OBJECTION DES LOIS INVIOLABLES. XXIII
parler comme Laplace, se désobéir à eux-mêmes et réagir contre toutes leurs tendances! Miracle bien autrement incroyable que celui de l’obéissance à un nouvel ordre intelligent.
Aussi, Newton ne mettait-il pas la chose en doute. Malgré les limites très-éti'oites de ces perturbations , le grand homme ne s’alarmait pas moins, par exemple, du rétrécissement progressif de Torbe décrit par la lune autour de la terre, « rétrécissement, disait-il, qui finirait parla précipiter sur nous, s’il n’y était avisé ; car, ajoutait-il,
ce MONDE ME PARAIT AVOIR BESOIN d’ÊTRE RETOUCHÉ , ET MÊME ASSEZ SOU¬ VENT. )) Ailleurs, c’était aux comètes que, selon lui, ce soin était dévolu ; il les appelait « des envoyés extraordinaires, chargés d’inspecter ce système solaire, qu’il fallait retoucher assez souvent^ »
Newton, tout grand qu’il soit, nous paraît-il un peu vieux? Écoutons Herschell, notre contemporain, a En outre des déviations apparentes, dit-il, il y a des déviations tres-i'èelles , et 7nême assez corxsiclérables , p\iis les perturbations séculaires, renfermées, il est vrai, dans des limites très-serrées, mais qui n’en finiraient pas moins par précipiter la lune sur la terre, s’il n’y était pourvu; car, ainsi que le dit Newton, ce monde paraît avoir besoin d’être retouché assez souvent » On voit que ce sont les mêmes termes dans tous les siècles.
M. Reynaud n’est pas moins explicite : « Les orbites parcourues par les planètes sont loin d’être immuables, dit-il, et sont, au contraire, soumises à une mutation perpétuelle dans leur position et dans leur forme. Élongations, rétrécissements, élargissements d’orbites, oscillations de droite à gauche, retard et redoublement de vitesse, etc., et tout cela sur un plan qui paraît trembler'^ ! )) On conviendra que voilà un parcours qui n’a rien de la rigueur mathématique et mécanique qu’on nous objecte, car nous ne connaissons pas d’horloge qui, après avoir retardé de quelques minutes, sache rattraper, sans un tour de clef, le temps perdu, de manière à revenir à la bonne heure. Dans tous les cas, M. Renan sera forcé de nous avouer que si Newton, Lagrange, Herschell et Reynaud ont dit vrai, son système de non-intervention absolue aura quelque peine à se soutenir devant toutes ces retouches, d’autant plus inexplicables qu’il les fera plus naturelles.
1. « De PrincipiiSj » passage cité par Herschell {Phil. naiwr., p. 165j.