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en commun avec les prêtres étrangers. Une tâche particulièrement italienne, et, bien qu’indirectement, fort utile à l’entreprise de l’indépendance, consisterait, consiste même pour nos ecclésiastiques , à propager par l’exemple et par la parole l’exercice de toutes les vertus. Je parlerai bientôt de l’importance des vertus privées, qui, de tous les moyens de parvenir à l’indépendance, sont, à mes yeux, le plus puissant. Je sais que les prédications des ecclésiastiques doivent avoir un but plus élevé que l’indépendance du pays , que toute la vie terrestre des hommes ou des nations; mais les vertus qui conduisent à l’un et l'autre but sont les mêmes, et quiconque provoque à les pratiquer, sert à la fois à faire atteindre l'un et l’autre. Le plus grand auxiliaire du libérateur irlandais est le père Matthews , prédicateur , non de politique, non de liberté, d’indépendance, mais de tempérance , d'abstinence des liqueurs enivrantes. Là, ces hommes vraiment grands, qui méditèrent sur les moyens de relever leur patrie , comprirent bien que sa principale force était la vertu, le vice sa principale faiblesse, et ils attaquèrent le vice national. Chez nous ce n’est pas celui-là, mais c’en sont d’autres, et ils ne sont pas en petit nombre. Les eeclésiastiques sont mieux que personne à même de savoir quels ils sont , de les étudier, de les poursuivre, de les corriger. Laissons-hs libres ; prions-les de le faire franchement , largement, avec une confiance réciproque, sans craintes, sans trop de distractions; ils auront plus fait pour l’indépendance, ils auront accompli une œuvre plus nationale et plus ecclésiastique que s’ils eussent combattu comme les moines espagnols , et négocié et gouverné
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comme les Albéroni, les Fleury , les Mazarin et les Richelieu des siècles passés, ou cherché à dominer tout comme les grands papes du moyen âge. Chaque époque a son mode particulier; la nôtre a celui dont nous avons déjà parlé avec éloge, et qui consiste à remplir chacun sa propre tâche, à se mouvoir chacun dans le cercle de sa propre activité. Du reste, si j’avais à dire quelle classe d'hommes me paraît, en , Italie, mieux s’acquitter de ses devoirs, exercer son activité spéciale et actuelle, laquelle est plus préparée pour les occasions, je n’hésiterais pas à répondre, les ecclésiastiques (l ), et je rappellerais le courage déployé par eux, de 1808 à 1814. Assurément aucune province, aucune classe d’Italiens ne montra alors autant de force d'âme que ces prêtres dont on n’en attendait pas autant. Je connais même un homme , tout jeune encore alors, chez qui un tel spectacle, une telle surprise , les comparaisons, les admirations et les hontes qui s’ensuivirent furent le germe de ces opinions guelfes ou papistes , comme on voudra les appeler , dont on l’a accusé depuis, mais dans lesquelles il s’est confirmé déplus en plus à mesure qu’il a étudié et médité davantage.
6. Pour en venir maintenant à nous autres , gens de lettres , il me semble surtout nécessaire de nous garder de cette exagération de notre propre impor-
(I) Oui, pour les prCtres sirn|)les, pour les curés cl même pour certains ordres monastiques qui, vivant tous avec le peuple et par le peuple, exercent et enseignent en général les vertus favorables à la cause du paj s’, mais nous n'userions pas en dire autant du haut clerj^é qui , se trouvant par malheur asservi aux gouvernements , ne sera franchement national que quand ceux-ci le voudront franchement. Tbad.
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tance, dans laquelle tombent souvent, non-seulement les hommes de peu de mérite pratique , mais encore ceux qui ont peu de théorie. Ce défaut, de se passionner exclusivement pour son propre métier, est le défaut de tous les hommes à vue courte, n’apercevant que ce qui est très-rapproché d’eux. On dit que les lettres donnent naissance aux idées qui créent les faits, qu’elles sont les institutrices des hommes, les guides de l’opinion, qu’elles peuvent tout dans la société ; mais je ne sais si elles ont eu jamais toutes ces vertus ; si ce ne sont pas , au contraire , les faits qui le plus .souvent ont donné naissance aux idées; si la société, les opinions n’ont pas servi de guides aux lettres ; si les hommes d’action n’ont pas été les véritables instituteurs , ou du moins les souverains maîtres des écrivains ; la vérité est que l’influence des uns et des autres s’est succédé alternativement et toujours. On dit, en outre, que la puissance des lettres s’est accrue à notre époque par la multiplication des écrivains et des écrits. Mais les écrits sont comme toute autre marchandise : l’abondance en fait baisser le prix. La facilité d’écrire , d’étre imprimé sans frais ou avec profit, a fait devenir écrivain^ beaucoup de gens auxquels manquait plus ou moins la faculté naturelle d’écrire, beaucoup qui ne l’ont pas développée par l’étude, beaucoup qui, ne travaillant pas leurs productions , n’emploient pas tous les moyens qu’ils ont, ou, ne méditant pas, en font un mauvais usage; il en résulte que la marchandise, déjà dépréciée par la trop grande quantité, s’avilit de nouveau parla mauvaise qualité. La vérité est que, d’une part, ces' vastes travaux littéraires, élaborés avec soin, qui fu-
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rent fréquents dans les deux ou trois derniers siècles, deviennent de jour en jour plus rares; que de l’autre, cette attention générale qu’il était d’usage de leur accorder, le devient bien plus encore. Tout s’est rapetissé de nos jours : nous avons la monnaie des gros livres, des longues études , des grandes réputations. Je ne voudrais pourtant pas le déplorer trop, comme font quelques-uns, ou plaindre la société tout entière de cet accroissement du nombre des écrivains et de cette diminution de leur crédit; je croirais plutôt que la société y a gagné des vérités plus nombreuses, que celles-ci sont devenues plus claires , que i’instruction plus généralement répandue doit être préférée à ceile qui a plus de profondeur dans quelquesuns, que l’aristocratie la plus absurde et la plus tyrannique à vouloir maintenir serait celle des lettres , et qu’en somme , la puissance de l’instruction , en général , s’en est accrue , et surtout celle de la bonne instruction. Mais, dans tous les cas, il n'est pas douteux que la puissance de chaque écrivain en particulier ait diminué; de même que dans une armée victorieuse , on tient peu compte de tel ou tel guerrier personnellement, quelleque soit sa vaillance, qui le ferait grandement priser dans une armée novice ou battue. — Mais cette influence des écrivains est diminuée; elle va diminuant en Italie plus qu’ailleurs , et diminuera chaque jour davantage , tant que dureront les conditions présentes. Les écrivains italiens ont, non-seulement à vaincre leurs émules devenus plus nombreux , mais encore des rivaux placés dans une condition plus avantageuse. Celui qui écrit sous la peur de la censure, forcé de calculer, de
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mesurer, de limer chaque phrase, chaque parole, pour la faire passer, comme on dit; celui qui est contraint d’assouplir ses idées ne pourra jamais rivaliser avec des écrivains qui s’expriment nettement, sans tant de précautions. A rien ne sert de dire aux Italiens : Lisez les livres italiens. Usez-nous; ne lisez pas les livres étrangers. Les Italiens reviendront toujours à ceux-ci, parce qu’ils seront toujours plus clairs, plus faciles, plus agréables , plus utiles à lire, tant qu’ils seront plus librement écrits. Nous avons déjà admis , en parlant de nos princes , qu’une censure préventive était peut-être une nécessité politique de leurs gouvernements; mais c’est de toute manière un malheur , une impuissance littéraire qu’il est juste de signaler lorsqu’il s’agit de ce que peuvent ou non les écrivains italiens. Voyons une fois le fait comme il est. Le soin principal des étrangers est d’exposer à nu leur pensée, de la rendre claire et limpide; le soin principal des Italiens qui écrivent en Italie est de la voiler le plus possible. Dans les premières années du siècle , quand la censure fut rétablie par Napoléon et par ses successeurs (et rétablie avec une rigueur d’autant plus grande que les temps paraissaient plus dangereux), ceux qui auraient voulu écrire, s’indignant contre un pareil joug, s’abstinrent d’écrire ou écrivirent très-peu ; puis, vers le quart du siècle, on finit, comme il arrive d’ordinaire, par tourner l’obstacle qu’on ne pouvait vaincre : chacun chercha à s’arranger de son mieux en recourant à la ruse contre la force. Les écrivains 'S’aperçurent qu’il y avait moyen de dire encore beaucoup avec la censure. La flexibilité de la parole offre des ressources infinies. A un
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nom particulier que l’on proscrivait, on substitua un synonyme qui fut admis 5 à une idée complète, une qui germait à peine; à une pensée précise, une entortillée; à une conception claire, une nuageuse. On compta sur l’intelligence du lecteur; 011 espéra qu’il comprendrait : c’est ce qui arriva le plus souvent. La pénétration italienne, l’identité des intérêts, la généralité de certaines opinions rendirent possible un style approprié, conventionnel, une espèce de jargon, entre les écrivains et les lecteurs ; artifice illicite, sans doute, s'il avait pour but d’exprimer des choses illicites, et légitime pourtant, s’il tendait à un but légitime. Mais l’artifice, même pour ce qui est licite, est toujours uu malheur. La parole n’est belle qn'autant qu’elle est complète et limpide. Il arrive parfois qu’en trompant la censure on trompe aussi le lecteur; parfois l’intelligence habituelle de l’argot vient à manquer entre l’écrivain et le lecteur, et de toute cette appropriation naît une littérature adaptée aux circonstances du moment, ténébreuse, moins belle, moins utile et parfois nuisible. On traite davantage les genres dans lesquels on peut parler en apparence d’une chose et d’une autre en réalité , les genres obscurs ; la confusion des pensées , le mensonge des expressions, devenus les vices de la parole, menacent de passer dans les actions nationales. Les Italiens qui écrivent et font imprimer au dehors peuvent seuls sortir de pareilles difficultés, se corriger de ces vices, échapper à ces périls , à cette honte , fonder une littérature italienne non appropriée en présence de celle qui subit l’appropriation , et faire autant et peut être plus pour notre patrie que les étrangers pour la leur.
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C’est à eux de savoir profiter de cet avantage et d’en user avec cette modération qui est de devoir plus étroit pour ceux qui sont plus libres; c’est à eux de travailler avec cette ardeur qu’on ne saurait avoir si l’on ne peut donner carrière à toutes ses facultés ; c’est à eux de ne pas oublier la patrie pour les nations qui leur donnent une noble et généreuse hospitalité. — Mais Dieu me préserve de décourager même ceux qui écrivent et fout imprimer en Italie. J’ai voulu uniquement, ici comme ailleurs, écarter ces fausses espérances qui, en ne se réalisant pas, laissent au bout do compte plusdécouragé que jamais celui qui a été mal à propos encouragé. Je crains que cela ne soit arrivé à plusieurs de nos écrivains, même des plus distingués, de ceux dont les ouvrages ont eu le plus d’influence en Italie ; je crains qu’après avoir comparé le résultat de leur travail aux difficultés subies, il ne leur ait paru bien peu de chose, et que leur main n’ait laissé tomber la plume , quand elle aurait pu être encore très-utile à la patrie. Cela ne serait peut-être pas arrivé si , dès le début, ils avaient bien prévu la faiblesse de l'effet à attendre. Nos écrivains les plus élevés se trouvent , par le désavantage des conditions italiennes , ravalés au rang des écrivains étrangers de second ou de troisième ordre. Ceux-ci savent bien ne pas pouvoir acquérir la gloire d’un Byron, d’un Walter Scott, d’un Goethe, d'un Alfiéri ou d’un Châteaubriand, ni produire des effets pareils à ceux qu’ils ont obtenus; mais ils n’en persévèrent pas moins, soit parce qit’une réputation médiocre leur parait encore désirable à défaut d’une grande gloire , soit plutôt parce qu’ils considèrent comme un devoir
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d'employer chacun, au profit de leur patrie, les facultés que leur a accordées la Providence. Pourquoi les nôtres ne feraient-ils pas de même ? Ils ne peuvent écrire clairement , nettement , avec des termes propres? qu’ils écrivent obscurément. Ils ne peuvent écrire avec liberté? qu’ils écrivent avec des entraves. Ils ne peuvent écrire tout? qu’ils écrivent la moitié, le quart, ce qui leur est concédé. De ces trois préceptes : écrire la vérité , rien que la vérité , toute la vérité, les deux premiers peuvent toujours être suivis, même chez nous; quant au troisième, couformonsnous-y autant que nous le pouvons ; le Dieu de miséricorde dans le ciel et nos compatriotes sur la terre nous tiendront compte un jour d'une vie aussi pleine d'angoisses, aussi tourmentée, aussi riche d’ennuis intérieurs , aussi pauvre de compensations extérieures que l’est celle de l’écrivain italien. Sauf deux ou trois de nos compatriotes écrivant actuellement en Italie , le reste, tous tant que nous sommes, aura probablement près de la postérité, comme il a près des étrangers , peu de mérite littéraire ; mais peut-être ne nous en accordera-t-oB que plus celui de la vertu. Au surplus, peu importe ce que l’on nous accordera, pourvu que nous remplissions, nous aussi, notre devoir envers notre patrie.
7. Une existence de beaucoup plus heureuse est réservée parmi nous aux savants , aux artistes , à tous ceux qui consacrent leurs facultés à des travaux étrangers à la politique , à l'histoire , à la philosophie. Ceux-là se trouvent plus ou moins dans les mêmes conditions au dedans et au dehors de l’Italie, et s'ils ontaussi à souffrir du grand nombre de leurs émules,
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ils n’ont du moins à gémir d’aucune condition particulièrement italienne. Or, Us peuvent tous servir la patrie au delà peut-être de ce qu'ils pensent : par leur gloire personnelle d’abord , qui revient toujours à la patrie, et dont il lui sera tenu eompte au grand jour où ses destinées dépendront de la somme de respect qu’elle aura su acquérir. Nous avons vu la Grèce devoiren grande partie son indépendance à son ancienne gloire, à la gratitude des nations qui se reconnaissent redevables envers elle d’une civilisation et d'une culture intellectuelle bien anciennes et désormais éteintes. C’est même peut-être une honte de notre époque, que ces nations aient plus tenu compte de cette gloire antique aux Grecs actuels que de leur qualité de chrétiens. Mais il en fut ainsi. Or, les mêmes nations européennes auraient aussi une semblable dette, et moins vieille, à payer à l’Italie : la dette de la civilisation et des lumières modernes et chrétiennes. Elles ne la renient pas, quoi que beaucoup de nous en disent. Elles renient les exagérations que nous faisons ; elles renient les fausses et petites suprématies auxquelles nous prétendons en sus de celle véritable et grande que nous eûmes ; elles renient surtout sa continuation actuelle et la probabilité de celle à venir. Nous sommes à leur égard comme des bienfaiteurs rappelant et exagérant leurs bienfaits, ou comme des nobles qui, en rappelant et en exagérant leur noblesse, la font prendre en aversion à tout le monde. Ne prônons pas nos bienfaits et notre noblesse, et l’on en reconnaîtra plus facilement et ceux-là et celle-ci; ne dénigrons pas chez des nations soeurs des connaissances et une civilisation dont nos ancêtres ont répandu les germes dans leur sein ;
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ne nous montrons pas surtout leurs descendants dégénérés, et le jour viendra où nous recueillerons aussi les fruits de la gloire italienne et de la gratitude étrangère. — Du reste, tous les arts, toutes les sciences peuvent, même directement , servir la patrie, la faire avancer vers ses destins futurs ; car les sciences et les arts peuvent contribuer, chacun pour sa part, à ces vertus qui ont tant d’influence sur l’avenir. Ne voulant pas m’éteudre , je ne sais si je parviendrai à faire comprendre ma pensée. Mais il me semble qu’il y a une musique vertueuse et une qui ne l’est pas, de même pour la peinture, pour la sculpture, et je dirais aussi pour l’architecture. Cela ne saurait être douteux pour la musique : exprimant les affections , les sentiments de l’âme, elle peut exprimer ceux qui sont vertueux et ceux qui sont vicieux ; elle est donc vertueuse si elle rend les premiers aimables , odieux les autres ; elle est vicieuse si elle agit en sens opposé. Tl faut en dire autant à cet égard de la poésie et de la littérature. La peinture et la sculpture sont dans le même cas. Depuis quelques années, on en est venu à choisir des sujets nationaux qui , plus voisins de nous que ceux de i’antiquité grecque ou romaine, ont pour nous plus d’intérêt. Mais cela serait à faire plus souvent , tant de la part de ceux qui commandent que de celle des artistes. Il y aurait surtout un progrès à faire dans le choix de pareils sujets. Il ne suffit pas de nous retracer quelque fait du moyen âge, où ce qu'il y a de plus rcmarquahie, c’est la richesse des costumes, des satins , des velours ou des armures. On devrait choisir plutôt d’illustres exemples de vertu, des faits où brillât surtout le noble sentiment de l’union
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