OBSERVATION DE M. LE PROFESSEUR FORGUE
Communiquée au Congrès de Chirurgie de 1902
X.:., âgé de vingt ans, reçoit, quelques instants après avoir déjeuné, un coup de revolver de 7 millimètres dans le ventre, à bout portant. Transporté immédiatement dans son service, M. Forgue le voit une demi-heure après l’accident ; le pouls est à 100; douleur vive à l’épigastre, ventre en bois. Le blessé à un vomissement alimentaire avant d’être placé sur la table d'opération. L’orifice d'entrée de la balle est sur le bord externe du muscle grand droit gauche, à trois travers de doigt au-dessous du rebord costal. Pas de plaie de sortie.
Laparotomie environ une heure après la blessure. Anesthésie à l’éther. Incision laté#ale dont le milieu correspond à l'entrée du projectile. La balle a suivi un trajet oblique de
; à — 30 — bas en haut et de gauche à droite et on perd sa trace à plusieurs reprises.
Le péritoine incisé, l'estomac distendu se présente dans la plaie. En attirant la paroi antérieure de l'estomac, on aperçoit un orifice arrondi à un travers de main au-dessous du cardia et à égale distance des deux courbures. Pas de prolapsus de là muqueuse, pas de matières dans le péritoine. Suture à la soie par deux plans.
Le projectile ayant été tiré à bout portant, il est logique de penser que l'estomac a été traversé de part en part. |
On ouvre donc d'un coup de ciseaux l’épiploon gastrocôlique entre deux vaisseaux, et on attire, par la brèche, la paroi poslérieure de l'estomac; l'exploration ne permet pas de découvrir de perforation, ni d’ecchymose. Dans la crainte que la balle n'ait suivi un trajet très oblique et n'ait perforé la paroi postérieure plus haut que la paroi antérieure, M. Forgue explore avec la main, introduite dans la chambre rétro-stomacale, toute la région inaccessible à la: vue; 11 ne découvre aucune lésion.
Comme les manipulations de l'estomac dtanenl des arrêts respiratoires inquiélants, on n'insiste pas.
Convaineu que le projectile est resté dans l'estomac, M. Forgue ferme le ventre sans drainage, après avoir suturé la brèche faite à l’épiploon gastro-colique.
Suites opératoires bonnes. Diète absolue. Injection de. 1 demi-centimètre cube de morphine toutes les trois heures. Lavement de sérum pour calmer la soif. Pendant deux jours, état stationnaire. On donne au blessé, tourmenté par la soif, de petits fragments de glace et on continue les injections de morphine. Le troisième jour, après une régurgitation de liquide noirâtre et sans avoir eu d'hématémèse, le blessé présente tout à coup des symptômes d’hémorragie interne et succombe en pleine connaissance. | |
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L’autopsie, faite quelques heures après la mort, permet de reconnaître que le péritoine était sain; pas de fausses membranes, pas de liquide, pas de dépoli des viscères. Les sutures de la plaie gastrique avaient parfaitement tenu et élaient à peine visibles ; l'estomac contenait environ un litre de sang non coagulé et les premières anses grêles en étaient remplies. Par le palper, on sentait dans l'estomac la balle non déformée; on voyait sur la paroi postérieure, en un point un peu plus élevé que l’orifice d'entrée, une vaste ecchymose sous-séreuse de près de 5 centimètres carrés détendue. L'ouverture de l'estomac nous donna l'explication de cette ecchymose. Son centre était occupé par un véritable ulcère, dû à la chute d’une escarre des dimensions d’une pièce de 1 franc. Le fond de l’ulcère atteignait presque le péritoine stomacal.
Il s’agit donc, en résumé, d'un coup de feu de l’abdomen avec chute du projectile dans sa cavité. La balle, tirée à bout portant, avait épuisé presque toute sa force de pénétration en perforant les vêtements, la paroi antérieure de l'abdomen et ‘de l'estomac; elle s'était engluée dans le bol alimentaire et ellé avait contusionné la paroi gastrique postérieure sans pouvoir la perforer.
La zone contuse qui, à l'intervention, ne pouvait être reconnue, parce que, une heure après l'accident. il ne s'était pas encore fait d’ecchymose sous-séreuse, avait été digérée par le suc gastrique. Il en est résulté un ulcère traumatique qui, le troisième jour, a tué notre blessé par hémorragie.
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