Roth, p
LES DEUX CHORÉES.
« de cette jeunesse avide d’émotions qui nous fait voler au bal conime à une fête »
Quant aux grandes épidémies chorisantes du xiv' siècle , qui « duraient un an... et qui emportaient en Occident toutes les pratiques religieuses des süfis,... colportant en outre avec elles, et comme une peste diabolique, toutes, les turpitudes possibles,... » nous sommes tout à fait de l’avis de notre auteur, qui les assimile aux convulsionnaires de Saint-Médard dont ils rappelaient toutes les extravagances. Comme lui, nous en faisons plutôt « des sectaires que des malades ; » mais notre logique ne possède pas toute l’élasticité nécessaire pour ranger exceptionnellement , parmi les jongleries et les turlupinades, une peste épidémique qui affecte hommes et femmes à la fois et indistinctement, et les enrôle de force dans une confrérie pareille.
Nous ne nous expliquerons jamais, surtout médicalement , des monstruosités névropathiques amenant l’importation subite de dogmes et de rites musulmans chez des chrétiens qui les ignorent.
Mais puisque Roth, dans le milieu de sa brochure, raye arbitrairement de l’histoire pathologique des faits qu’il nous donnait comme parfaitement historiques dans la première partie, cherchons dans la dernière, et voyons si nous n’y trouverons pas quelque nouveau symptôme qui puisse rentrer, plus évidemment encore, dans nos faits magnétiques et spirites.
Voici d’abord Jourdens qui, en 1751 (c’est à peu près l’époque à laquelle la critique moderne fait remonter toute certitude médicale), nous signale une maladie spasmodique affectant cinq personnes de sa clientèle, ainsi que des individus de tout âge. Comme toutes ces personnes historiques et modernes, au milieu de leurs contorsions particulières, générales et toujours involontaires, poussent les mêmes vociféra-
\. Calmeil, loc. cit.
IMPORTANCE MÉDICALE
tions animales que poussaient les jongleurs légendaires du vieux temps, qu’elles marchent, comme eux, à quatre pattes, se roulent en cercle ou font des centaines de culbutes pardessus les tables, les bancs et les chaises, et deviennent parfois assez furieuses pour que plusieurs hommes aient peine à les contenir, sans toutefois que leur santé subisse la moindre atteinte en dehors de l'état de crise, » nous ne voyons pas trop pourquoi ces névropathes de Jourdens auraient seuls un privilège de véracité qu’on retirerait à ceux de Plater et de Graffenberg.
L’égalité devant la loi civile entraîne celle de la loi médicale.
Voici d’abord les, enfants de Goeden qui, en 1818, tombent dans des spasmes hideux, au moment où l’un d’eux signale l’apparition d’un fantôme, en criant : « Le voilà! » Au moment même de cette vision, ces enfants sont jetés çà et là avec une grande rapidité ou lancés hors de leur lit, et, bien qu’à peine en état de marcher, ils se mettent tout de suite à danser, à sauter, à grimper, à s’élancer par les fehêtres dans la cour, etc., etc 2.
Voici tout de suite après les cinquante-sept jeunes filles de la vallée de Tux, en Tyrol, dont la fureur dansante dura près d’un an et fut attribuée cette fois par le médecin de l’hôpital de Hall, non plus à la passion du bal, mais à l’abstinence trop sévère de la danse®.
Comme au nombre des causes signalées par ce praticien nous voyons figurer encore le manque de propreté, nous ne lui en demanderons pas davantage. Évidemment il est par trop naïf.
Mais faisons bien attention, par exemple, à celles que Roth emprunte au docteur Kerner, l’une des gloires de l’Allemagne et l’auteur de cette « Voyante de Prevorst » , dont l’étude jetait
Roth, p. 162.