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ce sujet toute son éloquence. Nous-niêrac , nous venons de rappeler les maux causés par toutes ces interventions des Grecs contre les Gotlis, des Lombards contre les Grecs, des Francs contre les Lombards, des Allemands contre les Francs; nous avons vu un roi français et un roi espagnol appelés en vain , les Allemands appelés et venus, et parmi eux une maison opposée à l’autre, les parents aux parents, parfois le fils au père; nous avons vu les Angevins contre les Souabes , les Aragonais contre les Angevins, les Français contre les Aragonais, les Autrichiens contre les Français , puis de nouveau les Français contre les Autrichiens, sans autre résultat que la servitude changée, la pire de toutes Mais je veux en venir, qu’on
me le permette , à une honte récente et plus grande encore. Dans toute cette longue série d’appels à l’étranger, un seul ne fut pas exaucé; sauf celui-là , l’étranger qui fut appelé vint toujours. Au contraire, dans les dernières années, à partir de 1815, plusieurs appels sont partis de l’Italie sans rien obtenir. Si donc déjà on devait éviterd’y recourir par ces deux bonnes raisons, qu’ils furent toujours inutiles et souvent funestes, une troisième, plus honteuse, est venue s'y ajouter , c’est qu’il est plus dif0cile d’obtenir qu’il en soit tenu compte. Il en sera ainsi, selon toute probabilité, même pour l’avenir. Parlons clairement et en désignant les choses par leur nom. Quand il s’agit de demander secours contre l’Autriche, on comprend qu’il est question de la France. La France fut toujours appelée contre l’Autriche , comme l’Autriche contre la F'rauce; et l’une vaut l’autre quant au danger de subir leur joug tour à tour. Bref, c’est la
France qu'il s’agirait d’appeler maintenant. Or , appeiée dernièrement, elle n’est pas venue, et on l’appel* lerait encore de nouveau qu’elle viendrait encore moins. Tout est changé, en ce qui nous concerne, par l’effet des changements politiques survenus en France. I.«s rois français, absolus autrefois et princes guerriers d’une nation belliqueuse, avaient beau jeu à la lancer hors de chez elle pour satisfaire leur propre ambition, pour leurs intérêts personnels ou pour ceux de leur famille. Il pouvait bien venir à l’esprit de quelques-uns de leurs conseillers ou de leurs courtisans , d’une probité rare , de représenter que l’intérêt de la France était différent de celui des Valois ou des Bourbons, mais ils n’étaient pas écoutés; et la plupart de ceux qui se pressaient autour du trône ne tenaient compte que du bon plaisir de celui qui y siégeait. Il en fut de même et pis encore sous Napoléon ; pis encore sous la république démocratique intermédiaire. Les démocraties sont plus faciles à la flatterie, plus intéressées et plus ambitieuses que pas une famille de princes. Mais quand toutes les classes intelligentes ou éclairées d'une nation prennent plus ou qmins part à toutes les délibérations publiques, elles ne se laissent pas facilement entraîner dans des entreprises qui leur sont indifférentes ; elles ne se soucient pas de rendre illustre le nom du prince, ou de donner un trône à un cadet dont les fils oublieraient leur origine et le bienfait reçu; elles ne sont pas plus empressées d’ajouter une province au territoire, si elle n’est pas réellement nécessaire soit à la défense , soit à la richesse nationale. Je sais bien qu’on m’opposera l’exemple de l’Angleterre qui, avec un gouvernement semblable, a fait
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et fait encore des conquêtes très-étendues ; mais au lieu d’infirmer ma proposition , elles viennent au contraire à l’appui. Les conquêtes anglaises sont toutes faites dans l’intérêt du commerce national supputé, épluché à livres, sous et deniers. Celle qui ne présente pas des avantages, ou ne se fait pas, ou est réprouvée, ou même est abandonn ée, comme nous l’avons vu dernièrement. Il y aurait encore beaucoup à dire à ce sujet, très-inutilement pour ceux qui ne sont pas au courant de l’histoire anglaise depuis un siècle; et ce qui vient d’être dit suffit , et au delà, pour ceux qui eu ont connaissance. J’ajouterai que les conquêtes en Italie ne sont pas de celles qui présentent à la France des avantages nationaux. Les ambitions françaises n’ont rien à faire en Italie; elles arrivent aux Alpes, pas plus loin. Au delà, elles trouveraient plus de tombes que de trophées, autant d’expulsions que d'invasions , et ce n’est plus le temps, pour une nation, de se consoler parce que son roi aura dit : « Tout est perdu fors l’honneur. » On ne veut maintenant perdre ni l’honneur, ni l’argent, ni même à peine quelques vies; et , comme les conquêtes exposent tout cela à de grands risques, elles se font et se feront plus rares chaque jour. Aucune province italienne, de notre cêté des Alpes, n’est pour la France une continuation de territoire qui la fasse arriver à une limite naturelle ou prétendue telle, c’est-à-dire aux bords ou à l’embouchure de fleuves français; il n’est par là de poiuts de relâche pour aucune colonie française actuelle ni à prévoir; et s’il pouvait y en avoir un pour le Levant auquel la France visait naguère, il est si près du point de départ qu’il ne présente pas réellement l'avantage
requis en pareil cas. Ces vues-là, abandonnées dès aujourd’hui , le seront plus que jamais à mesure que l’ambition de la France se trouvera satisfaite par l’effet de sa constitution. On peut donc prévoir pour l'avenir ce que nous avons vu dans ces dernières années. Quelques casse-cous politiques, quelques-uns de ceux qui , pour avoir trop médité sur les événements de la république et de l’empire, ne savent pas voir combien les temps actuels sont différents; quelques hommes de ce parti qui se donne pour progressif et n’est que rétrograde ou ai» moins tardigrade; quelques Français de toutes ces catégories rêveront des conquêtes et la propagation de leurs folies dans la Péninsule; quelques Italiens, leurs pareils, s’abuseront peut-être encore en prenant des songes pour l’opinion véritable de la France entière , puis c’est elle qu’ils accuseront de ne pas les avoir réalisés. Mais cette nation, ce gouvernement, maintenant affermis, laisseront rêver tout à leur aise les songe-creux français et italiens, etse contenteront de faire ce qu’ilsont fait, d’empêcher l’Autriche de gagner trop de terrain en Italie. Cela même, ils le feront avec des égards infinis pour l’Autriche, autrefois rivale et ennemie, aujourd'hui l’alliée la plus naturelle qu’ils aient sur le continent; ce sur quoi je m'étendrai bientôt davantage. — L’intervention de la France ainsi écartée , je ne m’occuperai pas à repousser de même celles qu’on pourrait s’imaginer devoir venir de l’Espagne, de l’Angleterre ou d’autres puissances plus éloiguées. Les mêmes conditions politiques produiraient sur les deux premières le même effet , celui de ne pas y laisser écouter notre appel. Quant à celles qui sont plus loin et dans des conditions opposées , je
crois bien que personne n’y songe. Mais je déclare que je n’ai entendu exclure que les appels proprement dits et les interventions armées semblables aux an* cieunes ; je veux dire les appels faits par un parti italien et les interventions faites en faveur de ce parti, ou, pis encore, avec des projets de conquête. Quant à exclure les alliances à conclure par nos princes avec une ou plusieurs de ces puissances pour diminuer la prépondérance de la puissance étrangère-italique, ou mieux encore pour nous aider dans une occasion quelconque à obtenir notre entière indépendance; une pareille exclusion serait une telle absurdité , l’effet d’une telle exagération de principes, d’une exaltation si puérile de vanité nationale , qu’il n’est pas un lecteur tant soit peu raisonnable qui puisse la supposer.
10. EspébamceIV. — Des occAsio^ss. L’une des plus grandes vanités dans lesquelles tombent d’ordinaire nos écrivains , c’est d’attribuer aux desseins des hommes plus de puissance, aux occasions moins d’influence qu’ils n’en ont en réalité. Les poètes tragiques propagent cette erreur, parce qu’ils ont besoin de grandir les hommes et de représenter en eux toute une époque. Les autres poètes et les romanciers ont suivi la même marche, par une nécessité presque semblable. Beaucoup de philosophes les ont imités par le même motif ; puis beaucoup de biographes, et aussi les historiens qui se plaisent à tracer des portraits et à mettre des harangues dans la bouche de leurs personnages. Qui n'a lu ces projets de conquête du monde attribués aux premiers Romains, qui pourtant se débattirent pendant 400 ans dans un rayon de dix milles autour de leur ville? Et cet autre, d’étendre
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leur puissance temporelle sur runivers entier, attribué à des papes qui luttaient péniblement contre Tivoli , contre les Crescence, les Arnauld de Brescia, ou contre lesColonna et les Orsini? Qui n’a lu encore ceux qu’on attribue atout conquérant, quel quesoit l'humble rang dont il soit sorti , et qui , créés presque tout d’un coup, sont poursuivis avec régularité? Les hommes pratiques ne tombent pas au moins dans de semblables erreurs; ils savent très-bien qu’à l’exécution, les plans trop vastes aboutissent à des résultats étroits ; c’est pourquoi ils tombent parfois dans le défaut contraire en les concevant dans des proportions trop restreintes. La bonne manière consiste à se tenir dans un milieu raisonnable , à choisir un but éloigné plutôt qu’à faire de grands projets, et à employer le temps et l’attention que l’on perd d’ordinaire en divagations sur ces projets, à reconnaître les occasions favorables et à en profiter. Nous aurions donc pu réduire à cela nos recherches ; c’est ce que nous ferons désormais.
tl. Nous ne saurions prévoir que trois occasions susceptibles de proflter à l’entreprise de notre indépendance : quelque conflagration démocratique ;
2” quelque tentative de monarchie universelle ; 3“ quel- (|ue partage d'États, du genre de ceux qui fournirent des occasions dans le dernier siècle. Mais ces trois occasions mêmes ne nous paraissent pas toutes probables; continuons donc à leur égard notre méthode d’élimination.
12 . A dire vrai, la conflagration démocratique, bien que hautement annoncée et grandement redoutée de nos jours, nous semble devenue improbable, par les progrès précisément que nous voyons faire à la démo-
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cratie actuelle. Nous ne nous vanterons pas, comme certains, d’être ou non du peuple, gentilshommes ou roturiers : le temps de se vanter de l’un ou de l’autre nous parait passé; ce n’est pas plus le temps de l’orgueil féodal que de la vanité plébéienne. Un nom noble , un nom roturier peuvent être également illustres. Un nom noble attire l’attention à celui qui le porte et ne lui vaut pas le respect; il est donc avantageux ou nuisible, selon qu’il est porté bien ou mal : en somme, il ne s’agit plus d’être ou non gentilhomme, mais galant homme , personne bien élevée. — Or, la classe des gens bien élevés est celle qui s’accroît chaque jour davantage, en deçà et au delà des Alpes, des débris et au détriment des deux, trois ou quatre classes, plus ou moins, qui existaient autrefois. Toutis celles-ci diminuent donc d’autant, et entre autres la classe démocratique proprement dite, classe distincte^ haineuse, usurpatrice, incendiaire (l). Ceux-là mémoqui en étaient hier n’en sont plus aujourd’hui; ceux qui hier auraient aidé à la conflagration l’empêchoraient à cette heure ; ceux qui hier auraient propagé la flamme apporteraient maintenant l’eau pour l’éteindre. Le progrès même des études a contribué à effacer les distinctions entre les classes anciennes et nouvelles. Les démocraties antiques, si admirées il y a un demi-siècle, sont devenues presque toutes, sous l’analyse de la critique actuelle, de véritables aristocra-
(I) Quand même ces quatre épithètes ne bous paraîtraient pas fort exaqèrées , elles ne seraient certainenenl méritées que par l'ertet du manque absolu de tous moyens d'éducation. Et alors à gui la faute, sinon à des usurpateurs d’un autre genre et bien plus reptochables ? Trad.
lies. Les prétendus débats entre les aristocraties et les démocraties sont devenus pour la plupart des luttes entre les races conquérantes et les races subjuguées qui habitaient le même sol. Ainsi tombent d’ellesmémes les imitations présentes, impossibles dans des conditions de société trop diverses. On n’en continue, pas moins à admirer l’antiquité en beaucoup de choses, mais on ne la propose plus comme un modèle à imiter stupidement. On n’admire guère non plus, et on se soucie encore moins d’imiter, ni dans sa féodalité ni dans ses communes, le moyen âge qui avait hérité durant quelques années de ces admirations usurpées. Quant aux démocraties qui survivent dans quelque coin de l’Europe ou dans les vastes contrées de l’Amérique, les résultats de leurs institutions, naguère tant vantés, sont maintenant trop connus pour que les imitateurs n’en soient pas bien épris. Dans quelques-uns de ces États la démocratie est tyrannique, et elle décourage dès lors tout le monde ; dans d’autres, elle s’assujettit à l’aristocratie; dans la plupart, elle se confond avec la grande classe des gens bien élevés. — Je m’en afflige pour le petit nombre de démocrates purs qui survivent; hommes stationnaires autant que les aristocrates les plus encroûtés, demeurés en arrière du progrès universel, s’excluant eux-mêmes de la classe toujours croissante des honnêtes gens, des hommes bien élevés et vraiment libéraux bien loin de pouvoir réunir des masses et de les faire mouvoir, comme ils l’espèrent , bien loin d’être en mesure d’amener des conflagrations, comme d’autres le craignent, ils n’auront bientôt ou n’ont même déjà de compagnons et de consolateurs que dans les rangs
éclaircis de ces pauvres saint-simonieDS, oweuistesou fouriéristes, dont, par économie de temps, je m’abstiendrai d’entretenir mes lecteurs. La conflagration démocratique peut continuer à être quelque temps encore un épouvantail de police, ou une espérance de sociétés secrètes; mais elle ne peut être mise en ligne de compte dans aucun avenir à prévoir : ce n’est point une éventualité, une occasion à calculer dans aucune entreprise importante.
1 3 . II n’y a pas plus de compte à faire sur une tentative de monarchie universelle de la part d’une puissance européenne quelconque. Bien que ce soit là un songe récent, ou précisément parce qu’il a été démontré songe par des faits récents, il n’est pas probable que l’essai se renouvelle. Qui oserait reprendre en sous-œuvre ce en quoi Piapoléon a échoué ? Certes , la leçon a été trop rude pour la France pour qu’elle veuille recommencer. L’Angleterre n’y a jamais pensé, et sa situation l’empêchera toujours d’y songer. La Prusse, bien que grande, est trop petite pour cela; l’Autriche, loin de se sentir des dispositions à pareille entreprise, s’abstient mêmede celles qui s’offrent à elle sans la moindre difflculté. Il n’y aurait donc à espérer ou à redouter des projets de cette nature que du côté de la Russie. Mais la vérité est que ni cette nation ni ses empereurs ne sont assez barbares pour ne pas connaître combien est grande la civilisation européenne qu’ils ont en présence, ou pour l’avoir en mépris comme leurs premiers ancêtres. Ils savent fort bien qu’ils n’ont pas devant eux un empire romain facile à conquérir ; ils savent qu’une invasion à la manière des Finnois ou des Mongols ne réussirait pas , et de plus ils n’ont ni la voie.
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loDté ni le pouvoir de se jeter dans de pareilles tentatives. Leurs armées , innombrables sur le papier, ou peut être en réalité au milieu de leurs steppes, dans leurs colonies militaires, ou dans leurs camps d’exercices, nous avons vu à quoi elles se trouvaient réduites une fois arrivées sur les rives du Pô et de la Seine; on dit même qu’elles étaient encore moins fortes quand elles descendirent sur le Bosphore ou qu’elles poussèrent au delà de la mer Caspienne. Dans l’état de civilisation présente, les invasions de nouveaux barbares sont des songes qui , fussent-ils faits par les Russes, seraient de peu de durée; mais les Russes ne les font pas. Le songe qu’ils font n’est pas celui d’une monarchie universelle, mais d’une prépondérance raropéenne; et celui-là même ils ne le font pas en général, ils n’espèrent pas le réaliser dans tous les cas, mais dans une éventualité , dans une seule occasion qu’ils prévoient très-bien et qu’ils préparent. Bien loin d’être barbares à ce point-là, les Russes s’en tiennent au contraire à cette conduite pratique que nous avons dite si rare, et qui, se proposant on but éloigné, sait attendre l’opportunité de l’occasion. L’occasion qu’ils prévoient est la chute de l’empire ottoman, et la prépondérance qu’ils espèrent tient à l’occupation par eux de cette embouchure du Danube vers lequel se portera on jour ou l’autre le commerce européen ; à l’occupation de ce Bosphore et de cet Hellespont d’où ils pourront le dominer. Telle est la prépondérance qui sera un songe ou une réalité, selon que l'Europe civilisée saura s’organiser pour la résistance.