‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 147 sur 341 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

168 IMPORTANCE THÉOPHILOSOPHIÛÜE, ETC.

belles ouvertures que nous ayons vers le ciel, » mais à la condition « qu’il ne quittera pas le paradis... » — La probabilité pour la réalité des anges est immense,... mais nous devons bien nous persuader « que c’est de la mythologie. » — L’Église est trop parcimonieuse pour les fêtes de ses anges, mais ces fêtes « ne pourront subsister bien longtemps. » — « Les anges ne peuvent se déranger, mais peut-être leur est-il donné de faire des apparitions et « de s’incarner dans toutes les sphères diverses, y compris la nôtre. » — «Gardez-vous de croire qu’ils se mêlent de nos affaires, mais croyez volontiers qu’ils versent sur nos âmes et sur nos destinées de secrètes et incessantes influences. »

Tout cela se retrouve professé par le même interlocuteur dans le petit nombre de pages que nous venons d’indiquer, et vraiment il faudrait qu’un théologien catholique eût l’esprit bien mal fait pour ne pas se contenter de si belles ouvertures sur le monde des esprits et des anges, y compris l’ange gardien ; l’éclectisme a cela de bon qu’on est toujours certain de s’entendre avec lui sur une multitude de points, alors même... qu’il paraît... le plus impossible de s’entendre.

Oui, l’éclectisme est partout, il est vrai, mais il est triste de constater que c’est en France qu’il est le plus rationaliste ; ainsi, vous te voyez, de tous nos libres penseurs, M. Reynaud est peut-être le plus spiritualiste ; il a de magnifiques pages sur l’immortalité de l’âme, sur la grandeur des destinées futures et spirituelles de l’humanité ; par exception même il admet la possibilité de l’existence des esprits, mais à l’instant il se hâte de rentrer dans tous les vieux préjugés en reléguant leurs apparitions dans la mythologie et chez les âmes surexcitées.

Ailleurs, au contraire, et même parmi les étrangers chez lesquels le naturalisme a poussé les racines les plus fortes, il n’est pas rare de rencontrer des exceptions fort nettes et fort complètes. De temps à autre, on surprend leurs philosophes poussant un soupir sur l’insuffisance de leur science et formu-

LES ESPRITS RÉCLAMÉS A l’ÉTRANCER.

lant une aspiration vers quelque chose de plus élevé. Les sciences naturelles elles-mêmes ne sont pas à l’abri de cette espèce de contrition et manifestent quelques-uns de ces soupçons que l’on chercherait vainement chez nos savants et chez nos érudits

Ainsi, bien que naturalisé en France, le comte Rœderer était Allemand d’origine, et chez lui, probablement, c’était l’esprit de sa patije qui lui dictait ces paroles : « Il semblerait que des substances éminemment subtiles, et qui sont peut-être hors de la portée de tous nos instruments, se trouvent dans des rapports nouveaux peu connus avec la nature organique, et peut-être avec la nature intelligente^ . »

C’était un Anglais, le célèbre chimiste sir Humphry Davy, chez lequel nous lisons cette profession de foi assez originale : « Nous sommes les maîtres de la terre, mais peut-être ne sommes-nous, après tout, que les serviteurs d’êtres qui nous sont inconnus ; la mouche, que notre doigt écrase, ne connaît pas l’homme, et n’a pas la conscience de sa supériorité sur lui. Il peut donc y avoir de même des êtres pensants jorès de nous ou autour de nous, que nous ne pouvons ni voir, ni même imaginer. Nous savons peu de chose,... et toutefois j’ai la foi que nous en savons assez pour espérer l’immortalité^. »

C’était un Italien et, malgré tous ses écarts, un assez grand penseur que Gioberti ; or, voici un des plus beaux passages de sa philosophie : « La philosophie découvre enfin que ce grand monde matériel, tout fini qu’il est, n’est qu’une pure relation de forces incomprises encore et inaccessibles à nos

1. En 1853, un collègue et ami d’Arago nous disait, après avoir lu notre livre : « A la mort d’Arago, vous avez peut-être perdu le seul et le plus grand de vos appuis. — Pourquoi ? lui demandâmes-nous. — Parce qu’il allaü tout droit à vos idées. » Nous ne savons ce qu’il pouvait y avoir de vrai dans ce propos; mais, en nous rappelant son excessive préoccupation de tous les faits magnétiques, ses vertes semonces à ses collègues sur leurs éternelles fins de non-recevoir, etc., etc., ce mot ne nous étonnait pas.

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