IMPORTANCE TH ÉOPHILOSOPHIQÜE, ETC
confondu et fait dégénérer le monothéisme primitif en polythéisme égalitaire. On a beaucoup et longuement discuté depuis deux ans sur l’exacte signification de ces deux mots ; on s’est étonné de voir partout et un Dieu et des dieux, même chez le peuple fidèle, et personne n’a su dire que la destruction du polythéisme orthodoxe et du polythéisme coupable reposait tout entière entre la coéternité et la création de toutes ces puissances spirituelles universellement reconnues.
Voyons maintenant ce que répond le christianisme.
Au dualisme qui, devant cette éternelle balance de prodiges envahit un moment l’univers, le christianisme seul a pu dire ; « Regardez-y de plus près et ne confondez plus l’infini et le fini, la substance et l’accident; car le bien seul est substantiel, le mal ne l’est jamais. Il n’y a donc pas deux principes, il n’y a qu’une grande révolte montant de la créature au créateur, des sujets au souverain, des enfants à leur père.
Moins condescendant pour l’ignoble matérialisme d’Épicure et des sadducéens, le christianisme n’a jamais daigné reprocher autre chose à ses partisans que « des yeux qui ne voient pas, des oreilles qui n’entendent pas, et des cœurs endurcis par les instincts abjects de l’homme animal et charnel »
Aux dieux endormis d’Aristote il oppose la vigilance de ses anciens egregores^; au quiétisme de ces êtres de raison, l’infatigable activité de ses messagers.
Seul, aux innumérables éons de l’éclectisme et du néoplatonisme alexandrin, il donne leur vrai nom et montre que leurs archanges et leurs archontes, ne tenant pas au cep de la vigne qui est Jésus et n’étant, malgré l’éclat de tous leurs titres et l’apparente orthodoxie de leurs insignes, que des sarments détachés, ne peuvent être que des ennemis
1. Qui, selon saint Paul, ne peut jamais arriver à la compréhension de Vinvisible.
t. Ou veillants, expression biblique.
PNEÜMATOLOGIE CATHOLIQUE.
de celui qui disait : « Qui ne marche pas avec moi est contre moi, et tout esprit qui ne confesse pas que je suis venu dans ma chair n’est pas de Dieu^.» Quant aux éclectiques modernes, il leur prouve leur inconséquence, lorsqu’ils excluent précisément le seul dogme sans lequel l’école dont ils portent le nom n’aurait jamais été distinguée d’aucun autre.
Puis à notre panthéisme rationaliste, à cette formidable et monstrueuse erreur de notre âge, il lui suffirait encore, comme le disait Bayle, de montrer un seul de nos ennemis, pour que le Goliath s’affaissât à l’instant sur lui-même. Que deviendrait, en effet, Videntité de substance^ et Vimpersonnalité divine devant tant de personnalités spirituelles si distinctes de la nôtre? Non, devant les sanglantes morsures attestées par M. Benezet, comme devant les coups de tchiboük certifiés par M. Fél. de Saulcy, le panthéiste comprendrait mieux que par tous les raisonnements possibles, que l’invisible « se révèle autrement que par la raison humaine, » et que le mal est autre chose « qu’un des aspects de l’infini. »
Enfin, sur les ruines de toutes ces philosophies erronées, ou plutôt incomplètes, il viendrait asseoir la science à son tour.- Il montrerait, à l’origine des choses, la guerre commençant dans les cœurs par l’orgueil, et, par suite de cet orgueil, la chute des milices invisibles de la grande armée des deux précédant celle de l’homme; celle-ci procédant de celle du ciel; la lutte des deux cités sur la terre et dans l’atmosphère qui l’enveloppe ; puis la promesse et la venue d’un Sauveur, soldant la rançon des coupables; le prince de Vair « tombant comme un éclair; » la croix portant à son sommet la cédule déchirée, les principautés et les puissances enchaînées au char de leur vainqueur, le grand prince de la mort contraint à rendre les clefs de son empire, et le bouclier de la foi protégeant les élus jusqu’aux terribles jours où, relâché pour la
4 , Voir, pour toutes ces expressions, saint Paul et saint Jean.
IMPORTANCE THÉOPHILOSOPHIQUE, ETC.
dernière épreuve, le grand archange tombé, concentrant toutes ses forces dans l’homme de péché, séduirait, à grand renfort de prodiges, jusqu’aux élus eux-mêmes si le souffle de son éternel antagoniste, en éteignant sa vie, ne venait assurer celle du monde
Voilà la thèse, et, quant à réalité de la chose,... que les plus beaux génies continuent tant qu’ils voudront à disserter sur le mal et sur son origine, que leurs abstractions sur ce mal continuent à leur faire oublier le malin ou le méchant, irov*/;poi;, qu’ils accumulent tous les raisonnements imaginables pour nous prouver son impersonnalité panthéistique, ils arriveront trop tard pour tous ceux qui en ont vu la personne. Interrogé par nous, le mal s’est confessé lui-même, il nous a dit, écrit et signé à lui seul : « Je m’appelle la haine, et je hais Jéhovah comme je me hais moi-même » Et le mauvais, au lieu d’épouvanter notre âme, l’a remplie de joie et de confiance en lui faisant toucher au doigt la nécessité et la réalité du bon
1 . Tous ces passages sont tirés des Offices de la semaine sainte ou de V Apocalypse,
t, V. App.du 1*'’ Mém., ch. iii, Faits rebelles.
3. Nous avons dit qu’il ne fallait pas confondre dualité et dualisme, c’est-à-dire la dualité d’action et de forces émanant d’un seul principe (comme par exemple, en physique, la dualité des é\QcXnQÀiés> positive çAnégative, etc.), et le dualisme qui les rapporte à deux principes différents. Cette dernière erreur, une fois établie en philosophie, on sentait qu’on n’avait pas encore rendu raison du vrai mal, c’est-à-dire du mal accidentel, et alors on proclamait la nécessité d’un troisième principe. « La matière, dit Platon {Tim., page 50), est sans aucune forme, sans qualité, sans puissance, semblable à l’huile qui n’a pas d’odeur et que les parfumeurs emploient pour servir de base à leurs parfums. Or, l’àme destructive n’est pas cela. C’est... une indétermination vicieuse, malfaisante, une nécessité dure qui secoue le frein, qui résiste à Dieu... d’où est venue cette cupidité imprégnée, cette contradiction originelle... L’ouvrier est bon, le sujet indifférent. ;> [Polit.)
C’est ce troisième principe que Plutarque appelle à son tour « puissance intermédiaire. »
Les Perses primitifs n’étaient certes pas dualistes lorsqu’ils disaient que « un génie puissant avait trouvé le moyen de s^insmu^r les œuvres de
PSYCHOLATIUE MODERNE.
Portée psychologique. — Psycholâtrie moderne. — Une grande question du jour, posée par Porphyre et résolue par Jamblique. — L’éclectisme parisien.
— Les disciples ne comprenant plus leurs maîtres.
♦ j. — Psycholâtrie moderne, réfutée par Jamblique.
Nous avons dit que les ennemis de toute intervention spirituelle avaient été a priori contraints, pour expliquer l’antique tbéurgie et même la création du langage, à supposer une espèce de miracle psychologique^ ou de faculté qui depuis se serait perdue comme tant d’autres. Nous avons vu mieux que cela ; nous avons vu tout à l’heure le fameux ultimatum
la création. » Ils le devinrent plus tard lorsqu’ils firent de ce principe un être indépendant, se fondant sur ce que Dieu ne pourrait pas le tolérer.
« Pour les biens, dit Maxime de ïyr, p. 137, je vois bien que Dieu en est l’auteur, mais pour le mal, il faut l’attribuer à un autre que lui. »
Et cependant, le prophète Isaïe, ch. xlv, fait dire au Seigneur: «C’est moi qui produis la lumière et fais les maux^ la vie et la mort. » Mais saint Augustin reprend : « 11 ne faudrait pas en conclure que, tout en faisant le mal, il en est l’auteur; il n’y aurait rien de plus détestable. » {De Ordine.)
Enfin, si le livre De Mundo, attribué par quelques-uns à Aristote, est bien de lui, il aurait fini par contredire sa doctrine sur les dieux endormis. « Il y a, dit cet auteur, un moteur général, puis des moteurs particuliers ; le monde est la maison d’un seul père de famille; mais dans cette maison, il y a des enfants sages et bien élevés qui ne font jamais que le bien (ceux des sphères célestes) ; puis il y a aussi des esclaves d’un caractère rebelle.
On voit qu’il faut toujours en revenir au Trovyipo^, ou malin de l’Écriture.
C’est donc une chose incompréhensible que cet aveuglement qui n’a pas permis à certains ecclésiastiques de comprendre l’importance théologique des phénomènes spirites. Nous aimons à croire cependant que des phénomènes dont le simple récit arrête tout court nos libres penseurs lorsqu’il s’agit de croire à l’Évangile sont bons à démontrer. Un missionnaire émérite, l’abbé V..., supérieur des Missions étrangères, à Paris, nous affirmait que la réalité de ces phénomènes était en Chine un de leurs plus puissants moyens de conversions : « Tous les ans, nous disait-il, nous en. comptons plus de deux mille, fondées uniquement sur la terreur
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de l’incroyance anglaise* à l’égard des miracles, réclamant une toute petite exception pour un certain jo/’océ(/é qui doit, si on l’en croit, procurer aux adeptes « une sorte de vision béatifique. » Nous autres mystiques expérimentaux et expérimentateurs orthodoxes, nous faisons ordinairement bonne justice de toutes ces mysticités imaginaires ou suspectes, et, jusqu’à preuve du contraire, nous tenons pour nulle toute espèce perdue qui ne s’est pas encore retrouvée, et pour coupable toutes celles qui se posent en ennemies de nos vérités démontrées. D’ailleurs, il faudrait bien s’accorder et savoir si, par miracle psychologique, MM. Pattison et Renan comprennent tout ce que MM. Littré, Maury, Figuier entendent par leur état psycho-physio-pathologique, qu’ils appliquent aux mêmes mystères, il est vrai, mais dont la conséquence naturelle serait le renvoi immédiat aux petites maisons pour tous les théurges qui le subissent, comme le renvoi en cour d’assises pour tous les prêtres qui le produisent.
Il est bien entendu, toutefois, que dans ce dernier cas les circonstances atténuantes devront être toujours invoquées , puisque la bonne foi, nous a-t-on dit, est aussi complète chez les uns que chez les autres.
Cette sorte d! indisposition théurgique nous ramène à la divination physiologique d’Aristote 2, puis à celle dont le divin
que ces manifestations inspirent et sur le désir d’en être délivré. » C’est ce que M. Victor Meunier fit parfaitement sentir (le 8 mars 1854, dans un compte rendu scientifique de la Presse), à M. l’abbé Moigno, le savant rédacteur du Cosmos. « Supposons l’hallucination, lui disait-il; eh bien! une hallucination pareille, qui a pris de telles proportions, est un beau sujet d’étude; il faut chercher la cause et le remède... Supposons maintenant qu’au lieu d’avoir affaire à une hallucination, nous ayons affaire au diable. Eh bien, quoi 1 vous, monsieur l’abbé, vous laisseriez échapper cette occasion, peut-être unique, d’en constater expérimentalement l’existence!... »
Toute la logique, disons-le bien hautement, tout le bon sens, étaient en ce moment du côté du libre penseur, et faisaient complètement défaut au prêtre et au savant.