IMPORT. HISTOR. — LES PREMIERS JOURS DE ROME
On n’est pas moins frappé lorsqu’on voit aujourd’hui toutes ces traditions orientales surle Poisson sauveur, sur le retour du Roi soleil et de Y âge d’or, grâce à une Vierge et à un Enfant divin, s’accorder aussi bien avec ces livres sibyllins si providentiellement compilés par Ovide et par Virgile, qu’il « faut être fou, dit le grand évêque d’Hippone, pour ne pas voir que c’est de Jésus-Christ qu’ils parlent, )> et toujours sans le savoir. {Cité de Dieu, 1. xviii^)
C’est au fond de tous ces mystérieuk détails que couve avec tous ses développements le germe de toutes les destinées romaines , un grand publiciste ayant placé les railleries d’Épicure et de Lucrèce sur toutes ces choses au premier rang des causes de la décadence des Romains^.
Maintenant, si quelqu’un, abusant de notre principe, venait nous sommer de nous prononcer nous-même sur chacun des prodiges racontés par Tite-Live et par Denys, nous le conjurerions de n’en rien faire bien plus encore dans son propre intérêt que dans le nôtre, attendu que tout rembarras serait pour lui ; notre principe, en effet, ne nous oblige au respect que pour les faits revêtus de tous les témoignages réunis, pendant que le sien le force au rejet absolu de tout ce qui tient de près ou de loin à ce même ordre. Là où nous nous réservons le droit de signaler une tache évidemment apocryphe, il se verrait immédiatement contraint à faire disparaître le morceau le plus canonique.
Mais qu’il se rassure ; dans tout ce que les règles de la vraie critique nous garantissent et nous imposent , nous ne voyons pas un seul mystère qui dépasse la mesure et les expériences de notre foi.
Ainsi, fidèle à nos statuts et plus fidèle encore à tous nos engagements, si nous ajournons en ce moment la louve nourrice et les paternités divines, qu’on se garde bien de soupçonner de notre part quelque procédé dilatoire; nous ne sommes pas embarrassé de si peu de chose. Seulement, nous sommes certain d’être mieux compris ailleurs
Quant aux douze vautours, que nous voyions figurer tout à l’heure autour du mystérieux fossé tracé par Rornulus, il nous est bien difficile de les mépriser complètement, lorsque nous les voyons servir
'I . Nous sommes au courant de tout ce qu’on oppose aux Sibylles, et même nous connaissons tous les documents curieux et toutes les objections que M. Alexandre vieni; de réunir dans ses énormes volumes intitulés : Sibyllina oracula. Nous tâcherons d’y répondre au chapitre Sibylles.