‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 180 sur 341 · Dans ce dernier cas, nnus les indiquerions à la table · texte numérisé non relu

Dans ce dernier cas, nnus les indiquerions à la table

NOUVEAU RAPPORT MÉDICAL

aussi vénéré qu’adoré, emploi constant et déploiement de la force militaire, exil et séparations forcées de toutes ces familles, injonctions aux prêtres, aux autorités, au conseil municipal, au médecin luimême, de penser, de parler et d’agir contre leur propre conviction, et dans le sens d’un lieu commun médical qui, déjà fort ébranlé, n’existera peut-être plus dans vingt ans! Nous ne croyons pas que, dans les siècles d’esclavage, l’injonction, par la force publique, de professer sous peine d’interdit une opinion dictée, ait jamais été plus tyranniquement formulée

Ne pouvant juger le rapport officiel qui n’est pas encore publié et ne le sera peut-être jamais, nous allons le préjuger par celui de l’admirateur et collègue de M. le D** C..., M. le D*" Chiara. Ce dernier, rapport extrait de la Gazette médicale de Lyon, a paru sous le titre de « Les Diables de Morzine en 1851, ou Les Nouvelles Possédées, »

11 suffira de consacrer quelques lignes aux principes, dénégations, aveux de ce médecin et aux conclusions qu’il en tire.

Grand admirateur de M. le D** C..., il partage tous ses principes, et comme ces principes sont montés en chemin de fer avec lui à son départ de Lyon, il ne s’est même pas donné la peine de les réviser à Morzine. Ce sont eux qui l’ont guidé dans toute son enquête, dans le choix des faits à voir, des récits à admettre et des causes à chercher.

(( La possession diabolique, dit-il, enfantée autrefois par l’ignorance et la superstition % n’est plus aujourd’hui qu’un fait naturel que la science a dégagé des nuages qui l’enveloppaient... Cette croyance ridicule a fait place à une incrédulité aussi générale que légitime. » (Pag. 5.)

« Sans avoir l’intention de donner un traité complet sur la matière (p. 6),... j’esquisserai à grands traits l’historique de cette démonie de Morzine, et je rapporterai les renseignements que je dois à l’obligeance des D*’® Buet, Tavernier, Noël, Geoffroy, etc... J’éliminerai, bien ENTENDU (nous y voilà!...), les faits qui manquent d’authenticité... ou

1 . Dans le premier quart de ce siècle, la Faculté de médecine demandait un jour au gouvernement d"' imposer à toute la France l’enseignement et l’application du fameux système de Broussais, de ce même système qui, suivant l’expression d’un académicien, « a couvert la France de funérailles et moissonné l’élite de la nation ». Or, nous voyons qu’au besoin on imposerait très-volontiers le système spiritophobe à la partie réactionnaire de la théologie et de la médecine.

%, Oui, l’ignorance de Platon comme la superstition de Jésus !

IMPORT. MÉD. — MORZINE.

les contes plus ou moins fantastiques,... pour me borner aux faits rigoureusement observés et attestés par des personnes dignes de foil... » (P. 71.)

Un instant!... M. Ghiara aura certainement rangé parmi ces contes certains articles des trois rapports que nous avons donnés. Il sait parfaitement bien, cependant, que ces rapports émanent de personnes très-respectables, très-sensées, très-absolues dans leurs affirmations, et que la relation médicale, entre autres, est Toeuvre de Tun de ces médecins qu’il remercie et de celui qui a observe le plus longtemps.

Voilà donc le 'pai'ti. 'pris, pris lui-même sur le fait et très-ingénument confessé.

Ces messieurs n’ont donc pas lu ou du moins n’ont pas su profiter de cette recommandation faite tant de fois, soit par notre président de l’Académie des sciences (M. Dumas), soit par Arago de « noter avec le plus grand soin jusqu’aux moindres circonstances des phénomènes observés, attendu que ce sont ordinairement ces circonstances négligées qui caractérisent les faits. »

Et, cependant, que d’autres dont l’acceptation doit lui paraître bien dure et à l’égard desquelles il s’exécute loyalement !

Ainsi, dans sa première observation (p. 7] fixant le point de départ de l’invasion à Essert-Roman, village voisin de Morzine, il reconnaît que la première malade prédisait dans ses accès « qu’elle ne pouvait guérir que si elle allait à Besançon se faire exorciser, qu’elle y alla et qu’elle en revint guérie. » — « C’est cet exemple, dit-il , qui a légitimé toutes les pratiques mystiques subséquentes, tandis, ajoutet-il, que ce n’était que le résultat pur et simple des distractions du voyage. »

Pourquoi donc les mêmes voyageuses que la médecine a fait rayonner en tous sens ont-elles été si peu distraites cette fois-ci que la diminution des malades, remarquée après le départ de M. le D** G..., n’était due, selon M. Ghiara lui-même , a qu’au renvoi d’un grand nombre, qu’à la fuite des autres au sommet des montagnes pour échapper à la coercition, de sorte qu’on peut dire aujourd’hui cette diminution plus apparente que réelle? » (P. 10.)

Aveux précieux qui légitiment assurément tout ce que nous avons dit dans nos premières pages et qui suffisent à l’appréciation d’une thérapeutique soutenue par « quarante hommes de troupe et une brigade

Page 1