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CHAPITRE 1“'. — Influence des miasmes de l’encombrement

Ce sont tous les produits volatils des sécrétions et exhalations , particulièrement de l’exhalation pulmonaire. On peut se faire aisément une idée de la nature de ces produits et de leur nocuité éventuelle, en se rappelant ces faits , savoir : que l’air de la chambre

des députés, coiulensé à sa sortie de la salle, portait avec lui une extrême fétidité, et que, dans un bal, des pompiers, hommes jeunes et robustes, placés au-dessus de la salle, dans une galerie, très-incommodés par la mauvaise odeur, étaient obligés de sortir à tout instant, et de se remplacer successivement les uns les autres.

Ce que la raison fait prévoir, les faits le démontrent trop souvent. La relation causale de rencombrement et du typhus est justement un article de foi en médecine, et citer des faits serait superflu;ils abondent. Même relation entre l’encombrement et la pourriture d’hôpital, qui peut se produii e aussi sous l’influence du miasme paludéen. C’est ce qui eut lieu, sous la forme épidémique, à l’hôpital militaire de Dunkerque, en i838. Plusieurs des malades de M. Chambolle, alors chirurgien en chef de cet établissement, enlevé depuis à l’estime de se.» confrères de l’armée, furent atteints de pourriture d’hôpital, assez bénigne, mais caractérisée. A peine, dans l’hôpital, se rappelait-on avoir vu quelques cas isolés de cette affection. M. Chambolle fut obligé, après examen des conditions hygiénicpies des salles et dépendances, de chercher la cause au dehors, et il dit : « Je crois l’avoir trouvée dans le fait de la construction récemment commencée d’une nouvelle salle de s[)ectacle sur la place où se trouve l’hôpital , et en face même de cet établissement. D’après les informations que je dus prendre, l’entrée de l’enceinte des travaux étant interdite au public, et ne m’ayant été permise que plus tard, j’appris qu’en creusant les fondements, on était arrivé sur un ancien tossé de la ville, et qu’on y avait rencontré des

eaux stagnantes en assez grande quantité. Là était , à mon avis, la source de l’épidémie.

« Cette opinion, dont je fis part à mes collaborateurs, devint presque une certitude lorsque , quelques jours après, des pompes d’épuisement ayant été établies et commençant à fonctionner, on put reconnaître, à la couleur et à la fétidité de ces eaux, qu’elles étaient altérées à un tres-liaut dégré.

« Je pensai alors que l’épidémie cesserait lorsque les fondements de Lédifice en construction seraient assez avancés pour que la source des émanations fût comblée. Cette prévision s’est, depuis, réalisée; car l’épidémie, active dans son origine, diminua d’intensité pendant les gelées, reprit quelque force au mois de mars, et se termina tout à fait vers le milieu d’avril, époque où les travaux de fondation furent terminés. Depuis le 17 de ce mois, jusqu’aujourd’hui (juin i8/|o), pas un seul cas ne s’est présenté. La démonstration de l’influenee indiquée, a donc été complète. »

Ainsi, la pourriture d’iiùpital jieut se développer sous l’influence du miasme paludéen, comme sous rinfluence des produits volatils des sécrétions, lorsque les hommes sont entassés. On avait noté, au reste, la situation d’un hôpital dans un terrain bas et marécageux, le voisinage de quelque foyer d’ infeclion , au nombre des circonstances qui favorisent le dévelojrpement de cette maladie. Et encore : « A l’hôpital de la Charité, à Paris, il y avait un lit fatal ; les blessés qui y couchaient étaient souvent j)ris de gangrène. Ce lit était tout près d’une fontaine mal entretenue. » J’emprunle la mention de ce fait, au Traité de pathologie externe et de médecine opératoire^ de M. Vidal (de Cassis). Qu’élait-ce que cette

fontaine? Un marais dans de très-minimes proportions.

Voilà donc une affection qui établit, en quelque sorte, la transition étiologique des typhus aux grandes épidémies lymnhémiques.

Quant au mode d’action de la cause, dans le cas de M. Chambolle, elle est parfaitement évidente. Ici pas d’inoculation possible, au moyen des linges à j)ansement. C’est l’air, l’air seul qui, par son contact avec les plaies, donne lieu à leur dégénérescence. Et c’est ainsi que l’épidémie de Dunkerque vient à l’appui de cette doctrine, admise par les auteurs : que la pourriture d’hôpital se produirait par une véritable infection partielle, locale, bien différente de l’infection qui , s’acheminant par les voies respiratoires, au lieu de borner ses effets à un point dénudé de la surface du corps, souvent au milieu de l’indifférence de l’économie, soulève un mouvement général dans l’organisation, qui réagit tout entière. Ici le poison est dans le sang. Il y a toxémie, suivant l’exacte dénomination générique imposée par M. Piorry aux nombreuses intoxications du fluide nourricier.

Si la pourriture d’hôpital a pu être regardée par Delpech comme un typhus traumatique à raison de sa coïncidence fréquente avec le typhus proprement dit, et de sa subordination aux mêmes circonstances étiologiques qui produisent ce dernier; si la méningite cérébro-spinale a pu être considérée comme la continuation du typhus de i8i4 à ce sujet, je signalerai à mon honorable confrère, M. Boudin, quelques faits empruntés à Larrey, qui paraissent lui avoir échappé, qui sont on ne peut plus fivorables à sa thèse, et dont il pourra prendre connaissance dans l’article Fièvre

lyphode du Dùtionnairc des sciences médicales) dis-je, ces deux localisations morbides ont pu être rat tachées à la grande diatlièse typhique, ne serai-je pas autorisé à considérer comme une dérivation du typhus, cette opiniâtre ophtalmie belge, sur laquelle tant d’auteurs ont écrit, notamment M. Gouzée,dont le remarcjuahle ouvrage me fournit la citation suivante, longue sans doute, mais nécessaire, et dont le lecteur fera son profit?

«Nous signalerons d’abord un fait d’une très-haute importance, et qui cependant n’a guère été remarqué. Tous les ans, au printemps, les miliciens des nouvelles levées sont appelés sons les armes, et c[uatre à cinq cents hommes, par chaque régiment d’infanteiâe, arrivent aux dépôts de ces régiments. Or, les casernes où sont placés ces dépôts, suffisantes pour les temps ordinaires, sont loin d’étre toujours assez vastes pour recevoir un pareil surcroît de populalion , et cependant tout ce monde n’y est pas moins reçu et logé, confondu avec le noyau du corps. Il en résulte des foyers d’infection qui se forment çà et là chaque année, au milieu de.squels nos jeunes soldats prennent dès leur entrée au service ces fatales granulations, ces germes de l’ophtalmie qu’ils portent plus tard aux bataillons de guerre, où ils continuent à se propager, pour peu que ceux-ci soient exposés à de nouveaux encombrements. Surviennent bientôt les chaleurs, les fatigues, et l’ophtalmie se déclare dans les corps où ces fâcheuses conditions se sont trouvées réunies au plus haut degré. Antérieurement, les miliciens faisaient au dépôt un séjour d’un, deux ou trois mois pour y apprendre l’exercice; le germe du mal avait alors le temps de jeter de profondes racines au milieu de cet encombrement prolongé d’anciens et de non-

veaux soldats. Nous avons eu de fréquentes occasions de voir ces derniers arriver ensuite dans les régiments, et c’estiin fait qui méritela plus grande attention, ayant en foule les conjonctives palpébrales couvertes de granulations que nous appelons primitives; car ces hommes n’avaient pas encore eu l’ophtalmie et ne se doutaient pas même de leur existence. Cette année (i838), les miliciens ne sont restés dans les dépôts que quinze jours environ pour recevoir leurs effets d’habillement et d’équipement, et c'est, sous le rapport hygiénique, une amélioration d’une grande portée; mais n’est-il pas à craindre que ce laps de temps ne suffise encore pour qu’ils ressentent les effets de l’encombrement? C’est ce que nous n’avons pu constater jusqu’ici.

« Le fait dont nous venons de parler a de tout temps été facile à vérifier, et nous allons le préciser davantage par des exemples propres à en faire mieux ressortir les conséquences. Le 5' et le 1 1' de ligne ont été affligés de l’ophtalmie de la manière la plus déplorable, tant que leurs dépôts ont habité les casernes de la Chartreuse et celles de la citadelle de Liège; ils n’en occupaient qu’une petite partie, qui se trouvait longtemps et fortement encombrée toutes les fois que les nouveaux miliciens venaient y faire leur apprentissage du métier de soldat. Nous avons examiné, à de fréquentes reprises, les convois de jeunes soldats que ces dépôts envoyaient ensuite aux bataillons de guerre, et toujours il se trouvait parmi eux non-seulement quelques hommes chez lesquels les fatigues de la route avaient déjà fait naître l’ophthalmie, mais encore un grand nombre d’autres qui portaient le germe de cette maladie , c’est-à-dire les altérations granuleuses primitives. »

Ainsi , l’encombrement , la cause typhogénique par excellence, exerce une influence essentielle sur l’ophtalmie belge. Voilà un premier rapport avec le typhus, rapport dont l’évidence éclate dans l’observation suivante, que j’emprunte à M. Ozanam :

« Le Rôdeur, navire français de deux cents tonneaux, parti du Hâvreaboi’da deux mois après à Bonny, sur la côte d’Afrique, où il prit une cargaison de nègres pour laGuadeloupe.il mita la voile le 1 6 avril. Peu de temps après une opbthalmie effrayante se manifesta parmi les esclaves qu’on avait placés à fond de cale. Ij’équij)age en fut bientôt atteint, et la maladie lit de si rapides progrès, qu’il ne resta bientôt plus qu’un seul matelot en état de diriger le navire qui arriva le ai juin à la Guadeloupe. 3q esclaves étaient totalement aveugles, 12 avaient perdu un œil, et i4 étaient plus ou moins affectés. Parmi l’équipage, qui était de 22 hommes, 12 avaient perdu la vue, et le chirurgien était de ce nombre, 4 autres et le capitaine avaient perdu un œil, et 4 autres non encore guéris. »

Si, maintenant, outre l’identité de la cause, je trouve un autre caractère, et un caractère essentiel, commun au typhus et à'(cette opbthalmie ; si du moins ce caractère est rendu très-probable par l’observation clinique et par des expériences, ne serai-je pas, je réitère ma question, autorisé à rapprocher ces deux affections l’une de l’autre, la petite de la grande, commeen botaniqueon rapproche dans le même groupe des plantes de toutes dimensions et du port le plus varié, depuis les arbres les plus élevés jusqu’aux herbes les plus humbles.

Citons encore M. Gouzée :

« En se livrant dans ces derniers temps à de nom-

breiises recherches sur les altérations du sang, M. Magendie a fait des expériences qui l’ont conduit à des résultats du plus haut intérêt et qui tendent encore à confirmer plus d’une des propositions que nous avons émises. Ce savant physiologiste a fuit voir que l’ophtalmie purulente la mieux caractérisée se développait constamment chez les animaux dans le système vasculaire desquels il avait injecté un peu d’eau putride; chez ceux qu’il avait nourris exclusivement avec de la gélatine, de l’albumine, ou tout autre principe immédiat isolé; et nous venons de lire dans la Gazette médicale de Paris, du i5 janvier 1842, le fait extrêmement remarquable d’inflammation et de suppuration des conjonctives et de perforation de la cornée, survenues par suite d’une nutrition insuffisante chez un grand nombre de sujets détenus dans diverses prisons des possessions anglaises dans l’Inde. M. Magendie a encore provoqué le développement des mêmes phénomènes chez les animaux au sang desquels il avait extrait, à plusieurs reprises, de petites quantités de fibrine, puis réintégré ce fluide ainsi défibriné, et chez ceux enfin dont il avait fait perdre au sang la faculté de se coaguler, en injectant dans ses vaisseaux une solution de sous-carbonate de soude. Nous avons nous-même souvent remarqué que le sérum du sang tiré de la veine à des ophtalmiques, offrait une teinte lactescente ou d’un blanc sale, phénomène qui avait déjà fixé antérieurement l’attention de M. Fallot, et que le caillot caché dans ce liquide opaque était d’une faible consistance et d’un volume proportionnellement tres-petit. D’autres médecins encore ont fixé leur attention sur ces singuliers phénomènes, et M. le docteur r.onstatt a réuni et publié plusieurs observations dans

lesquelles on voit survenir de violentes ophtalmies avec obscurcissement ou destruction des cornées à la suite de rinfection du sang par résorption purulente. M. Magendie [est porté à conclure îles faits qu’il a recueillis, qu’il existe dans la j^roduction des maladies qui attaquent épidémiquemi nt le globe oculaire, de même que dans les autres maladies épidémiques ou qui se propagent par infection miasmatique, une cause qui [porte particulièrement son action sur le sang et amène consécutivement à l’altération de ce liquide, de ces ophtalmies si subites et en même temps si redoutables, qui envahissent cjuelquefois les grandes réunions d’hommes et d’animaux; et cette opinion, à laquelle nous sommes disposé à adhérer nous-méme, fournit un nouvel appui à nos idées sur le mode de propagation de cette maladie dans l’armée. «Quoi qu’il en soit, nous devions, dans nos recherches, partir du premier fait palpable, accessible à nos sens; ce fait fondamental est le développement de l’état granuleux des paiqûères, et comme nous ne voyons pas régner l’ophtalmie là où il n’existe pas de granulations, et que de plus nous voyons son règne cesser là où elles existent, dès que l’on a commencé à les réprimer généralement par le caustique, nous étions autorisé à regarder cet état granuleux comme la source du principe miasmatique, comme le germe de l’ophtalmie. »

Ap rès ces considérations est-on fondé à admettre un typhus oculo-palpébral , espèce pathologicpie , dont l’ophtalmie belge serait une variété? Le lecteur en jugera.

Le scorbut est aussi une maladie typhoïde, si l’on veut bien admettre qu’une commune altération du sang est un caractère suffisant pour relier entre elles des

affections symptomatiquement différentes. Et, comme le typhus, on mieux, comme les typhus, le scorbut, parmi les circonstances qui peuvent le plus efficacement le produire, reconnaît l’encombrement. En voici un cas entre beaucoup d’autres.

« Au printemps de i 77G, quatre-vingts prisonniers se trouvant entassés dans la prison d’Évreux, qui ne peut en contenir que trente, furent attaqués d’un scorbut malin occasionné par la malpropreté de la prison, celle de la paille, et par le curage de la rivière dont les immondices entassées dans les rues furent six semaines à être enlevées. «

Remarquez ici ce concours des deux grandes influences miasmatiques, celle du miasme paludéen, et celle du miasme animal. Remarquez également cette épithète employée par Lepecq de la Clôture ( le fait lui est emprunté) : scorbut malin. C’est, qu’en effet, il y a des scorbuts entachés de malignité, et sous cette forme, ils sont de plus en plus rapprochés du typhus. Ce qui fait la différence dans les formes moindres, c’est l’absence des troubles nerveux. Je renvoie, là-dessus, à l’hématologie pathologique de M. Andral.

L’influence de l’encombrement sur la production de la dyssenterie est unanimement admise. Ici, comme pour le typhus, il n’est besoin de citer des faits. Dans d’autres affections épidémiques, l’encombrement doit jouer un rôle : Je pense qu’il en est ainsi pour les épidémies de croup et d'angine gangréneuse , observées dans les hôpitaux. Au surplus, l’influence de l’encombrement est générale; elle s’exerce partout et toujours, soit en donnant naissance à des affections revêtues d’un cachet particulier, soit en retardant l’évolution des maladies

ordinaires et en les aggravant. Dans ce dernier cas, il n’y a pas moins épidémie, à l’entendre philosophiquement ; seulement, au lieu de se manifester par des types de maladie, elle se caractérise par une altération de certaines circonstances propres aux affections ordinaires. Ainsi, lorsque, dans une salle de blessés , les hommes étant trop rapprochés, on voit les plaies s’éterniser, il y a épidémie quant à la durée de ces solutions de continuité.

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