SPECTRES PESTIFERES
lions, M. le Calmeil vient nous dire : « Les fausses sensations de la vue ont encore été notées dans les calamités de peste; dans la peste de Neo-Césarée, on crut, à différentes reprises, voir des spectres errer et entrer dans les maisons. Dans une peste qui éclata en Égypte du temps de Justinien, on crut voir voguer, sur la mer, des barques d’airain montées par des hommes noirs qui n’avaient plus de tête. Dans une autre épidémie qui dépeupla Constantinople, on croyait voir courir d’une habitation à l’autre des hommes vêtus de noir qu’on prenait pour des démons, et auxquels on adressait le reproche de multiplier le nombre des décès. »
Il est fort bien d’en convenir ; mais nous donner pour toute explication celle-ci : <( L’obscurité d’un appartement où il ne pénètre que de faibles teintes de lumière favorise singulièrement les erreurs visuelles que chacun de nous a cru apercevoir la nuit,... etc. \ ce n’est pas digne d\m médecin tant soit peu philosophe!
Il est malheureux d’expliquer, par la nuit, des phénomènes qui mt lieu en plein midi et sur la place publique; par une hallucination de malades, un phénomène qui atteint toute une ville bien portante, où le mal suit toujours la vision et ne la précède jamais, et enfin, par une simple comcidence,... V accord si merveilleux du fantôme qui frappe et de la victime qui tombe.
Il est encore plus malheureux, peut-être, de l’expliquer comme le fait Gôrres, « soit par certaines manipulations, ou peut-être par quelques dispositions naturelles, ou peut-être encore par certaines forces de la nature » Cet écrivain pouvait trouver dans son génie et dans sa foi quelque chose de plus simple et de plus logique ; mais entiché de ces mêmes passes magnétiques {qui depuis,., Rome alors estimait leur vertu), il s’est laissé aller au torrent de la psycholâtrie contre lequel il lutterait infailliblement aujourd’hui.
Pour l’aider à en sortir, nous lui tendrons la main dans l’un de nos premiers chapitres.
Retournons pour un moment encore à nos spectres pestiférés : Paul Diacre dit que « de son temps, en observant la marche de ces spectres , certaines gens parvenaient à désigner à coup sûr les maisons et les familles qui étaient le plus menacées » et il ajoute que dans la grande peste de Constantinople on voyait distinctement un spectre accompagné d’un bon ange, et qu’autant de fois que le bon
\ . De la folie, 1. 1. p. 20.