‹ Des Éraflures et des Contusions de l'EstomacChapitre 10 sur 19 · PATHOGÉNIE, ANATOMIE PATHOLOGIQUE, EVOLUTION · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE, ANATOMIE PATHOLOGIQUE, EVOLUTION

Un projectile peut contusionner l'estomac sans le perforer. La zone contuse est, il est vrai, très limitée; les plus gros projectiles d'armes portatives ne dépassent pas onze millim. de diamètre, la zone contuse ne peutguère avoir que les dimensions d’une pièce de 50 centimes. Cette plaie contuse saigne peu ou pas, comme cela a lieu en général toutes les fois que les tissus ont été écrasés et qu'il n’y à pas eu section nette. Dans un organe comme le foie, la rate, le rein et même la vésicule biliaire ou la vessie, une contusion aussi limitée n'aurait donc probablement pas de conséquences fâcheuses. Mais il n’en est pas de même au niveau de l'estomac : cet organe qui, à l’état normal, est baigné intérieurement par le suc gastrique sans le moindre inconvénient, se digère luimême aux points où sa paroi est altérée, lorsqu'une cause quelconque a déterminé une zone d’ischémie temporaire. L'ulcère de Cruveillier en est un exemple banal. La circulation étant arrêtée dans un territoire donné, successivement la muqueuse, la sous-muqueuse, la musculeuse se nécrosent et se digèrent jusqu'au jour où la perforation survient par amincissement progressif de la paroi gastrique. On sait que le même fait se produit pour le duodénum.

Depuis longtemps on connaît les ulcères de l'estomac par contusion sur l’épigastre : un individu reçoit un coup de poing sur la région épigastrique : il a une hématémèse; quelque temps après et à l'autopsie, on trouve un ulcère siégeant sur la paroi antérieure de l'estomac, au niveau du point frappé. Dumény, dans sa thèse de 1903, en a réuni les cas publiés les plus probants.

Il en est de même, MM. Forgue et Jeanbrau l'ont démontré à l’aide d'observations cliniques appuyées sur des autopsies, pour les contusions par armes à feu. Une balle peut tuer aussi sûrement en produisant sur l'estomac une simple contusion que si elle avait perforé l'organe de part en part.

Nous allons étudier successivement :

1° les conditions nécessaires pour que le projectile ne produise qu'une simple contusion ;

2° Les deux variétés de contusion avec leur évolution spontanée.

{° Conditions nécessaires pour que le projectile ne produise qu'une contusion.

Le revolver civil, l'arme passionnelle par excellence, est aussi l'instrument choisi habituellement par les suicidés.

Or, on sait que la portée des revolvers « civils » est faible. Leurs cartouches sont chargées avec de la poudre ordinaire, qui fait plus de bruit que d'effet. Les balles sont cylindriques, en plomb, non cuirassées comme les balles à manteau des revolvers de guerre actuels, donc peu dangereuses. Hormis les blessés de guerre, il s'agit presque toujours de personnes qui se sont tiré un coup de revolver en appuyant le canon de l’arme «dans la région du cœur ». Dans les rixes, en cas d'attaque ou de légitime défense, le coup a été tiré à 56 centimètres, à un ou deux mètres au plus. Or, une balle tirée à bout portant a une force de pénétration moins grande que

HR) T, Le es lorsqu'elle à déjà fait un certain trajet, parce que la détente totale du gaz entre le moment de l'explosion et la sortie du projectile de l'arme n'est complète qu'après un certain trajet.

I ne faut donc pas s'étonner que bien souvent le projecile s'arrête dans le corps, et vienne se perdre dans les masses musculaires. D'autant plus que dans les accidents (les suicidés prenant la précaution de défaire leurs vêtements),

\ le projectile épuise une grande partie de sa force vive à perforer ies vêtements, la chemise empesée, la paroi abdominale, avant de pénétrer dans le péritoine.

Malgré cela, la balle traverse le plus souvent l'estomac de part en part, et on doit compter, quand on fait une laparotomie, qu’il existe un orifice d'entrée el un orifice de sortie. Mais la double perforation n’est cependant pas fatale. Dans le cas d'Auvray, dans le cas de M. le professeur Forgue, le

-projectile était tombé dans la cavité gastrique après avoir contusionné la paroi opposée à celle qu'il avait perforée. Il est probable que l’état de plénitude de l'organe y fut pour quelque chose : le jeune étudiant opéré par M. Forgue venait de manger lorsqu'il reçut, une demi-heure après, une balle de 7 millim. dans le ventre. Le projectile s’englua dans le bol alimentaire, qui épuisa sa force vive déjà fortement réduite par la traversée des vêtements et du plastron empesé.

Donc, les conditions qui permettent d'expliquer la contusion de l'estomac par un projectilé d'arme à feu sont : 1° la nature de l’arme et de la balle (revolvers civils avec balles en plomb}; 2° le tir à bout portant où à courte distance ; 3° la résistance opposée à la balle par les vêtements, la paroi abdominale et le bol alimentaire. Ajoutons que, l'estomac étant extrêmement souple et mobile, sa paroi peut fuir sous la balle morte, et ainsi échapper à la perforation.

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