ET SES DESTINS PRÉDITS
songe ; attribut fatal et constant de tous les peuples assis dans V ombre de la mort.
De tous ces peuples, le peuple romain qui passa toujours pour le plus libre est peut-être celui qui « marcha le moins librement dans ses voies, » et qui avait le mieux la conscience de la tyrannie de ses destins.
Malheur donc aux aveugles de tous les temps et de tous les rangs, qui croient pouvoir disposer de Rome à leur gré !...
Nous plaçant tout d’abord au premier de ces points de vue, nous nous demandons s’il est un seul penseur chrétien assez distrait pour ne pas rapprocher cette parole prophétique de Daniel : « et je vis une quatrième bête prodigieusement forte, niniis fortis, ayant des dents de fer et des ongles d’airain, mangeant et broyant toute la terre ^.. » de là pwjy.Y) ou Roma ( la force, et, en retournant le nom, Y amour) à laquelle toutes les voix avaient promis des destins éternels, qui avait eu pour parrain le dieu Mars, pour marraine la Fortune, et pour gardien de ses frontières le dieu Lance ou Mavors ? Voilà certes un conseil de famille bien habilement composé, et des patrons qui correspondent aussi fidèlement à la foi païenne qui les choisit, qu’aux destins promis par le prophète à la nimis fortis.
Qui donc encore ne saluerait pas à l’avance toutes les bénédictions de la coupole de Saint-Pierre, dans cette inscription étrusque que Pline vit encore de son temps sur le chêne sacré du Vatican {Votis Cantiis ou chant du prophète), et qui promettait à ce même emplacement une gloire éternelle, bien avant que Romulus n’y songeât^?
On se demande si ce fondateur lui-même n’était pas véritablement inspiré, et s’il comprenait bien toute la portée de son action, lorsqu’il exigeait que chacune des nations voisines vînt jeter une poignée de terre dans les fondations de sa cité naissante, ou plutôt, comme dit Plutarque {Vie de Romulus), dans ce large fossé qu’il appela mundus, c’est-à-dire du même nom qi^ l’univers
1 . Danielj, t. VII, ch. vu. Nous répondrons plus tard au paradoxe moderne qui voudrait faire de ce prophète un chrétien des premiers siècles de TÉirlise.
2. « Vetustior urbem Vaticano ilex [chêne vert), in qua titulus litteris Hetruscis, religione arboremjam tune dignum fuisse significat». (Pline, 1. XVI, chap. XIV.) Qui l’avait dit aux Étrusques?
3. Ce mandas était un véritable plutonium, ou bouche d’enfer. C’était lui que l’on fermait avec la pierre manale, lui qui s’ouvrait trois fois par an au cri de « mundus patet, » lui dans lequel se précipitaient tous les « dévoués aux dieux infernaux. » Donc ces pelletées de terre représentaient le pacte de Rome et des nations avec ces mômes dieux. Mais l’arbre du Vatican lui promettait tout le contraire^ et depuis lors les deux forces luttent toujours.