‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 104 sur 341 · ET LES STATUES VOLAGES · texte numérisé non relu

ET LES STATUES VOLAGES

hommes avec toutes leurs familles pour y avoir soin des dieux, et on leur donna pour chef Éges te. » {Anliq. rom,, 1. 1, ch. xv.)

Voilà certes une des plus belles excuses à Tindignation de M. Taine, à propos de la « crédulité effrontée de Denys; » mais avec encore un peu plus de critique, d’érudition peut-être, et un préjugé de moins dans l’esprit, il eût pu s’assurer que rien n’était plus élémentaire et plus général, que Y opinion dont il charge ici un seul homme.

C’était tout simplement la traduction ou plutôt la raison du vers :

Excessere omnes adytis arisque relictis DU . (Æx., 1. II).

« Tous les dieux abandonnèrent leurs autels et sortirent de leurs temples. »

Virgile ne saurait pas suffire, nous en convenons, à la conviction de ceux qui ne savent pas ce que les anciens appelaient « spiranîia simulachra, simulacres animés ; )> ils ne croiraient pas davantage, il est vrai, à cette explication d’Eusèbe : « Ceux qui ne voient dans nos statues que du bois et de la pierre sont tout aussi ignorants que ceux qui, ne sachant pas lire, ne verraient dans un livre que du papier. » (Prep. év. 3, 7.)

Mais pour peu qu’ils soient chrétiens, ils chercheront quel pouvait être le sens de ce mot du prophète Jérémie « et Y âme de leurs idoles ira avec elles en captivité, » (ch. xlvi), mot que le célèbre commentateur, Cornélius à Lapide, explique ainsi : « L’âme de l’idole, c’est-àdire le démon qui Yhabite, suivra l’idole dans sa captivité. )> C’est bien là, si nous ne nous trompons, ce que les Juifs blasphémateurs entendaient en disant à Moïse : « Faites-nous des dieux qui marchent devant nous. »

Cette animation des statues a beaucoup préoccupé l’incroyant Boulanger. La descente annuelle de la statue d’Hiérapolis au lac oii elle allait se baigner, lui donnait beaucoup à penser: « 11 y a tout lieu de croire, dit-il, qu’il y avait là quelque théophanie, c’est-à-dire quelque maniféstation sensible de la divinité, comme il y en avait une ce même jour dans le saint des saints à Jérusalem. » (V. p. 51.)

Mais hâtons-nous de frapper à une autre porte.

Il est un détail de la statuaire antique qui a vivement occupé tous les archéologues un peu sérieux; c’est le lien, la chaîne, l’anneau qui, scellé dans la base de la statue, paraissait signifier une idée d’enchaînement et de fixation... Était-ce un symbole? était-ce une mesure de sûreté contre des spoliations sacrilèges? On ne savait. Toujours est-il qu’en y regardant de plus près on a fini par s’apercevoir que l’usage était à peu près général, si général que M. Botta retrouvait il y a quel-

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