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LES DEUX CHORÉES. 203
partout avec soin, sans que les sons se modifiassent en rien lorsqu'on recoucha la malade ; on la transporta sur une chaise à l’extrémité opposée de la chambre, et bientôt après on entendit le battement et le grattement, avec cette seule variation qu’il semblait qu’on grattât ou qu’on frappât le bois de la chaise. Sans la prévenir, on transporta l’enfant dans une autre chambre et dans un autre lit. Le même phénomène se reproduisit bientôt, et dès cet instant, je pus exprimer la conviction que les sons semblaient tenir au voisinage immédiat de la malade; qu’ils ne provenaient, en outre, ni de sa bouche, ni des articulations de ses pieds et de ses mains; qu’enfin^ ils n’étaient pas produits par quelque autre personne, soit à dessein, soit par hasard. Cette conviction fut partagée par beaucoup de médecins estimables et de laïques qui visitèrent la malade.
« Ces bruits commencèrent du 12 au lâ janvier. Ils augmentèrent de violence pendant quelque temps, puis ils diminuèrent et cessèrent peu à peu dans la deuxième quinzaine de mars. Ils se faisaient entendre, et pendant les accès de spasme et dans les intermissions , mais jamais pendant le sommeil. Ils étaient plus forts vers le soir, et pouvaient évidemment être provoqués par des influences extérieures, 11 suffisait, par exemple, de frapper ou de gratter un corps dur, la RÉPONSE avait lieu immédiatement en un nombre de coups ÉGAL, dans la même mesure et avec la même force. Souvent l’appel d’une personne restait sans écho pendant plusieurs jours, tandis que celui d’une autre obtenait sur-le-champ une réponse. Plus tard, pour provoquer les sons, il suffisait d’en parler ou de fixer le nombre des coups. Chantait-on dans la chambre, ou faisait-on de la musique dans la rue : les sons marquaient souvent la mesure ; la nature des sons eux-mêmes variait. Les jeunes sœurs de la malade prenaient grand plaisir à provoquer des battements et des grattements plus ou moins rapides, plus ou moins sonores, des rongements, le bruit de la pluie, celui d’une goutte d’eau qui tombe. Un des sons les plus curieux fut l’imitation du bruit d’une scie, mais il ne dura que deux jours.
(( Le lieu d’où provenait le bruit était diversement indiqué par les différentes personnes qui étaient assises autour du lit de la malade. La malade parut d’abord sHnquiéterde ces sons; elles’ en plaignait beaucoup dans les intervalles lucides ; une fois même, elle dit que l’on travaillait sans doute à son cercueil. Cependant, il est hors de doute qu’il était en son pouvoir de produire les sons à volonté, puisqu’un jour elle menaça de ces bruits avant qu’ils se fissent entendre.
« Vers la fin de févrierl832, dans un moment où les spasmes étaient encore dans toute leur intensité, le battement cessa tout à coup, et
IMPORTANCE MÉDICALE
Ton n’entendit plus que le bruit de grattement contre le bois du lit. On enleva toutes les planches qu’on remplaça par une espèce de hamac en grosse toile, et on coucha la malade sur un matelas fort mince, sans couverture. Bientôt le grattement se fit entendre comme si on avait gratté la toile du hamac. Dès ce moment, ce bruit diminua aussi considérablement; il ne se laissa plus provoquer, comme auparavant, au contraire, il était continuel dès qu’une personne du sexe masculin, ne fût-ce que le jeune frère de la malade, enfant de six ans, s’approchait du lit ou le touchait. L’approche. ou le contact des personnes de l’autre sexe n’affectait pas la malade. Le bruit était surtout fort lorsqu’on dirigeait le bout des doigts vers le creux de l’estomac, même à quelque distance; si, au contraire, on s’isolait de la malade, en se couvrant, par exemple, la main d’un mouchoir de soie, le bruit cessait à l’instant.
(( Un jour qu’on employa un mouchoir de soie en annonçant un mouchoir de coton, le grattement continua.
« Un autre phénomène singulier était raconté : dans un accès de spasme, la malade s’écria plusieurs fois d’une voix anxieuse : « Bernard, Bernard, ne tombe pas! » et peu de temps après, Bernard rentra la figure tout en sang.
(( Une autre fois, également pendant un accès de spasme, elle prit tout à coup une broderie placée près d’elle, et, sans V examiner, elle indiqua promptement une place où un léger défaut se trouvait dans le travail.
(( Lorsqu’elle croyait ne pas être vue, elle se dressait tout à coup sur son lit avec une rapidité incroyable, et, sautant avec une grande agilité et beaucoup d’assurance sur un ciel de lit assez élevé, s’élançaitsubitement au milieu de la chambre avec une égale rapidité. Tous ces mouvements s’exécutaient constamment presque sans bruit, tandis que les spasmes continuaient encore dans presque toute leur violence ; et au réveil, la malade était si faible, qu’elle pouvait à peine soulever la main, loin d’être en état de sortir du lit .
. La mère continuait à partager le lit de
la malade sans en éprouver une diminution des forces ni aucune incommodité. L’effet, évidemment favorable de ce moyen, donna l’idée, au commencement de l’été de cette année, de faire un essai avec un jeune chien qui futcouché auxpieds de la malade. L’animal maigrit, fut pris de convulsions, et mourut enfin, tandis que l’état de la malade s’améliora sensiblement. Dans l’été, la malade fut envoyée à la campagne où elle séjourna longtemps, et le grand air, joint à des bains de
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marc d’eau-de-vie, enleva les derniers restes de la maladie. Aujourd’hui, elle offre l’image d’une parfaite santé. Les bruits ont été considérés comme une ventriloquie. »
Observation LV, empruntée par Roth à M. le Marc qui réclame la priorité.
« II y a l\2 ans, dit ce dernier médecin, j’ai eu l’occasion d’observer un fait presque semblable, et il a fait le sujet de ma thèse inaugurale, publiée sous le titre de : Disserlatio inauguralis medica sistens historiammorbi varions spasmodici, cum brevi epicrisi; Erlangæ, 1792.
(( 11 s’agissait d’une fille de onze ans, d’une constitution lâche, sujette à des affections vermineuses et muqueuses qu’on avait combattues par une médication conforme à ces circonstances.
« Prise, verslafin del791,de convulsions étranges... Ces convulsions continuèrent depuis la fin de février jusqu’au H avril. Mais à cette époque se manifesta un phénomène des plus extraordinaires et bien DIFFICILE A EXPLIQUER. Je le rapporterai tel que je l’ai consigné dans ma thèse, afin qu’on puisse mieux juger de sa similitude avec celui que le D*" Plalh a fait connaître. »
Nous traduisons ici la thèse latine :
(( Ce phénomène consistait en un certain bruit dans les articulations, semblable à celui que font entendre nos rongeurs de muraille, ou toute personne qui gratte avec ses ongles.
« Ces bruits paraissaient passer dans chaque couverture qui était touchée par la malade. Cette couverture alors répondait avec esprit, ingé- Nio, avec force et caractère, indole, ac vi, etc., comme les chaises sur lesquelles on plaçait la malade.
« Je n’entrerai dans aucune' explication (à la bonne heure!) sur cette singulière maladie. Toutefois, je ne suis pas éloigné de lui assigner une origine semblable à celle du cas dont parle le D‘‘ Plath.
(( Mon but principal était de confirmer la vérité de l’observation de ce médecin, et je le puis avec d’autant plus d’assurance que non-seulement j’ai rendu les plus célèbres docteurs de l’université témoins du phénomène extraordinaire qui s’est offert à mon observation , mais que je me suis méfié et garanti de toute déception, en faisant mettre la malade dans un état complet de nudité, et en la portant ainsi, au moment où on ne s’y attendait pas, dans son appartement, sans que le bruit du grattement inexplicable ait cessé pour cela de se reproduire. ))