‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 109 sur 341 · IMPOUT. HISTOR. — LES PREMIERS JOURS DE ROME · texte numérisé non relu

IMPOUT. HISTOR. — LES PREMIERS JOURS DE ROME

fille mariée à son successeur: on nomme tous ses descendants; et bien des siècles après, les triumvirs monétaires de la famille Pomponia, issue de Pun de ses fils, portent encore Teffigie de Numa sur leurs médailles... Eh bien ! tout cela ne suffira pas à le sauver. Voilà qu’un beau jour, à deux mille cinq cents ans et à quatre cents lieues de distance, quelques érudits découvrent, dans un grand effort de génie, que le nom latin de Numa ressemble fort au mot grec nomos, loi ; c’en est fait du grand homme ; pour eux c’est ce qu’on peut appeler une illumination soudaine, voilà leur mythe tout trouvé ! Ce long règne si rempli d’institutions et de souvenirs ne sera plus désormais que « la 'personnification et V emblème de la législation civile et religieuse, etc... »

Et des hommes graves trouveront cette conjecture « ingénieuse et fondée! » En un mot, elle aura pour elle aujourd’hui toutes les chances possibles de l’emporter sur Denys, Tite-Live, Tacite, Suétone, Plutarque, etc., dont le seul tort était de s’appuyer sur toutes les traditions, sur toutes les annales et sur tous les monuments, plutôt que sur une étymologie grecque pour un nom latin ! Allons , courage ! servonsnous de chaque nom pour nous débarrasser de chaque personne, et nous garantissons qu’avant un demi-siècle peut-être toutes nos familles seront changées en autant de groupes parfaitement symboliques. Nous ne serons plus que des étymologies. C’est fort triste.

Mais en quoi donc ce bon prince avait-il démérité de l’histoire, pour qu’elle se permît de tels excès envers lui ? Ah ! c’est que cette vie de bienfaits et de sagesse va devenir nécessawement une vie d’imposture. Il ne faut pas roublier-, c’est de Picus et de Faunus, deux satyres (et nous verrons ce que c’était), qu’il tiendra le secret de ces mêmes foudres dont nous parlions tout à l’heure. C’est dans les livres étrusques, qu’Étrusque lui-niême il en puisera les imprécations et les rites. C’est de la nymphe Égérie et non d’une autre, que pendant quarante années il écoutera et suivra les conseils. Nous en convenons, c’est un abominable trompeur... Si nous n’avons pas l’esprit d’en faire un medium et si nous oublions que c’était précisément auprès des fontaines sacrées que se trouvaient tous les oracles, parce que (c’est Tacite qui l’affirme) « c’est un dogme religieux qu’elles rapprochent du ciel, et que nulle autre part, les dieux n’entendent aussi bien les prières. » {Ann., 1. XIII, 577.) Rappelez-vous effectivement que le christianisme n’oubliait pas cette vérité, lorsque pendant douze siècles il exorcisait les fontaines et dépossédait toutes leurs vieilles Égéries au profit de patronnes beaucoup plus rassurantes. Égérie n’était donc qu’un analogue d’Aréthuse et de Castalie, et, sans nulle espèce de doute,

N^UMA, CASTOR RT POLLIIX, RTC.

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doit partager leur sort, leur réputation, et, nous le verrons en temps et lieu, leur réalité très-positive.

Quant aux pontifes et aux mystères des temples, aux dieux qui avertissent ceux qui vont dormir au pied de leurs autels (incubare Jovi), qui leur enseignent et même leur apportent des remèdes en leur apparaissant (5or?7no moniti), il faudrait vraiment avoir perdu toute espèce de sens historique pour n’y pas voir ce que tant de personnes ont reconnu tout d’abord, c’est-à-dire l’identité parfaite de toutes ces choses avec nos consultations somnambuliques modernes; il nous sera bien plus facile encore de prouver à M. Maury (quand nous en serons là) la différence radicale qui séparait ces songes de ses propres accès d’hypnotisme, qui ne lui ont jamais rien révélé.

II n’est pas jusqu’aux spectres modernes — dont la seule vision a de nos jours causé plus d’une mort — qui ne nous aide à comprendre les innombrables apparitions des siècles passés ; et puisque nos critiques logiciens objectaient tout à l’heure à Denys d’Halicarnasse l’apparition de Castor et de Pollux à la bataille du lac Régille, près de Tusculum, eh bien, oui, devons-nous leur répondre, oui, c’était bien une tradition générale que ces deux cavaliers à taille gigantesque, montés sur deux chevaux blancs, avaient combattu au premier rang et décidé du gain de la bataille. Sans doute, rien ne s’explique plus naturellement qu’une hallucination au milieu d’une mêlée, mais ce qui s’explique plus difficilement peut-être, c’est que cette hallucination ait été commune à toute la cavalerie, au dictateur Aulus Posthumius comme au général Titus Æbutius : c’est encore que cette apparition ait suivi immédiatement la •prière du dictateur, son invocation à Castor et Pollux, et le vœu de leur élever un temple (Le Bas, t. 1, làl). Ce qui demeure un mystère, c’est que peu d’instants après, toute la ville de Rorne partage, à cinq lieues de distance, la même hallucination et que ces deux combattants — bien avant l’heure naturellement possible — viennent annoncer le grand événement au peuple assemblé dans le Gomitium, près la fontaine de Juturna, contre le temple de Vesta ; c’est que peuple et dictacteur hallucinés n’aient rien de plus pressé que d’élever aux deux Dioscures le temple promis pendant la bataille, et que le •monument du poème (pour parler comme Niebuhr) ait existé si longtemps avec les inscriptions commémoratives de ce grand fait, qui devint l’objet de l’institution d’une fête annuelle. Mais ce qu’il y a de bien plus étonnant sans contredit, c’est de voir le fait et la double apparition merveilleuse se représenter constamment dans une foule d’autres circonstances; c’est de voir les deux héros apporter sur les mêmes chevaux la nouvelle de la bataille remportée par Paul -Émile sur Persée, roi de Macédoine

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