Concernant la génération de la doctrine des esprits
118 IMPORTANCE THÉOPHILOSÜPHIQÜE, ETC.,
la théophanie seule ^ qui a engendré les esprits comme la révélation a enfanté les dogmes. En effet, qu’il s’agisse de voyants ou de vrais inspirés, de sibylles ou de prophètes, de l’Olympe ou du Saint des saints, des hauts lieux ou du chêne de Mambré, c’est presque toujours du dehors et presque jamais du dedans que le phénomène merveilleux est venu s’abattre sur le monde.
Et, puisque nous commençons par le paganisme, voyez ce qui se passait dans les temples ; observez bien les statues, les talismans, les fétiches; écoutez les boucliers de Numa suspendus à l’hôtel du dieu Mars, résonnant et s’agitant d’euxmêmes aux approches de la guerre ^ ; admirez les arbres de Dodone s’inclinant pour répondre, Osiris et le dieu Pan s’exprimant par l’organe d’Apis ou du bouc de Mendès, et soyez bien certain que, chez les Aryas Jndra, chez les Mazdéens Mithra, chez les Hindous Bouddha, chez les Chinois Fo, soyez bien certain, disons-nous, que tous ces demi -dieux, au lieu de compter, comme ce dernier^ jusqu’à trois cent millions de sectateurs, n’en auraient jamais acquis un seul, sans V initiative de leurs dieux, et si le genre humain eût été réduit am. spontanéités d’intuition et aux miracles psychologiques dont on lui fait honneur aujourd’hui.
Il est vraiment impossible de comprendre comment, pour la constatation d’une telle vérité, l’autorité des plus grands philosophes, presque tous témoins, acteurs, initiés et théurges a pu devenir une autorité méprisable et méprisée comme elle l’est de nos jours. C’est une chose réellement prodigieuse que voir de simples humanistes formés, à grand renfort de pensums, sur les bancs du premier collège venu, de Berlin ou de Paris, s’arroger la mission d’apprendre aux Pythagore, aux Empédocle et aux Platon comment les choses se passaient dans leurs rapports avec les dieux; oui, nous le répétons, c’est une chose prodigieuse que cet imperturbable aplomb