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et rien de plus ; communes toujours dépendantes de droit, de fait toutes les fois qu’un empereur fut en mesure de faire valoir ce droit. Ce fut là le vice capital qui altéra les constitutions diverses, les faits, la vie , la civilisation de ces communes. De là tous les vices d’un ordre inférieur, tous les revers, toutes les fautes et la fin malheureuse de ces trois siècles. D’abord les deux partis guelfe et gibelin, prenant leurs noms de deux familles qui se disputèrent l’empire peu après la paix de Constance (tant avait de force l’erreur qui faisait que dans les intérêts italiens on se préoccupait non de l’Italie, mais du dehors, mais de l’Empire), se trouvèrent bientôt l’un, le parti de l’empereur, les Gibelins, l’autre, le parti du pape et des communes, les Guelfes :ce dernier était dès lors incomparablement plus national. Il parait étrange, absurde, à observer les choses après l’événement, quece ne fût qu’un parti et non la nation entière, qu’un parti seulement sût et voulût suivre la marche si naturelle à toutes les entreprises ayant pour objet i’indépendance , c’est-à-dire, de s’assurer complètement cette indépendance après une première victoire; que l’autre parti voulût arrêter ou même faire reculer l’entreprise. Mais c’est un fait, et malheureusement dans tous les temps, pour toutes les entreprises, on rencontre de ces gens qui veulent enrayer et repousser en arrière ; gens utiles sans doute si le but que l’on poursuit est mauvais , mais funestes sans doute s’il est bon, comme l’était certainement celui de l’indépendance. Dorant un siècle cependant, au milieu des contestations impériales qui suivirent la mort de Henri VI de Souabe, de la longue minorité de Frédéric II, des vicissitudes subies par cet empereur.

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peut-être plus aventureux que grand, et des nouveaux différends pour l’Empire qui suivirent sa mort, le parti guelfe s’accrut sous la conduite de plusieurs papes d'une grande habileté politique , quoique inférieurs aux plus illustres du siècle précédent, et il eut beaucoup plus d’influence que le parti gibelin. Ce fut sous son ombre salutaire que naquirent et grandirent les pères de toutes les gloires italiennes , saint François, saint Bonaventure, saint Thomas, la grande charité, la grande théologie, la grande philosophie itatienne; DinoCompagiri et lesYillani que l’on appelle de grands chroniqueurs, mais qui pour la vertu demeurent presque les seuls grands historiens de l’Italie; les trois Guido, Dante, Pétrarque, Boccace, la grande poésie italienne à la hauteur de laquelle on n’est plus arrivé, on n'arrivera peut-être plus; les Pisani, Gimabué, Giotto, frère Angélique, Ârnolf de Lapo, les maîtres de l’art italien. Pour aller encore plus loin , la plupart des gloires italiennes même postérieures au siècle des Guelfes appartinrent à l’opinion guelfe. Toutes les illustrations papales en masse furent guelfes; aussi celle deVenise qui, sans être guelfe de nom, le fut plus que toute autre au fond, eut et conserva ce que désiraient lesGueifes, l’indépendance. Guelfes aussi furent toutes les gloires de cette Florence qui ne fut la première, la plus noble, la plus polie des cités italiennes, que parce qu’elle fut la plus constamment guelfe, et qui fut l’Athènesde l’Italie, parce qu’elle eut , comme celle de la Grèce, l’amour de l’indépendance.

9. Mais vers le commencement du xiii® siècle, les Guelfes ( comme il n’arrive que trop aux partis vainqueurs ) tombèrent dans de graves erreurs , et d’abord

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dans celle dont nous avons déjà fait mention , d’exa* gérer les doctrines démocratiques et de procéder par épurations. Le mal n’est pas précisément en cela, puisque la démocratie , une fois qu’elle a abattu une aristocratie, s'en fait inévitablement une nouvelle qui peut bien avoir moins d’éclat, ne pas rappeler par des noms anciens les événements reculés, ne pas exciter l’admiration ni l’envie, mais qui en somme, une fois reconnue, remplit le rôle essentiel de toute aristocratie, c’est-à-dire, emploie au gouvernement de la patrie tous ceux que leur fortune dispense de songer aux besoins journaliers de la vie. Mais l’erreur irrémédiable des Guelfes eut pour cause la haine de parti, ou plutôt une de ces prolongations de colère qui deviennent fatales quand les motifs et les périls anciens ont cessé, parce qu’elles distraient des périls présents ; une de ces intolérances enfin qui détournent du but. Les Guelfes du midi ne voulurent pas souffrir la domination des derniers restes d’une race détestée, Manfred , roi de Pouiile et de Sicile, de la maison de Souabe. N’étant pas empereur, ne prétendant pas à l'Empire comme ses ancêtres , il était le seul de sa famille à supporter, car il serait devenu par la suite, ainsi que ses enfants, roi indépendant et italien. Pour le renverser, les Guelfes retombèrent dans l’ancienne faute d’appeler les Français, mais d’autant moins excusables alors, qu’ils avaient de plus cinq siècles d’expérience et de civilisation toujours croissante. Cette faute porta ses fruits ordinaires: Charles d’Anjou, les Angevins ses descendants , et les princes français ses parents , devinrent les chefs dominants du parti guelfe ; ils en enlevèrent la direction aux papes , qu’ils déportèrent

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à Avignon , et se mettant à leur place , eux étrangers, ils dénaturèrent la cause soutenue jusque-là ; ils réduisirent ainsi le seul parti national à n’étre qu’une faction épousant des intérêts étrangers contre d’autres intérêts étrangers. Alors le parti gibelin se releva d’autant, et de ce moment les Gibelins eurent aussi leurs grands hommes; alors Dante, l’illustre Guelfe, devint le grand Gibelin. Gela explique, mais n’excuse pas le changement de parti de Dante , encore moins peut-on y voir une action louable et digne d’étre imitée. Je crois aimer Dante autant que puisse le faire aucun Italien; mais j'aime plus que lui cette Italie qu’il aima tout eu se trompant; et instruit, comme mes contemporains, par cinq autres siècles d’expérience après lui, j’aime, avant tout homme ou toute chose dont puisse s’honorer l’Italie, l’indépendance de l’Italie. Je dis que c’est toujours un grand malheur pour qui que ce soit que de changer de parti ; que ce n’est pas toutefois une faute , qu’il y a même vertu à en abandonner un mauvais pour un meilleur ou un moins mauvais; mais que c’est un malheur et une faute que de changer pour en adopter un plus mauvais, quand même celui que l’on quitte aurait commis des erreurs, des absurdités ou des crimes; car il suffit alors de se séparer de lui en cela, ou même tout à fait, sans passer au plus mauvais. Dante se vanta d’avoir agi ainsi, d’avoir fait parti ù hui seul-, mais il ne le fit pas; Il se rangea du parti le plus mauvais. Cela n’est que trop démontré, pour quiconque n’a pas le défaut de ne pas apercevoir de défauts dans les objets de son amour, par cet incroyable livre de la Monarchie, plus coupable, plus erroné, plus raédioere

que les pauvretés et les folies guelfes que Dante a poursuivies de tant de mépris. Beaucoup , cependant, Brent comme lui; beaucoup se retirèrent du parti guelfe devenu non moins étranger que le parti gibelin, abandonnèrent les papes devenus eux-mémes étrangers. Gela se voit dans les ouvrages des deux autres pères de la langue italienne, Pétrarque et Boccace;cela se voit dans l’événement des Vêpres siciliennes , et dans celui de Nicolas de Rienzi, et dans tout ce qui sepa$saen Italie jusqu’au retour des papes. Le parti guelfe avait abdiqué la vertu primitive ; mais le parti gibelin n’en avait guère acquis, parce qu’il n’y en avait pas dans sa nature , parce qu’il ne peut . en exister dans aucun parti contraire à l’indépendance nationale.

10. A partir du retour des papes jusqu’à la mort de Laurent le Magnifique, les communes italiennes vont en décadence ; c’est l’œuvre qui s’accomplit dans le cours de ce xv" siècle si inférieur en vertus politiques au XII* et au xiii*,eten mérite littéraire au XIV* et au XVI*, durant ce Quattrocento (t) que, sauf l’érudition et les arts, on pourrait appeler le siècle de la médiocrité. Les papes, à leur retour d’Avignon, ne retrouvèrent plus ni leur influence directrice sur le parti guelfe, ni même, pour ainsi dire, un parti guelfe. Une fois dénaturés, les partis tombent d’eux mêmes. Et entre le parti guelfe , qui n’avait plus pour lui la bonne cause, et celui des Gibelins, qui ne l’a-

(I) Les Trecento, Quattrocento, Cinquecento, Seicento et Setteceiilu des Italiens , au lieu d’ètre précisément les xiii*, xiv', xv*, xvi' et xvir siècles, sont plutôt les xiv', xv*, xvi”, xvii' et XVIII». Trad.

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valt jamais eue, il ne resta 'plus aucun parti national. Jamais il n’y avait eu de nationalité italienne véritable et entière; mais, à son défaut, le parti national avait servi le pays en s’efforçant de la lui procurer. Celui-ci venant à manquer , tout manqua à la fois : la vertu, l’ambition même, l’inspiration nationale. Voilà le motif pour lequel le xv" siècle vit s’arrêter le progrès dans les lettres et dans les armes. Une fois les belles-lettres naturalisées dans un pays, il y a toujours des littérateurs qui continuent à les cultiver; une fois que des forces militaires y ont été organisées , il continue à avoir des troupes , des officiers. Mais quand l’inspiration manque , les littérateurs ne deviennent pas des écrivains , ni les officiers , des capitaines. Que si l’on revit dans le xvi* siècle des écrivains et non des capitaines , c’est que parfois il suffit d’espérances pour reproduire les premiers, et qu’il faut de toute nécessité aux autres la réalité de la nationalité et de l’indépendance; et la malheureuse Italie laissa échapper à cette époque une des plus belles occasions que jamais lui ait ménagées la Providence pour reconquérir l’une et l’autre. — C’était le temps où s’élevait , avec une admirable intelligence de ses intérêts propres et de ceux de l’Allemagne entière, la maison de Habsbourg, l’illustre maison d’Autriche. Dès son origine, à commencer par son glorieux fondateur Rodolphe, elle avait mis à l’écart les vaines prétentions qu’avaient sur l’Italie les anciens empereurs des maisons de Saxe , de Franconie et de Souabe ; elle avait inventé , poursuivi, propagé, satisfait une ambition nouvelle , nationale, germanique. Si donc on nous accorde le

droit d’appeler les priiices grands , non en raison de ce qu’ils ambitionnèrent, mais en raison de ce qu’ils fondèrent, nous appellerons grands ceux qui posèrent les fondements de la grandeur autrichienne, le long de la chaîne septentrionale des Alpes et sur la partie moyenne du cours du Danube où est encore le siège de l’empire. L’occasion était donc belle alors pour l’Italie, d’obtenir ce qui manquait à son indépendance, de faire passer en droit ce qu’elle avait de fait. Mais elle se contenta de jouir de ce qu’elle en possédait, sans chercher à se.procurer le reste. Ni les papes, hommes supérieurs parfois , ni Cosme et Laurent de Médicis, les plus grands hommes d’État de ce siècle , ne pensèrent guère à l’avenir de la patrie. Laurent lui-méme, l’auteur de la confédération que nous avons louée , ne songea pas à rien accomplir , mais à conserver. L’Italie, après deux siècles de civilisation éclairée, après quatre siècles d’une indépendance presque entière, n’était pas mûre pour saisir l’occasion de la compléter. Et l’indépendance , restée incomplète , laissa l’Italie ouverte de nouveau à toute intrusion étrangère, à celle du premier venu.

1 1 . La descente de Charles VIII bouleversa l’Italie au moment où , délivrée d’étrangers et confédérée , elle pouvait paraître plus près de devenir une vraie et grande nation. Ainsi les invectives dont ce roi à l’esprit léger et aux vues étroites, les Français qui le suivirent étourdiment, et les Italiens qui l’appelèrent traîtreusement ont été l’objet, sont justes, naturelles, générales. Mais il faudrait tourner aussi une bonne part de cette colère contre toute cette génération d’Italiens plus cultivés et plus élégants que forts, plus

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corrompus que civilisés, qui iaissërcut s’accomplir cette conquête si téméraire. Celle-ià, du reste, n’eut guère plus d’un an de durée, et plusieurs autres conquêtes des Français , des Espagnols, des Allemands, passèrent tour à tour après elle , à notre honte , sans doute, et à notre grand dommage; mais le dommage le plus grand et le plus durable nous vint de ces derniers étrangers , nos envahisseurs ordinaires. L’Empire, le funeste Empire romain-ailemandfut celui qui nous perdit cette fois, commé les autres. Les droits de l’Empire firent donner d’abord au traître Ludovic Sforce, puis revendiquer par l’Empire, et attribuer enfin à la maison d’Autriche, cette Lombardie qu’elle possède encore. Ce fut l'Empire qui ouvrit toutes les portes de l’Italie à Charles-Quint ; l'Empire, qui déjà en proie à toutes les infirmités au milieu desquelles il prolongea sa décrépitude , se substitua en Italie les deux maisons autrichiennes, l’espagnole et l’allemande. Ce fut l’Empire et la corruption élégante qui, dans l’espace d’un peu plus de soixante ans, firent passer l’Italie de la condition la plus heureuse à la plus affligeante , de la liberté à la servitude. — Mais admirons , au milieu même de nos douleurs , les voies de la Providence. Tous ces étrangers accourus pour nous déchirer. Espagnols, Français, Allemands, remportèrent chez eux quelques parcelles de cette culture intellectuelle déjà vieille chez nous, et ce siècle, le troisième de notre civilisation , fut considéré comme le premier parmi les autres peuples, qui l’appellent le siècle de la renaissance. Nous pouvons donc dire que nous avons souffert à l’avantage de tous. Mais sachons avouer aussi que nous n’avons pas souffert sans

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qu’il y eût de notre faute ; sachons reconnaître que toute notre supériorité d’instruction ou même de civilisation ne nous a servi à rien, ni pour compléter ni même pour conserver ce que nous avions d’indépendance, à rien pour nous sauver ni de longs déchirements ni du dernier abaissement. — Celte condition déplorable fut consolidée en 1559 par la paix de Cateau-Cambresis, qui laissa la Sicile, Naples, la Sardaigne et Milan au pouvoir de la maison d’Autriche espagnole, et l’Italie livrée à la merci de deux étrangers. Quand osera-t-on faire une histoire de ces soixante-six années, si brillantes et si sombres? de Charles YllI à ce traité de paix ? de Macchiavel au Tasse? de Raphaël aux Carraches? de Laurent au grand-duc Cosme? Quand pourra-t-elle se faire, non pas avec l’esprit indifférent de Macchiavel ou de Guichardin , mais avec une sensibilité d’artiste jointe à un mêle jugement capable d’apprécier les mâles vertus, les innombrables vices, les diverses mais vaines merveilles de cette génération italienne ? La moindrç difficulté pour écrire et pour faire lire dans notre patrie une telle histoire, viendrait peut-être de la censure; ce serait un aliment d’âpre saveur à ne convenir qu’à des palais endurcis , à des générations accoutumées à l'indépendance ou du moins mûres pour la recouvrer.

12. A cette nouvelle et détestable condition faite à l’Italie commence cette période de plus d’un siècle, déshonorée dans le souvenir de tous les Italiens sous le nom de Seicento, période de la dépendance directe la plus étendue, de la dépendance indirecte la plus pésante, de la nationalité la plus réduite ; période qui.

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par une conséquence naturelle, se trouve la pfus dépourvue d’activité et de vertu inspiratrice, riche d’oisiveté, de vices et de corruption dans les lettres, dans les arts, dans l’ordre civil comme dans le militaire. Cette opinion sur notre Seicento & éié générale, et elle n’a pas été moins salutaire que juste; car il est toujours juste et salutaire de considérer une période de dépendance comme une époque d’avilissement, et de voir dans l’avilissement la corruption ; il est toujours juste et salutaire qu’en comparant notre xvii* siècle avec le X®, on reconnaissequ’une nation peut être précipitée dequelquedegrédeculture etde civilisation quecesoit dans l’avilissement et la corruption. Mais aujourd’hui l’histoire se fait d'une manière détestable. C’est une recherche érudite de documents ignorés, c’est un bouleversement de toute philosophie historique ; une manie de nier tout ce que le sens commun des générations avait fait admettre comme certitudes universelles; une prétention de trouver et d’enseigner ce qui ne fut jamais ni enseigné ni su. Est-ce simplement ambition de nouveautés? ou bien serait-ce une application large de cette méthode historique qui débuta par la négation des vérités, des traditions les plus universelles et les plus importantes?. le n’entends pas scruter les intentions, et je laisse chacun juge sans appel des siennes propres. Mais je discute les faits et leur Importance, et j’affirme qu’il est extrêmement important de conserver à notre Seicento la note d’infamie qu'il a méritée. On nous cite en vain à sa décharge le grand nom de Galilée. Galilée fut le premier à mettre pratiquement avec génie et grandeur toutes les sciences matérielles quelconques sur la voie de cette méthode

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de l’expérience que Bacon ne fit que recommander quand on avait déjà commencé à en faire usage. On a donc raison de revendiquer cette véritable et grande gloire italienne ; il est bon de signaler l’inépuisable fécondité du génie italien qui, lorsqu’on lui avait coupé toutes les autres voies, sut en frayer une nouvelle et magnifique, pour lui et pour les autres. Mais les sciences naturelles ont cela de particulier, je ne sais si c’est un défaut ou un avantage, qu’elles ne dépendent pas autant que les autres des vertus, des conditions nationales, qu’elles peuvent se développer et , briller même chez des nations serviles et corrompues, bien que le plus souvent elles n’y fructifient pas long- .. temps. La vérité est que la vie elle-même de Galilée prouve combien ses contemporains étaient misérables. Ce n’est pas contre le pape, ce n’est pas contre l’inquisition romaine que doit se déchaîner principalement le courroux excité par les persécutions auxquelles Galilée fut en butte. La curie romaine ne fit peut-être pas elle-même d’une question de science une question de théologie. Galilée fut le premier à la rendre telle, avec une imprudence et un zèle sans doute bien pardonnables ; mais l’imprudence et le zèle en sens opposé de la curie romaine sont bien pardonnables aussi. Le plus impardonnable de tout cela c’est donc la sotte faiblesse du grand-duc , de ses autres protecteurs et de ses nombreux amis, c’est-à-dire, en un mot,des contemporains de Galilée. Mais ce qu’il y a de bien pis, c'est d’entendre citer à la décharge de ce siècle un Masaniello, un Bruno, un Campanella; un pêcheur chef populaire tombant en démence dans les huit jours d’une insurrection qui finit si lâchement, et deux moines dans

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les ouvrages desquels on retrouve je ne sais quels germes de certaines idées philosophiques, que l’ou rencontre presque partout où l’on veut fouiller, mais dont la vie et les écrits furent moins, assurément, ceux de bons philosophes que de mauvais théologiens, et parfois d’imbéciles astrologues. On fait certes beaucoup mieux de citer Vico, philosophe nouveau et grand sans doute, qui écrivit entre la fin du xviii' siècle et le commencement du suivant; mais l’obscurité absolue où le laissa l’insouciance de ses contemporains prouve que la nullité et l’abjection continua jusqu’à eux. Arien ne servirait de citer un Alexandre Farnèse, un Piccolomini, deux Villa, Montecucoli ou le prince Eugène, tous guerriers illustres, quelques-uns grands capitaines, mais non pour leur pays. Ces illustrations chez les étrangers démontrent, selon l’expression d’AIlieri, que la plante-homme naît vigoureuse en Italie; mais elles démontrent aussi que l’air lui en est souvent mauvais, et qu’alors, pour se développer et grandir, le bon rejeton a besoin d’étre transplanté sur un terrain qui lui soit plus favorable. Tous ces guerriers qui , dans l’impossibilité de combattre pour l’Italie, allaient servir au dehors, prouvent combien notre situation était différente de ce temps où c’était noos du moins qui prenions des étrangers à notre solde, et n’envoyions pas à la solde des autres peuples nos condottieri. — Si l'on veut arrêter ses regards sur quelque véritable reste de vertu italienne exercée en Italie, il faut les reporter sur ces provinces qui, dépendantes de l’influence prépondérante , étaient du moins indépendantes de la domination directe de l’étranger, Rome, Venise, le Piémont. Mais quelles indépendances

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encore, quelles vertus encore que celles-là , si nous voulons une fois y regarder de près t Un Âllemand , qui n’est pas catholique , a publié tout récemment une histoire de Rome et des papes de la dernière moitié du XVI® siècle et de tout le xvi i®, dans laquelle est retracée la magnifique résistance opposée par ces papes, aidés de plusieurs ordres religieux nouveaux et animés d’une ardeur juvénile, aux hérésies pieines aussi de force et de jeunesse. Certains actes civils de quelques-uns de ces papes, et de Sixte V par-dessus tous, y sont loués dignement. Ce fut pourtant là le temps de ce népotisme qui, plus mesquin et plus vil que le précédent, ne pouvant plus donner des villes et des provinces, donnait des terres et de l’argent , et qui dès lors, n’ayant pas au moins l’excuse de chercher à accroître la puissance du saint-siège, diminuait seulement sa richesse (1). C’était le temps où la France, exclue de la Péninsule, n’avait pas même besoin d’y faire une descente pour tyranniser Rome , et se faire demander excuse de la résistance qu’elle avait opposée à ses insolences , le temps où il suffisait d’un confesseur de Louis XIV pour troubler la tranquillité de la cour de Rome. — Venise aussi était indépendante; mais comment usait-elle de son indépendance? Contre les Turcs. C’était bien sans doute ; et les expéditions de Candie et de Morëe peuvent servir de consolation à ceux qui veulent en trouver à toute force : mais ces expéditions tant vantées eurent pour résultat ou des conquêtes mal assurées et bientôt abandonnées, ou la défense prolongée de possessions auxquelles il fallut

(I) Voir l’histoire récemment publiée du pape Alexandre VII , écrite pat le cardinal Pallaviccinl.

flnir par renoncer ; de sorte qu’su bout du compte elles ne prouvent que l'impuissance. Ce qui le confirme, c’est la tolérance de la république au sujet de cette conjuration, qui, plus elle est expliquée, tourne davantage à la honte de Venise; de même que la corruption croissante et déjà invétérée est confirmée par tous les détails de ces guerres , de cette conjuration et de toute l’histoire du temps. Une autre mode aujourd’hui est d’exalter Venise, de dire ses misères imméritées, et de considérer comme une insulte d’en révéler les causes. Mais il me semble que la plus grande insulte qu’on puisse faire à une génération présente , c’est de la croire incapable de sentir les fautes et la corruption de ses ancêtres. Venise au xvii‘ siècle fut, plus ou moins, corrompue comme les autres provinces italiennes : tant la corruption s’attache facilement , j’allais dire justement , des provinces dépendantes à celles qui souffrent de telles voisines. — Il n’est pas douteux que le Piémont commença alors à être la moins corrompue comme la moins dépendante des provinces italiennes, grâce à ses anciens princes, et à son armée nationale qu’ils conservèrent toujours. Je n’ai pas craint, il n’y a qu’un instant, d’effleurer une couronne de la maison royale de Savoie; je n’ai pas hésité à dire que la paix de Gateau-Cambrésis, à laquelle cette famille dut le commencement ou la confirmation de sa puissance, fut le commencement ou la confirmation de la servitude italienne. Les faits parlent, et la vérité est seule utile, seule respectueuse ; la dire teile qu’on la voit est un hommage que l’on doit au moins, ne pouvant faire davantage, à ceux que l’on voudrait servir le plus. Emmanuel Philibert dépouillé de son

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État par la France eat excusable, en vertu du droit suprême de sa propre conservation, d’avoir offert, noble et grand guerrier qu’il était, ses services à l’Espagne; d’avoir combattu et vaincu à la journée de Saint- Quentin, suivie du traité de Cateau-Cambrésis;’ mais Emmanuel Philibert est admirable dès le lendemain du traité. S’appuyant de ce moment sur la France contre l’Espagne, ne se montranlni puérilement ni poétiquement l’ennemi , mais bien politiquement, tantôt l’adversaire et tantôt l’allié de chaque puissance étrangère , selon qu’il y trouvait avantage , il comprit de prime abord la nouvelle position de sa dynastie , et en fonda immédiatement la politique; celle naturelle, inévitable, on ne peut plus juste entre deux voisins souvent arrogants, de se ranger du côté de celui qui dans l’occurrence se montre le plus exigeant; de pouvoir offrir , dès lors , ici un allié , là un adversaire à prendre en considération; de tenir son peuple uni, tranquille et aussi heureux que possible, mais toujours sous les armes. Le plus grand exemple laissé par Emmanuel Philibert à ses successeurs fut de rendre sa puissance italienne. Jusqu’à lui les princes de ce pays s’étaient placés comme à cheval sur les Alpes ; il prit possession en deçà, il résida dans la ville très-italienne de Turin, y établit sa cour, le siège de son gouvernement , la fortifia , et la prépara à devenir une grande ville, une grande capitale; comprenant très-bien que dans les États italiens plus que dans les autres la capitale est presque tout. Il appela aussi des hommes instruits, et mit en voie de progrès les lettres italiennes dans ce pays considéré longtemps comme la Béotie de la Péninsule, quand il était plutôt sa Macé-

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doine. Ku cela, comme dans le ti^te, il fut imité plus ou moins bien par chacun de ses successeurs, selon leur capacité. Mais il n’est pas vrai qu’ils tinssent dès lors , comme on a coutume de le dire , les clefs de l’Italie. S’ils les avaient tenues en effet, ils les auraient tenues fort mal, en ouvrant à tout venant ; mais la vérité est quesans Saluées et le Montferrat leurs forces n’étaient pas suffisantes pour cette tâche; aussi cherchèrent-ils, pour l’acquisition de ces nouvelles provinces, à se renfermer en Italie, à laisser pour les obtenir partie de leurs possessions en France, à fermer ces portes de leur mieux. Ce fut ainsi, en un mot, que continuant l’oeuvre d’Emmanuel Philibert , et seuls presque parmi les Italiens à faire la guerre , seuls à garder leurs conquêtes, ou peut dire que les Piémontais conservèrent seuls le courage militaire et la vertu italienne, tandis que les autres États languissaient dans la mollesse; que seuls ils marchaient en avant quand tous les autres reculaient. Ce fut ainsi que seuls ils purent profiter des occasions nouvelles. — Une histoire sévère de notre Seicento serait aussi bien utile. Quelle histoire pourtant ferait oublier celle de Botta, défectueuse sans doute , mais d’un éclat incomparable? Quelle histoire surtout pourrait égaler cette description charmante mais terrible, idéale mais véridique, que nous en a donnée Manzoni ?

Disous-le cependant pour la seconde fois : Les nations CUBÉTIENNES PEUVENT ETBE ATTEINTES DE MA- LADIES, MAIS NON PAS MOURIR. Elles ne peuventdonc, quand elles sont malades, que guérir. C’est pourquoi, après avoir signalé, dans le xvii® siècle, une grande dépendance et une extrême corruption en Italie, nous

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avons à observer au xviii*’ un second retour à l’indépendance et à la vertu. Ce retour ne saurait être révoqué en doute; et, déjà remarqué par les plus clairvoyants, il a été constaté et mis à la portée de tous par nos deux grands historiens modernes, Botta et Colletta(l). Nous renverrons à leurs ouvrages pour les faits, et nous nous contenterons de noter les causes principales. — La première fut la même que nous avons indiquée sept siècles auparavant, l’incorruptibilité chrétienne. Mais eu opérant toujours , cette cause opère avec une diversité admirable , selon les temps. Au xi” siècle ce ne pouvait être , quand la chrétienté entière était corrompue, que l’Église elle-même, source de l’incorruptibilité, qui guérit le reste; et elle guérit d’abord la nation au milieu de laquelle était son centre d’action, la nation italienne. Mais avec le progrès du temps, les corruptions générales devinrent et demeurèrent aussi impossibles que l’état de barbarie général. De quelque manière que ce soit, jusqu’à cette heure on n’eu revit plus. Quand l’Italie, qui avait occupé longtemps le premier rang, mais qui n’avait pas donné pour appui à cette prospérité l’indépendance nationale complète, le perdit ensuite par la corruption , cette supériorité passa successivement aux autres nations chrétiennes. La première à s’en emparer, après l’Italie, fut la péninsule ibérique, qui déploya son activité et son courage dans la navigation , les missions , les conquêtes, et propagea au loin les arts et les lettres durant tout le xvi® et une partie du xvii® siècle. Et veut-on voir comment passa la suprématie d’une pé-

(I) Nous regrettons de ne pas pouvoir souscrire à cet éloge sans réserve de i’tiistoire de Colietta. Trad.

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ninsule à l’autre? Marco-Polo, qui découvrit et décrivit les contrées les plus reculées de l’Orient, était Italien ; toute la tâche laborieuse qu’il avait accomplie était italienne ; italienne aussi la pensée de gagner ces contrées par l'Occident, projet sur lequel Humboldt a répandu tant de lumières ; Colomb , qui le réalisa , était Italien, ainsi qu’Âméric Vespucci, qui donna son nom au nouveau monde. Mais relations, travaux , projets et leurs auteurs furent négligés par l’Italie, qui avait cessé d’étre active, et l’Espagne, qui l’était alors au plus haut point, recueillit le fruit du labeur italien dont le résultat fut la suprématie. L’Espagne s’étant bientôt corrompue à son tour au milieu de ses rapides triomphes , la suprématie passa à la France. Mais ce passage successif de la suprématie d’une nation chrétienne à une autre nous parait un fait si important pour chacune (et principalement pour la nôtre, après ce que nous appellerons la magnifique erreur de M. Gioberti), que nous ne faisons que l’indiquer ici , nous réservant d’en traiter expressément ailleurs. — Quoi qu’il en soit, à la fin du XTii” siècle étau commencement du xviii% l’Italie se trouvait dans une position inférieure à celle d’une ou de deux nations chrétiennes , pour ne pas dire de presque toutes. Un hasard , une circonstance fortuite, un de ces faits les plus indépendants des causes humaines, et pour cela attribué, même par les plus incrédules, à drscauses supérieures et providentielles , l’extinction de la branche autrichienne espagnole remit en lotte les nations chrétiennes, et les ramena heureusement cette fois , nous pouvons le dire , en Italie. Une seule provüice, un seul prince se trouva prêt à saisir l’occasion.

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et cela suffit pour y déterminer un réveil d’indépendance, et par suite, d’activité, de civilisation , de culture intellectuelle. La succession d’Espagne s’ouvrit en 1700; un bon tiers de l’Italie se trouva en faire partie comme domaine. I.es habitants de ce domaine ne bougèrent pas, ne s’aidèrent pas ; cela fut naturel : ils étaientsujets de l’étranger depuis deux siècles. Mais un prince italien , Victor Amédée II de Savoie, préleudait aussi sa part de cet héritage , et il se la fit donner ; ce qu’il dut tant à son activité et à son énergie propres qu’à celles de son parent le prince Eugène et de son peuple. Il y gagna le titre de roi joint à une puissance réelle, et la réunion de la Sicile à son État, qui devint plus que jamais italien, en diminua d’autant la part de l’étranger. Il en fut ainsi à dater de la paix d’Utrecht en 1714. Le royaume de Naples et Milan demeuraient provinces allemandes, et la Sardaigne, espagnole. Mais bientôt deux autres occasions semblables se présentèrent : la succession de Pologne et celle de la maison d’Autriche. Deux autres fois la chrétienté fut troublée de la même manière avant que le siècle fût parvenu à sa moitié, et le Piémont, État italien, se concentra et s’accrut de nouveau en abandonnant la Sicile pour la Sardaigne, et en acquérant peu à peu une bonne partie de la Lombardie. Le royaume de Naples et de Sicile, enfin rétabli, passa à une branche de la maison de France , qui bientôt devint italienne. Parme fut donnée à une autre branche de la même famille; la Toscane à une branche de la nouvelle maison d’Autriche, qui devint aussi italienne au suprême degré. Presque tous les États de l’Italie étaut ainsi accrus sous des princes nouveaux , il n’y

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resta plus pour l’étranger que Milan avec une partie de la Lombardie. Alors on toucha de nouveau , bien que d’une autre manière, à l'indépendance complète ; la seconde moitié du ]iviii‘ siècle ressemble à la seconde moitié du xv®, avec cet avantage de plus, que dans le premier l’Italie allait rebroussant chemin, tandis que dans l’autre elle était partout en voie de progrès. — La résurrection politique ne fut pas seule à nous venir du dehors. Pour écarter tout scandale, je ferai remarquer de suite que c’était le temps d’une philosophie perverse qui avait envahi l’Europe presque entière ; mais c’était aussi le temps de progrès incontestables dans plusieurs arts, dans le commerce, dans toutes les sciences matérielles, dans plusieurs branches de la science politique. L’Italie eut alors l’extrême bon sens de prendre peu de la première et beaucoup de ceux-ci. Les Italiens accueillirent ce que l’étranger lui offrait de bon, et laissèrent le mauvais , en suivant l’exemple des Romains, leurs ancêtres, plus digne que nui autre d’être transmis à la postérité. Je me hâte, au surplus, d’expliquer, pour ceux dont le défaut est d’opposer toujours aux faits généraux les plus clairs, les exceptions particulières qui jamais ne manquent, qu’ils ne laissèrent pas sans doute que de prendre quelque mal et de repousser quelque bien. Mais en somme, ce fut le temps de Charles de Bourbon à Naples, de Léopold à Florence, du comte de Firmian à Milan , de Victor Amédée II et de Charles Emmanuel lil en Piémont. Ce fut l’époque où le Piémont, qu’Emmanuel Philibert avait fait entrer dans la poiitique,s’associa déiinitivement à la culture intellectuelle de l’Italie, et s’y associa avec les deux grands noms de

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Lagrange et d’ Alfieri. Nos lecteurs ont déjà pu voir que je ne donne pas le pas aux faits littéraires sur ceux d’institutions ou de vertus nationales ; mais celui de l’entrée d’une partie considérable de l’Italie dans la communauté de pensée et d’intéréts italiens , me semble un fait plus que littéraire , un fait qui fut et put être fécond politiquement et moralement. Ces ré> novations que nous avons dit venir naturellement d’une nation chrétienne à l’autre, sont peut-être plus faciles encore et d’un plus heureux résultat, d’une province à l’autre d’un même pays. Ce fut ainsi que le Piémontais Alfieri , se joignant à Parini , ce grand railleur des mœurs efféminées qu’avait léguées aux Italiens le xvii^ siècle, vint rendre aux lettres ita* liennes leur virilité , et par les lettres raviver le patriotisme. Ce fut ainsi que, l’oisiveté et les vices diminuant, l’activité et la vertu augmentaient en proportion et correspondaient avec l’accroissement de l’indépendance , presque au moment d'être complète.

14. Mais ici l'on s'aperçoit plus que jamais que rien n'est fait tant que celle-ci n’est pas entièrement acquise. Cette indépendance , nos pères l’ont vue ; nous l’avons entendu proclamer tous dans ces années de l'enfance ou de la jeunesse , dont les impressions ne s'effacent pas, quelque temps qu’on ait à leur survivre ; et Butta et Colletta ont transmis à la postérité la triste mais utile histoire des erreurs et des impuissances italiennes, dans cette dernière et grande occasion. — La France aussi , après sa suprématie , avait eu sa corruption , son seicenlo , après le xvii® siècle et Louis XIV, le xviii® siècle et Louis XV. La corruption française fut différente de la nôtre , selon la di-

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versité des temps et des nations ; elle fût moindre dans les lettres, beaucoup plus grande en fait de théories philosophiques ; mais , au total , ce fut aussi une corruption. Lorsque éclata la révolution qui bouleversa la nation entière, elle menaça de bouleverser aussi les autres nations chrétiennes. Presque toutes se levèrent contre la France, et la France s’avança contre elles. Il en résulta des invasions çà et là, des essais de républiques, des tentatives de monarchie universelle. Mais en définitive (telle est la vertu intime, la vitalité du christianisme) , il en résulta que cette imposture de l’empire romain, qui avait duré 1005 ans, finit; que la France rentra dans ses limites et fut reconstituée sous l’autorité de sa famille royale ; que l’ÂIlemagne fut mieux ordonnée; que la Russie s’accrut ; que l’Espagne, quoique amoindrie, se réveilla ; que les Colonies espagnoles conquirent leur indépendance; que l’Ângleterre parvint à ce degré de grandeur où nous la voyons; enfin, que la chrétienté fut plus que jamais fortement constituée à l’intérieur, plus que jamais triomphante au dehors.

Mais ritaiie? — Ne faisons pas d’hypothèses à son sujet, ne nous perdons pas en des conjectures qui s’é- - loignent trop du fait ; ne cherchons pas quelle part elle aurait pu prendre aux luttes et aux profits du combat, si elle se fût trouvée indépendante et confédérée. Mais livrons-nous à un regret qui pourrait un jour avoir son utilité; regrettons qu’à cette grande et nouvelle occasion elle ne se soit pas trouvée prête pour conquérir le peu qui manquait à son entière indépendance; que cette légénération, qui déjà avait duré près d’un siècle, n’eût pu encore y réunir toutes les

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opinions, tou^ les esprits dans cette seule pensée. C’est que la plupart des éléments de cette régénération ve> nant du dehors, réunissaient à des avantages incontestables quelques germes funestes qui divisèrent la nation. Puis toutes ces maisons de princes d’origine étrangère, ou nouvellement italiennes, n’avaient pas encore le degré de nationalité nécessaire pour avoir confiance dans le pays ou pour lui en inspirer; elles n’étaient pas assez italianisées (1). Mais le grand mal vint surtout et comme toujours de l’étranger, de l’étranger établi à demeure en Italie, où il était petit alors, mais disproportionnément grand au dehors , et qui, s’étant mis avec une telle supériorité de forces‘à prendre en main, ou si l’on veut, à défendre les intérêts de l'Italie , ne tarda pas à les faire tous devenir entièrement siens. Voilà pourquoi la lutte qui dura vingt-cinq ans en Italie ne fut jamais un seul instant une lutte italienne, mais seulement un combat entre l’étranger établi et l’étranger envahisseur, entre l’Autriche et la France. Nous nous rappelons encore ces années où rien n’était aussi détesté par les Autrichiens ou les Français, et quelquefois (chose honteuse 1) par des Italiens, où rien n’était plus suspect ou plus persécuté ou plus prohibé que l'intérêt, que le nom même de l’Italie. Bien ne pouvait réussir à une nation encore si peu avancée, aussi mal préparée. — En effet,

le Piémont, attaqué le premier, demanda à grands cris,

(I) Voilâtes deux vrais et grands obstacles qui, malbeureusement, s’appuient l’un sur l’autre et empêchent l’Italie de se relever. Nous ne saurions assez recommander aux peuples d’écarter le premier ; niais nous sommes intimement convaincu que tes princes , par une de ces manirestations qui n’admettent point de rélicences , peuvent les faire disparaître tous les deux à la fois. Th.\d.

implora une confédération : ce fut en vain. Naples envoya deux régiments de cavalerie et crut avoir fait un généreux effort. L’Autriche envoya aussi , mais plus et autre chose qu’un secours I une armée d’occupation ; et le Piémont pourtant parvint, tant par ses propres forces qu’avec ce funeste secours, à se défendre trois ans; mais Bonaparte passa entre les deux armées, battit l’une et l’autre, et peut-être ne les aurait-il pas vaincues (comme le dit peu d’années après un de ses confidents intimes à un ambassadeur piémontais à Paris) s’il avait eu seulement devant lui ou les uns ou les autres ; ou plutôt, dirai-je, s’il n’avait eu à combattre que des Italiens, seuls vivement intéressés à ne pas livrer le passage. Mais alors, une fois la Péninsule ouverte, elle fut parcourue tour à tour par les Français, les Autrichiens, les Allemands de toute espèce, par les Hongrois, les Slaves, les Anglais, les Turcs même, durant dix-huit années; et dans ce laps de temps elle essaya des républiques, elle essaya d’un royaume d’Italie , elle subit de nouvelles divisions en long et en large; de nouveaux partis s’y formèrent, parti français , parti autrichien, parti royaliste, parti populaire, parti de l'Église, parti philosophique^ partis de toute sorte, sauf on parti italien. Ce fut un nouveau Cinquecento , moins l'élégance, les lettres et les arts. En résumé,pour résultats défmitifsde tant demisères on eut la fin de cet empire romain si funeste, ce qui fut un grand bonheur; la fin des aristocraties décrépites de Gènes et de Venise , bien peu à regretter; la réunion de Gênes au Piémont en un État irrévocablement italien, cé qui a été encore un grand bonheur dont on se convaincra davantage de jour en jour. Mais la réunion

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de l’État vénitien à la Lombardie pour en former une province étrangère, pins étendue, plus compacte, plus fortement possédée, vint sans compensation empirer incontestablement la condition de l'Italie.

15. Qu’en est-il arrivé depuis? Comment considérer l’époque où nous nous trouvons? De quel nom sera appelé ce xix* siècle dans lequel nous avançons? Est-ce un nouveau seicento ou pis encore? Un siècle qui nous a ramenés à la même ou à une plus grande dépendance , à la même ou à une plus grande corruption, ou bien sera-t-il au contraire la continuation du siècle précédent , de son œuvre de régénération? — Certainement, si l’on envisage l’énorme accroissement de la part de l’étranger, on peut craindre que nous ne soyons revenus à une dépendance peu différente de celle du xvii* siècle; on peut en craindre des conséquences semblables en obstacles, en inactivité, en loisirs efféminés, en vices serviles. Et les indices de pareils maux ne manquent pas malheureusement. — Mais peut-être qu’après un examen plus attentif, en tournant ses regards vers la partie italienne de l'Ita- 1^, les<rgintes pourraient se changer en espérances; cette considération que les États italiens sont enfin délivrés de l’épouvantail du faux empire romain, est d’une grave importance, c’est un grand progrès.- Les États italiens ne sont pas assez indépendants en fait , ils ne le sont pas entièrement ; mais c’est beaucoup que de l’être devenus de droit , sans contestation possible. Le droit peut ramener au fait, il le peut d’autant plus dans les conditious présentes de la civilisation européenne, de la chrétienté. Non-seulement les usurpations

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matérielles de la puissance étrangère sur les États italiens ne seraient pas tolérées , mais on ne permettrait pas même des exigences graves, scandaleuses, patentes. Non- seulement l’indépendance partielle des principautés italiennes, qui font partie du droit public européen, est garantie par la chrétienté entière, mais on désire généralement, comme étant de droit naturel , l’indépendance de toute grande et ancienne nation chrétienne. On tend à faire entrer toutes les nations chrétiennes dans la grande république, dans le grand État des États; on comprend qu’il y a là une question d’intérêt, de force, de prospérité universelle. — Appuyés ainsi par l’opinion universelle, les États, les princes italiens ont recommencé à marcher d’euxmèmes en avant : l’un plus, l’autre moins, mais presque tous. Us ont organisé des armées telles qu’il n’y en eut jamais en Italie ; ils ont renouvelé la législation en la mettant en rapport avec les temps , et ils l'ont réunie en codes, progrès immense en lui-même. S’ils se mettent trop lentement à seconder les progrès de la marine, des moyens de comiQunioation, du commerce, et en général de tous ces intérêts matériels dont ils ne tiennent peut-être pas assez compte, ils s’y «oDt'pourtant mU , et en cela peut-être, plus qu’eu toute autre chose, le commencement entraîne la suite. S’ils n’ont pas donné ou laissé prendre aux lettres et aux arts cette impulsion , cette inspiration nationale qui seule peut assurer leur importance, ils ne les ont néanmoins ni fait ni laissé tomber dans la corruption et dans la bassessa; ils y ont encouragé cette solidité qui est voisine de i 'énergie, et nous sommes loin des frivolités efféminées, des puérilités du seicento, et de quelques-

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unes du siècle suivant (i ). — Que les peuples italiens aient donc à s’aider eux-mémes , non-seulement eu secondant tous ces progrès de leurs gouvernements, en les réclamant, mais en entrant spontanément dans ceux qui ne peuvent venir que de l’opinion et de la vertu de chacun. Nous sommes loin du seicento et peut-être du siècle qui l’a suivi plus encore dans les mœurs que dans la littérature. Nous reviendrons sur ce point qui a trait à l’une des espérances italiennes les mieux fondées. Il nous suffit ici de faire observer que nous ne sommes pas retombés quant à présent dans une troisième corruption italienne, que nous sommes dans la continuation de l’œuvre du siècle passé; dans cette renaissance qui parut, sans l’être réellement, arrêtée par l’invasion étrangère; que l’invasion s’est retirée de noos, enuous laissant des avantages qui , s’il platt à Dieu , surpasseront le dommage éprouvé ; je veux dire nos progrès incontestables en fait d’activité et de vertu , ainsi que dans le sentiment de la nationalité et dans le désir de l’indépendance. — L’histoire de cette entreprise qui n’a pu être conduite à fin en treize siècles, n’est, en attendant qn’elie devienne glorieuse, que trop longue et trop affligeante; affligeante surtout, à raison de tant d’occasions perdues. Mais la nation italienne semble se préparer à ne plus les perdre. Le moment est donc

(I) Pour être Juste en cela, il faut décerner des éloges au grandduc de Toscane d’abord , puis au roi de Sardaigne; mais il faut en même temps dire au roi des Deux-Siciles que c’est mal à lui de tolérer l'exil de l’historien des Vêpres siciliennes ; au pape, de ne pas permettre tes salles d’asile ; et à un autre prince que nous ne voulons pas nommer, de s’être livré k des persécutions qui seraient impardonnables , si elies n’étaient pas insensées- Thad-

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opportun pour rechercher quelles sont les probabilités, et comment nous pourrions en tirer parti. Après avoir parcouru rapidement le passé, reportons nos regards vers l’avenir, le seul but, le seul objet important de la tâche que nous nous sommes imposée.

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