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CHAPITRE ir. -Prophylaxie locale

De vastes hôpitaux sur des lieux élevés, secs, bien ventilés, doivent être préparés pour recevoir les malades. Les lits doivent être séparés par un intervalle de 2 mètres au moins. Ou mettra une seule rangée de lits dans les salles de 8 mètres de largeur; deux rangées au plus dans celles qui auront 12 mètres. Si l’on ne peut

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remplir cette condition, on dressera préférablement des tentes, des barraqiies. L’encombrement, cause essentielle d’un grand nombre d’épidémies, augmente, dans des proportions effrayantes, la mortalité de celles qu’il n’a pas produites.

Les hôpitaux devront être placés loin des usines, des fossés, des remparts, des marais, Tl vaut mieux les multiplier que de réunir ensemble i,ooo à i,200 malades. Les salles ne devraient contenir que 12 lits au plus, comme le vomirait M. Trousseau pour les hôpitaux en général. « Dans un service de l’hôpital de la Charité, tous les malades furent pris, un jour, d’accidents cholériques; on diminua de moitié la population du service, et tous ces accidents cessèrent bientôt. » (Blondel, rnpp. sur l’épitl. vholériq. de 1H49.)

Quand l’épidémie qui menace est contagieuse, les hôpitaux , foyers d’incessante élaboration du germe infectant, doivent être éloignés des centres de popidation. Il ne faut pas oublier, cependant, que la thérapeutique est d’autant plus efficace qu’elle intervient au début de la maladie; il y a donc la obligation de concilier deux nécessités inverses.

Si l’épidémie n’est pas contagieuse, multipliez les hôpitaux, les ambulances, au centre de la cité. « Dans les villes où le calcul a été le plus favorable au nombre des guérisons (de cholériques), disent MM. Gaitnard et Gérardin, on doit attribuer cet lieurcux résultat à la bonne organisation des hôpitaux temporaires établis avant L’ apparition de dépidénde^ à leur situation dans le centre des populations les plus exposées aux coups du cho léra, et par conséquent à la promptitude des secours apportés dès le début de la maladie. »

I/Acluiinistration des hôpitaux de Paris avait formé des établissements spéciaux, avant l’épidémie de 183a; niais la soudaineté et le gi’and nombre des atteintes firent ouvrir aux cholériques les portes de tous les hôpitaux indistinctement. Bientôt même, la séquestration des salles de cholériques ne fut plus possible partout : les admissions augmentaient dans de telles proportions que l’on fut obligé de mettre les cholériques avec les autres malades, qui n’en furent aucunement influencés. En iS/jq, l’Hôtel-Dieii et la Pitié offrirent la proportion la moins forte de cas intérieurs, et ces deux hôpitaux furent précisément les seuls qui admirent des malades du dehors dans tons leurs services; tandis que Beaujon , La Charité, Saint-Louis, Necker, purent réserver chacun plusieurs salles (A ajouter aux preuves contre la contagion).

Dans la formation des ambulances et des hôpitaux, il faut surtout satisfaire à une impérieuse condition : l’aération. A la fin de l’été de 1807, un chirurgien militaire fut forcé d’établir une ambulance entre plusieurs moulins à vent, rapprochés les uns des autres, non loin de Gnésen,en Pologne : presque tous les malades que l’on y recevait, avaient contracté le typhus dans la ville ou dans les villages voisins. La ventilation active des moulins concourut à en sauver plus des quatre cinquièmes; tandis que les autres malades, réunis dans une maison de l’intérieur de la ville, succombèrent dans la proportion de 2 sur 5. (Lassis.)

On disposera hors de la ville, sur un coteau, des asiles temporaires où les convalescents achèveront de se rétablir dans un site agréable et salubre.

Des médecins, en assez grand nombre pour administrer de prompts secours à tous les malades, doivent être attachés aux étaldissemenfs.

Le régime des maisons de détention, des collèges, des casernes, des manufactures, sera dirigé plus strictement que jamais selon les règles de l’hygiène.

On veillera à l’exécution rigoureuse des ordonnances concernant la salubrité.

I.’existence pour tous doit être rendue plus facile; les secours aux nécessiteux doivent être multipliés. Rappelons ici ce fait important, observé par MM. Gaimard et Gérardin. « A Bieslau, en Silésie, les progrès du choléra, disent-ils, ont été bornés par un acte de bienfaisance des habitants riches, qui, non-seulement ont donné aux malheureux des vêlements, du bois de chauffage, des aliments de bonne qualité, mais qui ont encore assaini leurs habitations, fermé celles qui étaient malsaines, divisé les familles nombreuses entassées dans des chambres étroites. »

Dans toutes les dispositions qui seront prises, on évitera de semer l’inquiétude et l’effroi dans les populations.

A l’approche d’une épidémie, le médecin doit, s’il ne l’a déjà fait, se préparer dans la méditation, afin de se présenter, au jour de la lutte, avec la connaissance la plus complété des causes, des effets, de la prophylaxie et de la thérapeutique du mal qu’il aura à combattre, L’étude veut le calme, et l’on ne pourrait pas le trouver dans le désordre et les agitations d’une grande épidémie.

Quand une épidémie se déclare, l’autorité, personnification des volontés individuelles, a deux devoirs à remplir : i° détruire les germes du mal, s’il est possible; 2° rendre les individus, autant que cela se peut, réfractaires à leur action.

Un typhus se déclare dans une salle de malades, dans un hôpital, faites évacuer cette salle, cet hôpital. Dirigez les malades sur des établissements salubres. Mais qu’ils trouvent dans leur nouveau séjour un. grand espace un air pur : l’air est le grand remède. Il les remplaçait tous , malgré le dénuement des ambulances de notre armée, quand elle revenait vers la France, poussée par les hordes du Nord. Le docteur Chamberet, chargé, pendant un été, d’un hôpital militaire d’évacuation, plaçait les malades atteints de typhus dans des pièces sans croisées , sur de la paille fraîche. Arrivés la veille très-malades, ils montaient en voiture le lendemain, sans délire et presque sans fièvre. Un blessé entrait dans une salle encombrée, il y était pris de typhus : aussitôt évacué, il guérissait sur la charrette où l’on regrettait de le placer. (Lassis.)

Si le typhus s’étend à toute une ville, engagez ceux qui peuvent s’éloigner, à partir : ils laisseront plus d’air auxautres. Repoussez jusqu’à la pensée des séquestrations • de villes, de quartiers, de maisons; laissez à l’histoire des temps de barbarie ou d’inexpérience ce^s déplorables errements ; si vous imitiez ces inspirations de la peur, bientôt, la cause, multipliée par l’effet, reproduirait les effrayantes mortalités des épidémies de Lyon et de Montpellier.

Cette dispersion des popidations est la jn-emière des indications.

A peine osai-je mentionner celte pratique absni\le conseillée par d’anciens auteurs, de couvrir les grands chemins et les places publiques de cadavres d’animaux, Fourcroy l’approuve, dans sa traduclion du Traité des maladies des Artisans par Ramazzini. I.es plus belles intelligences peuvent s’égarer. Ridicule antagonisme que celui des émanations de la putréfaction cadavérique et des miasmes pestilentiels!

On alluma de grands feux dans la fameuse peste d’Atliènes. En 1627, dans la peste de Lyon, les magistrats ordonnèrent de brûler des bois odoriférants devant les maisons. En 1720, à Marseille, un médecin proposa d’allumer des feux pendant toute la nuit, durant trois jours, depuis cinq heures du soir, et de brûler du soufre dans les maisons. C’était au mois de juillet; l’air fut obscurci par la fumée, et la contagion n’en devint que plus active. Quelle peut être l’action de quelques foyers sur la masse atmosphérique d’une contrée ou même d’une ville! Mais dans les habitations pid)liques et privées, la ventilation est le moyen le plus efficace d’assainissement : or, la combustion bien dirigée est un des éléments les plus sûrs d’une bonne ventilation.

Hallé, en 1785, et non pas Guyton de Morveau, signala, le premier, le pouvoir désinfectant du chlore.

Selon Guyton de Morveau, l’encombrement n’avait plus de dangers, grâce au chlore : erreur qui a dû devenir funeste !

Le chlore change la composition des corps organiques ; mais il faudrait que son dégagement fût continuel

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pour qu'il pût détruire l’émanation putride qui se forme incessamment dans un foyer pestilentiel. Il faut fermer les issues de la pièce que l’on veut désinfecter, et nous avons vu combien le renouvellement de l’air est nécessaire dans les salles où se trouvent des malades atteints d’affections typhiques. Les vapeurs chlorées irritent la muqueuse respiratoire. On les a essayées plusieurs fois, et toujours cet inconvénient les a fait abandonner. Dans les salles de l’Holel-Dieu, en i8i4» on fut obligé d’y renoncer. Odier (de Genève) vit une épidémie de typhus, dans les prisons de cette ville , persister malgré l’emploi de fumigations guytonniennes répétées, « tant que durèrent l’encombrement et la malpropreté, et cesser quand on put donner aux détenus ces avantages.» (Lassis.) «Au début de l’épidémie de fièvre jaune, qui dévasta Gibraltar en 1828, dit M. Trousseau, on jeta dans tous les égouts de la ville, dans les ruisseaux , on plaça dans toutes les casernes , on distribua gratuitement à tous les habitants, du chlorure de chaux. L’épouvante rendit chacun religieux observateur de ce règlement de police sanitaire; et, pourtant, c’est à peine si, tiois mois après, on trouvait 5oo habitants qui n’eussent payé leur tribut à l’épidémie. Quand le choléra envahit Paris et la France, nous savons tous avec quelle inutile prodigalité on fit usage des chlorures désinfectants. Confessons donc (jue, pour ce qui regarde les épidémies, le chlore et les chlorures sont des moyens probablenient inutiles. » (Trousseau, Matière médicale et thérap.)

Voici la formule et la préparation des fumigations guytonniennes du Codex :

Chlorure de sodium, 3o p. \ Mêlez le chlorure de sodium,

Bioxyde de manganèse, lo p. ( le bioxyde de manganèse el l’eau

Acide sulfur. que, 20 p./ dans une capsule de ver re, et aou-

Eau commune, 20 p. ) lez ensuite l’acide sull'urique.

Si l’on agite ce mélange, il convient d’employer une baguette de porcelaine ou de verre; la pièce, dans laquelle se fait la fumigation, doit être tenue parfaitement close, au moins pendant une demi-heure (Trousseau). On préfère se servir des chlorures : du chlorure de chaux sec, ou liquide ; du chlorure de soude(liqueur de Labarraque). Ce dernier est surtout employé pour laver les vêtements, les meubles suspects.

Encore une fois, dispensez largement un air pur, et vous aurez rempli une des premières conditions prophylactiques. Dtmnez à tous, les moyens de conserver et de fortifier leur santé. Prévenez l’encombrement dans les manufactures, les hôpitaux, les casernes, les collèges, les prisons, etc. Que les ouvriers, les indigents, ne s’entassent pas dans des chambrées infectes. Qu’on ne laisse pas les ordures, les immondices, dans les habitations ou dans les rues. Les ordonnances de police en France laissent peu à désirer; qu’elles soient rigoureusement exécutées.

Les boucheries , les marchés, doivent être minutieusement surveillés. Si l’approvisionnement ne devait pas en souffrir, j’adopterais l’avis de la commission de l’Académie pour le choléra de i83a, qui proposait de porter les marchés aux barrières. 11 vaut mieux les multiplier. Ils sont moins insalubres et satisfont plus facilement aux besoins de l’alimentation publique.

La police des aliments et des boissons doit être plus rigoureuse que jamais.

La crainte et le désespoir, dit Sauvage en parlant de la peste, sont les symptômes les plus funestes de cette maladie. Que tous les hommes éclairés se montrent fermes et courageux pour soutenir les faibles!

Je voudrais des spectacles gratuits pour les masses. Intéressez les esprits, détournez-Ies delà préoccupation fatale à laquelle l’image de la mort les ramène sans cesse.

Dans l’épidémie de peste d’Imaïlow (Russie), en 1771, tous les infirmiers de l’hôpital de cette ville succombèrent, à l’exception des bohémiens, qui se baignaient chaque jour dans la rivière. La préservation peut être rapportée ici à l’action du froid autant qu’à celle de la propreté, que maintenait cette habitude.

Ramazzini attribue à l’usage des bains la moindre fréquence des maladies chez les artisans de l’ancienne Rome.

11 ne faut pas enlever les morts précipitamment, dans les grandes épidémies. Toutes les conditions se réunissent alors pour rendre les inhumations de vivants plus possibles. Les cadavres ne doivent pas devenir, cependant, un nouveau foyer d’infection.

On mettra du chlorure de chaux dans les bières, qui seront descendues à une plus grande profondeur. On évitera de répandre la terreur, dans l’enlèvement des cadavres.

Au début de graves épidémies, le génie a quelquefois saisi le rapport de la cause efficiente et de l’effet, et arrêté le mal à sa naissance.

Empédoclefit cesser une peste, qui, chaque année, dé

solail la villecrAgrigente,en fermant une gorge entredeux montagnes par laquelle venait l’air pestilentiel. Varron mit un terme à l’épidémie qui ravageait la flotte romaine, en fermant quelques ouvertures des navires et en ouvrant d’autres issues à l’air. Et, de nos temps, Pringle a reproduit ces grands actes de la sagesse antique.

La revaccination de tous les habitants au début d’une épidémie de variole est le moyen infaillible de l’arrêter aussitôt. Que n’asons-nous pour toutes les épidémies un préservatif aussi efficace! Le vinaigre dit des quatre-voleurs acquit, dans la peste de Marseille de 1720, une grande célébrité. Sylvius traversa trois pestes et s’en garantit, parce que, dit-il, il se lavait la bouche plusieurs fois le jour avec du bon vinaigre, qu’il respirait continuellement sur une éponge, cpiand il était auprès des malades. M. Brière cleBoismont a conseillé aux personnes qui approchent les cholériques, d’avoir toujours sur elles un flacon rempli de parties égales de chlorure de chaux et de vinaigre avec un gramme de Camphre. Ces précautions ne peuvent pas nuire.

« Nous avons le droit, je dirai plus, nous avons aussi le devoir de prendre toutes les précautions compatibles avec l’observation et le traitement des maladies. » (Requin.) Le médecin doit se servir de tous les préservatifs qui peuvent le soustraire à l’influence épidémique. Mais qu’il se garde bien d’employer aucun de ces moyens devant les malades. Il est comme le chef d’une armée, chargé de la conservation de tous : s’il succombe, la population reste sans défense contre le fléau; mais s’il tremble, si la sérénité de son visage, reflétant le calme et l’intrépidité de son âme, ne rassure pas les faibles et les ignorants, l’effroi se répand. Le médecin a pour

lui l’influence incontestablement favorable de l’habitude. Qu’il évite « de respirer l’haleine des malades, qu’il s’abstienne de tout contact inutile et prolongé. Il doit se laver fréquemment la bouche, le visage, les mains et l’intérieur des narines, changer de vêtement en rentrant de la visite des malades. » (Requin, Hygiène de l’étudiant en médecine et du médecin.)

Au début des grandes épidémies on a vu, surtout de nos jours , se répandre dans le public un grand nombre de brochures, enseignant à tous, les moyens de guérison : descriptions incomplètes, uniformes, d’une maladie à formes multiples. Ces publications sont dangereuses. Le médecin doit détourner l’administration de prendre l’initiative des avis au peuple, (c qui contiennent la description plus ou moins complète d’une maladie, et l’indicalion des remèdes qu’elle réclame.... Le bien qu’on en espérait n’a jamais compensé le mal physique et moral qu’ils ont causé. » (Gaimard et Gérardin.)

Il n’en est pas de même des préceptes hygiéniques.

On doit recommander à chacun les aliments qu’il digère le mieux ; exclure, en général, les viandes fumées, boucanées, marinées; les poissons à fibre dense; les légumes secs, tels que haricots, pois etc.

Les liqueurs fortes sont généralement nuisibles. Sans doute, une excitation modérée est toujours utile; mais redoutez, en recommandant l’emploi des alcooliques de donner un encouragement aux personnes disposées à en abuser. Il faut préférer, à l’eau-de-vie et au punch, une infusion froide de quassia, de houblon, de verveine.

Les vêlements doivent être maintenus secs et propres.

On ne doit rien changer au régime des personnes qui se trouvent en santé parfaile, et vivent régulièrement. Bien plus, le moment où paraît une épidémie est celui où les habitudes anciennes doivent être respectées. Les personnes qui font usage du tabac, les buveurs de thé et de café, se garderont bien de changer brusquement leurs habitudes.

La moralité, l’ordre dans les occupations, l’abstinence de travaux excessifs , de veilles prolongées , la modération dans les plaisirs, sont autant de conditions favorables pour échapper aux épidémies.

Les précautions hygiéniques, publiques et privées , que nous venons d’indiquer, doivent être continuées pendant quelque temps. Ceux qui ge sont éloignés ne doivent pas revenir brusquement dans le foyer que l’épidémie semble abandonner. Elle recommencerait, trou, vant un nouvel aliment dans les non -acclimatés. Qu’ils s’arrêtent quelque temps dans les environs. Avant de franchir le rempart, qu’ils s’acclimatent insensiblement.

Ces considérations, sur la prophylaxie, sont certainement incomplètes. On remplira facilement les lacunes en se reportant aux causes. La prophylaxie est dans l’étiologie.

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