COMMENT LES PRINCES ITALIENS PEUVENT Y CONTRIBUER
1. Voici donc la partie pratique de notre tâche; et c’est ici que je regrette de n’avoir d’autre crédit sur ceux qui tiennent dans ieurs mains nos destinées, que celui d’un obscur écrivain ; c’est ici que je voudrais savoir mieux entrer dans ieurs raisons, dans leurs difficultés, qui sans doute sont très-graves. Il me semble néanmoins qu’à tout prendre il s’agit pour eux d’accomplir une tâche digne d’envie. Il est au monde assurément des princes plus puissants, des hommes d’État dans des positions plus brillantes, mais il n’en est pas ' qui aient devant eux une entreprise aussi grande , ni en résultat aussi glorieuse que celle de l'indépendance de la patrie. Les conquêtes passent d'un côté à l’autre, et, vantées par les uns, elles sont d’ordinaire maudites par les autres ; ier législations elles-mêmes changent avec le temps ; ce qui fait que la gloire des conquérants et des législateurs, que Machiavel et d’autres placent en tête de l’humanité , est incertaine et périssable ; mais la gloire de ceux qui ont procuré ou préparé l’indépendance, est, tant qu’elle dure, la plus belle, la plus sainte , la plus bénie , et , loin de périr, si jamais doit périr un bien aussi précieux, elle reçoit un nouvel éclat du regret qu’on ressent de sa perte et des efforts
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DE l'iTALIE.
qu’on fait pour le recouvrer. Mais n’en restons pas aux exhortations qui ne touchent guère ceux dont le cœur est endurci, et sont inutiles pour ceux dont la pratique des affaires publiques a élevé l’ânae.
2. Il ne serait pas moins inutile pour tout le monde d’entrer dans des détails sur ce qu’il y aura à faire quand se présentera la grande occasion. Ne sachant ni quand ni comment elle viendra, ce serait une grande utopie que d’indiquer , dès à présent , soit les confédérations à former entre certains princes italiens ou entre tous , soit les alliances à conclure avec les étrangers , soit enfln les divisions à faire avant et après l’événement. — Deux seuls avertissements généraux paraissent pouvoir être hasardés dès à présent. Le premier est de ne pas s’écarter de cette modération qui doit présider à toute chose, même à une entreprise d’indépendance. Le grand écrivain dont nous suivons toujours la trace, en émettant parfois une opinion opposée , aspire à une indépendance si complète de l’Italie, qu’il voudrait y comprendre nonseulement la Péninsule et les îles actuellement italiennes , mais aussi la Corse qui ne l’est plus aujourd’hui. Cela serait sans doute désirable; mais cela est-il à espérer? Sans doute la Corse fut Italie, et la langue, les familles y sont restées italiennes; la famille même de Napoléon était italienne. Mais ce fut lui précisément qui fit sa patrie française à tout jamais (1). Posée en termes généraux , la question de savoir si Napoléon était Italien ou Français, est une puérilité. Allons toujours d’accord avec les faits, avec le sens commun,
(I) Certes , si rilalle n’avait rien à oifrlr à ia France en échange de !a Corse , ou si la France devait regarder la Corse comme néoes-
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avec l’oplaion universelle. Napoléon fut Italien d’origine, de sang, d’esprit naturel ; mais il fut Français d’éducation, d’idées , de desseins , d’intérêt, d’existence, de gloire, et ni les Français ne se laisseront jamais dépouiller de cette gloire-là, ni les Corses ne consentiront jamais à s’en séparer. Et puis la langue et la plupart des familles sont aussi italiennes à Malte, à Fiume, à Spalatro, à Raguse; sera-ce un motif pour nous de réclamer aussi tous ces pays ? Nous, malheureux, qui ne pouvons même aspirer que de loin à Venise et à Milan 1 Irons-nous mettre ainsi contre nous la France et l’Angleterre ; et ce qui serait pis peut-être, voudrons-nous rendre impossible tout consentement de l’Autriche aux compensations, toute bonne volonté de sa part à s’y prêter? Prétendronsnous à ces côtes orientales de l’Adriatique, qui, en augmentant la valeur de ces compensations , peuvent précisément lui fàire désirer les provinces danubiennes? Ce sont là sans doute des ambitions généreuses et faites pour plaire au vulgaire , mais aussi pour faire sourire ces hommes pratiques auxquels nous nous adressons ici principalement. Il nous semble qu’il suffît d’exposer clairement de semblables questions pour les écarter tout à fait,
3. Mais en voici une autre qui est peut-être plus importante. Cette situation et cette conformation admirables, qui valurent durant des siècles à l’Italie tant et de si diverses gloires , ont pourtant ce grave
saire à sa grandeur, ou seulement à sa gloire. Mais heureusement Il n’en est ainsi ni pour l'Italie ni pour la France, elles deux pays pourront bien un jour rendre facile ce qui parait impossible aujourd’hui. Tkad.
inconvénient; c’est qu’cUes rendent naturelle et presque irrémédiable sa division en deux parties distinctes; l’Italie septentrionale ou vallée du Pô , jusqu’aux Apennins, et l’Italie méridionale au delà. La partie méridionale, qui donna son nom à toute la Péninsule, fut anciennement la principale. La partie septentrionale reçut d’elle la civilisation, qui de là passa à tout le monde ancien , à tout le monde moderne et chrétien. Mais les choses ont changé depuis deux ou trois siècles. Dans cet intervalle de temps, la civilisation, l’importance de la partie septentrionale s’est accrue, et, comme nous l’avons remarqué, celle du Piémont en particulier. Je suis, on l’a déjà vu, peu ambitieux de suprématies. Je ne voudrais prétendre pour l’Italie septentrionale à aucune supériorité définitive sur l’Italie méridionale; mais tant que l’entreprise de l’indépendance n’est pas terminée , il est deux avantages qu’on ne peut enlever à l’Italie septentrionale , celui des dangers et celui des accroissements possibles. De quelque manière, en quelque moment que viennent les occasions favorables à l’entreprise , elle se fera sans aucun doute pour et dans l’Italie septentrionale principalement. Le résultat nécessaire en sera pour elle sa réunion , un mouvement vers l’Orient , un agrandissement de la monarchie à la tête de laquelle est la maison de Savoie. Elle seule possède les compensations occidentales à donner ; elle seule se trouve voisine des provinces italiennes étrangères ; elle seule peut les faire devenir italiennes , ce qui est le point capital de l’entreprise : si bien que c’est presque la même chose de dire entreprise de l’indépendance italienne ou fondalion d’un grand royaume
DBS ESPBBA.NCES
liguro- lombard. Parme et Modène, tout au plus, pourraient prendre part à cet accroissement, mais pour rien ou presque rien la Toscane; pour rien l’État Romain ; pour rien Naples. Et c’est là peut-être qu’est le danger ; là gtt peut-être le plus grand obstacle à l'union présente des États italiens. Car la plupart, ne prévoyant pas avoir à profiter d’un accroissement, pourraient ne prendre ni intérêt ni part à l’entreprise, et oublier qu’il ne s’agit pas d’agrandissement, mais d'indépendance. ^ Naples, en particulier, est si éloignée , qu’en outre de ce qu’elle n’a point d’accroissements à espérer , elle peut s’imaginer aussi n’avoir pas même de périls à redouter du côté de l’étranger. Mais arrivons-en toujours aux faits. Depuis 1814, le Piémont , si voisin de toute puissance étrangère , n’a subi qu’une occupation , et Naples , si éloignée , en a subi deux. Si nous remontons plus loin , le Piémont a été traversé maintes fois par des armées étrangères , mais il n’a subi que deux occupations véritables et prolongées , daus le xvi' siècle et de nos joura ; jamais un changement de dynastie : celle-ci même , les dangers passés, s’éleva toujours à une plus grande puissance. Naples, au contraire, a éprouvé des changements nombreux et si durables, qu’ils devinrent des changements d’État et de dynastie : Lombards , Normands , Souabes , Angevins , Aragonais , Français, Espagnols, Autrichiens , Bourbons. Si donc on laisse de côté les vaines apparences de localité, pour n’observer que les réalités de l’histoire ; si même en politique nous suivons la méthode commune à toutes les sciences , déjuger des faits inconnus par ceux connus , de déduire ses règles de l’expérience , il noos faudra
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dire que Naples et la Sicile sont la partie de l’Italie qui a le plus à craindre des invasions étrangères. Nous ne dirons pas , comme on l’a maintes fois répété, qoe cela tient , sans qu’il soit possible d’y remédier, à la mollesse du climat, aux races efféminées. Nous n’acceptons , ni pour cette contrée dans son entier , ni pour aucune de ses parties , ces nécessités , ces successions naturelles de vices, d’indolence, auxquelles l'histoire donne un démenti. Le climat de l’Italie est celui des Romains ; le climat du royaume de Naples est celui dans lequel se rendirent célèbres par leur énergie guerrière les Sicules, les Samnites, les Normands ; et si la dégénération fut plus fréquente dans cette province de l’Italie que dans les autres, la faute en est peut-être moins au climat qu’a cette position trompeuse à l’extrémité de la Péninsule , position qui fait paraître le péril éloigné, et les préparatifs de défense des précautions inutiles. De là les faciles et fréquentes invasions; de là les révolutions, les corruptions de tout genre , effets d’abord et causes nouvelles ensuite (l). Mais en somme, sur les dix grands changements apportés à l’Italie par les étrangers , Naples
(I) Nous ne Bommes certes pas deceax qui veulent attribuer tous Im maux de l'Italie à la cour de Rome. Mais cela ne saurait nous empêcher de rappeler ici, que presque toutes les déplorables vicissitudes subies par les Detix-Siciles prirent naissance de ces malheureuses prétentions de la cour de Rome, dont le scandale n’a cessé que de nos Jours. Du reste, rien de plus calomnieux que les raille, ries sur les déconfitures des Napolitains. Leur unique tort a été de s’aventurer seuls et divisés à tenir tète aux Français qui venaient de défaire trois armées autrichiennes ; à faire la guerre à l’Autriche; it attaquer la Restauration jui manquait à ses promesses. Les autres Italiens, loin de s’unir aux railleurs étrangers, devraient en avoir du remords. ' Thad.
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eut toujours sa part de huit ou neuf ; le peuple de ce pays et sa dynastie sont donc les plus intéressés de beaucoup à tenir les étrangers à distance , et dès lors à voir s’accomplir l’entreprise de l’indépendance. S’ils ne doivent pas y avoir l’intérêt d’un accroissement , ils y auront l’intérêt supérieur de leur sûreté et de leur conservation. — Mais un.accroissement de puissance ne saurait même leur échapper ; l'Italie, une fois indépendante, une fois satisfaction donnée aux nécessités dont elle doit s’occuper tout entière avant nulle autre, le tour viendra aussi pour elle de songer à ce besoin de s’étendre, de se porter vers l’Orient ou le Midi-, qu’éprouvent toutes les nations chrétiennes. Alors Naples, si elle a su bien s’acquitter de son rôle de seconde puissance dans l’entreprise dé l’indépendance , sera appelée au rôle de première puissance dans l’entreprise de l’extension au dehors. Sera-ce à Tunis, a Tripoli ou dans quelque ile, dans une partie quelconque du continent oriental? Peu importe; il y aurait puérilité à le chercher pour le moment. De quelque façon et dans quelque direction que ce soit , Naples est destinée à devenir le chaînon qui réunira l’Italie à la chrétienté orientale, et à recueillir en dernier les plus grands profits ; mais à la condition
(I) Quand ritalie en viendrait aux entreprises pour s’étendre au dehors, n’aurait-elle pas à faire quelque chose pour asseoir son intérieur d’une manière plus convenahie? Ne pourrait-on, dans l’écroulemeut de l’empire ottoman , ramasser quelques fractions de pays pour ménager des couronnes à ceux des princes italiens les moins nécessaires en Italie?... Mais n’allons pas si loin, fionsnous i» la Providence qui saura réaliser des desseins bien plus ardus encore, le Jour ou les peuples de l’Europe voudront s’entendre pour s’assurer chacun sa véritable nationalité, et pour faire triompher tous ensemble le cliristianisme sur toute la face de la terre. Trad.
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d’avoir été désintéressée en premier, d’avoir travaiilé avec une activité généreuse à i’acquisition fondamentale. Nous avons déclaré que l’entreprise de l’indé- |)endance ne devait pas se compliquer de tentatives dans un but de liberté intérieure , il faut encore moins la compromettre pour toute autre. Une seule conquête , en résumé, est nécessaire, celle des provinces devenues étrangères. Quels que soient ceux à qui en reviendra le profit apparent , le profit réel sera celui de tous les Italiens. — Si l’on me disait qu’à parlêr ainsi je me fais connaître pour Piémontais , je répondrais que cela encore importe peu (1 ). Au nombre des défauts que l’on signale chez nos compatriotes du Midi , n’est pas certainement celui d’avoir peu d’esprit. Or, les gens d’esprit sont non-seulement dans l’habitude d’entendre et d'apprécier les raisons de quelque part qu’elles viennent ; mais il leur arrive le plus souvent de ne pas attendre qu’on les leur pose, iis les trouvent d’eux-mêmes. La philosophie historique est là sur son terrain natal, et elle sert, quand elle est bonne, à comprendre non-seulement le passé , mais aussi l’avenir.
4. Naples et la Toscane ne pourraient-elles cependant avoir de suite leur part des profits, en les prenant sur les provinces adriatiques du pape? Que sont ces provinces en définitive , sinon un appendice ajouté presque contre nature à l'Etat romain ? En admettant qu’il y ait convenance et nécessité àce que le pape, pour être indépendant , soit souverain temporel de sa résidence , ces provinces ne sont-elles pas inutiles à celte indépendance? N’ont-elles pas montré à plusieurs reprises leur désir de ne pas demeurer sous la domination pa-
(I) Sauf le danger d’empiéter sur le bon sens des deux rois, qui sont les seuls juges de la question. Tii.\n.
DES ESDEBANCES
P» le? Ne serait-il donc pas désirable , dans une réorganisation défloitive de l'Italie, de les affranchir d’une manière quelconque d’un joug qui leur pèse? Si le pape s’y refuse, ne sera-t-il pas, de même que tous ses prédécesseurs , le véritable et grand obstacle à toute bonne organisation future? — Mais, répondrons-nous, s'il en est ainsi, si les papes ont été ou peuvent être un obstacle , écartons donc cet obstacle , mais écartons-le de la manière qui se présente comme la plus facile. Non pas en écartant le pape , ce qui ne se peut , ni en l'intéressant à s’opposer à une bonne orgatiisation , mais en l’intéressant à y contribuer luimême, en faisant qu’il y trouve aussi l’avantage capital et commun de l’indépendance ; qu’il n’y trouve pas le préjudice particulier, matériel et pour ainsi dire palpable de la diminution de son État. Si mon désir d’abréger ne m’arrêtait. J’entreprendrais de dé- ■ montrer que les papes ont plus servi que nui à l'indcpendauce de l'Italie, qu’ils lui ont plus souvent donné l'impulsion qu’ils ne l’ont entravée , qu’ils lui ont été plus amis qu’ennemis. Mais admettons que , pleins de préjugés historiques guelfes, moi et mes pareils, aussi bien que des gens valant beaucoup mieux que moi, un Manzoni, un Troya,un Gioberti, nous soyons dans une erreur complète; admettons que le bilan des papes, bien apuré, depuis Grégoire le Grand jusqu’à Grégoire XVI, il faille déflnitivement reconnaître en eux des inconvénients, ils demeureraient alors des inconvénients terriblement anciens, terriblement enracinés par treize siècles de durée; il faudrait alors dire qu’il est impossible de les mettre de côté ; que vouloir le tenter serait une chimère , et qu’il
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y a nécessité, heureusement ou malheureusement, n’importe, àsavoir disposer nos projets en conséquence.
— Du reste , que ce soit une nécessité heureuse et non pas funeste, une nécessité qui se rattache à toutes les destinées les plus glorieuses, les plus grandes de notre patrie; que l’Italie , choisie pour être le siège du chef de l’Église catholique, le centre de la chrétienté, soit intéressée, non-seulement à l'indépendance, mais ù la dignité, à la splendeur, à la puissance de ce chef ; que non-seulement être son séjour, mais le défendre et le glorifier, soit la grande mission de l’Italie dans les siècles futurs , tout cela a été si bien exposé dans les ouvrages de M. Gioberti , notamment dans le dernier , et ces ouvrages ont et doivent avoir une telle popularité en Italie, qu’il y aurait folie à moi de vouloir y ajouter rien. Si j’en al rejeté quelque chose , si j’ai dit que la question de la présidence du pape dans ' une confédération italienne était prématurée , et taxé * d’exagération l’idée d’une snprtmatie aussi absolue , aussi universelle, pour ainsi dire, que semble l’espérer M. Gioberti , j’admets cependant pour l’Italie une suprématie spéciale, présente et future , celle qui résulte pour elle de posséder, d’entourer, d’avoir à défendre la chaire pontificale. Cette suprématie n’implique pas toutes les autres; au contraire, elle admet que chacune des autres appartienne à l’une ou à rautra des nations chrétiennes. La seule différence entre M. Gioberti et moi , si je ne m’abuse fear peut-être lui-même ne l’entend-il pas autrement), consiste en ce qu’il espère une suprématie italienne universelle ou presque universelle en toute chose , et que moi je n’en espère , je dirais presque n’en désire qu’une spéciale, espérant.
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dc'siraut que toute nation chrétienne en l'iit aussi une pareiile. Les faits passés me paraissent confirmer cette espérance de suprématies multiples. Dans i’antiquité, elles étaient absolues, universelles. La civilisation et les lumières de chaque peuple tombant presque tout d'un coup , passaient entièrement d'une nation à l’autre. Mais désormais la civilisation et la culture sont naturelles à toute la chrétienté; chacun le voit. Elles se répandent peu à peu d'une nation chrétienne à l'autre, sans se perdre chez aucune. Il en résulte que les suprématies deviennent peu à peu moins absolues, moins universelles; chaque nation conserve quelque chose de la suprématie universelle; chacune conserve sa supériorité particulière. La suprématie italienne, à partir de la fin du xi*^ siècle jusqu’à la fin du xv^, approche de l'universalité , parce qu’elle fut des premières ; mais elles devinrent peu à peu , elles sont aujourd'hui et seront par la suite de moins en moins universelles. Peut-être, en même temps que celle de la puissanceetdeladiffusiondes lumièresdans les régions maritimes sera conservée par la nation à laquelle elle appartient aujourd'hui plus qu’aux autres , une autre nation chrétienne parviendra-t-elle à la suprématie en ce qui concerne cette diffusion sur le continent de i’Âsie, une troisième en Afrique; une quatrième aura la suprématie de la production industrielle, et Dieu sait quelles autres encore , d’autres suprématies dans les lettres , dans les sciences , dans les arts. Mais au milieu de toutes ces suprématies spéciales, celle de l’Italie est plus assurée qu’aucune autre. Voudrait-elle n’en tenir aucun compte? ne pas la faire valoir tout ce qu’elle vaut, et se faire une entrave de ce qui est
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pour elle un encoui agenient et un avantage? Voudraitelle ne pas suivre hardiment toute sa destinée, ou, lorsqu'elle en a une belle , grande et naturelle à accomplir, s’en proposer une autre, factice et contre nature? — L’art de gouverner s’est toujours réduit, depuis l'origine du monde, à deux points : conserver et avancer. Conserver seulement ce qui est bon et opportun, mais en totalité; avancer quant au surplus, qu’il est bon dès lors et opportun de changer. Les nations dans lesquelles la Providence a mis deux forces, l’une conservatrice, l’autre progressive, furent les plus grandes , les plus utiles au genre humain. Les monarchies asiatiques eurent aussi , dans le principe , leur force progressive ; c’est pour cela qu’elles grandirent. Mais la force conservatrice surabonda chez elles, et celle-ci ne suffisant pas par elle-même, elles tombèrent toutes , sauf trois que nous voyons mourir de langueur, la Turquie , la Perse , et cette Chine qui est le plus grand exemple du système conservateur pur. Mais la Grèce , avec sa force dorique * conservatrice et sa force ionique progressive, avec Sparte et Athènes, foyers de chacune d’elles, futdans l’antiquité la grande propagatrice de la civilisation et de la culture intellectuelle. Telle fut ensuite Borne , avec sa force aristocratique conservatrice et sa force démocratique progressive. Telle fut l’Italie au moyen âge, avec sa force conservatrice gibeline et sa force progressive guelfe, sauf que ces dernières étaient mal combinées toutes deux pour leur tâche : la conservatrice gibeline , parce qu’elle s’appuyait sur l’étranger; laprogressiveguelfe,parcequ’elleétait dirigée par les papes, qui, de leur nature, étaient
moins progressifs que conservateurs. — il put bien y avoir deux , trois , dix papes progressifs jusqu’à ce que les libertés ecclésiastiques eussent été assurées ; mais à peine furent-elles obtenues, que les pontifes devinrent trop conservateurs, comme Innocent III durant ia minorité de Frédéric II , et Alexandre III lors des négociations de la trêve de Venise. C’est là , plus que toute autre chose, ce qui arrêta le progrès de l’Italie et la fit décliner ensuite. L’Espagne n'avait pas de force progressive intrinsèque; celle qu’elle avait n’était qu’occasionnelle , consistant dans la diffusion en Amérique, et une fois celle-ci épuisée , elle déchut. La France fut grande tant que dura l’équilibre entre son gouvernement monarchique conservateur et l’esprit éminemment progressif de la nation ; mais quand celui-ci l’emporta, elle fit fausse route, jeta un mer-> veilleux éclat et déchut. L’Angleterre se déchira ellèmême durant des siècles dans ia lutte des deux forces rivales , pois , une fois qu’elle les eut admirablement équilibrées et réduites toutes deux à lutter pacifique* ment, elle grandit rapidement dans l’espace d’un siècle,
et de presque rien qu’elle était, elle arriva à tout (i).
(I) La constitution sous laqoelie les Anglais sont parvenus k fonder le plus vaste empire qui ait Jamais existé, est sans doute une consUtution admirable, nous sommes bien loin de le contester. Mais il ne faut pas s’y méprendre , et la présenter comme digne d'étre imitée; ce serait, sous certains rapports, faire reculer la civilisation de plusieurs siècles.
L’Angleterre, gréce à sa position insulaire, réussit à constituer le moyen âge quand on travaillait le plus en Europe à le faire disparaître. Les hauts et puissants seigneurs de l'autre coté de la Manche , plus adroits et peut-être aussi moins corrompus que leura confrères du continent, virent de Iwnne heure la nécessité :
1° De mettre en jeu les trois meilleures institutions des temps modernes, la représentation des communes, le Jury et la liberté
DE L’itALIE.
C’est pi'écisémeut parce que la lutte se passe sous les yeux de tous, et que tous y savent voir et discuter les intérêts du pays, que dure sa grandeur; et elle durera tant que l’on saura maintenir l’équilibre de ces deux forces sans laisser prévaloir ni l’une ni l’autre. Ou peut et l’on doit en dire autant de toutes les granr deurs ; de celles qui existent, pour les conserver ; de celles déchues, pour les relever, de l'Italie surtout ( l ).
de la presse, pour tenir tête à la royauté qui, là comme ailleurs, tendait à concentrer dans sa main tous les pouvoirs de l'Ëtat;
3° De renoncer, en faveur do peuple à toute espèce de droits sur les personnes, pour se (aire reconnaître propriétaires inamovibles du sol, et, par conséquent, maîtres véritables du pays.
Ils surent, en un mot , empêcher que la Grande-Bretagne devint le patrimoine de ses rois, mais à condition qu’elle demeurerait inféodée à la noblesse.
Ainsi, la civilisation y prit une allure presque opposée à celle qu’elle prit en deçà du détroit, et surtout en France. D’un ciUé, marchant avec les rois, niveleurs par excellence, elle Huit ou Unira par atteindre au but essentiel de l’activité chrétienne, à l’égaillé; de l’autre, obéissantà l’aristocratie, qui, pour se soutenir au dedans, a toujours besoin de conquérir au dehors, elle s’est écartée du but, mais pour y revenir t6t ou tard et y amener ses conquêtes.
Jusque-là, il est bon de ne pas cx>nfondre la constitution française , qui a ses codes et ses lois organiques , avec la constitution anglaise qui , par l'avarice ordinaire des aristocraties à promulguer des lois , laisse encore subsister des coutumes et des institutions barbares.
L’une et l’autre ont leur suprématie , leur mission particulière également glorieuse; et si les deux gouvernements persistent dan.v cette entente cordiale qu’on se plaît tant à prôner de part et d’autre, les espérances , non-seulement de l’Italie et de la Pologne, mais de l’Europe et du monde, ne tarderont pas à être réalisées.
Tbad.
(I) Noire précédente note ne tend pas à invalider le principe que l’auleur établit de l’émiilibre entre les deux forces , mais seulement à constater qu’en Angleterre cet équilibre n’existe que par les compensations do dehors. Au demeurant , nous reconnaissons que la liberté sans l'autorité aboutit an désordre et a l’anarchie.
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l.es deux forces gibeline et guelfe y étuut heureusement éteintes depuis longtemps, les deux fonctions de progrès et de conservation Gniront, s'il plaît à Dieu, par être exercées beaucoup plus naturellement : le rôle progressif, par les Etats séculiers , et principalement par le Piémont et Naples; le rôle conservateur, par les papes. Il ne faut pas juger d’après ce qui est un moment dans l'histoire, mais d’après ce qui est réellement une époque. Beaucoup trouveront que Naples et le Piémont avancent avec lenteur, qu’ils ne s'acquittent guère du rôle d'élément progressif en Italie. Mais a qui la faute? Aux étrangers qui les retiennent. Ceux-ci écartés, il n’est pas possible que le Piémont, entouré qu’il est de ce qu’il y a de plus progressif sur le continent , et Naples, placée au milieu de tout le mouvement maritime oriental, ne Gnissent pas par se mouvoir aussi , avec une disposition d’autant plus active qu’un long repos les aura préservés de la lassitude. C’est alors que sera utile la force conservatrice dn pape, et d’autant plus proGtable qu’elle ne peut, en résultat, être trop conservatrice, entraînée désormais, comme elle l’est déjà, par la nécessité ecclésiastique d’adopter également comme ses Giles, toutes les nations de la chrétienté, sous quelque forme , par quelque force qu’elles soient gouvernées. Tout cela est à mon avis un avenir très-susceptible d’être prévu. Mais veut-on ne pas l’admettre? j’y consens. Alors nous retombons dans le présent ; et la grande néces-
romme l’auloritc sans la liberté alxtulit au (trspulisme et à la tyrannie. Ce n'est que de l’accord de ces deux éléments également es^entiels que peut sortir le bien-être et ia grandeur d’un peuple.
Tbad
DE l’iTALTB. 189
sité du présent est de ne compromettre , par aucune difliculté inutile , l’entreprise déjà difficile de l’indépendance, de ne pas en exclure et de ne pas lui donner pour adversaire un des princes italiens les plus paissants territorialement, celui qui est en outre le plus puissant par les deux autorités réunies en lui. La nécessité actuelle est enfin de partir du statu quo de l’Italie, pour n’y changer que ce qui est indispensable à l’entreprise.
5. Mais laissons tout ce qui sera à faire le jour où s’offrira l’occasion , et passons à ce qu’il y a à faire dès aujourd’hui pour la préparer et la hâter. Voilà la partie pratique, la plus pratique de notre discussion. Le premier des préparatifs consiste évidemment dans les forces militaires ; cela est clair aux yeux de tous, sauf peut-être quelques économistes étroits , qui , en Italie comme ailleurs, se font les défenseurs des tnféréts matériels, ce en quoi ils font bien, mais défenseurs exclusifs, ce en quoi il font mai certainement. Ceux-là ont coutume de regarder, avec une espèce d’envie, les nombreux millions employés à l’entretien des armées, et criant aux dépenses improductives, ils se font une douce utopie des désarmements. Mais il me semble que cet argot des dépenses improductives commence à passer, et que les économistes même les plus exclusifs admettent désormais les dépenses matériellement improductives, mais productives moralement. Il me semble que l’on commence aujourd'hui à abandonner cette utopie du désarmement, fille ou sœur de cette autre utopie de la paix perpétuelle. Mais pour laisser de cêté tout ce qui est en dehors de notre fait particulier , je dis qu’en Italie, au moment actuel,
UHS £SVEnA?iCKS
il n’y a pas de dépense mieux entendue que celle faite par deux princes italiens pour tenir sur pied deux armées nationales. Non-seulement parce qu’elles seraient nécessaires à l’occasion , raison très-suffisante , bien qu’éloignée, mais par cette aûtre raison présente et non moins importante, que les armées sont un des meilleurs et peut-être le meilleur moyen de conserver et d’accroitre l’activité italienne, de mettre obstacle à la nonchalance italienne, de nous préserver d’un nouveau seicento. Eu exceptant dans les professions matérielles celle des agriculteurs, et dans les carrières intellectuelles le sacerdoce, qui n’est pas une profession, mais une haute fonction humaine, qu’on ne doit pas embrasser pour jouir des avantages terrestres, mais pour conduire les autres et soi-même à une vie ultérieure, le métier des armes est, de toutes lés autres professions, matérielles et intellectuelles, la plus salutaire tout ensemble au corps et à l'esprit. Il est reconnu que les professions industrielles sont presque toutes malsaines , plus ou moins sédentaires , plus ou moins corruptrices, ou pour le moins débilitantes. Quelques années de service militaire sont donc le meilleur remède qu’il puisse y avoir contre les vices physiques et moraux , le seul moyen de les détruire dans les générations présentes et de les empêcher de passer dans celles qui suivront. Quant aux carrières de la magistrature, du barreau , de l'administration publique, de la diplomatie, des lettres, des sciences et des arts; quant aux professions libérales et intellectuelles, toutes sont bonnes sans doute, toutes peuvent être et sont souvent vertueuses; mais toutes exerçant l’intelligence et tenant le corps en repos , sont nuisibles à celui-ci ,
et dès lors à celle-là parfois, c'est-à-dire, en définitive, à rhoinme entier, à l’homme tel qu’il est ici-bas, âme et corps. Si quelques-uns réussissent à ne pas se laisser efféminer et affaiblir par ces occupations sédentaires et renfermées , ce sont des cas rares et d’autant plus dignes d’éloges; mais il est plus rare qu’ils ne transmettent pas ces vices à leur descendance , de sorte qu’au total il est de l’intérêt national que ces professions ne se multiplient pas au delà du besoin. Toutes requièrent d'ailleurs des dispositions spéciales, des facultés plus qu’ordinaires, et ceux qui les exercent sans posséder ces avantages , y font plus de mal que de bien. Quand même ensuite on les laisserait se multiplier au delà du besoin , elles occuperaient dans l’État un nombre de personnes relativement petit. La seule profession militaire peut entretenir l’activité du grand nombre et de ceux dont l’esprit est ordinaire. Voyea dans les pays où cette profession n’existe pas , et, sans sortir de l’Italie , comparez avec ce qui s’offrira à vos regards dans ceux où elle existe. Daus les premiers, les capitales, les petites villes même et les bourgs sont pleins d’une classe qui s’appelle haute , mais qui ne l’est souvent que comme les matières impures qui montent à la surface des liqueurs en fermentatiou : une classe de jeunes gens oisifs et corrupteurs, de vieillards oisifs et corrompus, de mauvais fils, de plus mauvais maris et de détestables citoyens. Au contraire, dans les pays où les jeunes gens sont employés au service militaire , les plus instruits dans les armes spéciales , et presque tous dans les autres, l’oisiveté et le vice n’ayant pas de facilité pour se répandre parmi ceux que l’àge et l’aisance rendent
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plus corrupteurs , ne descendent pas avec autant de force sur les autres, et y sont en tout incomparablement plus rares. Persistez-vous cependant à retrancher dix , vingt ou cinquante millions du chapitre de la guerre dans le budget de l’État ? Soit ; mais alors reportez-les au chapitre activité publique, car elle seule peut nous conserver ce qui nous reste , nous rendre ce qui nous manque de vertus nationales en tout genre. — Examinez donc, corrigez, perfectionnez l’organisation de l’armée ; supprimez les dépenses inutiles, mais conservez , augmentez ; souffrez que ceux à qui ne suflisent pas les parades militaires, puissent prendre part à la réalité de ces belles guerres de diffusion que fait de toutes parts la chrétienté, et, au nom de l’Italie, bénissez au surplus ceux de nos princes qui nous conservent des armées italiennes ; encouragez les autres, quelque petits qu’ils soient, à les imiter. Les contingents italiens de chaque province , quand ils n’augmenteraient pas de beaucoup le nombre , la puissance matérielle des armées italiennes , accroîtraient beaucoup , au moment de les faire agir, leur puissance morale. En attendant , les exercices militaires, dans les petits États comme dans les grands, maintiendront plus sains, plus vigoureux, le corps et l’âme de tous , surtout dans les classes oisives par leur position sociale. On dira peut-être, mais à tort, que cela était vrai pour le siècle passé , mais serait faux de nos jours; que les militaires sont d’ordinaire des hommes peu moraux , très-oisifs , vicieux et corrupteurs. Pour peu qu'on se soit occupé, non des sciences militaires, aujourd'hui si avancées et multipliées, mais de regarder seulement les manœuvres
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fuites sur quelque champ de Mars dans les États militaires , italiens ou étrangers , on est à même de savoir que le métier des armes est maintenant tout autre chose qu’un métier de paresseux , même en temps de paix , et que dès lors il ne peut favoriser le vice. Je ne voudrais offenser de nulle façon aucune des autres professions libérales, et moins que toute autre celle d’écrivain, que je fais à cette heure; mais si je poursuivais la comparaison , je ne pourrais que partager l'opinion de quelques vieux débris de la génération si active qui Unit , quand , après avoir eu occasion d’exercer plusieurs de ces professions ensemble ou tour à tour, ils prétendent avoir rencontré incomparablement plus d’exemples de vertu , et plus d’encouragements à la pratiquer, dans la carrière militaire que dans aucune autre.
6. Tout cela s’applique aussi à la carrière de la marine, soit militaire, soit marchande, qui a tous les avantages moraux, toute l’activité du service de terre, ou peut-être plus. Je ne m’y arrêterai donc que pour faire observer combien il est à regretter qu’elle ne soit pas l’objet d'une attention égale à celle qui se porte sur l’armée dans les deux grands Etats militaires de l’Italie, et bien moins encore dans les autres. Peutêtre la mauvaise direction donnée à nos marins dès les premières années qui suivirent la Restauration , les ayant rendus presque inutiles en peu de temps, est-elle le motif qui les fait négliger aujourd’hui. Dès cette époque même , un des premiers hommes de mer de l’Angleterre et l’un.de ceux qui connaissaient le mieux la Méditerranée, était d’avis que nos forces maritimes devaient se composer surtout, ou même uniquement,
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de petits bâtiments propres à courir le long des côtes , et à pénétrer dans tous les coins de nos mers. On sait qu’on ne faisait presque point usage alors des bateaux à vapeur, et qu’on n’avait pas encore inventé ces pièces d’artillerie longues et grosses, deux perfection* nements qui ont donné, pour la plupart des operations navales dans la Méditerranée, un grand avantage aux marines composées de petits bâtiments en grand nombre, sur les flottes de gros vaisseaux d’un nombre restreint. Les exemples de Saint-Jean d’Acre et de Beyrouth étaient loin encore. Si donc leconseil était bon alors, il serait excellent à présent. Il n’a pourtant pas été suivi alors, et il ne l’est pas maintenant : alors par défiance, par vanité, par négligence ou par attachement aux anciennes habitudes ; maintenant, parce que nos finances ne noos permettent pas d’organiser on nouveau système maritiine en sus de l’ancien , comme on le fait en Angleterre et en France. Mais ne pourrait-on do moins attirer à nous entièrement cette navigation journalière entre une partie et une autre de notre Péninsule , faite en partie aujourd’hui sur des navires appartenant à des compagnies étrangères? Ne pourrait-il se former plusieurs compagnies nationales? Ou les gouvernements, à leur défaut, ne devraient-ils pas s’en occuper? C’est là une de ces industries qu’on peut considérer comme gmvemementaies, parce que, sous le double rapport économique et politique, il est de l’intérét des gouvernements qu’elles soient exercées par des nationaux ; c’est donc le cas pour les gouvernements de les exercer à défaut des compagnies. 11 ne faudrait jamais perdre de vue cet avenir, plutôt certain que probable, où tout ce
qu’il y a aura d’activité en fait de commerce, de guerre, de diffusions de toute espèce, repassera dans la Méditerranée comme au moyen âge. L’Italie , au moyen âge , y exerçait la suprématie et presque le monopole. Poétiquement, pour i’effet oratoire, il serait plus beau de dire : sachons la reconquérir, et d'autres peut-être le diraient. Mais moi je ne dis pas même: devenons-y les égaux de la France ou de l’Angleterre. Cette égalité pourrait s'obtenir un jour; mais à présent nous en sommes si loin , que je dirai seulement : prenons-y une part plus petite , mais qu’elle soit notable et proportionnée. La grande honte , c’est de n’y en avoir presque aucune ; de voir passer et repasser, autour de nos côtes, des nuées de bâtiments étrangers, nous, placés si favorablement au milieu de cette mer qui jadis fut toute à nous , et qui semble aujourd’hui à tous, hormis à nous. Quand, il y a peu d'années, les vaisseaux autrichiens aidaient sur les côtes de Syrie les Anglais à décider un des épisodes les plus importants de la question orientale, la majeure partie de ces vaisseaux étaient italiens, ainsi que leurs équipages. Mais quelle honte et quel dommage qu’ils ne fussent là que sous la bannière étrangère I D’une on d’autre manière, tôt ou tard, il renaîtra sans doute des guerres semblables; mais renaltra-t-il des bâtiments et des équipages italiens pour y prendre part sous la bannière italienne? Oui certes. Si Naples et le Piémont, à l’envi l’un de l’autre, organisaient leur marine comme leur armée, et si les autres princes italiens rivalisaient avec ces deux États pour se ménager l’une et l’autre de ces deux forces matérielles, leur réunion leur vaudrait d’être d’un poids considérable dans la grande
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question chrétienne, et de faire pencher ensuite la balance dans celle spéciale à l’Italie, qui en sera une dépendance nécessaire.
7. Mais passons à ces forces morales qui dans l’occasion augmentent presque à l'infini les forces matérielles. En elles est le grand avantage des princes nationaux sur l’étranger. A coup sûr, mes lecteurs, dont ces espérances, dont ces affaires italiennes attirent l’attention , à coup sûr, tous les vrais Italiens préféreront au meilleur gouvernement étranger un gouvernement national, bien que moins bon. Il n’est pourtant que trop constaté, et nous l’avons déjà déploré, qu'il y a des Italiens assez avilis pour ne désirer rien autre chose qu’un gouvernement doux et bon, quel qu’il soit du reste, de quelque côté qu’il vienne. Ces hommes-là malheureusement sont autant de forces morales ou même matérielles enlevées à l’Italie, quand viendra pour elle le moment d’agir, et dès à présent aussi; il serait donc important de les rallier, afin que se formât une grande et véritable opinion nationale. Mais on ne saurait les ramener qu’en rendant les gouvernements italiens incontestablement meilleurs, plus désirables et plus désirés que celui de l’étranger. Aucune nation, môme dans l’état présent de la civilisation chrétienne, ne se compose uniquement d’hommes généreux et éclairés ; il y a dans toutes beaucoup de gens incapables de ce véritable amour de la patrie qui , comme tous les amours, vit de sacrifices; mais ils sont plus nombreux chez les nations dépendantes, et ce n’est pas leur faute de n’avoir pas été élevés dans ces nobles sentiments ; il faut leur compâtir et chercher à les leur inspirer autant que possible, en leur faisant envier la
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condition des sujets italiens. — Cela n’est pas difficile. Je n’entreprendrai pas d’enseigner cette science du gouvernement le meilleur, qui n’est plus un secret maintenant, et se trouve à la portée de tout homme dont la volonté est sincère. Je suppose l’instruction et la bonne foi chez mes lecteurs, et je passe à ce qui nous concerne spécialement. Il est très-facile à des princes nationaux de bien gouverner, en comparaison . de maîtres étrangers, à qui cela est difficile naturellement et peut devenir impossible. Un prince national a beaucoup moins de craintes qu’un souverain étranger, et les craintes sont la véritable cause d’un mauvais gouvernement. Entre un prince national et la nation, il y a bien plus de confiance qu’entre un prince étranger et la nation qui lui est soumise ; or, la confiance réciproque est la véritable source de tout bon gouvernement. Un prince national n’a pas besoin d’acheter des amis , tous ses sujets sont tels naturellement ; et s’il a des ennemis, il peut user largement de clémence avec eux et s’en refaire des amis, tandis que l’étranger ne le peut , ou cela ne lui sert à rien; Voilà le résumé de tout ce livre du Prince de Machiavel, qui, lu ou non, est naturellement toujours mis plus ou moins en pratique par tout souverain étranger. Un prince national peut aller plus hardiment quand même il se tromperait , parce que ses erreurs ne lui sont pas imputées à crime par ses sujets, comme elles le seraient à l'égard d'un étranger. Quand il ferait des levées de troupes excessives , les soldats qui restent dans le pays et revoient souvent leurs familles, prennent facilement leur parti ; tandis que ceux d’un prince étranger, emmenés au dehors et loin, le lui pardonnent
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difflcileinent. Si le prince national perçoit des impôts excessifs, en les dépensant il les restitue au pays; tandis que l’étranger l’appauvrit en les emportant. Si le prince national fait de bous choix, il contente tous ses sujets ; s’il se trompe, il mécontente ceux qui valent mieux que les préférés, mais il satisfait pourtant quelques personnes , et le mal est moins grand. Le prince étranger au contraire mécontente tout le monde, soit en choisissant des étrangers, même gens de bien et de talent, soit en choisissant des nationaux, attendu que parmi ceux-ci les méritants ne se mettent guère à son service, et qu’il est obligé de faire de mauvais choix. Sauf ces excès de tyrannie qui soulèvent tout le monde, de quelque part qu’ils viennent, mais qui chaque jour se font plus rares, les actes arbitraires même d’un gouvernement absolu, mais national, offensent moins et sont plus remédiables que les actes arbitraires de l’étranger. Sous le premier, la victinM de l'arbitraire peut du moins trouver quelque défenseur parmi ses amis, ses parents, ses compatriotes, et par suite quelque justice, fût-elle arbitraire ; mais souS le second il n’y a pas même ce remède, cet adoucissement qui fait donner le nom de paternels à certains gouvernements nationaux ; cet adoucissement est comme le nom inapplicable à des gouvernements étrangers. En résumé, il n’est pas de bonne action qui ne s’évalue cent fois plus , pas d’erreur qui ne sd compte cent fois moins d’un prince nationai que d’un étranger (1).
(I) Cela est s! incontestable , que' c’est à peine si l’on a parlé deé nombreuses victimes faites, dans les dernières vingt-cinq années ^ par les gouvernements nationaux , tandis que les souffrances M
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8. Encore un grand avantage des princes nationaux, c’est de pouvoir employer l’art que nous avons dit être le premier dans le gouvernement à toutes les époques, et surtout au temps actuel, l’art de conserver à propos et d’avancer au moment opportun. Aucun gouvernement ne saurait y avoir recours dans une province étrangère, et le nom mêmedeco7iser»a/ewrs qu’y prennent quelques-uns, est factice et mensonger. Ils ne sont, ils ne peuvent être tels, on, s’ils le sont, c’est à leur détriment. S’ils conservent les lois, les usages, les fêtes publiques, les noms, la langue, quoi que ce soit de la patrie, ils font erreur contre euxmêmes et contre leur propre conservation; ils ne peuvent conserver à la fois eux et la nationalité, choses antipathiques ; ils ne peuvent être de bonne fol conservateurs. Au contraire, tout ce que le prince national conserve des choses de la patrie est entièrement A. l’avantage de la nationalité, et il n’est pas douteux qu'il doit conserver le plus qu’il peut, tout ce qu’il n’est pas utile de changer. C’est bien pis lorsqu’il s’agit de marcher en avant. Tout progrès est d’autant l>lu8 dangereux pour le prince étranger qu’il a plus d'avantages, tandis qu’il suiHt qu’un progrès soit bon pour être utile au prince national. Si je traitais un Sujet philosophique ou même de politique générale, je me croirais obligé de m’arrêter ici pour distinguer les progrès en bons , en indifférents et en mauvais , b’est-à-dire progrès véritables , progrès crus tels
douze ou quinze prisonniers du Spielberg, immortalisées par Sllvio Pellieo , n’onl pas encore cessé et ne cesseront jamais d’èlre reprochées à l’Autricbe, non-seulement par les Italiens, mais par tout le monde. Thap.
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quand ils ne sont rien, et progrès u’étant que des retours en arrière. Mais pour laisser les généralités et ne parler que des progrès réels , dont je ne saurais même m’engager à dresser une liste complète, je me contenterai d’un petit nombre d’exemples. Admettons un des progrès qui peuvent se faire avec plus de parité par les princes nationaux et par le prince étranger, un simple progrès matériel, l’amélioration des voies de communication en tous genres entre une partie et ' l’autre de la Péninsule. Faciliter ces communications matérielles, c’est faciliter celle des pensées, des mœui-s, c’est rapprocher les intelligences, les mettre pour ainsi dire en commun dans toute la nation. Mais la communauté de pensées et de mœurs ne peut que faire sentir la communauté des intérêts, et par suite le prix de la nationalité et de l'indépendance ; or, cellesci devant être ambitionnées par ies princes italiens et repoussées par l’éti anger, il en résulte que le progrès si inoffensif en apparence des communications matérielles est bon pour les premiers, et nuisible en fin décompté au second. Il en est de même de toutes les communautés, du commerce, des postes, des monnaies, des poids et mesures. Il en est de même de ces lignes douanières, instrument si puissant de civilisation, chacun le sait, et qui pourrait être tel aussi en Italie. Gomme il n’y a pas là les difflcultés de la confédération politique, l’étranger ne pourrait les interdire anx princes italiens. Les gouvernements italiens devraient se pénétrer de ceci, que, tout en étant de beaucoup moins forts sous le rapport des ressources militaires que le gouvernemeut étranger, ils ne sont pas tels, mais de pair avec lui tant que dure la paix ou
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quand ils se seraient liés entre eux par une confédération politique. En temps de paix, dans les conditions présentes de la république chrétienne, les dépendances indirectes, les prépondérances non exprimées dans les traités, ne sont dépendances et prépondérances que pour ceux qui s'en laissent faire un épouvantail. Réduisons au fait la supériorité de puissance; c'est plus d’hommes et plus d’argent: grande supériorité, il est vrai , en cas de guerre , mais qui n’est rien tant qu’on n’en vient pas aux mains. Or, la puissance qui prétend faire la loi n’en peut venir aux armes tant que celle qui est la plus faible, mais indépendante, ne fait qu’user des droits de son indépendance reconnue. Je voudrais voir quelque grand prince italien faire pour notre indépendance ce que le célèbre citoyen irlandais fait plus réellement pour la liberté que pour l’indépendance de sa patrie, user de ses droits, de tons ses droits jusqu’à leur dernière limite. Notre entreprise serait d’autant plus belle, d’autant plus universellement applaudie, que les droits de l’indépendance sont plus étendus et plus clairs dans la république européenne, que ceux de la liberté dans ce même empire britannique ; car on dispute, et l’on disputera tant que durera le monde, sur les droits de liberté intérieure; mais en ce qui touche à l’indépendance nationale , tous sont d’accord pour en proclamer la légitimité, la vertu, la sainteté, pour reconnaître que c’est un droit et un devoir de la conquérir entièref l).