Testament de Georget, daté du 1®** mars
IMPORTANCE MÉDICALE
s’ouvre à votre droite; après huit heures d’admiration incessante et d’ascension pénible dans les gorges du mont Léon et du roc infernal, vous finirez par arriver, mort ou vif, au village de Morzine, l’un des plus beaux, des plus considérables et des plus civilisés de toute la Savoie. Là., pour peu qu’il vous reste de forces, vous commencerez par vous rendre au presbytère, et lorsque les premiers soins vous auront été prodigués par le plus vénérable des pasteurs, vous le prierez de vous initier, sous le manteau d’une cheminée dont, à cette élévation de 1,800 mètres, vous bénirez le bienfait, au gros des phénomènes qui depuis plusieurs années se sont déroulés sous ses yeux. Le lendemain, vous consulterez à son tour le médecin du voisinage qui, sans contredit, les a le plus observés, étudiés et traités. Il est vrai que, choisi par le gouvernement sarde et adjoint à deux collègues comme lui chargés de la première enquête, il a cru devoir se séparer de ces derniers et refuser de signer leurs conclusions, mais c’est, dit- on, parce qu’il a voulu rester fidèle, à sa conscience d’abord, ensuite à toutes les lois de la logique qui l’obligeaient à tenir compte de toutes les circonstances dédaignées ou éliminées par le bon plaisir de la doctrine à priori.
Ce témoignage d’un praticien qui a vécu au milieu de l’épidémie, qui l’a subie dans sa maison, et n’a jugé qu’à posteriori des faits accomplis pendant quatre ans sous ses yeux, nous paraît infiniment plus sacré que tous les autres. Il va sans dire que nous comprenons parmi ces derniers ces médecins, d’ailleurs très-respectables, qui, tout munis qu’ils fussent de firmans officiels, n’en sont pas moins partis de Turin ou de Paris avec leur siège tout fait et avec le principe bien arrêté de n’admettre que les faits admissibles, principe inadmissible, avons-nous dit, en bonne philosophie.
Aussi, pendant que ces savants décidés à l’avance, et retombant dans la méprise si bien relevée tout à l’heure à propos des deux chorées, confondront avec les autres cette névrose toute spéciale et se contenteront de nous apprendre que c’est...
LES CENT POSSÉDÉES DÈ MORZINE
une névrose^ l’ expérimentateur de quatre ans nous signalera, lui, toutes les anomalies qui précisément empêchent la confusion et caractérisent cette variété.
Il va sans dire encore que toutes les adhésions du public, qui lit vite et qui partage le préjugé commun, seront acquises à l’avance à l’opinion officielle qui ne dit 7'ien; puisse celle qui dit beaucoup ressortir éclatante et complète aux yeux de tout juge attentif et qui n’a pas de parti pris!
N -B. A ce rapport médical , nous en adjoindrons trois autres , émanés de trois sources respectables et très-diverses : l’une que nous désignerons par l’initiale de M. V... (ou rapport n^ 1) ; l’autre par M. *** (ou rapport n® 2). Ce rapport est du à un laïque très-instruit, très-judicieux, très-sceptique, qui s’est transporté sur les lieux pour juger par lui-même, et qui n’a pas eu besoin d’un diplôme de médecin pour faire une très-bonne enquête et rapporter fidèlement ce qu’il avait vu et entendu. Quant au rapport n® 3, pourquoi ne le dirions-nous pas? c’est celui du vénérable et bon curé de Morzine, condamné de par la science, et exilé de sa paroisse, comme auteur de tout le mal, pour avoir osé obéir à l’Évangile en employant l’exorcisme.
Nous conserverons le caractère typographique ordinaire au rapport médical dont nous donnons la substance, et le caractère plus fin aux trois autres.
Nous y joindrons nos propres réflexions, sous forme de notes.