Creuzer, 1. V, ch.j
ANTIQUITE
avec le(|uel on nous voit à trois mille ans de distance, et sans sortir de nos catacombes intellectuelles, soulever l’épais rideau de tous les sanctuaires antiques, démentir toutes les assertions des initiés et remplacer gratuitement l’éternelle théophanie tantôt par la jonglerie, tantôt par la psychologie, tantôt par la pathologie, sans parvenir jamais à nous entendre et à nous comprendre nous-mêmes.
On devrait cependant bien savoir qu’en regard de cette imposante école, à la tête de laquelle on lit les noms d’Hermès, d’Orphée, de Pindare, de Pythagore et de Platon, c’est-à-dire en regard de l’école, seule et riche héritière des plus anciennes et véritables traditions (alors même qu’elle les défigure ou les souille) , deux sectes seulement chez les païens et une seule chez les Juifs, osèrent s’inscrire en faux contre l’existence des substances spirituelles. Ces trois sectes, dont nous suivons le principe aujourd’hui, étaient (nous le disons à regret) : chez les païens celles des épicuriens et des cyniques, et chez les Juifs, mais sur les plus bas degrés du temple et de la synagogue qui l’avait chassée, celle de ces sadducéens apostats, flagellés dans les saintes Écritures pour n’avoir cru « ni aux anges, ni aux démons, ni même à l’âme humaine^. »
Oui, qu’on en soit fier ou non, voilà les seuls prédécesseurs, les seuls maîtres, les seules autorités antiques qui puissent être invoquées à l’appui de notre antisurnaturalisme.
Mais, caveant consules! que les consuls y prennent garde 1 nous l’avons déjà dit, la doctrine d’Épicure fut, selon Montesquieu lui-même, une des principales causes de la décadence de Rome.
Vers la même époque, il est vrai, un philosophe, aussi glorifié depuis qu’Épicure le fut peu, avait posé les bases d’une doctrine aussi vaste que son génie, mais dont le principe fondamental sur la non-intervention des dieux ouvrait merveilleusement la voie au plus formel de tous les athéismes