CHAPITRE HT
IMPORTANCE THÉOPHILOSOPHIQUE
DO DOGUE DES ESPRITS, ETC
Portée théophilosophique. — L’ échelle des êtres. — Orphée, Pindare, Empédocle, Pythagore, renvoyés à l’école par tous les écoliers modernes. — Toute l’histoire du spiritisme ancien et moderne en quelques pages. — Opposition antique reléguée dans trois sectes, les cyniques, les épicuriens et les sadducécns. — Aristote et Platon. — Éclectisme alexandrin. — Le moyen âge et sa méthode a 'posteriori. — La réforme. — Le xviii® et le xix® siècle retournant à la magie. — Le catholicisme répondant à toutes ces philosophies : « le mal n’a d’autre origine que le malin. »
Lorsque nous eûmes fait paraître notre livre « des Esprits, » le premier journal qui osa en rendre compte le fit avec autant de franchise que de talent, mais n’en débutait pas moins par ces paroles empreintes du plus philosophique embarras :
« Comment annoncer un pareil livre et quel ton prendre en le signalant?... Ce n’est ni une question, ni deux, que ce livre de cinq cents pages secoue avec puissance, mais c’est tout un ordre de questions, qui, résolues au sens de l’auteur, entraîneraient du coup la ruine de toutes les philosophies connues, et certes éclaireraient l’histoire d’un jour tout nouveau... Tout cela est si blessant pour les idées acquises, si révoltant au premier abord pour les éducations et les impressions contemporaines, que la critique, fût-elle persuadée que la vérité est
ANTIQUITÉ
ici du côté de l’audace, devrait encore, avant de juger cet étrange ouvrage et tout ce qu’il renferme, commencer par le raconter*. »
En obtenant une telle prise au sérieux de notre œuvre, nous obtenions de la critique la seule grâce à laquelle nous pussions être sensible; toute autre nous importait, et, grâce à Dieu, nous importera toujours fort peu. Mieux valent mille fois des adversaires reconnaissant la portée de votre erreur, que des amis flatteurs méconnaissant celle de votre vérité.
En ce moment il ne s’agit plus ni de cosmologie, ni d’histoire, mais bien de théophilosophie, c’est-k-dire des plus’ graves intérêts qui puissent, selon l’énergique expression de Pascal, « nous étreindre à la gorge. »
Pour commencer par la théologie et pour peu que la Bible ne soit pas un roman, peut-il être une question plus importante que celle dont le point de départ est dans le jardin d’Éden, la grande halte au sommet du Calvaire, le dénoûment au dernier jour du monde !
Satan à sa base, le Christ à son milieu, l’antechrist à son faîte !
A bien dire, non, ce n’est pas là la plus grande des questions théologiques, car il n’y en a pas d’autre.
« Pas de Satan, pas de Sauveur, » proclamait la plume de Voltaire.
« Un mauvais Esprit bien prouvé, et nous vous accordons tous vos dogmes, » proclamait celle de Bayle.
« Viens, ô toi le bien-aimé de mon âme, ô toi le calomnié du siècle, viens, ô Satan ! » blasphémait dernièrement celle de Proudhon^.
Ces trois exclamations en légitiment une quatrième, celle du P. Ventura, dont le grand et regrettable génie, voyant arriver à l’état d’épidémie générale l’unique phénomène exigé par
1. Le journal le Pays, du 6 juillet I8o3, art. de M. Jules d’Aurevilly.