Qu’a fait le Rédempteur pour sauver le genre humain
6. D’abord il est probable que cet on savait suffisamment l’allemand pour avoir été jugé compétent; ensuite, pour le latin, ce n’est plus ici le curé qui interroge, c’est un étranger, et il faudrait qu’il eût été bien difficile pour nôtre pas satisfait des réponses.
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jambes en l’air, se livrer aux contorsions les plus étranges, puis, glissant par les branches sur un autre sapin distant de deux mètres et demi, en redescendre toujours dans la même position, c’est-à-dire la tête en bas. Quelquefois le sapin sur lequel il s’élancait était bien plus éloigné. Lorsqu’il fit cette expédition pour la première fois, arriyé au sommet, la crise cessa un moment; alors, épouvanté, il se met à pleurer, à pousser des cris affreux, à s’écrier « qu’il était perdu... » Et il l’était en effet si, la crise lui revenant, il n’eût pas retrouvé, grâce à elle, toute son audace et toute son habileté. Je l’ai vu grimper une jambe sur un frêne et une autre jambe sur un autre ;... plusieurs autres fois sur des rochers que nul bipède n’eût osé attaquer; arrivé au milieu, il se couchait et finissait par atteindre l’extrême pointe. »
« Un enfant de douze ans (Joseph T...) grimpait à fextrême pointe d'un sapin qui a au moins cent pieds, et de là, après être resté longtemps sur la tête et les pieds en fair, il sautait sur un autre sapin éloigné de plusieurs mètres, du haut duquel il redescendait également la tête en bas. Magdeleine T... est aussi restée fort longtemps ayant un pied sur le sommet d’un sapin et l’autre pied sur un autre peu distant. » (Rapp. n® 1.)
(( L’une d’elles, Victorine V..., âgée de dix ans, d’une figure et d’un caractère très-doux, était la plus méchante; non-seulement elle montait et descendait avec une rapidité extrême, mais, quand elle était en haut, elle se balançait et s’élançait d’un sapin sur un autre, comme l’aurait fait un écureuil ou un singe. » {Journal de Genève L)
Au mois de juin, une de ces filles ayant été conduite à Genève fut prise d’une très -forte crise qu’elle attribua
i . Un autre témoin oculairea vu l’une de ces jeunes filles (nous ne savons si c’est la même ) sauter d’un sommet sur un autre ; il a mesuré la distance, il a trouvé 8 mètres ( 24 pieds ) . Arrivée sur ce second sommet, et la mère se tordant de désespoir au pied de l’arbre, une voix forte sortie de la fille lui cria : «N’aie pas peur, S. N., je ne peux rien lui faire à ta gueuse de fille ^ ça ne m’est pas permis, on va te la rendre... tiens... » Et la fille arrivait comme un paquet de linge aux pieds de sa mère à demi morte de frayeur.
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à l’horreur que lui causaient les cloches de Morzine. — Mais vous êtes à quinze lieues, lui dirent quelques ouvriers maçons qui travaillaient auprès d’elle. — Est-ce que je n’entends pas leur S. N. de carillon pour le baptême du fils du docteur *** ? Et elle écumait de rage. C’était exact, on baptisait son fils au même moment à Morzine.
Mêmes fureurs chez toutes, toutes les fois que l’on sonnait V Angélus, qu’elles l’entendissent ou ne l’entendissent pas.
Un des jours de juin, toutes les malades de la première famille tombèrent en crise à la même seconde, et en attribuèrent la cause à la messe que le vicaire de M... célébrait pour elles à ce moment à l’autel de Saint-Guérin, de Saint- Jean-d’Aulph. On le leur avait caché avec soin, et la distance était de plus de dix kilomètres. Une autre fois elles s’indignent de ce que le prêtre disant, au même lieu, la messe pour d’autres personnes, s’occupait d’elles-mêmes au Memento des vivants. Ce même jour, elles voient un médecin incroyant se diriger vers Morzine avec l’intention de les interroger, et JURENT qu’elles NE LUI MONTRERONT RIEN ; ce qu’elles firent avec grand soin^.
La vue à distance dont nous avons déjà cité des exemples se manifestait fort souvent : « Ainsi l'une d’elles , dit notre docteur, annonce aux sœurs qu’elle me voit ordonner des sangsues à la femme d’un médecin de Saint- Jean- d’Aulph qui d’ordinaire était soignée par son mari. Celui-ci se trouvant ce même jour à Thonon, mon assistance était tout à. fait anormale et j’ordonnais bien réellement les sangsues. »
1. Et le médecin, sans aucun doute, sera reparti triomphant. En général, à l’incroyance parfaite on ne montre rien du tout; à la semi-incroyance, on montre un demi-merveilleux, tout juste ce qu’il en faut pour naturaliser les éléments acquis. On ne se prodigue qu’à la croyance parfaite; comme dans l’Évangile , mais dans un but tout contraire, on donne beaucoup à celui qui a beaucoup, et on ôte à celui qui a trop peu. Appuyez-vous donc après cela sur les témoignages négatifs dont on a si bien dit que, « en bonne philosophie, mille d’entre eux ne sauraient balancer un seul témoignage affirmatif. »
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(( Une autre fait retrouver, à deux kilomètres du village, une chaîne en fer perdue et cherchée depuis huit ans par tout le monde comme par elle.
« Une troisième annonce à la nièce de la sœur supérieure ce que font ses frères en ce moment. Elle ajoute qu’un jeune militaire de ses parents, au lieu d’être à la Spezzia, comme on le croyait, est en ce moment à Gènes. Elle dit exactement ce qu’il y fait et pourquoi on l’y a fait revenir.
« Une quatrième déclare qu’elle respectera ma femme. — Et pourquoi? lui demande-t-on; est-ce parce qu’elle est la femme d’un médecin? — Non. — Est-ce à cause de son fils aîné? — Non; mais a cause du frère qu’il aura dans quinze jours. — En effet, ma femme accouche d’un garçon au bout des quinze jours ^.)>
Vinrent les exorcismes. Les crises deviennent d’une violence épouvantable dans l’église. Les enfants de dix ans déploient une force supérieure à celle des trois grandes personnes qui les tiennent. On n’entend que des rugissements, surtout au moment delà consécration, de la communion, et lorsque le nom de la sainte Vierge est prononcé.
Le curé est un jour obligé de descendre de chaire, tant ses recommandations de la pratique du chapelet avaient excité de tumulte.
Néanmoins, les exorcismes se poursuivent. Les malades répondent très-catégoriquement aux interrogations latines du curé. Il suffit à celui-ci de passer son étole au cou de l’une des plus jeunes, pour l’enchaîner de force à la table de jcommunion, devant laquelle elle se roulait en criant, la bouche pleine d’écume : — Tu le vois bien, S. N. de calottin, que tu ne pourras pas la guérir !
\ . Ce respect des esprits possesseurs pour la femme enceinte , respect qu’ils disent tous leur être imposé d'office, se retrouve dans tous les procès de sorcellerie et n’est pas un des traits les moins consolants de la surveillance angélique qui plane au-dessus de ces horribles libertés et sait les enchaîner.
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« C’est en réalité le curé qui, par ces exorcismes, a causé tout le mal, et le cause encore, en entretenant par ces cérémonies, à domicile, un état de frayeur et d’exaltation chez des gens peu éclairés. » {Journal de Genève, loc. cit.)
« Cependant elles faiblissent. Une d’elles lui crie : « Ah ! char — , encore trois exorcismes comme celui-ci, et tu me forceras à partir,... je n’y peux plus tenir. » Le curé continue, et, après les trois exorcismes, la malade est prise d’envie de vomir et sa voisine s’écrie : « Ah ! en voilà un dehors, mais moi je ne sortirai pas.» Elle fut néanmoins teude temps après délivrée COMME LES AUTRES, ET REMERCIA LE PASTEUR DU FOND DE
l’ame.
M Celles qui ne peuvent se rendre aux exorcismes n’en sont moins influencées à la maison, surtout au moment de la bénédiction. »
« Le médecin qui a suivi le plus régulièrement ces enfants nous a déclaré que ce n’était pas une maladie naturelle, guérissable par des moyens humains. Nous n’avons vu, nous a-t-il dit, d’enfant guéri que par les exorcismes. C’est le seul remède. » (Rapp. n“ 2.)
« Les choses en étaient là; la maladie se trouvait calmée parle secours des exorcismes et des prières; plusieurs filles avaient été guéries par ce moyen, et l’on allait continuer lorsque les prêtres reçurent l’ordre de tout cesser. Mais au mois de décembre suivant, le nombre ayant considérablement augmenté, et la maladie progressant toujours, au mois de février (1858), M. M..., supérieur des missionnaires de notre diocèse, , fut envoyé à Morzine pour examiner les choses. Après examen, il leva publiquement dans l’église la prohibition des exorcismes qui recommencèrent aussitôt, et cette fois en GUÉRIRENT UN GRAND NOMBRE, quoiqu’une partie, il est vrai, * ne l’ait été que pour trois semaines, un mois, et davantage. Tout marchait donc pour le mieux, lorsque I’autorité revint A LA charge et défendit encore une fois les exorcismes. Les prêtres obéirent et ne permirent plus que les pèlerinages.
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Toutes celles qui se rendirent à Notre-Dame de la Gorge, près du mont Blanc, en éprouvèrent un grand soulagement, et plusieurs même y furent guéries complètement.
(( Depuis r abandon des exorcismes néanmoins, et surtout depuis Noël dernier (1860)^ cette terrible affection a pris un tel accroissement parmi les personnes du sexe, mariées ou non (à l’exception toutefois des enfants), quil y a bien peu de familles qui nen soient atteintes. Je suis obligé de dire que les crises sont redevenues ce qu’elles étaient dans le principe. Quelques hommes même en ont été atteints ce printemps. »
(( Aucun malade n’a pu être guéri par les remèdes ou par les soins des médecins. En vain se rejettent-ils sur ce qu’on n’a pas suivi leurs ordonnances il n’y a que les prières de l’Église et les exorcismes qui aient jamais produit des effets salutaires ; il y aeu depuis le premier jour (15 MARS 1857) jusqu’à présent (6 octobre 1860) environ cent et quelques malades. M en reste environ vingt-cinq, tant anciens que nouveaux, qui ne sont pas guéris. Or le plus grand nombre l’a été subitement, soit par les exorcismes, soit dans les pèlerinages. II est très-vrai que les exorcismes ont toujours fait souffrir au commencement les malades, au point qu’il fallait plusieurs personnes pour les tenir ; mais au bout d’une heure, les crises salutaires arrivaient. )> (Rapp. n® 3.)
« J’oubliais de dire que les animaux eux-mêmes avaient payé leur tribut à l’épreuve. Dans une grande partie des familles affligées et même dans quelques autres, on vous dira que les animaux ne peuvent manger, que d’autres ne donnent pas de lait, ou que de leur lait on ne saurait faire de beurre. D’autres, dit-on, ne peuvent se tenir sur leurs jambes, maigrissent tout en mangeant beaucoup, ou rongent le bois de leurs râteliers sans vouloir toucher au fourrage. Dans d’autres
i. Nous sommes cependant obligé d’avouer que M. le D** T..., de Thonon, nous a dit en avoir guéri deux par les moyens ordinaires et les bains froids. Mais ce docteur, homme de mérite et de bien, ne s’est-il pas fait illusion? Quoiqu’il se soit rendu plus d’une fois à Morzine, il nous a paru ignorer complètement tout ce qui se trouve relaté dans ces trois Mémo ires, et se renfermer uniquement dans la lettre de ce qu’il appelle ses auteurs. C’est précisément là ce qu’il faudrait oublier devant les faits.
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maisons, il y avait entre les maîtres et leurs animaux comme une transplantation du mal. Une fille paraissait-elle guérie, les animaux tombaient malades ; ceux-ci étaient-ils guéris à. leur tour, la première retombait dans son premier état.
(( Des bénédictions ont été faites dans ces maisons sur les animaux, dans les granges sur les récoltes, et tout s’améliorait au prorata de leur persistance, ou du moins pendant un certain temps.
«J’ai oublié de parler de l’insensibilité absolue des malades. Elle a été, du reste, constatée par tous les autres médecins. J’affirme qu’un charbon ardent et dur est resté longtemps placé sur la main de l’une d’elles, non-seulement sans qu’elle en ressentît la moindre douleur, mais encore sans qu’elle en conservât la moindre trace i.
« Somme toute, l’élément caractéristique de cette singulière maladie est la haine de Dieu et de tout ce qui s’y rapporte. »
« Le guide de M. deC... fut tellement effrayé de voir Marie G... se débarrasser des étreintes des quatre hommes qui la menaient, qu’il laissa échapper ce cri : « Ah! bon Dieu ! » Aussitôt une de ces enfants se précipite sur lui en criant : « AhI S. N., je m’en vais te le donner ton bon Dieu ! » Et le jeune homme de se sauver et d’aller se jeter tout malade sur son lit. » (Rapport n" 2.)
« Et quant â moi, qu’on l’appelle hystérie^ névrose ou convulsion, comme tous les remèdes employés par nous ont toujours aggravé le mal, je répéterai toujours ce que j’ai dit à tous les médecins de France et de Savoie qui sont venus me consulter : C’est un état tout à fait inexplicable par les lumières de la médecine.
« Cependant de nouvelles plaintes se formulent; on en appelle
1 . L’extase cataleptique naturelle offre et explique très-bien l’insensibilité de l’extatique, mais elle n’offre et n’explique jamais l’invulnérabilité; les cautérisations et les moxas laissent parfaitement toutes leurs ti aces sur la peau des chloroformés. Ici ce n’est plus le malade, c’est le charbon qui se trouve paralysé, et ce prodige est la doublure à l’inverse de cette table de marbre qui brûlait M“' de S... (Voir append. du l'*' Méra.)
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encore à l’autorité du ministre de l’intérieur, qui désigne, au mois de septembre 1860, un médecin aliéniste de Lyon fort distingué, qui se rend ici avec un interne des hôpitaux. Tous deux n’ont voulu reconnaître dans cette affection que des signes naturels d’hystérie. « Il est vrai encore qu’ils n’ont voulu admettre aucun des faits surnaturels; cependant j’ai dû remarquer, puisque je ne les ai pas quittés, qu’ils avaient peine à se rendre compte de certains symptômes que, certes, ils ne rencontrent pas parmi ceux de l’hystérie ; et ce qui me prouve qu’il en était ainsi, c’est qu’après avoir promis que dans peu il y aurait des ordres donnés pour fixer les bases d’un traitement, et qu’on en ferait certainement descendre plusieurs à l’hôpital de Thonon, on n’a encore pris aucune mesure et aucune décision pour tâcher de conjurer un fléau dont l’accroissement quotidien désole notre localité. On s’en est plaint, et il a été répondu que « l’on voulait étudier encore, avant de se prononcer là-dessus. »
« Les médecins de Lyon n’ont paru préoccupés que d’une seule chose : c’est de faire retomber cette maladie sur les prêtres ; ils ont répété à satiété qu’il fallait, surtout, empêcher la lecture des mauvais livres (ce conseil paraît une mauvaise plaisanterie adressé à de pauvres enfants qui ne cessent de travailler aux champs), ne parler devant elles ni de sortilège, ni de matières religieuses et qu’il fallait surtout les traiter très-durement, au lieu de leur parler avec bonté comme on l’avait fait jusque-là. » (Rapp. n® 3.)
« Mais alors, comment faire? On ne peut exiger une inaction complète chez tant de personnes affligées. Entre cette prohibition de tous remèdes spirituels et cet abandon de tous remèdes naturels, il n’était pas étonnant que le charlatanisme trouvât le joint pour passer. D’ailleurs, la médecine elle-même avait prononcé le mot de magnétisme animal. Un médecin trèsdistingué de la Savoie, avec lequel j’ai eu de fréquentes consultations, tout en maintenant le naturalisme de cette maladie, veut l’expliquer par les forces encore mal connues du magnétisme animal. Si donc une explication naturelle était jamais
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possible, ce ne pourrait être que celle-là; mais qu est-ce que le magnétisme ^ ?
«Vers la fin du mois de janvier dernier, un individu magnétiseur, dont j’ignore le nom et la patrie, quoiqu’il se dise Français, mais qui venait d’être condamné en Suisse pour exercice illégal de la médecine, arrive à Morzine, se vantant de guérir non-seulement cet ordre de maladies, mais encore toute autre maladie ordinaire, fût-elle incurable. M. le maire, le voyant arriver sans autorisation, exige d’abord qu’il en ait une,etil l’obtient du sous-préfet de Thonon. On ne lui permet cependant de traiter sans surveillance que deux jeunes filles seulement, et le maire reste chargé de faire part du résultat à r autorité qui avisera. »
« C’est donc en réalité le curé qui a fait tout le mal; il n’y avait là, cependant, que des eiïeis tout naturels, bien des fois observés (oui, mais expliqués?...), dépendant d’un ébranlement du système nerveux sur des enfants chez lesquels la frayeur (il y tient) et l’imitation avaient exalté l’imagination, et nous ne saurions y voir que des accès d’hystérie et de somnambulisme... Les guérisons produites à l’aide du magnétisme par M, Lafontaine en sont les preuves évidentes. » {Journal de Genève ^.)
«Ainsi auforisé, notre charlatan magnétiseur commence l’application de son traitement sur une femme mariée et mère de
Pauvre médecine ! hier encore traitant de fous ceux qui avaient le malheur de prononcer ce seul mot, aujourd’hui Taccueillant comme un refuge devant certaines folies, elle ne s’aperçoit pas qu’elle se déjuge sans profit, puisque, par cette vraie pétition de principes, elle se contente d’expliquer un état inconnu par le même état inconnu. Autant vaudrait expliquer certains faits magnétiques par les phénomènes de Morzine. Encore une fois, noire docteur a raison : qu’est-ce que le magnétisme ?
2. Il y a longtemps que nous le disons: nous ne sortirons de la spiritophobie que par la spirilomanie la plus intense.
Laissons donc notre médecin nous détailler l’emploi de ce moyen à Morzine; il va sans dire que dans son récit rien n’indique que le magnétiseur dont il parle soit celui dont le Journal de Genève vient de prononcer le nom.
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famille. Après plusieurs jours de tentatives infructueuses, il déclare qu’il ne peut rien sur elle, parce qu’elle est enceinte.
Il forme alors une société de plusieurs jeunes gens auxquels il donne des leçons de magnétisme, pour qu’ils puissent lui venir en aide; mais, comme il exige d’eux qu’ils fassent un
SERMENT ET QU’iLS LE SIGNENT DE LEUR PROPRE SANG, qu’à d’au-
tres il présente vers la région du cœur la pointe d’un couteau^, un de ces individus est pris d’effroi, renonce à cet engagement et vient me le révéler. Les autres sont venus en aide à leur maître ainsi qu’une somnambule qu’il avait formée et qui révélait les moyens de la guérison. Il y a eu, en effet, quelques jeunes filles qui sont devenues somnambules, mais leur guérison ne durait que bien peu de jours, et « leur dernier état devenait pire que le premier 2. » D’autres ont fait semblant de l’être, pour échapper, ont-elles dit, à cet enchanteur qui se vantait auprès d’elles d’avoir fait mourir à Genève un de leurs persécuteurs. Mais cet individu, déclaré mort, est encore vivant à l’hèure qu’il est.
« Quant à ce mode de traitement magnétique, le voici, d’après des témoins oculaires : le magnétiseur fait coucher par terre ces malades, les fait tenir, et alors leur souffle dans la bouche pendant qu’un de ses élèves souffle sur la tête et un autre sur l’estomac. D’autres fois, il les attache k un moixeau de bois sur le plancher de la chambre, leur met un genou sur la poitrine, leur fait boire de l’eau magnétisée, quelquefois même des médecines de sa façon qu’il leur vend fort cher, et c’est ainsi qu’il les magnétise. »
« Le Journal de Genève déclare que rien n’est plus naturel que cette maladie, et que le magnétisme la guérit parfaitement. Mais, puisque c’est en développant la lucidité somnambulique et en lui obéissant
t. Qu’on se rappelle tout ce que nous avons dit de ces pointes (au ch. de Cideville), et du fer avec lequel Ulysse, dans Virgile, écarte les ombres.
2. Ne serait-ce pas là le cas de ces dieux du paganisme, qui, selon Tertullien, « guérissaient en se retirant ?» il est aisé de faire des miracles , lorsqu’on se conjure soi-même.
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qu’on a réussi à Morzine, comment s’explique-t-il que toutes ces lucides aient continué à se dire possédées et à nommer les coupables? Ce ne doit pas être, il nous semble, un médiocre embarras pour ce Journal et pour les partisans du magnétisme. »
On comprend que, délaissés par la science , trompés par le charlatanisme, privés des moyens religieux interdits par l’autorité, ces pauvres gens soient tombés dans un état d’exaspération difficile à décrire.
« Nous avons interrogé Pernette B... qui a eu quatre enfants délivrés par les exorcismes ; elle nous disait : « Je verrais tomber le ciel, les montagnes se battre et se renverser, que je serais moins épouvantée que de ce que j’ai vu dans ma maison : mon mari en est mort de douleur, et moi j’ai été si malade qu’il a fallu m’administrer les derniers sacrements. » 11 est des parents qui ont dépensé plus de 600 francs dans tous les genres de traitement possible... Un malheureux père, le père V..., dans un moment d’impatience a cassé le bras de sa fille. « Tue-la, s’est écrié son esprit possesseur, tue-la donc, nous nous en irons rejoindre notre maître. — Quel est votre maître? — Lucifer. — J’aimerais mieux tuer ma pauvre fille que d’avoir toujours le diable chez moi. » (Rapp. n“ 2.)
Il y a eu plusieurs morts par suite de cet état : aussi les populations témoignent-elles un grand mécontentement et demandent-elles toujours qu’on en revienne aux exorcismes ; mais le curé étant comme gardé à vue pour les rendre impossibles, beaucoup de ces braves gens se sont adressés à la justice, et l’on se souviendra longtemps à Thonon du jour où ces pauvres malades sont venues déposer leurs plaintes contre des accusés, qui étaient aussi là pour se défendre. Effrayés de ce qui se passait sous leurs yeux, et peu jaloux de rentrer dans leurs anciens droits , les juges, dit-on, se sont singulièrement hâtés d’acquitter les suspectes, à l’exception d’une seule qui, convaincue d’avoir proféré quelques menaces, a été condamnée, pour ce fait seul, à 400 francs de dommages-intérêts. Mais en vérité, la justice, pas plus que la médecine, ne peut plus faire un seul pas sur ce terrain miné. Logiquement parlant, la menace de « lancer un sort » ne saurait, à l’heure qu’il est, et aux yeux
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de nos incroyants, constituer un délit plus grave que celui de ce juron : « Que le diable vous emporte! » or, si les deux imprécations se valent comme effet , on conviendra que les 400 francs d’amende sont un peu lourds.
Voilà où en sont les choses.
Arrêtons-nous ici. Les faits parlent assez d’eux-mêmes.
Médecins qui ne croyez pas aux démons, allez passer, sans préjugé, un mois de suite à Morzine, et vous, médecins qui y croyez, élevez donc généreusement la voix, et, devant de si grandes misères, ne craignez pas de proclamer bien haut l’importance pathologique du dogme des esprits.
N. B. Au moment de mettre sous presse, nous recevons, sous la date du k mars 1862, une double confirmation qui nous paraît fort importante. C’est l’attestation par M. le curé de Divonne, et par M. le vicaire de Gex, de tous les faits rapportés ci-dessus. Le premier, parti de chez lui pour Morzine entièrement incrédule, a généreusement signé l’expression et les raisons de sa conversion complète; quant au second, son pèlerinage devint l’occasion de l’un des plus remarquables phénomènes. Pendant qu’il prêchait dans l’église de Morzine, son sermon se trouvait répété simultanément et mot pour mot par une des possédées dans une église située à deux kilomètres de distance.