LES TABLES ET LA FOLIE
« Or Z..., adjudant, vrai militaire, insouciant et gai, mais peut-être un peu sévère, est tout à coup atteint de tristesse. Il dit souffrir; il ne peut exprimer ce qu’il éprouve, et se brûle la cervelle. Quant à V..., homme d’une activité remarquable, il s’arrête tout à coup, ne veut plus rien faire, dit qu’il souffre, refuse le service et se voit obligé de quitter le corps... ï... commet une faute de discipline ; dans un de ses accès de tristesse il s’aggrave sa faute et se fait sautef la cervelle...
« Pour ma part, continue le capitaine L..., au bout de quatre ans de lutte, je dus aussi quitter le corps et le magnétisme, car plusieurs personnes croyaient que j’étais fou, d’autres que je devenais ivrogne, bien que ces deux choses fussent également incompréhensibles puisque je raisonnais encore et qu’on ne me voyait pas boire. »
Maintenant, que des médecins osent encore traiter de pures grimaces et regarder comme zéro un élément morbide qui produit de si graves et de si soudaines métamorphoses chez ceux qui s’en moquent ou en espèrent guérison, c’est ce qui dépasse toute compréhension; aussi, quant à nous, nous ne craignons pas de l’affirmer : si beaucoup de ces mêmes médecins, qui nient lorsqu’ils sont réunis, étaient interrogés isolément ou devant quelqu’un dont la discrétion leur inspirât toute confiance, ils répondraient, comme la jurisprudence, qu’en toute chose les fauteurs du conseil doivent être tenus préalablement pour les auteurs du délit.
Le fi. P. Ventura nous avait prédit que nos premières conversions se fei'aient parmi les médecins; il avait deviné juste, car, sans parler encore une fois de toutes les lettres d’adhésion qui nous ont été adressées par un grand nombre d’entre eux, jamais dans nos conversations avec les autres nous n’avons trouvé d’opposition bien décidée à nos propres conclusions. Us commencent à avoir et trop vu et trop lu. L’opposition à tout prix ne convient plus qu’aux philosophes qui refusent de voir, pour n’avoir pas à secouer un préjugé.
Oui, les médecins ont trop lu et trop vu ; ils ont comparé
IMPORTANCE MÉDICALE
trop de vieux et trop de nouveaux ouvrages, rapproché trop de faits modernes de ceux qui remplissent toutes les pages de leurs vieux et plus vénérés maîtres, pour ne pas entrevoir au moins quelque chose. En rapprochant, par exemple, les faits de M. le docteur Calmeil des sources qui les lui avaient fournis, ils ont pu voir tout de suite tout ce que les mutilations modernes enlevaient de logique et de sens aux anciennes relations; ils ont pu voir que toute la vie du récit s’échappait avec le coup de ciseau de la critique.