COMMENT PEUVENT V CONTBIBUBB UTILEMENT TOUS LES ITALIENS
lis qnidRin, qui sccundutn paO'mtiom boni operis, glorlam, et lioiiorcin, et iiieorruptionem quærunt.
(PaDl. a<t Rom-, Il 7).
1 . Nous avons fait une grosse partà nos princes dans l’entreprise de l’indépendance par une bonne raison , c'est qu’ils ont une part plus que grosse, ils ont toute la puissance de nos États. Ceux qui prétendent exclure les princes des espérances, des projets nationaux de l’Italie, sont comme certains historiens qui, ennuyés de voir l’histoire moderne réduite trop souvent à n’être que l’histoire des princes, affectent l’excès opposé d’écrire l’histoire des peuples seuls : comme s’il était possible de disjoindre les faits des uns et des autres, comme s’il y avait moyen d’en former deux histoires distinctes, comme si l’on pouvait refuser la plus grande part d’histoire à ceux qui eurent la plus grande part aux événements. Mais ceux là même, ensuite, ou ils ne tiennent pas leur promesse et font des histoires peu différentes des autres; ou bien ils les font si dénuées de faits, si pleines de généralités que ce ne sont plus des histoires, et ils retracent plus mal
que jamais la vie des peuples eux-mêmes. Or, il en est de la vie future des peuples comme de leur vie passée : on ne peut y considérer les princes seuls, ni les peuples isolément dans tous les lieux où il existe un prince; ce qui est moins faisable encore dans les pays où , que cela plaise ou non , que cela soit bien ou mal, le fait d’où il faut partir forcément, le fuit actuel, c’est que les princes ont toute la puissance. — La part qui reste aux autres est loin d’être petite pour cela ; qu’on ne s’cn inquiète pas ; elle ne peut pas l’être, par cette simple raison, que lavolonté desprincis pusse à peine de l’état de projet à l’exécution , qu'elle devient l’œuvre de tout le monde. Si les peuples ne peuvent rien sans les princes, les princes ne peuvent rien sans les peuples. Il existe une correspondance, une réciprocité, un cercle vicieux ou vertueux, mais continu, d’actions des uns aux autres que nuis dédains, nuis préjugés d’une part ni de l’autre ne sauraient interrompre. Tout homme a dans un État, quel qu’il soit, une activité quelconque en fait et en droit. Si elle est dirigée vers une bonne fin, mais en excédant les droits propres de chacun, elle vicie la fin, elle fait plus de mal que de bien, elle produit des luttes et des divisions. Si elle est au contraire dirigée par chacun vers une bonne fin , conformément au bon droit,' elle devient l'activité louable de tous, l’activité, le mouvement , la force nationale ; elle est irrésistible. L’Italie doit accomplir une entreprise indubitablement juste dans sa fin ; joignons-y une justice indubitable de moyens et ne doutons pas alors d'une heureuse réussite. Ces deux justices réunies l'obtiennent souvent delà Providence, même dans les affaires pri-
UES ESPEAANCES
vées , mais plus souvent encore, je dirais presque toujours, dans les entreprises d’un grand nombre d’hommes, dans les entreprises nationales.
2. L’activité , la vie de tout homme sera considérée par nous, ou comme publique, ou comme sacerdotale, ou comme littéraire, ou comme privée.
3. La vie publique italienne se réduit à celle de ministres ou de conseillers des princes, grands ou petits. Chez nous le prince étant l’État, il ne peut y avoir de serviteurs de l’un et de serviteurs de l'autre. Bien ou mal , cela est ainsi, et celui qui veut établir une distinction s’attache à une chimère, non à la réalité, et gâte tout. Il en est qui, puisant dans les gazettes étrangères ces jalousies et ces dédains que les conseillers de la nation (c’est-à-dire les orateurs des chambres) dirigent contre les conseillers de la couronne, eu font l’application aux conseillers qui, chez nous , sont nécessairement ceux de la couronne , de l’État et de la nation tout ensemble. De là une affectation d’indépendance personnelle , une condamnation de l’ambition de gouverner qui peut convenir dans les pays où il est possible de servir politiquement la nation sans servir le prince, mais qui est bien risible et plus encore dommageable dans un pays où cette distinction étant impossible en réalité, tout ce que le désir de servir l’État a de bon et de beau se rattache au désir de servir le prince. C'est là assurément une idée étrangère à ne pas adopter dans le cas où nous nous trouvons (l). Avez-vous, croyez-vous avoir en vous une âme indépendante , généreuse et forte ? servez le prince, ou l’État, ou la nation, car c’est tout un.
(1)11 faudrait dire pliilôt où fions nous troiiveroni ; car , à la vo-
DB L’ITALIB.
Personne ne rougit ailleurs de servir la nation, il n’y a pas de motif pour en rougir ici. Il n’y a de honte, ici comme là, que dans la manière de s’en acquitter, et ici comme là, il peut'y avoir, il y a de l'indépendance. Ici comme là, elle a besoin d’étre double, indépendance des erreurs du peuple et de celles du prince; la seule différence, c’est que l’une est plus diHicile là, l’autre ici. Mais la diversité desdiflicultés importe peu à une âme vraiment indépendante ; elle sait vaincre l’une et l’autre ou toutes deux à la fois. Aucun prince, quelque absolu qu’il soit, ne peut tout savoir ni tout faire par lui-même, aucun donc ne refuse d’avoir des conseillers et des ministres. La différence entre le prince absolu, le prince dans un gouvernement consultatif et le prince dans un gouvernement représentatif, c'est que le premier prend conseil chaque fois, sans aucune règle, de qui bon lui semble; le second, de conseillers institués et choisis par lui; le troisième , de ceux qu’il a nommés lui-même et de ceux qui sont élus par le peuple. La différence est grande sans doute; car les conseils donnés par les élus du peuple deviennent , à peu de chose prèi, des ordres pour le prince et pour ses conseillers. Mais au total , plus un prince est absolu , plus ses conseillers
rilé, l’application des principes de l’auleur, très-justes en théorie, ne nous parait ni facile, ni même opportune, tant que l’apparence seule de la eomplicité, volontaire ou forcée, des princes nationaux dans les vues anti-n.ationales de l’étranper, pourra Jusülier la conduite de Cl ux qui préfèrent se tenir à l’écart des emplois publics, pour ne pas se rendre eux-mèmes les auxiliaires de l’oppression. Chez un de nos fjoiivernemenls nationaux et des moins résignés, cette mallieurensc apparence fut pousséejusqu’à la mesquinerie de faire abattre l’enseigne d’une boutique, portant ; Caffe d’Iltiliii.
Tlun.
ifl.
UES ESrËl<A^CES
réunissent d’attributions, et plus dès-lors ils ont de devoirs à remplir. Ils sont, d’un côté, les seuls exécuteurs , les seuls interprètes, les seuls guides de la volonté du prince qui représente la volonté nationale; ils sont, de l’autre, les seuls interprètes des besoins et des vœux du peuple auprès du prince, les seuls intercesseurs de l’opinion publique, les seuls orateurs nationaux , les seuls anneaux de cette union entre prince et peuple , utile et désirable partout , mais indispensable à une nation qui se trouve en présence de l’étranger, et plus encore à une nation qui cherche à s’en délivrer. Du reste , cela dit sur l'importance et-* la dignité des serviteurs de nos princes, contrairê-ment à l’opinion de ceux qui , non contents de juger leurs actes, ravalent sottement leurs fonctions, parcaqu’elles ne brillent pas publiquement comme en d’autres pays (manque d’encouragements qui ajoute plutôt au mérite de ceux qui savent faire le bien sans éclat), je ne m’arrêterai pas à ce qu’ils peuvent faire en particulier pour l'indépendance : naturellement tout ce que nous avons dit pouvoir être fait par les princes , qu’ils servent et éclairent sur toutes choses. Quant aux détails de leur coopération particulière , outre qu'ils sont à l’infini et que ce n’est pas le lieu d’en parler ici, toute suggestion de notre part serait peutêtre rebutée. Les fonctionnaires les plus élevés parfois , mais plus encore les employés inférieurs et les plus infimes , sont parfois beaucoup plus jaloux des détails qui les concernent que ne le sont d’ordinaire les princes de leurs tâches les plus importantes. Les princes, habitués à réclamer l’assistance et les conseils de certaines personnes, ne s’offensent pas qu'il
DK LIIALIK.
leur eu soit donué par d'autres , comme ceux qui sont d’autant plus habitués à faire par eux-mémes leur besogne tout entière, qu’ils sont plus bas dans la hiérarchie. Les princes ont la pratique et l'amour des grands intérêts, qui sont au contraire dédaignés par ceux dont toute la vie se passe au milieu de minuties, les seules affaires du monde à leurs yeux. Les princes, placés au-dessus de toutes les classes de leur sujets, n'ont point à maintenir cette distinction qui est la gloire, le bonheur et parfois même la sécurité de certains hommes d'affaires en petit , la distinction entre la pratique et la théorie, entre le pouvoir et la science , entre la faculté d’agir et celle de penser. Nous ne serons pas, nous, aussi peu généreux. Nous admettons avec plaisir que certains Italiens savent s’élever du mérite de simples administrateurs à celui de véritables hommes d’Etat, de la pratique courante des affaires publiques à tout ce qui leur offre un but utile et élevé, des préoccupations Journalières à ces soinsde l’avenir qui désormais sont communs aux princes, aux hommes d’État et aux écrivains de quelque valeur, ou plutôt à toutes les personnes éclairées et généreuses. C’est vers ces véritables hommes d'Ëtat italiens que se dirigent, après les princes, nos plus grandes espérances.
4 . Mais passons de ceux qui servent les princes nationaux à ceux qui sont assez malheureux pour servir l’étranger. En parlant des plus élevés d’entre eux, nous avons déjà dit qu’il n’était pas possible que le prince eût confiance en eux , ni qu'ils servissent ensemble le prince et la patrie. Pour eux, c’est tout l’inverse de ce qui a lieu dans les Etats italiens, où
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ces devoirs ne font qu'un, et où celui qui sert bien son prince sert bien l’État et l’Italie entière. Il y a pour eux deux devoirs divers, opposés, inconciliables. Quiconque voudra entreprendre une pareille conciliation y perdra la paix ou l’intégrité de la conscience; il vivra en la combattant jusqu’à ce qu’il l’ait fait taire; misérable d’abord , plus misérable après. Mais il me semble que le cas est très-différent à l’égard des fonctionnaires inférieurs, de tous ceux dont le petit emploi est une profession importante pour eux, mais non pour la patrie. Ceux-ci ne font guère ni bien ni mal en suivant une profession qui n’a pas d’influence sur les destins du pays , mais tout au plus sur une province; il est d’ailleursde l’intérêt de la patrie que cette province soit bien administrée et maintenue aussi prospère que possible pour le jour où elle redeviendra italienne. Celte distinction n’est pas nouvelle et ne m’appartient pas. Quand l’immortel Pie VU , l’Italien le plus courageux de son temps, fut indignement dépouillé de ses États, l’un des fonctionnaires du spoliateur priait l’un des ministres du prince dépouillé de rester dans un des postes les plus importants de l’État. Je tairai le nom du premier, mais je dirai celui du second , c’était monseigneur Lanté, alors trésorier. Comme il refusait cette indigne proposition de continuer ses fonctions : « Eh ! quoi, disait l’autre, « qu’est-ce que ces démissions , ces conjurations, ces « ordres du pape d’abandonner les emplois? A coup « sûr, il s’occupe'peu de son peuple. Aujourd'hui, c'est « vous, monseigneur le trésorier, demain ce seront ." vos principaux chefs de bureaux qui se démettront, X (ii)rès-demain leurs seconds, et ainsi, peu à peu, le
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« trésor sera abandonné, et les revenus publics seront •> mal administrés par nons qui n’en avons pas l’habi- » tude, qui ne sommes pas prêts à vous remplacer. » — « l.e pape , répondit monseigneur Lanté , n’a pas « donné de pareils ordres-; il n’en a donné ni à moi « qui n’en ai pas besoin pour savoir que je ne puis ni
• ne dois vous servir, ni aux employés inférieurs, dont « l’emploi est la profession et la nourriture, et qui con- « tinueront. *• — El sur l’insistance de son interlocuteur qni, mêlant la plaisanterie à la menace, lui disait :
• Mais c’est vous que nous voulons , monseigneur « Lanté, vous spécialement; et ceux qui ne nous
• obéissent pas vous savez (faisant allusion
à Fénestrelles ou à quelques autres forteresses où l’on conduisait les récalcitrants). » — « Moi, repartit « monseigneur Lanté en souriant, je suis tout prêt:
• en sortant de chez moi pour me rendre près de vous, «j’ai fait tous mes préparatifs; ma voiture est en « bas. » Ce fut ainsi qu’ii renvoya la plaisanterie, et il n’en fut rien de plus. — La môme réflexion est à faire, et à plus forte raison, pour les militaires italiens au service de l’étranger : les uns levés de force, qui sont en très-grand nombre, les autres volontaires, qui sont peu. Dire des premiers qu’ils ne devraient pas servir, autant vaudrait prétendre qu’ils devraient résister au recrutement, ou faire un de ces soulèvements que nous avons déclarés toujours illicites et nuisibles, de plus très-certainement inopportuns à l’heure qu’il est. Il serait en outre grandement dommage qu’un tiers des populations italiennes, que l’une des pins belliqueuses perdit de nouveau l’habitude des armes, et ne se trouvât pas prête le jour où il pourra
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deveniropportunetde devoir, pour toute l’Italie armée, de dire aux étrangers : Ou avec vous, ou contre vous, selon que vous voudrez devenir les amis ou rester les adversaires de notre patrie. Il me semble donc que les volontaires eux-mémes sont à louer, et qu’il serait à désirer de les voir en plus grand nombre, surtout dans cette classe où ceux qui n’entrent pas au service tombent d'ordinaire dans la nonchalance. Nous avons déjà dit avec une entière franchise , et noos répétons ici, qu’en toute autre chose que l’Italie, les intérêts italiens et autrichiens sont identiques ; que hors de l'Italie, l’Autriche et l’Italie sont des alliées naturelles. Toutes les guerres que l'Autriche aura à faire au nord et à l’est seront des guerres italiennes. Le plus grand service que l’on puisse rendre à l'Italie, c’est de faire que l’Autriche soit victorieuse et conquérante de ce côté. A l’exception de l’archiduc Charles, encore vivant, tous les grands capitaines de la maison d’Autriche furent des Italiens : Alexandre Farnèse, Spinola, Piccolomini , Montecuccoli , et surtout le prince Eugène de Savoie. Puisse-t-il en naître on pareil pour faire triompher la maison d’Autriche sur la Baltique et sur la mer Noire ! Puisse ainsi toute la jeunesse italienne aider l’Autriche àde pareillesconquétes; elle avancerait par là d’autant notre indépendance, et en s’en montrant digne et en payant notre rançon. Une telle intention n’est pas de celles que l’on tient lâchement secrètes; il faudrait la proclamer publiquement, honorablement, militairement. Le grand jour viendrait-il ensuite? ou, ce qui en serait la veille, une guerre contre un prince italien? Il n’y aurait pas même besoin de suivre alors l’exemple
DS L’ITÀLIB.
( loué pourtant ) de l’Autriche , de la Bavière et de la Saxe, quand elles passèrent d’un camp à l’antre, sur le champ de bataille môme ; il suffirait de cette résistance passive qui sied mieux à l’honneur militaire; de quitter les armes sans les tourner contre personne; de donner des démissions si l’on voulait les accepter, ou de rester prisonnier, ce qui, dans toute guerre, n’est qu’une disgrâce vulgaire. Mais l’étranger n’en viendrait pas là probablement. Son grand embarras, quand les temps approcheront , sera le corps d’armée italien , embarras d’autant plus grand , que celui-ci sera plus nombreux et mieux exercé. • •
5. C’est pour moi une bonne fortune que le livre de M. Gioberti me dispense de parler au long de l’activité sacerdotale. Les prêtres sont encore plus jaloux de ce qui les concerne spécialement que les princes et les ministres des princes; et c’est avec raison. La vie, les pensers , les lois du sacerdoce sont un monde à part, tout différent du monde séculier; un monde intermédiab*e entre le ciel et la terre. Celui qui n’y a pas vécu et n’y vit pas est peu propre à en parler ; aussi les prêtres n’ont-ils de confiance que dans les prêtres. Le livre de M. Gioberti est spécialement utile en cela. 11 en est de même de tous les autres dont il est l’auteur, et aussi de ceux de son adversaire, M. Hosmini. Tous deux ont réveillé dans le sacerdoce italien cette activité de pensée , qui est peut-être plus nécessaire dans cette condition d’une si haute portée que dans aucune autre des conditions humaines. Tous deux ont senti et fait sentir la nécessité, pour le sacerdoce catholique, d’accroître d’autant plus ses connaissances que l'opinion générale revient à lui davan-
DES ESPBUANCES
tage ; tous deux ont placé le sacerdoce italien peut-être no premier rang, certes à l’un des premiers dans cette bonne et large voie. Je ne sais si je me trompe, mais je ne vois guère que deux Anglais , Wiseman et Lingard, qui puissent, en fait d’initiative à la culture intellectuelle, marcher de pair avec les deux écrivains italiens. Je ne saurais donc m’empêcher de répéter , nu risque de déplaire à M. Gioberti et à M. Rosmini , quand verrons-nous de tels chrétiens, tous deux grands écrivains , tous deux catholiques, tous deux prêtres, tous deux italiens, se donner la main? Assurément les divisions sont parfois utiles, comme l’un des moyens employés par la Providence pour ranimer toute bonne activité. Mais n’est-ce pas de toutes les divisions, et surtout des divisions ecclésiastiques, qu’il a été dit : Malheur à qui les excite ? Je ne chercherai pas , moi profane , qui a fait naître celle-ci, ni à qui il appartient de la faire cesser , si cela est possible; mais il me semble pouvoir dire que ce serait beau pour tous deux, et, revenant à mon thème italien, que ce serait beau tout ensemble et bon pour l'Italie, à qui sont funestes toutes les divisions nouvelles , nécessaires toutes les bonnes réunions. Quoi qu’il doive arriver, tous deux nous fournissent la preuve que ce serait grand dommage d’exclure les ecclésiastiques de la discussion des choses temporelles , et de les renfermer dans le domaine spirituel, comme le voudraient quelques-uns. Cela n’est pas possible. Où est la limite du temporel et du spirituel? qui la poserait? qui aurait cette autorité sur la terre? Le chef des ecclésiastiques et de l’Eglise peut bien dire de tel ou tel qu’il a dépassé les limites de scs
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fonctions,^c sa dignité, dans chaque cas particulier ; mais il lui est impossible de déterminer exactement ces limites pour tous les cas. Le moyen âge a disputé et combattu des siècles entiers sans résoudre la question; les progrès de la civilisation laissent plus de latitude à cet égard comme en tant d'autres , et ne s opposent qu’à des usurpations évidentes. Les discussions ecclésiastiques sont, au surplus, moins à craindre maintenant que jamais. Le bruit qu’on fait des plus petites qui viennent à s’élever çà et là suffirait pour prouver l’impossibilité qu’il en naisse de grandes. Ainsi, en redouter de bien sérieuses aujourd’hui n’appartient qu’à des gens connaissant peu la civilisation présente, restés, au contraire, en arrière de ce que tout le monde sait, ayant gardé les rivalités, les haines et les peurs d’autrefois (l). — Il en est de même de ceux qui les désirent. Certains hommes en Italie et au dehorsappeilentsur la chaire de GrégoireXVI un Grégoire VII ; mais ils n’y verront plus ni un semblable pontife, ni un Alexandre III , ni des Innocent, non
(I) C’est le cas de la questioa qui s’agite maintenant en France entre le Clergé et TUniversité. Les vieilles rancunes s’enveniment nu point de faire méconnaitre aux hommes même les plus éclairés l’une des meilleures garanties de progrès sanctionnées par la charte de 1830, la liberté de l’enseignement. Si nous voulons être de bonne foi , quand certains orateurs de la chambre des députés s'évertuent è remettre en avant cette absurde théorie de VÈglisc gui est dans l'État, non l’État dans V Église, et parlent d’«;i pouvoir ultramontain comme d’un épouvantail, c’est à douter si c’est bien dans le X fX' siècle que cela se passe.
Au demeurant et quoi qu’il en soit, le fait seul que cette question ait pu être soulevée par le Clergé, lui prouve de combien l’indéper.dance (tout incomplète qu’elle soit encore) dont il jouit sous un gouvernement représentatif l’emporte sur la servilité honteuse qui lui procure quelque faible Influence sous les gouvernements absolus. Trao.
plus qu'un Jules II. La différence des temps est trop grande , à ne compter même que du dernier. Depuis lors , en outre des hérésies nouvelles, sont nées maintes civilisations, au delà des monts et au delà des mers, en Europe et hors de l’Europe. Le temps est passé de la tutelle temporelle de la chrétienté; elle s’est émancipée , elle gouverne elle-même les affaires temporelles; et peut-être n’en sera-t-elle que plus docile à la tutelle spirituelle. Il est survenu de nos jours un fait important et auquel on n’a pas fait assez d’attention. Pie VII sera grand dans l’histoire des papes , nou-seulement pour son immortelle résistance , mais pour la dernière cause qui la motiva , le refus qu’il fit à JNapoléon , d’entrer dans la ligue contre l’Angleterre. Pie VII abdiqua par un tel refus et par les souffrances qu’il endura pour lui , cette ingérence dans les affaires politiques de la chrétienté, où jadis avaient brillé un si grand nombre de ses pré* décesseurs. Il ne les renia pas , mais il fit autrement, selon les temps ; il donna un exemple ; il commença un âge nouveau pour la papauté; il ne rendit pas impossibles, mais difficiles, mais rares, ses interventions; il rendit surtout impossible aux papes, si cela ne l’était déjà, de se faire, eux pontifes, chefs d’entreprises politiques, temporelles, et en particulier de cette entreprise d’indépendance dans laquelle échouèrent ce que le moyen âge eut de plus grands papes. — Il n’y a ni à le regretter ni à tenter vainement de changer un fait désormais accompli. Laissons et le pape et le sacerdoce tout entier à ces hautes et nombreuses fonctions plus ou moins spirituelles qui réclament de nos jours leurs efforts soutenus. Ils ont à compléter la
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défaite (oomtnencée par d’autres] de toute philosophie anti-chrétienne; ils ont à vaincre les vainqueurs du XVIir siècle; ils ont à se tourner, non plus contre les matérialistes ou les sensualistes de ce siècle , ni contre les panthéistes honteux ou vacillants du nôtre, mais contre ces rationalistes qui sont le véritable danger, le péril dt^à aperçu et désormais le dernier. Ils ont aussi cette magnifique tâche de la réunion des dissidents au catholicisme, qui semble se préparer de tant de manières diverses , selon les lieux : ici, par les études théologiques et le retour à l’autorité; là, par les études historiques et le retour à l’unité, ailleurs, par la voie de la pauvreté; ailleurs encore, par celle des persécutions dignement souffertes; partout, par les controverses et par les prédications opportunes. Nous avons de cela un bel exemple italien , s’il faut ajouter foi aux nombreuses conversions faites en Angleterre par des prêtres rosminiens ; exemple d’autant plus beau , que là sont les espérances les plus prochaines, et que les convei'sions y sont d’une plus grande importance. Les prêtres catholiques ont devant eux, en effet, cette autre tâche plus grande encore de la conversion des infidèles ; cette œuvre , qui depuis des siècles ne paraissait laisser d’autre profit aux missionnaires que le martyre,* et peu de conversions individuelles ; mais quand la civilisation lui a ouvert tant de voies nouvelles et rendu plus faciles les anciennes, elle aurait fait un pas immense le jour où l’AngleteiTe et le Catholicisme, dans leur avantage réciproque , se réuniraient ou s’entr’aideraient , du moins, pour l’accomplir. — Mais ce sont là toutes œuvres, toutes occupations que nos ecclésiastiques ont