ET LES STATUES VOLAGES
Pausanias (1. III) vous montre à son tour le dieu Mars enchaîné {vinculis irretitum), pour empêcher le même effet.
II est donc certain qu’il n’y avait là aucune espèce d’allégorie et que cette désertion des statues était un fait de tradition générale.
Cette tradition d’ailleurs se reliait parfaitement à celle des évocations pratiquées partout. Avant de livrer le dernier assaut à une ville assiégée, on conjurait les dieux de sortir de la ville, d’abandonner leurs temples et d’en donner un signe évident et sensible. Ce sont les termes de la formule conservée par Macrobe, et ces mots prouvent que les anciens étaient aussi difficiles comme preuves et comme critique expérimentale que pourrait l’être M. Littré lui-même; et comme la sortie des dieux avec leurs statues était probablement un phénomène exceptionnel, Macrobe prétend que ce signe sensible ne consistait souvent qu’en « un certain bruit fatidique que l’on entendait dans les airs. » (Macrobe, 1. III, ch. ix.)
Il faut donc bien s’y résigner et nous avions raison de le dire : c’était le genre humain tout entier qui semblait devenu fou, et ceux qui veulent limiter cette folie, soit à un Denys d’Halicarnasse, soit à un pontife illusionné, soit à une certaine époque, feraient croire qu’ils n’ont jamais lu qu’un seul livre et étudié qu’un seul siècle.
Le dilemme subsiste : hallucination universelle ou réalité des phénomènes.
Les corps savants choisissent le premier parti, et bien malheureusement pour le repos de leurs esprits.
Mais ceux qui ont vu et parfaitement bien vu, ce qui s'appelle vu, ces années-ci, tout ce que les autres n’ont pas voulu voir, savent aussi parfaitement bien qu’il n’est pas plus difficile à un dieu de promener sa statue que de promener un guéridon, de faire circuler une table de dix-huit couverts, de soulever sans contact un piano pesant six cents livres, etc. Ils seraient même fort étonnés que ces choses n’eussent jamais eu de précédents dans l’histoire. Par conséquent, aussi forts de leurs principes de critique que de leur observation personnelle , ils ne voient absolument rien dans tout cela qui puisse altérer leur respect pour les annales pontificales de la vieille Rome.
Veut-on maintenant dire un mot de ces foudres nierveillmises , lancées sur l’ennemi ou sur des monstres par des prêtres ou des guerriers, qui semblaient n’avoir besoin pour cela que de parler ? Ah ! là-dessus nous serons fort et ne craindrons pas d’affirmer qu’avant la fin de ce siècle on comprendra, grâce à de beaux et nouveaux travaux, que cette foudre dans laquelle on ne voyait jusqu'à présent que du feu, bien loin d’être toujours la foudre inerte et obéissante de Franklin, était souvent