ÉTBE ATTEINTES DE MALADIES , HAIS NON PAS MOU
BiB. Un étranger , non pas du nombre de nos partisans efféminés et enthousiastes, mais un de nos amis sévères , un illustre Allemand du Nord , se trouvant un soir avec plusieurs Italiens , et s’entretenant avec bienveillance de la situation , de la vertu et des espérances de l’Italie, mettait pourtant quelque amertume dans ce qu’il disait d’une des provinces assujetties à l’étranger, où il trouvait les mœurs moins bonnes qu’ailleurs. Les Italiens cherchèrent à excuser des frères qu’ils plaignaient , à en accuser leurs corrupteurs : « Vous avez raison, reprit-il avec sa froideur et sa prononciation allemandes; vous avez raison; mais on ne corrompt pas une nation qui ne veut pas se laisser corrompre. » Et comme nous insistions en citant
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des faits et des noms, en rappelant les exilés à qui l’on avait recommandé, à leur retour dans leurs foyers, de se divertir, et les jeunes gens qui , venus au bureau de censure avec un manuscrit, avaient reçu pour réponse, que c’était vraiment dommage de voir des hommes de familles distinguées se fourvoyer dans la littérature, et d’autres faits du même genre ; « Vous avez raison , reprenait le rude Allemand ; mais on ne corrompt pas une nation qui ne veut pas se laisser corrompre. » Et la discussion s’échauffant, comme on commençait à élever la voix et à demander ; « Mais que faire ? qu’y peut-on ? qu’en résultera- t-il ? — Vous avez raison, vous avez raison, > reprenait notre homme , et nous ne pûmes jamais le faire sortir de son imperturbabilité tudesque : « Vous avez baisor ; HAIS on ne COBBOHPT PAS UNE NATIO.V QUI NB VEUT PAS SE LAISSES coBBOHPBB. <• Bien de plus vrai, et une nation qui ne se laisse pas corrompre fait un acte de vertu tel, que c’est déjà un grand pas vers son indépendance.
1 1 . Mais ce que nous avons dit de la vertu privée italienne ne serait ni complet ni véridique, si , après avoir confessé qu’elle n’est pas malheureusement au niveau de ce que nous la voyons chez plusieurs autres nations, et de ce que les espérances nationales attendent, nous n’ajoutions pas qu’elle a fait néanmoins des progrès considérables depuis les derniers siècles jusqu’à l’époque actuelle — Nous avons remarqué ailleurs qu’un progrès évident en beaucoup de choses s’était manifesté en Italie au commencement du siècle passé. Ce progrès a continué incontestablement jusqu’à nos jours, et la condition morale sur-
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tout s’est beaucoup améliorée. 11 existe un livre qui n’est ni bon , ni grand , ni d’une vertu pure, à vrai dire, mais qui pourtant offre aux Italiens des consolations positives. Je veux parler de deux volumes de reprises critiques par Baretti ( Itaiien, comme chacun sait , qui vivait à Londres dans la seconde moitié du dernier siècle ) , contre un voyageur anglais très-sévère dans sa relation, et peut-être impertinent envers l’Italie. Il faut voir avec quel zèle , peutêtre excessif, Baretti s’acquitte de cette tâche généreuse de défendre ce qui nous concerne , tâche devenue vulgaire aujourd’hui. Écrivain très-mordant dans sa patrie, personne ne l’ignore, une fois qu’il en fut dehors , il se fit, sinon le flatteur, au moins l’avocat général de l’Italie. Or, tout en nous défendant ainsi , tout en voulant nous excuser sur quoi que ce soit, il laisse échapper ou piutêt il prodigue les aveux sur notre oisiveté et nos vices, au point de nous en faire honte pour une époque aussi voisine, mais aussi de nous consoler pour la nôtre qui se montre tout à fait changée. Il faut voir tantôt excusées, tantôt non, mais toujours avouées par lui , les Impertinences seigneuriales, les souffrances populaires de ce temps; la corruption, non-seulement des classes infimes, aubergistes, douaniers, gondoliers et ainsi de suite, mais de la classe moyenne, et des classes les plus élevées et les plus saintes ; l’existence désœuvrée de tous, principalement à Venise; la mollesse des mœurs, le luxe des vêtements et des mascarades; enfin cet enfantillage de nymphes et de bergers alors général , même hors de l’Italie, mais qui avait élu domicile dans l’Académie de l’Arcadie et dans ses nombreuses.
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colonies. Il faut voir Baretti , l’auteur du Fouet littéraire, excuser et louer tout cela, et dresser ces longues listes d’illustres Italiens, qui ne servent ni à graver leurs noms dans la mémoire des étrangers, ni à les faire vivre dans celle de la postérité, mais parfois seulement à faire rire les concitoyens de ces grands hommes inconnus. On pourrait aussi trouver une preuve de la légèreté de l’époque et de l’auteur tout ensemble, dans les louanges qu’il donne à l’esprit des Italiens à propos de leur habileté à jouer aux cartes et aux dés; dans celles qu’il décerne à l’habileté politique des Romains ses contemporains, supérieure selon lui h toute autre ; dans ce qu’il dit du commerce italien comparé en espérance à celui de la France et de l’Angleterre ; enfin dans la complaisance avec laquelle il vante nos races de bœufs, de chevaux, d’ânes même, et ainsi du reste ; ridicules prétentions, puérilités, illusions, tromperies, folies, qui nous sautent aux yeux à présent. Mais sa défense la plus curieuse, et la confession la plus honteuse en même temps, est celle des sigisbés et sigisbées; c’était le nom que l’on donnait, si mes Jeunes lecteurs l’ignoraient, à ceux que l’on appela depuis le cavalier servant et la dame , puis par abréviation le cavalier et la donna, et plus tard l’ami et l’amie, c’est-à-dire, pour parler clairement, l’adultère effronté, public, réglementé par l’usage. Ici le défenseur officieux se donne carrière et se complaît dans son sujet. Il donne l’étymologie de cette belle dénomination, vantant son antique origine, qu’il fait remonter à la chevalerie et à la philosophie; il explique, il embellit, il relève cet usage immoral en le rapportant à l’amour platonique.
immatériel , que sais-je encore. Et cependant Parini était déjà connu, il avait écrit, et Baretti cite son nom et son immortelle satire! Tant il est vrai que pour donner des louanges imméritées, on néglige le plus souvent d’accorder celles qui sont dues ! Tant cette bonne intention d’excuser le mal , aveugle sur des progrès déjà commencés, fait rester en arrière de leur temps ceux-là même qui, par leur nature, sont et furent en d’autres circonstances des écrivains progressifs, mâles et sévères ! — Quoi qu’il en soit, ces usages, cette oisiveté, ces vices qui datent de soixante-dix années (le livre est de 1769), sont si différents de ce qui est aujourd’hui parmi nous, qu’ils semblent à des siècles de distance, qu’on ne saurait plus même s’en indigner, qu’ils ne peuvent plus exciter que le rire. Ce qu’il y a de remarquable surtout, c’est la différence des mœurs au sein des familles et parmi les femmes italiennes. Il est assurément aujourd’hni encore, et il y aura toujours en Italie, et ailleurs, des femmes et des familles sans mœurs. Mais le nombre en a diminué, mais l’effronterie a presque disparu; or, ce sont là deux améliorations qui, grande chacune par elle-même, se servent de preuve mutuellement. L’usage, la mode était alors l’adultère, l’adultère véritable ou au moins son apparence ; le vice ou l’affectation do vice; l’oisiveté, la mollesse en tous cas; l’exception était la moralité, et une exception très-rare, la pratique avouée des bonnes mœurs. Aujourd’hui , au contraire, la vertu et le vice ont repris chacun leur place naturelle: la règle, la mode est la vertu , l’exception le vice ; on professe l’une , on cache l’autre. Il y a pourtant des gens, admirateurs
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tellement obstinés du bon vieux temps, qu'ils traitent tout cela d’aggravation du mal, d’hypocrisie. Je ne sais, à vrai dire, entre l’hypocrisie de la vertu et l’hypocrisie du vice, ce qu’il y a de meilleur ou de pis pour l’hypocrite; mais pour la société, mais comme indice de moralité publique, à coup sûr, l’hypocrisie de la vertu vaut mieux ; car elle prouve au moins que la vertu est plus estimée, a plus d’autorité, est plus profitable à affecter que non pas le vice. Je ne chercherai pas quelle part ont eue les étrangers dam cet immense progrès italien ; si les invectives de Napoléon n’y ont pas plus contribué que celles mêmes de Pariui; si le ridicule n’a pas plus fait encore, et en sus les troubles apportés dans ces quasi- mariages par les étrangers, fort peu moraux eux-mémes ; si la littérature, si les romans étrangers qui , sans avoir en horreur toute immoralité, sont les adversaires irréconciliables de celle-là, y ont pu quelque chose; ou si cette amélioration est due à la civilisation, au changement des lois, à l’abolition du droit d’atnesse, à la diminution du nombre des célibataires et des cadets, à une activité plus grande, surtout dans les principautés italiennes. Peut-être toutes ces causes réunies y ont-elles coopéré à la fois ; mais le changement, le progrès est évident pour tous. Les femmes italiennes aiment ou affectent d’aimer leurs maris ; elles aiment ou affectent d’aimer leurs enfants; elles s’occupent de leur éducation, du gouvernement delà famille, des ouvrages deleursexe, dans leur ménage, ce sanctuaire de leur vertu. Comme le vice produit le vice, la vertu produit la vertu ; l’éducation des jeunes filles, qui ne pouvait se faire dans des maisons dés-
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honnêtes, peut se faire aajourd’hni et se fait à ta maison par les mères; s’il y a pour cela quelque empêchement , elle se fait mieux encore dans des pensionnats ou dans des couvents, où se sont introduites aussi de grandes améliorations; mais en quelque lieu qu’elle se fasse, elle a pour hut de former des femmes de ménage plutôt que de société, ou , comme on le disait, (fe talent on élégantes. En somme, les femmes en Italie semblent avoir plus avancé que les hommes, si bien que, si elles continuent, c’est à elles que reviendra l’honneur d’avoir rappelé ceux-ci à leur dignité, à l’activité virile. J’entends bien parler, sans doute, d’une ou de plusieurs villes d’Italie ou beaucoup de jeunes hommes sont réduits à déserter le logis, à fuir l’entretien de, leurs femmes, trop supérieures à eux pour qu’ils puissent se plaire près d’elles; à s’en aller chercher des femmes qui soient plus à leur niveau. C’est ce dont s’affligent nos Héraclites , et quelques autres aussi pour qui le vice s’atténue s’il prend des formes gracieuses, s’il est de bonne société, comme ils disent. Mais il me semble à moi qu’on ne peut jamais appeler bonne société celle où l’on professe le vice ; que la condition humaine voulant qu’il y ait toujours des vertus et des vices, il vaut beaucoup mieux qu’ils se séparent, qu’ils vivent chacun de leur côté, ceux-ci exilés loin de celles-là. Si cela continue ainsi , que les dames italiennes soient assurées de voir bientôt de retour près d’elles ees mêmes hommes à qui ne manque peut-être, pour se trouver à leur niveau, que d’avoir des moyens d’activité égaux aux leurs. — Soyons justes en effet, c’est chose plus diflicile pour les hommes que pour iea
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femmes : pour elles l’activité de la famille suffit, mais non pas toujours aux hommes, et d’autant moins qu’ils en laissent davantage aux femmes. Mais elles feront leur éducation, sous ce rapport , par la force de l’exemple, par les exhortations, par la mode ellemême. Il est ceitain que la mode une fois venue pour les femmes de s’occuper des soins du ménage, celle de pourvoir à la bonne administration des biens commence pour les hommes. Les dissiper, ne pas en prendre souci, s’en remettre de ces embarras à des intendants, est passé de mode ; cela ne parait plus de bon ton, ni une obligation de grand seigneur. Aujourd’hui l’on s’occupe d’agriculture; on embellit ses maisonsde campagne , on accumule dans ses appartements ces commodités, ces agréments, ces recherches, qu’on appelle, d’un mot étranger, mais très-expressif et même italien , des conforts. C’est là une élégance qui n’est pas seulement utile, mais presque vertueuse ; c’est un moindre degré d’activité que tant d’autres, mais c’en est une, et d’autant meilleure que, de sa nature, elle a besoin d’étre continuelle. A cette mode, à ces occupations élégantes, s’en ajoutent d’autres en ce qui concerne les exercices du corps, et surtout l’équitation, l’éducation des chevaux, les courses. Nos puristes de nationalité font la grimace à ce qu’ils traitent d’emprunts faits à l’élégance étrangère, tandis que ce sont de très-anciennes habitudes italiennes passées comme tant d’autres au dehors , revenues chez nous perfectionnées, et qu’il n’y a nulle honte à reprendre ou à prendre , comme on voudra dire. La honte serait à ne pas les prendre tout entières, dans ce qu’elles ont de meilleur ; de conduire, par exemple.
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des attelages à quatre ou à six chevaux avec toutes ses aises, au lieu de monter à cheval ; de chevaucher tranquillement par récréation, au lieu de se livrer à un exercice mêle et pénible, à dompter des chevaux, à chasser à courre ou à faire des courses au clocher. Baretti vante les chasses au filet, aux roccoli; je vanterais au contraire toutes celles qui se font avec des armes et à cheval. Si la nature diverse du pays ne permet pas qu’elles soient partout les mêmes, comme ailleurs celles du renard, du cerf, du chevreuil , il en est d’autres qui sont propres à l’Italie, et qu’il serait beau de mettre à la mode, comme celles du sanglier dans les forêts, des chamois, des bouquetins et même des ours dans les Alpes. On a trop vanté peut-être les Alpes comme défense; mais assurément c’est une beauté particulière à notre Italie, et elles pourraient devenir pour la jeunesse italienne une palestre ouverte aux genres d’activité les plus variés. C’est une honte que , si voisines de nous, elles soient explorées, franchies, parcourues, étudiées, décrites de cent façons partout le monde, excepté par nous. Il n’est peut-être pas un Italien à qui revienne l’honneur de l’une de ces premières ascensions sur les sommets des Alpes qui font événement presque comme les découvertes transatlantiques ou polaires. Dans ces listes annuelles des ascensions au Mont-Blanc, qui sont si nombreuses, il est rare que parmi des noms russes, anglais, suédois, on trouve (comme cette année) celui d’un Italien. Ce sont là pourtant des voyages dans lesquels, à l’attrait, à l’exercice de l’activité, se joignent l’attrait et l’exercice du danger. Courts et faciles pour des hommes jeunes et hardis, ils ne peuvent leur être interdits , ni par leurs occu-
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pations , ni par la médiocrité de leur fortune , ni par les déûances du gouvernement. — Mais est-il vrai qu’ils soient empêchés d’entreprendre des voyages plus lointains? Est-il vrai que subsiste encore, dans les provinces soumises’à l’étranger, cette prohibition qui, de sa part, serait un aveu trop naïf de ne pas vouloir être comparé avec les habitants d’autres pays plus civilisés ? Aveu à laisser faire à de plus barbares. Quoi qu’il en soit, aucune prohibition de ce genre n’est faite par les princes italiens , et leurs sujets peuvent exercer à leur gré leur activité dans les voyages, nonseulement en Europe, mais surtout le globe. Si, pour les vieillards, les voyages sont souvent de l’oisiveté ou un moyen de tromper l’oisiveté, ils sont, pour ceux qui sont jeunes et ardents à apprendre , une activité véritable et une éducation nouvelle. Il en est, c’est trop vrai, qui reviennent des pays les plus éclairés et les plus actifs du monde, en nous disant qu’ils s’y sont ennuyés. Je le crois bien aussi : il n’y a pas de plus grand ennui que de paraître ennuyeux, que de se trouver très-désœuvré au milieu de gens très-affairés. Mais qu’ils y aillent disposés, sinon à mieux, à désirer de l’activité, et iis seront contents de ces gens qui trouvent du temps pour tout , sauf pour l’ennui. Je m’étonne ensuite que l’on n’entreprenne pas un certain genre de voyages qui offriraient aussi le double attrait de l’activité et des dangers ; je veux parler des voyages, ou plutôt du service, comme volontaire, dans les pays où se font ces belles guerres de conquêtes chrétiennes. Ce serait là se préparer directement à ces autres guerres où sont fondées nos meilleures espérances. Nous avons une de ces guerres tout en face de l’Italie,
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et là non plus il n’est pas beau qu’il y ait des volontaires de tous les pays chrétiens et éloignés, et non pas du nôtre qui est si près. — Mais je n’en finirais pas si je voulais parler de tous les genres d’activité qui, dans ce siècle si actif, se présentent à tout Italien ; il en est déjà qui ont été embrassés par plusieurs de nos compatriotes, dignes de grands éloges pour cet exemple donné. On peut donc espérer que d’autres, en grand nombre , les imiteront peu à peu selon la position particulière de chacun, et qu’il finira par en être ainsi de tous. Il y a encore toutes ces sociétés industrielles et ces entreprises publiques qui , si elles n’augmentent pas toujours la fortune des actionnaires, accroissent au moins le capital , le progrès de la patrie; c’est pourquoi ce devraient être là les spéculations des personnes riches principalement. Je ne parle pas des différents genres de commerce, parce que, de même que les arts et les professions libérales , ce sont des moyens d’activité spéciaux n’appartenant qu’à un petit nombre des personnes dont nous nous occupons ici. — Mais j’en reviens à louer et à bénir en dernier cette activité que j’ai dit suppléer à toutes les autres, et que j’appellerai ici l’activité antique et nationale de l’Italie , celle de la charité. Je crois qu’il n’en existe pas un mode , une forme adoptée avec succès de nos jours, dont l’origine ne se retrouvât dans quelque vieille institution italienne. Je m’étonne donc que ceux qui ne cessent de réclamer en toutes choses la supériorité pour les Italiens , ne se soient pas encore mis en peine de rechercher ces origines dans les chroniques de notre patrie. Moi, qui tiens peu de compte des commencements auxquels il n’a pas été donné
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suite, je ferais grand cas de ceux-là , précisément par* ce que ce ne furent pas de simples essais, n’ayant rien produit ; ils se perfectionnèrent beaucoup durant le moyen âge , et laissèrent des exemples, des modèles qu’on n’a guère surpassés depuis. Mais ce dont il faut se réjouir davantage est de voir des progrès de ce genre se multiplier d’un bout à l’autre de l’Italie. C’est là une activité bonne à tout et pour tous : bonne comme activité chrétienne , ce qui n’est ignoré de personne, mais bonne aussi comme activité publique , bonne surtout comme activité privée. Comme activité publique , la charité est peut-être la dernière solution de ces graves problèmes économiques de la plus grande communauté des biens , du plus grand rapprochement des conditions extrêmes, d’une espèce de loi agraire pour le monde chrétien. En Italie particulièrement, en outre du mérite de continuer l’œuvre de nos ancêtres , la charité a le très-grand avantage d’être la vertu qui réunit le plus , d’être un lien entre les personnes de tous rangs , de toutes les opinions : princes, grands et peuple, riches et pauvres, hommes, femmes, vieillards, enfants, gens en santé et malades, prêtres et laïques, tous se réunissent dans l’exercice de la charité , et parfois dans un même établissement charitable. Là il est pourvu à tout ce qui est bon et utile à la patrie, à la santé de la population, à l’accroissement de l’instruction , au maintien ou à l’amélioration de la morale , de l’ordre , de l’obéissance , de la régularité, de l’amour; rien de mauvais n’en sort, rien du moins qui soit devenu pire. Comme activité privée, la charité est le moyen le plus sûr et le plus à la portée de chaque particulier de faire, tout en-
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semble, le bien de sa patrie et le sien propre; c’est le moyen de conserver vivantes en soi plus de vertus , plus de mâles vertus; c’est l’activité du corps, de l’esprit , de l’homme tout entier; c’est le labeur, le péril , le sacrifice. Avez-vous une autre activité spéciale , obligatoire dans votre condition ? Êtes- vous prince , homme d’État , professeur , artiste , artisan , commerçant, père, mère, fils de famille, occupé des devoirs que Dieu vous impose ? Remplissez d'abord ceux-là, ceux en premier dont la Providence exige l’accomplissement, puis ceux dont vous avez fait choix vous-même ; sinon , vous serez précisément comme ceux qui réduisent leur famille à l’aumône pour enrichir un hôpital. Il doit d'autant plus en être ainsi , que, même dans l’exercice de vos devoirs, vous pouvez, vous devez exercer aussi la charité. Mais n’avezvous aucune activité publique, spéciale ou privée? Ou bien celle que vous avez ne suffit-elle pas à remplir votre vie, à vous soustraire à l’oisiveté? Voulez- vous sauver de la corruption vous et les vôtres , tous ceux que vous pourrez, votre patrie entière, et lui être utile aussi , autant qu'il est en vous , d’une manière infaillible? l'aites alors ce que firent tant de nos ancêtres, ce que font tant de nos contemporains : donnez-vous à la charité et laissez dire ; vous vous serez donné à la patrie. Laissez les autres excuser leur oisiveté en accusant la patrie, les princes, les temps, les étrangers ; aucun de ceux-ci , même les derniers , ne peuvent vous ravir cette grande ressource, toujours prête à suppléer à l’activité partout où elle manque; ils ne peuvent vous ravir l’exercice des deux vertus dont toute patrie a et aura sans cesse besoin , mais plus la
nôtre pendant que l’entreprise se prépare , et plus que jamais quand viendra l’occasion : les deux vertus de l’activité et des sacrifices.
1 2. Mais, au moment de finir, je crains que l’on ne me demande qui je sois pour prêcher tant la vertu ; quel droit, quelle mission j’ai pour cela ; si j’ai moimême tant de vertu. Je répondrai d’abord que peu importe qui je suis; que ma mission, je la tiens de mon amour pour ma patrie; que c’est lui qui m’inspire et me fait dire ces vérités que certaines personnes traiteront d’austères, comme il inspire à d’autres ce que j’appelle , moi , des flatteries. Si , du reste , on traite mes paroles de sermons, je réclame le droit et le devoir de répéter avec tout prédicateur : Occupez-vous de ce que je dis et non de ce que je fais. Je vous ai parlé de vertus, non de mes vertus, et ces vertus, je les encourage et je les désire en général, précisément parce que je sens le besoin de me les rendre propres. — Si l’on me disait ensuite que j’ai parcouru et fait parcourir beaucoup de chemin pour arriver à des conclusions vulgaires , et bonnes tout au plus pour la vie privée , aux vertus des pères et des mères de famille, des frères ignorantins et des sœurs de charité, je répondrais que Je n’ai parcouru tant de chemin que pour en arriver précisément à ceci : que toutes les vertus publiques et privées sont indispensables pour atteindre le but si élevé de l’indépendance , pour changer les songes en espérances, -r- Si l’on me disait enfin que le résumé de tout ce que j’ai proposé se réduit à la résignation , vertu des malheureux et des faibles , je répondrais que le résumé de ce que je propose est précisément la résignation , vertu des malheureux ,
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mais des malheureux qui sont forts en même temps; cette résignation qui n’est pas le renoncement à l’activité, mais la résolution de lui donner une direction nouvelle, celle qui est l’acceptation volontaire de tout ce qui ne peut se changer vertueusement, pour avancer avec d’autant plus de zèle vers tout ce qui peut et doit être vertueusement changé. — Je résume , au surplus, mon écrit en deux mots :Un seul but, l’indépendance; un seul moyen, la vebtu.
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