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et de l’indépendance, des faits glorieux, non pas seulenaent pour une province, mais pour la patrie commune, pour toute la nation. On en trouverait certainement dans ces treize siècles, durant lesquels s’est continuée jusqu’ici l’entreprise, dans ceux particulièrement qui s’écoulèrent de Grégoire VII à la paix de Constance, époque dont nous avons dit qu’elle est la plus belle de l’histuire italienne. Lettres , sciences , arts , et tout ce qui est apte à faire sentir, à faire penser noblement, devraient rechercher à l’envi tout ce qui peut rappeler, louer, faire renaître, avancer, exalter , développer les deux vertueux sentiments de l’union et de l’indépendance; devraient les faire pénétrer par tous les sens dans les âmes italiennes , en importuner les étrangers par tous les sens.
8. Mais il y a quelque chose de plus efficace encore, et cela est au pouvoir non-seulement de tous ceux qui ont une activité, une vie exceptionnelle, princes, hommes d’État , prêtres, écrivains, savants ou artistes, mais aussi de chaque Italien d’une condition privée. C’est ici que je désirerais avoir un esprit et une autorité capables de persuader non plus quelquesuns de mes compatriotes , mais tous. Je les exhorterais à se compter, et à conclure qu’une nation de vingt millions d’hommes est invincible si elle est unanime et vertueuse. L’unanimité et la vertu sont les deux conditions de l’indépendance. La vertu sans l’unanimité, l'unanimité sans la vertu ne serviraient à rien. — Or l’unanimité est plus avancée qu’on ne croit. Nous avons repoussé les différents songes italiens, parce qu’ils sont à rejeter tant qu’il en restera une ombre. Nous avons parlé, selon que nous croyions,
DE L’ITALIE
et croyant que ce sont les rêves d’un petit nombre , des rêves prêts à s’évanouir, sans que nous ou d’autres écrivains ayons besoin de nous en mêler, rien qu’en lai.ssant faire le simple bon sens italien , éclairé par les dernières expériences. Mais les songes nne fois évanouis, la vérité restera nue et une , et la vérité, c'est l’unanimité. La division territoriale de l’Italie n’y est même pas un empêchement. Les trois quarts du pays sont assez indépendants pour qu’y soient nés et s’y soient accrus l’idée , l’amour , le désir, la volonté de l’indépendance complète; pour que tout sujet d’un prince italien se persuade, s’il ne l’est pas encore , qu’elle ne sera complète que lorsqu’elle sera commune à tous les sujets italiens de l’étranger; pour que chacun y professe ouvertement, hautement, cette opinion ; pour qu’en la propageant , en la transmettant à l’entour de soi et derrière sol , elle pénètre dans les conseils des princes et dans l’esprit des princes, si déjà leur propre nature ne la leur a pas inspirée. — Quant aux provinces soumises à l’étranger, faisons à cet égard l'éloge de nos frères; hommes et femmes, jeunes et vieux, tous, instruits ou seulement ayant reçu quelque éducation , y sont encore plus unanimes que les sujets des princes nationaux. Cela est naturel, ils sentent à chaque instant , ils ont constamment pour les tourmenter , non quelques - unes , mais toutes les épines de la dépendance, qui, véritables supplices pour toute âme élevée , pour tout esprit cultivé , vont nécessairement atteindre aussi la classe inculte et ignorante. Veut-on des faits, des signes , des manifestations de cette unanimité? on les trouvera dans l’éloignement
DES ESPEllARCES
OÙ presque tous se tiennent du gouvernement , de la cour étrangère , de cette famille impériale qu’on estime pourtant comme souveraine dans ses domaines, qu’on admire partout comme famille privée; dans cet éloignement de tous et de chacun, à l’égard de ces etrangers, quelque estimables qu'ils soient personlement. Ces signes, ces protestations, on les trouvera dans l’antipathie pour cette nation germanique, que sa bonté naturelle, son caractère paisible et son amour intelligent des arts rendraient autrement la plus sympathique à la nation italienne, qui verrait en elle une sœur; on les reconnaîtra dans cette abdication générale de toute activité publique et militaire, douloureuse, n’en doutons pas, à nos compatriotes , naturellement actifs, et qui, s’ils poussent trop loin, comme je le crois, cette abstention, n’en prouvent que mieux toute l’horreur que leur inspire la dépendance. Mais, dit-on , il n'en est pas de même tout près d’eux , à Venise. Serait-il vrai qu'un peuple indépendant durant mille ans aurait appris en moins de cinquante à se plier à la dépendance ? Si cela est , ce serait une grande preuve de la corruption de son ancien gouvernement qui aurait à tel point dégradé ce peuple ; ce serait un puissant motif pour n’en pas regretter la chute ; de laisser là le passé pour se tourner vers un avenir meilleur et tout différent. Mais nous ne croyons à un tel avilissement de la part d’aucun peuple italien; nous ne croyons pas en tout cas qu’il puisse durer au milieu de l’unanimité italienne , et de l’admirable fermeté lombarde. — Ces protestations, cette unanimité ont eu elles-mêmes une bien autre efficacité que les sociétés secrètes, les conjurations ou les soulèvements.
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Les sociétés secrètes se vainquent par les moyens de police, les conjurations par les supplices , les soulèvements par la force. Mais quelle force, quels supplices, quelles mesures de police peuvent suflire à vaincre une résistance passive, unanime, quotidienne , dans tous les lieux publics ou privés, de tout national disant à tout étranger : « Vous êtes des gens comme il n faut, aimés, estimés, heureux dans vos foyers, « dans votre pays; mais vous êtes ici, et vous y serez '■ toujours repoussés de la société, laissés seuls entre « vous , montrés au doigt , méprisés plus qu’exécrés , <■ comme les aveugles et serviles instruments d’une « injustice flagrante, d’une injustice qui est une folie >1 dans l’intérêt même de votre maître. » Je ne suis pas seul à admirer de semblables protestations; l'Italie et l’Ëurope entière les admirent. Elles les admirent, et peut-être s’étonnent qu’elles n’aient pas encore produit plus d’effet.
9. Pourquoi n’en produisent-elles pas davantage ? Pourquoi tient-on si peu de compte de cette unanimité? Précisément parce qu’elle ne suffit pas sans la vertu. Les nations sont entre elles commeles hommes, qui ne tiennent compte des protestations et des menaces que de la part de ceux qui sont forts, actifs , vertueux. Cette distinction Je Montesquieu , que la vertu est la nécessité, le principe des républiques seules, n’est pas vraie; s’il en était ainsi, ce serait, en définitif, la seule forme de gouvernement bonne et possible. Mais la vérité est que toutes les nations, sous quelque forme qu’elles soient régies, ont besoin de vertu ; que la vertu est le principe de tout gouvernement pour les nations indépendantes, le principe de
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