, des gesta et des percepta.

Ap2>licat(i. Excréta.

Dans les épidémies qui se rattachent aux vicissitudes physiques de l’atmosphère , l’insuffisance du vêtement,

les arrêts de la transpiration cutanée, ont une influence évidente sur la production de la maladie; et, dans toutes les éjndémies, en général, ces circonstances peuvent seconder la cause principale.

Une affection singulière, décrite, chez nous, entre autres auteurs, parM. Gasc, puis par un de nos meilleurs chirurgiens, M. Sédillot, esprit infatigable qui n’a jamais laissé échapper une occasion d’être utile à la science, la plique, étrangère au nouveau monde, inconnue à l’Asie et à l’Afrique, règne endémiquement, et quelquefois épidémiquement, en Pologne : d’où son nom de plique polonaise; comme s’il y avait là une influence de race ou de localité. Et, en effet, l’opinion la plus vraisemblable en fait remonter l’origine, en Europe, à l’immigration des juifs en Pologne, au xiv'’ siècle, par suite des persécutions qu’ils essuyèrent dans le midi, et la considère comme une variété ou comme une complication de la lèpre. A son apparition, conformément à son origine judaïque probable, on l’appela bichleln (enfant non baptisé) Juden zoopf, lues Jiulœorum. D’après Lafontaine, cité par M. Séddlot, « dans les gouvernements de Cracovie et de Sandomir, la plique attaque les paysans, les mendiants et les juifs, dans la proportion de a-3 sur lo; les nobles et riches bourgeois dans celle de -x sur 3o-4o; à Varsovie, et dans les gouvernements circonvüisins, elle est chez les premiers dans la proportion de 4 sur ; chez les seconds de 3 sur 90-100; en Lithuanie, même proportion qu’à Varsovie; en Volynie et en Ukraine même proportion qu’à Cracovie, etc. » Suivant une opinion à laquelle M. Sédillot n’hésite pas à se ranger, la plique, comme la lèpre et d’autres maladies, a eu une marche progressive, puis

une marclie décroissante, et aujourd’hui elle est arrivée à son fléclin. Quoi qu’il en soit, dans l’étiologie de cette maladie, on a fait jouer un rôle à la malpropreté, à l’usage de bonnets fourrés, maintenus à demeure, et souillés par le produit des sécrétions du cuir chevelu.

Il résulte d’expériences postérieures au travail de M. Renucci, que \'acarus scabiei est bien positivement l’agent de transmission de la gale; et cependant on voit des épidémies de gale liées sensiblement à la constitution catarrhale et à une mauvaise alimentation. I^a gale observée à Glogau^en 1768, et qui était, chez quelquesuns, accompagnée d’une fièvre catarrhale bénigne, fut attribuée par Linck au froid, cjui empêchait la transpiration cutanée, et à la mauvaise nourriture, les longues pluies des années 176G et 1767 ayant gâté les blés et les fruits.

La contagion des virus fixes supjiose nécessairement l’inoculation ( i), et celle-ci a lieu à la faveur d’une solu tion de continuité ou par l'effet du frottement (l)upuytren). Dans les deux cas, le virus est appliqué. En 1847, un certain nombre d’hommes du régiment de hussards qui tenait garnison à Huuingue furent contaminés, à différents degrés, par le virus de la morve, et traités pur M. Sédillot, à l’hôpital militaire de Strasbourg (ancien hôpital d’instruction). Les uns furent atteints à la caserne, les autres à l’hôpital , sans doute par l’intermédiaire des pièces de pansement. Voici ce que m'écrit M. Sédillot, à qui j’ai demandé des renseignements à ce sujet : « On a lavé à triple lessive les linges qui avaient servi à ces malades, et cependant, chose curieuse,

(1) Le virus variolique esl à la fois fixe et volatil.

il me paraît voir surgir de temps à autre, depuis ce moment, des accidents infectieux, que je n’observais pas auparavant , tels que des ulcères multiples des parties molles, et des altérations osseuses, chez des india vidus antéi ieuremenC sains et bien constitués. Ce serait là un exemple de transmission éloignée avec dégénérescence du virus primitif, ce qui serait bien remarquable. En tout cas, cette simple coïncidence probable m’a convaincu de la nécessité de détruire complètement les linges souillés de virus morveux. »

Gesia.

On a vu, plus haut, l’exercice, concourir, avec une alimentation excitante et le retour de la chaleur, à la production d’une diathèse phlogistique, qui se manifesta par une épidémie de panaris. Les fatigues extrêmes tendent par une action inverse à mettre l’économie dans une opportunité qui ajoute à l’efficacité des influences épidémiques. Il en est ainsi dans les corps de troupe, pendant les longues marches, exécutées souvent avec une extrême rapidité, sans c[ue jamais les hommes puissent se reposer, autrement que sur la terre nue, exposés à l’inclémence du ciel. Il en est ainsi pour tant de travailleurs de nos grandes cités industrielles, qui, après les pénibles labeurs de la journée, trouvent au logis l’air rare et les aliments insuffisants. Clot-Bey raconte que ses quatre domestiques, obligés de le suivre dans ses longues courses pendant la peste d’Égypte, en i83.5, furent pris de la peste, occasionnellement produite par l’excessive fatigue. Les grands excès de mouvement ont un effet dont, jusqu’à ces derniers temps, on ne s’était douté que par les hémorragies qui surviennent aux ani-

maux surmenés. J’ai ajouté à cet indice la preuve tirée de l’analyse. L’agitation tend à défibriner le sang. Voilà une des circonstances que créent les excessives locomotions, et qui ont pour efîet de produite l’imminence morbide, en temps d’épidémie et toujours; mais si les excès de mouvement, dans un sens ou dans l’autre, prédisposent aux coups des é[)idémies, le bon etnploi des forces est un moyen de s’en défendre.

Percepta. Genilalia.

Il y a des épidémies qui se rapportent immédiatemeivt à cet ordre de modificateurs; elles affectent les sens (liéméralopie) ou le centre nerveux encé|)halique. Dans ce dernier cas, on pourrait les appeler des épidémies morales. M. Saudras établit un rapport ingénieux entre ces épidémies morales et les idées prédominantes, qui, dans l’histoire de l’humanité, marquent de leur cachet les phases sociales ; idées que les uns embrassent avec une exaltation préjudiciable à leurs vœux, contre lesquelles les autres luttent avec une opiniâtreté qui ajoute à l’emportement des premiers, et auxquelles les esprits calmes et fermes se dévouent dans une mesure compatible avec un progrès uniforme et continu. « En religion, en politique, en industrie, dit avec élévation M. Sandras, nous verrions chaque fois l’idée nouvelle se répandre comme une épidémie. Bonne et civilisatrice, ou malfaisante et fausse, elle suit invariablement la même marche, et le principe est, en définitive, toujouis jugé par ses résultats (i), »

(1) Ainsi s’est propagée desliauleurs du Golgollia l’idée sublime qui devait renouveler le fonds et la face de la vieille société païenne : idée qui, altérée seulement dans la forme , par la Russie grecque et par l’Angleterre protestante, en Asie, par la France catholique, en Afrique, tend à élever des peuples innombrables de la barbarie

L’histoire retrace beaucoup d’exemples de ces épidémies nerveuses, auxquelles M. Sandras a consacré un trop bref, mais remarquable appendice, dans son traité pratique des maladies nerveuses. Laissons de coté la monomanie épidémique des filles de Prœtus et des femmes d’Argos, et même celle, plus touchante, des filles de Milet, que la pudeur sauva du suicide. N’avonsnous pas, dans des temps plus rapprochés, les Jurenrs des flagellants , massacrant tous les Juifs ; les possédées de Loudun, lugubre épisode auquel se rattache l’atroce iniquité de Richelieu, se vengeant par une condamnation infâme et par le bûcher, d’un libelle écrit contre lui et attribué à Urbain Grandier; les cunvuhionnaiies de Saint-Médard; les crucifiements des femmes de Fareins en Bombes ; enfin , les exaltations religieuses du comté de Cornonailles , en i8i4 ? Voilà des exemples de véritables épidémies morales. Il y aurait une classe d’épidémies instinctives ou d’aberrations des instincts: soit de l’instinct qui préside a l’alimentation (Exemple: la boulimie qui, au XVP siècle, se montra en Italie et en Hongrie); soit de l’instinct génital (Exemple : Xvsifureurs utérines de Mansfeld , dans la Haule-Saxe , en 1698). C’est à une perversion de ce dernier instinct, combiné avec une j)erversiou de l’instinct de destruction, que doit être attribuée l’horrible manie tle ce militaire, jugé à Paris en 18/19, condamné pour avoir, dans un état évident d’aliénation, arraclié de leur sépulture des cadavres de femmes, qu’il avait mutilés, après s’être livré à

à la civilisation, de la vie sensuelle à la vie morale, de la servitude à la liberté. On s’étonnera peut-être devoir, sur la même ligne, la Russie d’une part, l’Angleterre et la France de l’autre. Mais c|u’on y prenne garde ; la croix grecque, par rapport à la civilisation, l’emporte sur le croissant, comme le servage l’emporte sur l’esclavage.

des actes dont l’esprit refuse d’adiiietlre la possibilité; fait unique, en ce genre, à ce degré, dans ces conditions. J’en possède l’observation complète, rédigée par le malade lui-même; et je la publierai dès que les convenances à garder vis-à-vis d’une famille cruellement éprouvée, me le permettront. La plupart des épidémies morales sont dues, comme on vient de le voir, à des aberrations d’un sentiment (le sentiment religieux) ou d’un instinct. Je cherche vainement des épidémies qui dépendent de la perversion d’une faculté intellectuelle. Les cas de folie qui se présentent épidémiquement à la suite des grandes commotions politiques, et au sujet desquels un laborieux investigateur, M. Belhomme, s’est livréà d’intéressantes recherches, sont dus, comme les épidémies de monomanie religieuse, à la perversion d’un sentiment : ici c’est l’orgueil. Les épidémies d’épilepsie, dont M. Ozanarn rapporte deux exemples (qu’il faudrait discuter, comme tant d’autres faits que ce savant, mais crédule écrivain, a recueillis et acceptés sans critique), constitueraient un dernier groupe d'épidémies nerveuses ; celles-ci se subdiviseraient comme il suit ;

Par siiile j d’une perversion de. la sensibilité.

Par suite d’une perversion de la inolililé.

M. Ozanarn, dans un passage qui n’est pas le moins extraordinaire de son ouvrage, d’ailleurs si riche, avance que le débarquement inopiné de l’empereur, en 1 8 1 5,

Épidémies

nerveuses.

1° par suile de la perversion d’une faculté intellectuelle (?). IJ. d'un sentiment.

' 3° Id. d’un inslincl.

Épidémies convulsives.

donna lieu, dans plusieurs localités, notannnent à Lyon, à \m grand nombre d’apoplexies, et il cite le fait suivant :

« Un vieillard respectable , ai>ec qui fêtais à lable^ ayant appris celte nouvelle par un étranger qui arrivait, s’écria en se levant avec vivacité ; Le \)oiià donc connu, ce secret plein dhorreur! Il retomba aussitôt sui‘ un fauteuil dans un état absolument apoplectique. Les secours furent administrés sur-le-champ, mais ils furent inutiles, et dix heures apres, ce bon vieillard cessa d’exister. » I/influence des causes morales sur les épidémies est niée implicitement dans le passage suivant du Rapport de la commission de i834: «S’il est quelque chose de susceptible de répandre l’effroi au plus haut degré dans une nombreuse population, c’est un combat opiniâtre livré au milieu d’elle; c’est le canon tiré dans les rues *, les balles, les boulets, la mitraille, les sillonnant dans tous les sens; c’est le spectacle des morts, des mourants, des blessés; c’est la crainte de l’incendie, du pillage, de la violence, de tous les maux à la fois : la commission a soigneusement suivi la marche du choléra dans les lieux mémequi furent le théâtre des événements des 5 et 6 juin. Elle n’a observé aucun accroissement de la maladie ni des décès dans les maisons de la rue du Cloître-Saint- Merry. Ce n’est qu’à dater du i8 juin, c’est-à-dire douze jours après que les premiers signes de la recrudescence commencèrent à se montrer... »

Cela ne prouve pas du tout que les causes morales soient sans action sur le développement des épidémies Loin de là, elles peuvent, ou occasionnellement provoquer la maladie, ou en précipiter l’issue, comme dans l’observation suivante deM. Gaillard (suette de Poitiers) ; «M.T.. , tailleur, étaitau cinquième jour de sa maladie;

après avoir éprouvé quelques éloufferneiits, il était calme et se trouvait très-bien : à quatre heures du soir, une personne inqîrudente vient le voir, lui apprend qu’d a la suette, que beaucoup de personnes ont succombé, etc. ; à peine est-elle partie, que le malheureux T..., homme très-])usillanime, s’écrie : Cette femme m’a tué, mon sang se tourne, je vais mourir; quelques minutes après, il perd connaissance, et meurt à six heures du soir. »

Les cas ne sont pas très-rares dans lesquels la peur, cause essentiellement déprimante, a préparé les voies au principe morbide.

Dans l’épidémie de fièvre bilieuse qui se déclara, en 1620, à Spa, on remarqua que les gens aisés, et surtout les femmes qui, dans la sédition du a5 juillet, avaient été saisis de terreur et d’épouvante, étaient les plus maltraités (Ozanam).

Il y a certainement de l’exagération dans les indications suivantes de M. Lassis; mais il s’y trouve aussi une part de vérité. « Dans l’épidémie de 1627 à iG3i , des femmes tombèrent mortes au bruit de la sonnette des morts pour avertir les passants de s’éloigner. D’autres, à Lyon, ayant entendu la cloche qui avertissait les fidèles de prier pour la cessation du fléau, tombèrent malades de frayeur et moururent. »

« Cura est in visceribus spina. » Hippocrate l’a dit.

J’ai parlé de l’hérnéralopie. On ne peut se fiiire une idée, à moins d’avoir vécu dans l’armée, de sa fréquence dans les corps de troupe. Je l’attribuerais volontiers aux longues factions de nuit par les temps froids et humides : en quoi, pour ce qui est du froid et de l’humidité, je puis invoquer l’autorité de M. Bégin. Les cavaliers, ont moins de factionnaires; par conséquent ils sont

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