‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 181 sur 341 · DE GENDARMERIE. )) (P · texte numérisé non relu

DE GENDARMERIE. )) (P

Nous préférions le pèlerinage à Besançon.

Mais jusqu’ici nous ne voyons pas d’étiologie suffisante pour les pre-

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mières crises d’Essert-Roman, et bien moins encore pour toutes celles de Morzine\ M. Chiara met tour à tour en avant la mauvaise nourriture, — l’influence de riiérédité, — la disposition à la folie, — les mariages consanguins, — les causes morales — et surtout le fanatisme, l’ignorance, la superstition, et, comme l’a dit le médecin de Lyon, les mauvaises lectures, et principalement celles des livres de magie, etc.

Rien ne prouve mieux l’absence d’une bonne raison que l’accumulation des mauvaises. Quand on frappe à toutes les portes, c’est qu’on ne connaît pas la vraie ; mais chacune de ces causes eût-elle apporté son contingent au fléau, il faudrait avant tout nous expliquer :...

Comment ces jeunes filles « dont le physique exclut toute idée d’une maladie quelconque, » et à plus forte raison celles qui, malgré cette mauvaise nourriture, avaient acquis « une constitution athlétique)) (p. 11), ont attendu, pour en porter la peine, l’arrivée d’une jeune fille du voisinage -,

2° Comment « ce fanatisme, cette ignorance et cette superstition )) pourraient se concilier avec « le caractère doux et affable, la tenue décente, la netteté, la promptitude et l’à-propos des réponses de ces jeunes filles » (p. 14);

3® Comment l’accusation des mauvaises lectures et surtout des livres de magie peut subsister auprès de cette autre affirmation :

« n’ayant jamais pu rien constater de semblable, malgré toutes mes recherches, cette cause doit évidemment être écartée. » (P. 25.)

Ainsi c’est la cause principale qui doit être avant tout écartée I

On voit que, quoi qu’on en dise, la lumière ne se fait pas. Nous verrons si nous serons plus heureux tout à l’heure.

Voyons maintenant si nous le serions davantage avec les phénomènes.

Quoiqu’il nous ait promis d’éliminer tous les contes, M. Chiara nous concède :

D’abord, les jurons horribles et les fureurs sans pareilles, la rage# écumante, les propos d’obscénité révoltante tenus par ces jeunes filles si pures et si candides. (P. 12.)

« Mais, disons-Ie tout de suite, ajoute-t-il, ce ne sont pas elles qui s’expriment ainsi, c’est le diable qui les possède et qui parle en son nom propre. Instrument passif, la fille Blaud se calme comme par enchantement,... elle tricotait avant, elle tricote après, n’éprouve aucune fatigue, ne se ressouvient de rien, et ne veut pas croire aux injures qu’elle nous a dites. )> (P. 13.)

L Nous avons dit qii’étiologie voulait dire « cause de maladie ».

IMPORT. MÉD. — MORZINE.

c< Quant au diable, dont elle est Torgane, il donne son origine. Àme damnée, et natif à* abondance (pays voisinj, il dit, en parlant de lui à la troisième personne, « mortuus est damnatus, )> et prononce d’autres phrases latines, dont il est inutile de dire autre chose si ce n’est qu’elles ne sont et peuvent être que des réminiscences de la chaire et des exorcismes. » (P. 15.)

On nous a promis les éliminations, voilà maintenant les hypothèses, et voyez le raisonnement ! « C’est grâce à la mémoire qu’on peut expliquer ( explique qui pourra l’explication ! ) les citations latines ou allemande qui leur échappaient, car il est notoire que ces LANGUES LEUR ÉTAIENT COMPLÈTEMENT inCOnnueS. )) (P. 15.)

Quoique le sachant depuis longtemps, nous sommes bien aise de le tenir de la bouche même du docteur. Maintenant, comprenez, si vous le pouvez, que la mémoire d’une jeune fille, qui ne sait que son patois, soit assez fraîche pour lui faire répondre en latin et en allemand , tout à fait inconnus et incompris, aux questions trèsprécises que le premier venu leur adresse dans ces deux langues. La mémoire ! eh ! qui donc leur a soufflé toutes ces histoires de damnés, les uns pour meurtre, les autres pour blasphèmes, etc., histoires dont quelques-unes n’ont pu être reconnues vraies qu’après de longues recherches sur les registres des communes désignées, mais à propos desquelles elle n’ont certainement entendu dire par qui que ce soit au monde mortuus est damnatus? »

M. Chiara a donc bien raison d’ajouter que « ce sont là les tours de force les plus surprenants. »

Il trouve bon d’éliminer ensuite tout ce qui a trait à la connaissance des choses éloignées et secrètes, si bien révélées et précisées dans notre rapport médical ; dans sa thèse, il a grandement raison, car la mémoire ne suffirait plus ici.

Quant à l’agilité, sans avoir précisé et mesuré les choses, comme l’ont fait nos premiers narrateurs, il avoue « qu’elles grimpent sur les arbres comme des chats et qu’elles en descendent la tête en bas, en se livrant à une foule d’évolutions plus périlleuses les unes que les autres. » (P. 18.)

Le docteur borne là ses confidences ; cependant, il paraît frappé de ce qui regarde les bestiaux. « Il y a tel de ces faits qui lui paraît trèscurieux et qui lui a été raconté par deux incrédules dignes de foi... » (P. 9.) Nous l’avons déjà dit, c’est dans l’ordre de ces faits entièrement étrangers aux malades qu’il faudrait chercher le secret de leur état.

En somme, voilà bien assez de concessions pour montrer combien

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doivent être vraies les dépositions que Ton ne combat pas et que l’on se contente d’omettre.

Restent enfin les conclusions, et quoique la science ait, dit-on, dégagé la vérité, ce n’est pas là, comme on le pense bien, le moindre des embarras de notre docteur.

Que ceux qui croient avec M. Figuier à ce dégagement triomphal, écoutent et apprennent enfin à le connaître, car voilà la plus belle occasion de le mettre en lumière et, comme on dit, de l’illustrer.

« Est-ce une hystérie, une démonie, une hystéro-démonie?

« D’abord est-ce une hystérie? Beaucoup de symptômes nous en rapprochent, mais notre démonie s’en éloigne par une foule de symptômes tels que, etc., etc., et surtout par cette chasteté, cette pudeur exceptionnelles, que procurent l’intégrité des fonctions de... » (P. 20 et 28.)

D’où il résulte que c’est à peu près le contraire de l’hystérie normale et naturelle.

c( Serait-ce une hystéro-démonie, où démonomanie d’Esquirol^? Mais dans celle-ci, on remarque toujours une modification dans les fonctions, une altération profonde de l’état général, une tendance à l’aggravation, une terminaison nécessairement fatale. Ainsi, analog'e quant à la forme, dissemblance complète quant au fond... La ressemblance est frappante, au contraire, avec les ursulines de Loudun, les trembleurs des Cévennes, les convulsionnaires jansénistes et les anabaptistes d’Allemagne, car, dans les deux cas, conservation delà santé, extase, somnambulisme, oubli complet après la crise, etc. » (P. 29.)

Eh bien ! vous croiriez qu’ après avoir si bien différencié les deux natures essentielles de ces phénomènes qui ne sont semblables qu'en apparence, M. Chiara va rejeter l’identification? Détrompezvous !

(( Quelle est donc, dit-il, la nature de cette affection? D’après ce qui précède, on voit qu’il n’est pas bien facile de la définir... C’est une affection sui generis (c’est-à-dire à part) à laquelle je conserverai — attachant peu d’importance aux dénominations — le nom d’hystero-démonie qu’on lui a déjà donné. » (P. 30.)

C’est cela; donnez-lui le nom qui ne lui convient pas, uniquement pour ne pas lui donner celui qui lui convient , car, ne l’oubliez pas, vous en avez prononcé un troisième tout à l’heure; entre l’hystérie et l’hystéro-démonie, vous avez posé, comme dernière hypothèse, la démonie véritable ; or, les deux autres étant écartées, il semblerait que le

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