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Le Bas, Hist. rom., t. l, p

98 IMPORT. HISiTOR. — : lES PREMIERS JOtjRS DE ROME

ter des attestatiops si solides, l’autre u’a pas davantage le droit de les appeler vénérables. On ne respecte pas des documents qu’on tient pour d(î vraies fables, et Ton ne proclame pas « autorités imposantes » ceux qui les débitent et les affirment.

La foi des siècles, les préjugés séculaires, le respect des traditions mni de vains mots et de très-pauvres excuses. La généralisation de telles absurdités n’enlève rien à leur nature.

Nous convenons que tout ceci devient fort embarrassant, et que Beaufort, Niebuhr, MM. Taine, Le CJerc, Le Bas, etc., déploient tous une habileté proportionnelle aux impossibilités de la cause; comment faire ?

C’est ici que l’ancienne jong/me fait défaut. Elle se tirait merveilleusement d’affaire, en rejetant sur les seuls prêtres et sur leur savoir faire, toutes ces fantasmagories d’oracles et de dieux, de théophanies et de prodiges, etc., etc. Mais adieu cette ressource ; il n’est vrairqent plps possible de croire à tout un art de fascinatiops quand on voit clair pomme le jour que les fascinateurs les subissaient comme les autres; quand, depuis le dernier plébéien jusqu’aux grands corps de T État, tous partageaient la même foi, tous voyaient les mêmes choses, biep mieux, quand mus prenaient leurs ipesures, pour que rien p’en fût perdu dans Thistoire. C’était tout qui mentait à la fois, l’historien comme le prêtre, le sénateur comme l’esclave, la vestale comme la bergère, le théâtre comme le temple, la pierre comme le bronze pt l’inscription comme l’apnale.

On le voit ; tous les critiques modernes se trouvent aujourd’hui colloqués dans cette ignoble impasse, prophétisée par Fpéret et par M. Littré; jmpasse n’offrant d’autre issue que le silence absolu ou la mptilation de moppments aussi inaltérés qu'inaltérables.

Tant qpe durera pe malentendu, il sera toqt à fait interdit au XIX® siècle d’écrire d’autres histoires que celles dont toute la philosophie consistera dans l’analyse stratégique des batailles ou dans la discussion de protocoles diplomatiques.

Quant aux raisons de la fondation des États, des institutions civiles et religieuses, de la consécration des fêtes et de l’érection des monuments, etc.; quant à la philosophie génératrice des grandes histoires, n’en demandez pas même une ébauche à ce siècle, pour peu que vous teniez à son honneur : autant vaudrait demander à M. Proudhon le panégyrique de saint Louis!... Accusateurs et défenseurs des historiens romains, vous avez donc tous à la fois grandement tort et raison ; dans l’état actuel de la science, personne n’a le droit ni de les accuser légèrement, ni de les excuser logiquement.

or LES ÎMPOSSÎIULITÉS APLANIES.

Quant à nous, nous ne connaissons pas de mezzo termine dans cette grande polémique ; si Tite-Live, Denys et tous les historiens antiques n’ont accueilli que des traditions et des monuments apocryphes, leur critique à tous fait pitié. Elle est misérable et honteuse, et certes, avant tout, il faut la bannir au plus vite de l’enseignement officiel. Mais, au contraire, si les sources sont véridiques et sincères, — comme il paraît, après tout, qu’on ne saurait en douter, — alors ils ont bu nécessairement à ces sources empoisonnées les mêmes folies que tous les peuples y buvaient. C’est le genre humain tout entier que, sans la moindre hésitation, nous devons envoyer à Bedlam...

Voilà la seule excuse des Tite-Live et des Denys ; épidémie générale de manie ou crétinisme universel... pas de milieu. Mais nouvelle difficulté ! voilà que la plupart de ces hommes et de ces peuples vont briller au contraire par tant de bon sens et de génie, ils vont porter si haut la gloire de l’intelligence humaine, qu’on va chercher dans la leur une place quelconque pour la moindre trace de folie sans pouvoir l’y découvrir... Alors il ne nous restera plus qu’à frémir sur nousmêmes et à nous demander si nous possédons bien toute la somme de bon sens et de raison nécessaire, pour nous permettre de l’enlever d’un trait de plume à tant de nations et à tant de grands hommes ^

2. — Rome et ses origines, ou les récits inextricables. — Uembarras augmentant avec la précision des faits.

Quaqd uqe position pe trouve ainsi perdue, désespérée, il faut absolument se retourner ou périr.

Voyons; oublions, s’il se peut, nos préjugés d’enfants. Sommes-nous, oui ou non, tombés d’accord tout à l’heure que le meilleur critère historique reposait sur la réunion de la tradition, de V écriture, du témoignage et par-dessus tout des monuments? — Assurément. — Sommesnous aussi tombés d’accord que ceux dont nous parlons étaient aussi inaltérés qu'inaltérables? — Fraret et M. Le Bas le répètent sur, tous les tons. — Eh bien ! rattachons-nous donc à tout cela, sous peine d’être accusés par nos neveux d’avoir fait de l’archéologie l’art de désay-

L Nous lisons dans un ouvrage récemment publié . « La critique française a l’honneur d’avoir fixé les limites dans lesquelles se doit renfermer le scepticisme sur la principale histoire de Rome ». On le voit, ce compliment, hélas ! si démenti par les faits, se trouve dans l’ouvrage, très-intéressant du reste et tout h fait original, publié dernièrement sous le titre de « V Histoire du roman ». Quoique nous soyons bien loin d’assimiler M. Chassang aux critiques socialistes dont nous parlons, et que, de temps à autre même, i!

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prendre rhistoire au moyen de la tradition, do récriture et surtout des monuments, ce qui ne laisserait pas que de compliquer un peu l’enseignement. Seulement, ajoutons à ces quatre bases de certitude historique un cinquième élément, l’analogie, et proclamons bien haut que lorsque tout auprès de nous les vieux faits récusés se trouvent soudainement rajeunis et démontrés, le scepticisme n’a plus aucune raison de subsister.

Développons notre pensée.

Au nom de quel principe, s’il vous plaît, avions-nous ébranlé ces assises vénérables? — Au nom seul du rejet du merveilleux. — Eh bien, pourquoi n’essayerons-nous pas de la révision nouvelle de ces mêmes faits merveilleux? Qui sait si, plus éclairés aujourd’hui que nous ne l’étions hier, nous ne finirions pas par trouver les monuments moins absurdes? Cela seul serait déjà un résultat d’une immense importance. D’ailleurs puisque ce mémoire ne s’adresse, on s’en souvient, qu’à des intelligences déjà rendues sur le fond de notre principe, aucune d’elles n’aurait le droit désormais d’en prendre une occasion de scandale.

Essayons, sans nous dissimuler le côté très-ingrat de la position que nous prenons. En pareille matière les débuts sont difficiles en ce que le lecteur n’est pas encore fait à ce feu qu’il bravera beaucoup mieux à la fin du volume.

Tout critique pénétré de ce principe, de l’ubiquité du merveilleux , et nourri de ses applications, ne tarde pas à s’apercevoir que les fastes de Rome, comme ceux de toutes les nations, obéissaient à deux ordres surnaturels : l’un, que l’on doit appeler providentiel, formant cet ensemble de lumières et de clartés projetées, avons-nous dit, pour tout œil quî sait voir, sur les destinées générales des empires et du monde; l’autre, au contraire, influençant secondairement ces mêmes destinées, et revêtu, malgré sa nature évidemment surhumaine, d’un triple et tout spécial caractère de cruauté , d’immoralité et de men-

proteste contre la témérité de ces derniers, il n’en est pas moins vrai que son llisloire du roman pourrait s’appeler tout aussi bien le Ro??ian dans l'histoire ». Aucun des grands historiens n’échappe à sa critique, et, lors même qu’il s’attaque à de véritables apocryphes, son jugement, tout juste qu’il soit, s’appuie sur des bases qui devraient le mener bien plus loin et ne laisser debout aucune espèce d’histoire. Loin de nous la pensée de lui reprocher ses jugements sur Callisthène, Aristessète, etc.; mais ce n’est pas sur la narration de leurs prodiges qu’il devait les condamner, car alors il faudrait aussi condamner tous les autres et ne pas faire grâce à Hérodote et à Tacite, qui, plus éclairés et bien plus philosophes, n’en seraient alors que plus coupables.

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