LA FOI DES ANCIENS MAITRES
« Rien de plus difficile dit-il à Eudoxe, que de distinguer ces divers ordres de causes occultes. Parmi ces causes, les unes sont intrinsèques et nous souillent dès notre naissance, les autres sont extrinsèques et tiennent aux virus étrangers; d’autres nous viennent de l’air atmosphérique, d’autres enfin des démons,... et c’est ce qu’on appelle les maladies t7'ansnatarelles, c’est-à-dire dont les causes transnaturelles ne cèdent qu’à des remèdes de même nature.
(( Ces causes nous les retrouverons, quand nous le voudrons, dans les aveux des oracles... Mais moi j’ai vü, par la force de certaines paroles, des spectres se montrer dans un miroir et exprimer ce que l’on souhaitait ou par des mots ou par des images, de telle sorte que tous les assistants les apercevaient en même temps. Au milieu de paroles sacrées prononcées par le magicien, on entendait çà et là des mots obscènes et des noms horribles.
(c Ne te repens donc pas, Eudoxe, de m’avoir poussé dans cette voie, au bout de laquelle nous trouverons, je n’en doute pas. de bien précieuses vérités pour la pratique médicale.
Ces maladies transnaturelles exigent donc un traitement de même nature. Mais ici voici venir une nouvelle distinction : il y a d’abord les remèdes magiques. Ainsi, /ai vu en une nuit une maladie de foie disparaître complètement au moyen d’un papier suspendu au cou du malade, des fièvres et une hémorragie générale arrêtées subitement au murmure de quelques paroles : fausses guérisons simulées par les démons pour s’attirer des hommages et qui s’évanouissaient plus tard en laissant revenir le mal plus intense et plus acharné que jamais. Les autres remèdes transnaturels sont les prières, les bonnes œuvres et les exorcismes. )>
Et tout de suite Fernel en choisit dans sa propre clinique la démonstration expérimentale.
(( Un jeune homme d’une bonne famille était atteint, depuis plusieurs aimées, de convulsions intermittentes et terribles, qu’on aurait pu appeler un secouement général de tout le corps , quatre hommes vigoureux pouvaient à peine maintenir le malade. Dix fois par jour il entrait dans cet épouvantable état, pendant lequel toutefois la tête restait parfaitement saine, les sens intacts et la langue tout à fait libre. Sans cela, c’eût été une véritable épilepsie. Les médecins les plus habiles, appelés autour de lui, pensèrent que le point de départ de cette convulsion épileptiforme (Jinitimani epilepsiæ), devait se trouver dans l’épine dorsale, d’où l’irradiation fluidique passait dans tous les centres nerveux, à l’exception de ceux qui communiquent avec le cerveau.
IMPORTANCE MÉDICALE
Les médecines, les fumigations, les onctions,«les emplâtres, les bains, les sudorisations furent employés tour à tour et pendant des années, sans amener le moindre bienfait.
« On était à bout de ressources, lorsqu’un beau jour une voix trèssingulière, s’exprimant en termes latins et grecs par la bouche de ce jeune homme qui n' avait jamais su le premier mot de ces langues, s’avisa de se déclarer l’auteur de tout le mal.F^t tout de suite ce démon se mit à révéler les secrets de tous les assistants et principalement des médecins, les gouaillant de toute la peine qu’il leur avait causée pendant si longtemps et de Y excellent effet de toutes leurs juÿulalioîis pharmaceutiques appliquées à ce malheureux corps. On en vint donc aux remèdes sacrés.
Lorsque par exemple on approchait du malade une image de saint Michel, lorsqu’on lisait ou prononçait de saintes paroles, l’intensité des accès doublait et remplissait d’horreur tous les assistants. Cependant, dans les moments de rémission qu’amenait toujours la cessation des prières, le démon se plaignait que l’emploi des cérémonies et des exorcismes le forcerait à partir, 11 se disait esprit pur et n’acceptait pas la qualification de damné. Interrogé sur l’origine et le mode de sa possession, il déclarait avoir été jeté dans ce corps par un individu dont il ne voulait pas dire le nom ; il ajoutait qu’il était entré par les pieds et qu’il sortirait par les pieds au jour fixé pour son départ, qu’il avait beaucoup de retraites différentes en ce même corps et que lorsque le'malade était tranquille, cela tenait à ce qu’il en allait trouver d'autres. Il nous donnait ensuite tout le détail des perturbations humorales qu’il excitait, des organes principaux qu’il occupait, des lésions qu’il effectuait et des obstructions qu’il amenait dans les veines et dans les nerfs ; puis ènfin, de l’innombrable série des maladies diverses causées par ses pareils. »
On comprendra de quel intérêt pouvait être pour des médecins convaincus une clinique professée devant la Faculté par de tels agents pathologiques.
Quant à cette conviction si profonde de Fernel, nous demandons à quelle idée préconçue, à quel préjugé superstitieux il serait possible ici de l’attribuer. Nous demanderons encore si, dans une expertise de ce genre, qui dure plusieurs mois, il peut se glisser la moindre méprise, et enfin, si lorsque, après toutes ces prédictions grecques et latines faites par un ignorant, la guérison arrive au jour fixé, un grand médecin doit