LE FLÉAU DIVIN DES ANCIENS
Sous le consulat de Servilius, on vit tout à coup, au milieu du Forum, soit par Teffet d'un tremblement de terre, soit par toute autre cause, s’ouvrir un horrible gouffre qu’on ne put jamais combler, ni avec des masses de terre, ni avec toute autre espèce de matériaux. De ce gouffre s’élevaient de telles vapeurs pestilentielles que la mort se répandait partout avec elles. Les devins consultés avaient répondu qu’il fallait remplir ce gouffre avec ce que l’on avait de plus précieux, si l’on voulait assurer la durée éternelle de l’empire. Tite-Live ajoute, d’après Varron, que les aruspices, interrogés parle Sénat, avaient aussi répondu que le souverain des dieux mânes (Jupiter Summanus) demandait qu’on leur envoyât brave homme. Il donne même le nom de postulio à cette victime demandée, et par brave homme Tite-Live entend un homme très-courageux, hoc esse civem fortissimum. On restait fort indécis, lorsque les dieux {cleorum monitu) avertirent le chevalier Marcus Gurtius que son dévouement pourrait seul amener la guérison. En effet, aussitôt qu’il se fut élancé à cheval et tout armé au fond de cet effroyable gouffre, la peste s’apaisa complètement L
Voici maintenant un des faits les mieux attestés, à son tour, de l’histoire de la Grèce, et c’est M. de Pouilly qui nous le raconte en ces termes (Acad, des insc. t. VI, mém.) :
(( Un gouffre s’était ouvert dans la Phrygie; en vain, pour obéir à l’oracle, avait-on essayé de fe remplir des choses les plus précieuses. Anchurus, prince phrygien, non moins dévoué à sa patrie que leCurtius des Romains, se précipita volontairement dans cet abîme qui, si nous en croyons Gallisthènes, se referma sur l’heure. »
Que Gallisthènes soit ou ne soit pas le célèbre écrivain du temps d’Alexandre, peu importe; mais conclure de l’exactitude du parallèle, comme l’ont fait quelques historiens, que ces mêmes faits soient controuvés, c’est un argument qui a certes une très-grande force aux yeux de tous ceux qui ignorent qu’ils ont à faire à un fléau cosmopolite exigeant partout les mêmes sacrifices.
(( La pestilence, dit enfin le bon Plutarque, travailloit les Phaleriens, et, estant la contagion grande, il leur fut donné un oracle {deorum monüus) que ladite affection cesseroit, si tous les ans ils sacrifioient à Junon une fille. Or, cette superstition estoit toujours demourée. Valeria Luperca ayant esté appelée au sacrifice par le sort, ainsi que l’espée fut dégaisnée, un aigle fondit sur cette espée, l’emporta et mit à la place sur l’autel une petite verge avec un maillet, et