ET LES FÜLGURITEURS ÉTRUSQUES
M. Babinet signalait encore un des plus divertissants caprices, lorsque après nous avoir parlé de « boules lumineuses et sans chaleur, se promenant sous la forme d’un chat, entre les jambes d’un patient terrifié, puis retournant toutes les tasses sans les briser, et se livrant à mille espiègleries du même genre, il s’écrie : « D’où viennent donc toutes ces bizarreries ? Je n’en sais rien, ni personne à ma connaissance ^ »
Lorsqu’à nous, simples croyants, on objecte avec orgueil les conquêtes de la science et l’admirable constance de ses lois, il serait bon, il serait juste de signaler aussi les infractions. Malheureusement le gros des lecteurs ignore ordinairement ces confidences, qui ne se font guère qu’en famille , et dont les simples, par conséquent, ne peuvent jamais se prévaloir.
M. Le Bas a donc parfaitement raison de dire « qu’il est très-douteux que ces falgmitores antiques aient entrevu la cause de ces prodiges, et qu’ils aient été conduits par eux à la découverte de Franklin’^: » et le savant M. Libri a bien plus raison encore de leur refuser absolument la découverte du paratonnerre®.
Qui ne pourrait enfin ne pas regretter le bon Numa? Il a fallu tout Je génie démolisseur de la critique moderne, pour s’attaquer à une telle vie. Voyez un peu, cependant, si cette fois l’histoire est avare de détails ! Né à Cures, l’an àO de Rome et sept cent quatorze ans avant Jésus-Christ, Numa, fils de Pomponius Popilius, acquiert dans ses plus jeunes ans une grande réputation de sagesse : les Romains décident qu’on ira le chercher dans sa ville natale, et l’histoire vous nomme les deux citoyens qui sont chargés de cette mission. Ce sont Proculus et Vélésus, ses compétiteurs à la couronne. Pendant ses quarante-deux ans de règne et ses quatre-vingts ans d’existence, Numa fait plus pour Rome que tous les rois réunis. Toutes ces institutions religieuses qui devaient faire la force de la ville, c’est lui qui les fonde : il construit un temple à Vesta, institue les Vestales, établit huit collèges de prêtres et de pontifes, répartit le peuple en corps et métiers, change et fixe le calendrier romain, dicte des lois admirables, écrit des livres qu’on enterre avec lui. Du reste, sa généalogie est parfaitement éta- \)lie; il épouse Tatia, fille de Tatius, collègue de Rornulus, dont il a quatre fils, chefs à leur tour de quatre familles distinguées, et une
1. Voir le récit fait par M. Babinet, à l’Académie des sciences, le 5 juillet 1852, et le Journal des Débats du 1 3 juillet 1859. Voir surtout, les belles Monographies de la foudre ^ par le D** Boudin.