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La protection des lettres et des sciences donne

(I) Voir l’appendice h la fln du volume.

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encore aux princes nationaux on grand avantage sur l’étranger, car celles-ci contribuent aussi à l’union, elles en sont peut-être l’éléoient le plus puissant dans toute nation ayant une langue commune et des États divers. En servant à l’union , elles servent donc les princes nationaux et nuisent au prince étranger. Celui-ci ne devrait jamais encourager la littérature italienne, et, s’il était possible, il ne devrait pas la tolérer. Aussi je m’étonne de tant de condescendance de sa part. La littérature, même comprimée, même amortie, censurée, châtrée, ne saurait ne pas entretenir et encourager la nationalité; la langue en est le signe, le cachet particulier ; l’histoire dans sa nudité même • en garde le souvenir vivant; et quand elle est écrite avec vigueur, elle signale les erreurs commises, et ce qu’il faut imiter, ce qu’il faut éviter pour servir à sa cause; la philosophie historique montre comment elle naît, comment elle se perd, comment elle se recouvre ; la philosophie générale en fait voir l’influence, y pousse par la raison ; la poésie , les arts font appel aux passions en sa faveur; les sciences matérielles ellesmêmes, malgré leur apparence inoffensive, contribuent à l’aviver de plusieurs manières, quand ce ne serait qu’en ajoutant à la gloire nationale. Rien dans la culture intellectuelle n’est inoffensif pour l’étranger ; rien donc qui y soit inutile pour les princes nationaux , rien qu’ils n’en doivent encourager. — Mais pour donner de l’encouragement aux lettres et aux sciences, il serait nécessaire de se rendre un compte exact de leur état présent ; et c’est ici que font le plus de tort , non-seulement les prôneurs sans sincérité ni justice , mais aussi les prôneura de bonne foi qui tombent

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dons l’exagération. Avec ces flatteries dont on nous berce , avec ces comparaisons que l’on fait des écrivains étrangers avec nous autres écrivains italiens, et qui se terminent trop souvent à notre honneur et gloire, on ne fait autre chose que nous endormir, nous autres écrivains, et abuser nos gouvernements respectifs. La littérature, au xix‘ siècle, peut se passer, il est vrai, de ces protections, de ces Mécènes, de ces pensions : magnificences et misères du siècle des Médicis , de celui de Louis XIV. Mais les lettres présentes et futures ont besoin de facilité, et, tranchons le mot, de liberté. Louer avec exagération nous autres écrivains de celle dont nous usons, et louer les gouvernements de celle qu’ils nous laissent, c’est dire que i’une et l’autre suffit; c’est empêcher ce progrès de l’une et de l’autre, qui serait utile à nos princes et nuisible seulement à l’étranger. Je n’entrerai pas dans des détails sur la censure préventive ou répressive; je sais que la dernière ne peut exister que pour des gouvernements libres, parce que censurer par répression , c'est-à-dire par jugement public , c’est admettre ou même accroître cette publicité, qui n’est le partage que des gouvernements libres. Mais même avec la censure préventive , il y a différents degrés de facilité et de liberté ; et les gouvernements nationaux en peuvent dispenser la plus forte dose, tandis que celui de l’étranger n’en peut même accorder ia plus légère. Ce bien précieux par exemple, dont je fais l’éloge, ce trésor de l’indépendance nationale , on peut certainement, on doit, ce me semble, le laisser vanter dans les États nationaux, ce qu’on ne peut ni ne doit endurer dans les États soumis à l’étranger. Si celui-ci voulait agir sensément, il ne devrait laisser

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louer aucune vertu , parce que toutes, même les plus humbles en apparence, donnent de la force, et la force de la nation, toujours utile aux gouvernements nationaux, est toujours dangereuse pour celui de l’étranger. — Du reste, il est même de nos joui-s des hommes de lettres, des savants et des artistes auxquels est indispensable une protection plus substantielle que celle de la liberté. Ceux pour qui l’enseignement ou l’exercice de leurs connaissances est une profession, peuvent, sans s’avilir, accepter des protections de cette nature, s’ils le fout sans se soumettre à des conditions humiliantes. Là encore tout est à l’avantage des princes nationaux. Ils n’ont intérêt à imposer de semblables conditions, ni aux professeurs ni aux élèves ; ils n’ont pas intérêt à amoindrir, mais à étendre l’enseignement, à faire fleurir les études, les universités, à les pousser autant que possible jusqu’au degré où elles sont parvenues en Allemagne, et même en certains États qui ne sont pas des pays libres. Si les princes italiens né se laissaient pas effrayer à tort , la petitesse de leurs États et la pauvreté de leur trésor ne seraient pas un obstacle. Plusieurs de ces princes allemands, près desquels brillent des universités nombreuses et puissantes, n’ont ni plus de territoire ni plus de richesses. Si l’on calculait ce que coûteraient de plus cinq on six professeurs des plus distingués de la Péninsule à ajouter à ceux de chaque pays, on verrait que quarante ou cinquante mille francs suffiraient et au delà pour donner la plus grande splendeur à telle ou telle de nos universités, à telle ou telle des capitales littéraires déjà existantes en Italie. Cela ne tournerait pas seulement à la gloire du prince qui ferait ce léger sacrifice, à

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celle d’une ville; ce serait un grand avantage littéraire et même politique. S’il est utile aux lettres d’être cultivées en plusieurs lieux, d’avoir différents centres, il leur est utile aussi d'avoir un centre principal, sans lequel elles ne brilleraient jamais d’un vif éclat chez aucune nalion. Et sous le rapport politique, si la puissance des lettres n’est pas à comparer à celle des armes en temps de guerre , ni à celle des institutions civiles en temps de paix , il n’est pas douteux qu’elle est la principale après ces deux-l'à, qu’elle est l’auxiliaire le plus énergique de toutes deux. Les pauvres littérateurs sont d’ordinaire la richesse que l’on acquiert à meilleur marché, et, dans les conditions actuelles de l’Italie, ils seraient peut-être la plus profitable de toutes pour un prince italien. Il est certainement plus facile de dire que de faire; les vertus politiques et militaires sont au-dessus des mérites littéraires; mais tant qu’on ne peut bien exercer celleslà, ceux-ci sont à priser et même à encourager, car ils peuvent réveiller les autres.

10. Maiscelan’est rien auprès des institutions mêmes du gouvernement. Là est le grand avantage des princes nationaux sur l’étranger. Us y peuvent tout, quand lui n’y peut rien sans danger. Je ne me rappelle plus qui a inventé ce nom de gouvernements consultatifs ^ dont se sert Gioberti pour désigner nos gouvernements, et les distinguer des gouvernements tout à fait absolus et de ceux qu’on appelle représentatifs (deliberativi). C’est de toute manière un nom bien inventé, et dont l’emploi est convenable si on le donne non-seulement aux gouvernements italiens actuels, mais encore à d’autres semblables , et plus anciens,

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chez nous et chez les autres peuples , à presque tous les gouvernements chrétiens de l'Europe, tels qu’ils sortirent du milieu du désordre féodal. Dans tous, la puissance suprême fut tempérée par des conseils plus ou moins bien organisés, plus ou moins indépendants, et ce sont eux qui distinguèrent presque toutes les monarchies européennes et chrétiennes de presque tous les despotismes orientaux ; bieu mieux que ces deux principes de l’honneur et de la crainte, trop légèrement ou, peut-être, peu sincèrement prêchés par Montesquieu. Les gouvernements consultatifs qui subsistent encore en Italie, en Autriche et en Prusse, sont plus ou moins des restes de ceux qui existaient autrefois partout; bien que celui de la Prusse soit peut-être une transition au gouvernement représentatif. Quelque opinion que l’on puisse avoir de leur opportunité et de leur durée, il n’est pas douteux qu’ils peuvent être beaucoup meilleurs et plus sincères sous des princes nationaux que sous l’étranger. Sous les premiers , les conseillers peuvent être de bonne foi , le prince peut les écouter avec confiance, parce que leur intérêt comme le sien est celui de l’État. Mais les conseillers d’un prince étranger, ou sont eux-mêmes étrangers, et alors ils ont, avec le prince, un intérêt contraire à celui des provinces gouvernées, dans maiutes questions importantes, et au moins dans celle très-importante de l’indépendance ; ce qui fait qu’ils ne sont ni les véritables conseillers de tout l’État, ni une atténuation du très-grand vice des nationalités diverses ; ou bien ils sont nationaux, et alors je leur demanderai à quoi ils s’occupent, à quoi ils visent, qui ils servent, le prince auquel iis ont prêté serment, ou la patrie envers

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laquelle ils sont liés sans serment ? Sont-ils pour la fldélité contractée ou pour la fidélité naturelle? Comment se sauvent-ils de la duplicité? Comment échappent-ils aux scrupules , à la honte , au crime de trahison , inévitable d’un côté ou de l’autre ? Le prince croira-t-il de semblables conseillers, qui ne peuvent lui donner des avis qu’en choisissant entre deux trahisons , qui ne lui en donneraient pas s’ils étaient des hommes simples et droits? Ainsi un gouvernement consultatif, sur son propre terrain, ne peut demeurer sincèrement tel sur le terrain d’autrui : il est mensonger et absolu en Italie. Au contraire, les princes nationaux peuvent non-seulement avoir des conseils véritables, mais en étendre l’importance. Je sais un prince italien à qui furent proposées, lors de son avènement au trône, diverses formes de conseils; mais lui, les laissant de côté, en imagina une nouvelle et fort belle, une que je dirais volontiers la forme la plus parfaite du gouvernement consultatif, celle qui se rapproche le plus des avantages, quels qu’ils soient, des gouvernements représentatifs. Cette organisation, toute nouvelle, aurait eu des conseillers perpétuels et presque au centre de l’État, et des conseillers annuels provinciaux. Les uns et les autres auraient mis enjeu (certes sans danger) les deux éléments nécessaires à to.it gouvernement , la force conservatrice et la force progressive. Ils auraient pris en considération, au moment opportun, les intérêts généraux de l’Etat et les intérêts particuliers des provinces ( l). Ils l'auraient fait beaucoup mieux sans doute que les conseils provinciaux prus-

/ (I) Nous regrettons que l’auteur ne nous ait pas mieux expliqué comment cette fornte de gouvernement aurait pu opérer tant de

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siens, de l'influence desquels Dieu veuille préserver l'ttalie, quand elle ne parait pas'ménie bonne en Prusse! car les provinces italiennes n’ont pas besoin d’être divisées, mais unies. L'union des provinces dans chacun des États italiens est l’intérêt, le remède, l’espérance de l’Italie dépendante, en attendant que soit possible |a réunion des États dans l’Italie indépendante.

U. Mais poursuivons, et recherchons tout ce qui peut être péril pour l’étranger, et par suite, avantage pour nos princes. Examinons si l’un et l’autre pourrait résulter d’un gouvernement plus large ou même représentatif, sans nous égarer toutefois dans la discussion théorique de la bonté plus ou moins grande de ce gouvernement ou de ses formes diverses, telles que nous les voyons dans plusieurs monarchies européennes. Il y a quelques années on portait aux nues tantôt l’une, tantôt l’autre de ces formes, et on les prêchait comme une espèce de panacée universelle, comme le beau idéal de la liberté. On est passé aujourd’hui à l’excès opposé ; il en est qui les dénigrent comme étant toutes illusoires et insuffisantes. Peut-être ne seraitce pas s’écarter du vrai, que de dire que la publicité est l’essence de ces gouvernements, et que partout où elle existe il y a assez de liberté. C’est pourquoi les différents systèmes paraissent aujourd’hui moins importants que jamais aux hommes d’expérience ; le plus important à leurs yeux est de n’en pas changer souvent, et de fuir les révolutions. Quoi qu’il en soit, et pour nous en tenir à l’Italie , il est certain , bien qu’on ne le sache pas assez , que ces désirs de liberté n’y

bien, et pourquoi, ayant eu le bonheur d'élre invvulée par un priuco , elle n'a pas eu celui d’élie adoptée. Tuap.

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sont que trop répaudus aujourd'hui, comme ils l'étuicnt ailleurs il y a quelques années. Je dis trop, en parlant même de désirs modérés, parce que je voudrais qu’il n’y eût qu’un seul désir, celui de l’indépendance; attendu que chez les nations comme chez les hommes plusieurs désirs sont moins forts qu’un seul, l’un nuit à l’autre, et ils restent le plus souvent tous sans effet. Ces désirs surtout ne sont que trop nombreux s’il s’agit de les réaliser sans leè princes ou contre eux , et il en résulte des éléments de discorde et non ^ d’union , des risques présents pour des éventualités éloignées , des périls et des avantages à l 'inverse de ceux que nous recherchons, périls pour nous, avantages pour l’étranger , retard et non progrès vere le grand but. Nous avons vu de cela, il n’y a guère plus de vingt ans, deux exemples très-divei’s : l’un moins mauvais, lors duquel on espérait que la liberté viendrait des princes , ou tout au plus sans les princes; et l’autre pire quand on la voulait contre eux. Tous deux pourtant finirent par des invasions d’un et même de deux étrangers , avec amoindrissement de l’indépendance. Ce fait que les grandes innovations dans un Etat se font mal et avec danger par un grand nombre de personnes, et qu’il est nécessaire de s’en remettre à quelques-uns seulement , n’y eût-il rien à craindre de l’étranger, était très- bien connu des anciens, même dans les républiques démocratiques. Aussi , quand ils avaient à opérer une réforme dans l’État, ils s’en rapportaient à un petit nombre de citoyens , ou même à un seul, à un Lycurgue, à un Solon, à des décemvirs, à un dictateur. Machiavel ne l’ignorait pas, et il en fit la remarque. Les Italiens du moyen

i)ks kspébanOks âge le savaient bien aussi , et en pareils cas ils couréraient un pouvoir discrétionnaire ( balia) à quelques citoyens ou à un seul , pour opérer les changements désirés. On voit donc que cette invention moderne des assemblées constituantes ou conventions fut une idée véritablement rétrograde. Chacun a vu quelles perturbations elles ont Causées, et pour combien de temps , surtout dans les pays où la question de liberté se compliqua de celle de l’indépendance, comme en Espagne. Or je ne puis ici que revenir à cet exemple si beau que j’ai déjà signalé ; à ces Irlandais qui , dans leur entreprise de liberté ou d’indépendance, comme on voudra l’appeler , se sont donné un dictateur ou un prince, et obéissant à son moindre signe, s’en remettent à lui, vont unanimement se presser autour de lui, avec une sagesse qui, véritablement , est tout à la fols antique et chrétienne. Ce qui fait la force ( incontestable désormais , quel qu’en soit le résultat) de l'entreprise irlandaise, c'est la parfaite légalité avec laquelle la conduisent cette nation et ce dictateur réunis. Ce qui peut faire la nôtre, c’est la légalité au moins égale, sinon plus grande, que nos princes peuventdonncr ànos actes.etque nous ne pourrions leur procurer sans eux. Que l’on ne dise pas que les rebelles heureux fondent des droits nouveaux, de nouvelles légalités. Cela est vrai, mais à la condition d’être heureux. S’ils ne le sont pas, et jusqu’à ce qu’ils le soient , ce sont des rebelles ; ils ont contre eux tous les geris de bien , nationaux et étrangers. Ceux qui , au contraire, suivent le droit actuel , la légalité, la légitimité (tous mots synonymes), dans une cntrepi'ise bonne en soi , ceux-là réunissent à la

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bonté de la fln celle des moyens; ils ont pour eux leur conscience libre de tout remords, ce qui est une grande force ; ils ont pour eux tous les gens de bien et l’opinion publique, ce qui est une très- grande force; ils ont le temps à eux, ils ne dépendent pas du hasard, ils peuvent attendre l’occasion , ce qui est la force la plus grande dans une entreprise de longue haleine. Je ne saurais souhaiter à ma patrie plus de bonheur que celui-là, plus de force ou de vertu. Mais la décision une fois remise aux princes du point de savoir s’il faut ou non passer à un gouvernement représentatif, serait-il utile d’y passer? Parlons nettement. Une pareille décision prise par les princes peut être encore pleine de dangers, féconde en divisions, elle peut distraire de l’entreprise de l’indépendance, et dès lors être nuisible. Les assemblées délibérantes ou parlements vivent des opinions diverses et de divisions. Telle est leur nature. S’il en est ainsi dans les parlements déjà vieux, dans les nations façonnées, habituées à ces débats publics, combien plus cela se reproduirait-il chez celles qui y seraient neuves et inexpérimentées. La France et l’Espagne nous en ont donné de nombreux et terribles exemples, sans compter ces quelques petits exemples italiens. La première vertu nécessaire à ces gouvernements est la fermeté; la seconde, la tolérance mutuelle. Ces vertus-là sont-elles les nôtres? Mais, dira-t-on, si nous ne les avons pas, nous les acquerrons. C’est fort bien ; mais n’est-il pas fâcheux que cette éducation doive se faire durant l’entreprise d’indépendance ? Mais, dira-t-on encore, on pourrait y habituer la nation dans les assemblées consultatives. C’est au

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mieux ; mais cette éducation à faire , ccttc pratique à acquérir, ramènent et augmentent même ie besoin d'attendre tout des gouvernements nationaux, de s’en remettre à eux, de leur laisser non-seulement la décision de i’opportunité en général , mais celle du temps, du mode, de tout enlin. Cela peut paraître triste aux impatients; mais qu’y faire? C’est peut-être un ineonvénient , mais c’est une nécessité. Sans patience, il faut renoncer à faire de la politique, et même à y songer. Celui qui ne veut pas admettre le temps dans ses ealculs doit s’abstenir de calculer, et les gens pressés peuvent se considérer comme incapables de cette liberté qu’ils désirent (I).

1 2. Mais en admettant le changement fait par quelque prince italien, fort de son propre courage, fort de sa confiance dans la fidélité antiqueet éprouvée de ses peuples, fort d’institutions préparatoires et de l’expérience du gouvernement consultatif ; en admettant qu’il ait été fait à temps, bien fait et heureusement, ii n’est pas douteux que ce prince aurait mis en œuvre l’instrument le plus puissant de popularité et d’union; il n’est pas douteux qu’à partir de ce jour, le péril de l’étranger sur le sol italien se serait incomparablement accru , que la plaie se serait envenimée, que son agonie aurait commencé à sonner. Considérons posément les diverses conséquences qui en résulteraient pour celui-ci. — S’il ne voulait pas permettre d’innovations, il se plaindrait, crierait, négocierait, menacerait ; mais le prince italien aurait une réponse facile à tout cela en lui disant : Je suis souverain

(I) Tooles ces maximes sonl belles et bonnes; mais, pour noire compte, nous renvoyons le lecteur h nos notes, pages 40, 84 et loi.

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comme vous, et je fais chez mot ce que bon me semble. — SI à pareille réponse, les négociations étaient rompues, on retirerait les ambassadeurs d’un côté, on les rappellerait de l’autre, et l’on s’en passerait. On a vu que je ne suis pas pour la politique d’isolement. Je ne crois pas qu’on doive y avoir recours spontanément; mais si l’isolement vient des autres, il est peutêtrç moins regrettable pour les petites puissances, déjà presque en dehors de la diplomatie aujourd’hui adoptée en Europe. Chacun connaît un infiniment petit prince italien, qui depuis treize ans, s'est isolé tout à fait de. la politique européenne, et à qui pourtant aucun mal n’en est arrivé. Or ce qu’il a fait par un motif, d’autres pourraient le faire pour une raison toute différente, et sans plus de péril pour eux. De toute manière l’isolement dont nous parlons ne serait rien moins que complet, il se réduirait à une ou deux puissances, et serait compensé par un rapprochement plus franc avec uneou deux autres. Serait-ce une cause de guerre? Il n’y a à cela de probabilités d’aucune sorte. La guerre ne se fait pas maintenant avec un tort aussi évident que celui d’une puissance voulant empêcher une autre puissance, souveraine comme elle, d’exercer chez elle ses droits de souveraineté. Cette puissance verrait se soulever contre elle dans l'Europe entière toutes les opinions, elle aurait contre elle le blême de tous les partis, les armes de toutes les puissances intéressées à maintenir l’indépendance italienne, telle qu’elle est du moins, et môme de toutes celles intéressées à maintenir dans son intégrité findépendancc de tous les États souverains. .Si la guerre se faisait enfin avec un aussi grand tort, malgré la

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réprobotion générale, en dépit de tant d'adversaires d'un côté, d'un droit aussi évident , de vœux si universels et de tant d’assistance probable de l’antre, elle se ferait quoi qu’il en dût arriver, et il n’y aurait pas d'Italien , sujet ou non du prince libérateur, qui hésitât à courir y affronter la mort, à envoyer ses fils y faire le sacrifice de leur vie, et le succès de cette guerre toute nationale ne serait pas douteux. — Mais il est de beaucoup plus probable qu’elle ne se ferait pas; qu’après les dépêches et les actes diplomatiques de rigueur, l’étranger finirait par tolérer ce qu’il ne pourrait empêcher. Or cela .serait de toute façon le commencement de sa fin. En effet, ou il imiterait, ou il n’imiterait pas le changement opéré. L’imiter serait folie de sa part ; car si les gouvernements représentatifs font quelque peur à des princes nationaux, ils ne peuvent en faire jamais trop à un prince étranger. 11 n’y a peut-être qu’un exemple d’un gouvernement représentatif subsistant sans grand péril sous un souverain étranger : celui de la Hongrie sous la maison d’Autriche ; mais la résidence du souverain est si rapprochée qu’eile peut être considérée comme située eu Hongrie ; à cette circonstance locale se joint maintenant l’ancienneté du fait qui remédie à tout (! }. Mais croire que la maison d’Autriche subsisterait en Lombardie, non pas dix siècles, mais dix ans, avec un gouvernement représentatif, ce serait une folie qui ne saurait venir à l’esprit de ce gouvernement très-prudent, et qui, s’il était possible qu’elle lui vint,

(I) Il suffit (le savoir ce que c’est que ce prétendu gouvernement représentatif (defiAmi/ivo) de ta Hongrie, pour ne tenir aucun compte de cet exemple. Tr*d.v

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produirait son effet naturel. La dernière supposition est donc la plus probable, à savoir, que l’étranger n’imiterait pas cet exemple ; que, voyant le mal irrémédiable, il se réduirait à traîner son existence chez nous autant que possible ; et certes ce ne serait pas long. Le voisinage d’un gouvernement national qui attirerait à lui l’attention, les vœux de tous les Italiens, qui ferait envier aux sujets de l’étranger cette liberté et cette activité qui en seraient les fruits naturels; qui élèverait une de ces tribunes où tout se dit pour être livré à la publicité ; qui ferait naître une de ces opinions générales auxquelles ne peut résister aucune grande injustice, finirait bientôt par faire cesser la plus grande de toutes, la domination étrangère. Or l’étranger sait cela, il le sent. C’est pour cela qu’il est si résolu , si obstiné contre ce péril extrême pour lui; c’est pour cela qu’il met en œuvre tout l’ascendant de son influence sur les princes italiens, pour les empêcher de se préparer, de laisser espérer, parler même ; c’est pour cela que, dans plusieurs cas particuliers, il a exigé d’eux d^ promesses. Mais de semblables promesses ne peuvent les avoir engagés à toujours et pour tous les cas; elles ne peuvent avoir détruit leurs droits inaltérables de souveraineté. Elles ne peuvent les avoir réduits à l’état de vasselage féodal ; elles ne peuvent tenir contre leur droit de pleine puissance généralement stipulé et reconnu. Eutre deux droits ou devoirs en opposition mais également reconnus , le plus grand détruit le moindre. Un prince reconnu souverain par un autre, ne peut être astreint à ne pas faire ce qu’il croit utile au peuple qu’il gouverne soU' verainement. L’imposture du Saint Empu'c est finie.

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13. Mais, Je le répète, il faut en général laisser les princes italiens juges du moment et de la manière de faire tout ce dont il a été traité dans le présent chapitre. Je vais dire ce que peuvent les Italiens qui ne sont pas princes ; mais j'ai voulu dire avant tout ce qu’ils ne peuvent et ne doivent pas faire, pour distinguer d’abord les droits de chaeun , ces droits existants dont ii est du devoir de tout honnête homme de partir toujours, et du devoir plus spécial des amis de la liberté, qui n’est en somme que le respect des droits de tous. — Pour peu que fassent nos princes, s'ils font un pas de plus que l’étranger dans la voie des progrès véritables, matériels ou intellectuels, du gouvernement consultatif ou représentatif, ou n’importe lequel , ils sont sur la bonne route, ils sont même à leur poste sur la bonne route. Ce poste en avant, ce pas de plus est l’essentiel ; quelque peu qu’il soit en apparence, c'est beaucoup, c'est tout pour les conséquences. Ou l’étranger s’arrêtera dans cette position inférieure, et ce sera pour lui un désavantage continuel, ou il voudra lui-même faire un pas à la suite , et alors , pourvu que nous conservions notre poste en en faisant un autre , il est possible de le conduire à ce qui pour lui est un précipice. Toute ma pensée est là. — Je sais qu’il en est à qui elle paraîtra trop hardie, et que d’autres au contraire la trouveront trop timide. Mais je ne suis pas sans espérance qu’elle pourra sembler modérée et juste à ceux qui, exempts de faiblesses, de duplicité et d’incertitude, sont eux-mêmes modérés et justes. Si quelques-uns trouvaient que ce soient là des choses qu’il eût été bon de dire tout bas à l’oreille de quelque prince ita-

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lien, au lieu de les proclamer publiquement, je répondrais que, si je les avais crues mauvaises , je n’aurais voulu les dire d’aucune manière ; que je ne les aurais pas dites non plus si , persuadé qu’elles étaient bonnes, je les avais jugées de nature à rester secrètes, n’ayant l’oreille d’aucun prince pour pouvoir les y déposer. Mais je crois au contraire que ces cachoteries, ces mystères politiques sont de vieux jeux , dont on se rit au temps où nous vivons. C’est le temps des luttes à découvert , des politiques franches, publiques, fortes; je crois celle-ci de cette nature, et c’est pour cela que je l’ai exposée au grand jour, ce à quoi il y a peu de mérite. Le véritable et seul mérite appartiendra à celui qui , né ou à naître, aura le courage de mettre à exécution ce qui est facile à voir et à dire, ce qui désormais a été vu et dit par lîeaucoup ; car en Italie aussi cette première vertu politique, la modération courageuse va augmentant, grâce nu ciel.

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