‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 187 sur 341 · MILIEUX ET BERCEAUX · texte numérisé non relu

MILIEUX ET BERCEAUX

tement indépendant et distinct; et la preuve, c’est que parmi toutes ses victimes il s’en trouve un grand nombre qui meurent instantanément foudroyées et sans offrir le moindre symptôme de cette décomposition qui se manifeste chez les autres.

Il e^à remarquer encore que jusqu’ici les analyses les plus minutieuses de l’air atmosphérique n’ont jamais rien donné qui pût en faire soupçonner l’altération, rien, pas même la moindre trace de cette odeur fétide que ne manque jamais de porter avec elle toute matière en voie de dissolution; constatation importante qui, rapprochée de rineflicacité absolue du chlore dans les salles infestées, nous paraît d’une très-grande importance.

Non, la putréfaction n’est pas le génie lui-même; l’importance de cette distinction redouble lorsqu’on voit les professions les plus insalubres, celles, par exemple, qui ne respirent que des effluves de matières animales et végétales en putréfaction , telles que celles des vidangeurs, boyaudiers, équarrisseurs, corroyeurs, exercées impunément dans les temps ordinaires, ne se distinguer des autres, dans les temps d’épidémie, par aucun accroissement dans le chiffre des victimes.

Et cependant on ne saurait non plus se dissimuler que certaines températures paraissent favoriser l’éclosion et la propagation de ces épidémies, que certaines autres les tuent, que la fièvre jaune ne dépasse pas une certaine hauteur, que certaines substances les transportent, etc., etc,... toutes vérités qui semblent entraîner soit l’existence d’un miasme, soit l’existence d’insectes pestiférés, soit enfin la présence d’un élément dynamique, c’est-à-dire d’une force qui, semblable à la force électrique par exemple, pourrait être aussi plus ou moins bien servie par tous ces conducteurs différents.

Revenons à la putréfaction et constatons bien l’insuffisance de celle-ci. Comment a-t-il pu se faire que dans le grand choléra de Moscou^ alors que 133,000 victimes avaient déjà succombé et que les rues restaient encombrées de cadavres, l’air demeurât tellement p\(,r qu’il fallait absolument le contact d’un malade pour le devenir soi-même?

« Personne, dit M. Marchai de Calvi (p. 157), n’a autant insisté sur l’influence des miasmes de putréfaction que M. le Pariset: il a écrit à ce sujet des pages bien brillantes ; son imagination avait été frappée. Un Arabe, étendant la main, lui avait montré de vastes plaines occupées souterrainement par des populations innombrables d’hommes et d’animaux de toute espèce... Il avait visité ces immenses nécropoles, garanties de la putréfaction par l’embaumement, et à côté de cela, dans l’Égypte moderne, les cadavres des animaux abandonnés

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dans les rues à la police famélique des chiens vaguants et des oiseaux de proie... le Nil remuant les cimetières et rejetant les cadavres humains à la surface de la terre, les habitations partagées entre les vivants et les morts... Et de ces faits il avait tiré la conclusion que rÉgypte ancienne se préservait de la peste en empêchant de tous points la putréfaction animale, et que TÉgypte moderne, livrée aux miasmes cadavériques, était, pour cette raison, ravagée à bref intervalle par ce fléau... Conclusion spécieuse, conclusion vaine... Non les miasmes de la putréfaction animale ne produisent pas la peste. » Et M. Marchai d’appuyer cette proposition sur toutes les considérations précédentes, auxquelles il ajoute l’immunité ordinaire des malheureux étudiants en médecine, courbés pendant des années sur des cadavres en proie déjà à la décomposition.

Voici où nous en étions en France.

Après avoir accusé si longtemps et tour à tour, pour les causes de la 'peste, les inégalités de température (Broussais), l’encombrement et la mauvaise alimentation (D*‘ Pruss), le vent humide (Desgenettes), les vents brûlants (Larrey), la misère et la malpropreté (Chomel), pour celles du choiera et de la fievre jaune, l’insalubrité locale, la viciation de l’air, la nature du sol, les animalcules, l’électricité, etc., il fallait du courage au gouvernement pour demander à tant de lumières dissidentes un conseil sérieux sur la nécessité des mesures prophylactiques S et entre autres un avis définitif sur la grande question des quarantaines.

Il n’en fallait pas moins à M. le D*" Pruss pour essayer de tirer quelques conclusions des inconciliables documents qui encombraient nos bibliothèques médicales, et pour lire ces conclusions à l’Académie de médecine en 1845 ^ Toutes les'causes que nous venons d’ énumérer y figuraient, plus une cinquantaine de contradictions sur la transmissibilité mille fois prouvée et la transmissibilité impossible à obtenir, même par les moyens les plus héroïques, tels que l’inoculation, le coucher dans les vêtements, dans les draps, aux côtés des pestiférés, et même, qui le croirait, par l’ingestion des matières sécrétées par ces malades, tant le dévouement à la science et à l’humanité ont inspiré de courage à des héros comme Desgenettes, Bally, Clot- Bey, Veyrat, etc.

Le D"* Pariset, également consulté, tout en s’attachant à une idée évidemment fausse, n’en résumait pas moins ses études en ces

^ . Préservatrices.

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