‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 21 sur 341 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

Id., ibid., p

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INTRODUCTION

forcément s’ensuivre que l’essence du chagrin ou de la peur ne puisse être que nerveuse? Prenons-y garde, la médecine symptomatique, qui traite les symptômes au lieu de traiter la vraie cause, a toujours passé pour la plus pauvre des médecines; à plus forte raison quand elle confond Tagent mor])ide avec son siège, ou la blessure produite avec Vi’pine matérielle ou morale qui la cause.

c( Mais c’est l’hallucination qui domine et qui change les apparences des choses aux yeux de l’halluciné M » Soit, mais sortons donc un moment des effets nerveux qui peuvent donner le change aux esprits inattentifs. Rappelons bien surtout cette maîtresse règle pour toutes les théories du monde, qui consiste dans le rejet immédiat de celle qui ne peut s’appliquer qu’à une certaine partie des problèmes; or, n’aurions-nous donc ici que des effets nerveux? Et les porcelaines qui se brisent, vi les fenêtres fracassées à coups de pierres, et les concerts aériens, et les voix que tout le monde entend, et les marmots qui prêchent au berceau, et les invulnérabilités au milieu des massacres, qu’allons-nous donc en faire, s’il vous plaît? Tout cela va-t-il devenir un effet de Ehailucination collective? Mais vous n’y pensez pas, tous ces faits font partie de votre rapport et vous les dédaignez! Il est vrai que le plus minime d’entre eux ferait voler votre théorie en éclats, mais que pouvons-nous y faire? Que deviennent des a modifications graves dans la sensibilité générale et le trouble des sens? » Lorsqu’il s’agit d’expliquer soit le cigare emporté sur les lèvres, comme chez M. de Saulcy, soit la main brûlée sur une table de marbre, comme celle de M""® de S..., soit le bras déchiré par des morsures imprimées sur la peau sans toucher aux vêtements qui la couvrent, comme chez M""® Bénézei^ , c’est dépasser, convenons-en, toute mesure dans l'abus des explications dérisoires.

On nous les donne cependant comme supéricun's à celles de toute l’antiquité : on se trompe. Consulté précisément sur ce môme ensemble de phéno;n'*n;'S, le fameux th hirge Jamblique répondait à son collègue Porphyre, qui lui demandait, comme M. Littré, s’ils ne seraient pas dus à un certain état pathologique causé par une surexcitalion du cerveau, Jamblique, disons-nous, répondait comme nousinême : « La meilleure manière de dissiper vos doutes, ô Porphyre, est de remarquer... que tantôt ces devins sont incombustibles, invulnérables, qu’ils se hndeiit les. bras avec des couteaux, sans qu’ils y fassent seulement attention ;... que tantôt les portes s ouvrent et que

L Revie des Deux .}fo?ides, u® du 15 février 1860, p. 866.

i. Voh' noire \ppcn iico cainpU’mentaire du 1*'mém;ûre, ch. ni.

LA SCIENCE ET l’ OCC L LT 1 S M E.

l«'s liens se rompent h leurs voix;... qu’on enU nd parfois autour d’eux une harinonie ravissante;... qu"à tel ou tel moment ils deviennent invisibles à tout le monde. L'extase n'est donc pas tout,.. N’en confondez pas d’ailleurs les deux espèces, Tune matérielle, pathologique et inintelligente, l’autre régi e et surintelligente, etc., due aux anges ou aux démons, etc. ^ ))

On voit que rien n’éch pp iit à Jambliq le, et que ses distinctions, inaperçues de toute l’école moderne, s’accordaient parfaitement avec celles de tous nos théologiens et médecins catliohques.

Nous en dirons donc autant à M. Littré pour ses fenêtres enfoncées et pour ses porcelaines brisées, dont il ne pourra faire des extatiques.

Mais, par exemple, nous le complim nterons sincèrement sur la largeur d’esprit qui lui a permis de bien mesurer toutes les proportions et toute la port'e philosophique et historique du problème. Ici, par exception, il ne s’est pas trompé : (( La grande et sioguliere manifestation DES PHÉNOMÈNES DE 1853 ESr UNE FORME NOUVELLE DE CELLES QUI PRÉSI- DÈRONT A TOUS LES DÉBUTS DES SOCIÉTÉS ANTlQf^ES. ))

(( Ges phénomènes, continue-t-il, se mêlent avec les sciences d’une fjçon singulière et même inextricable, si, les méconnaissant dans leur essence, on qssaye do les nier (ce qui est contraire à toute critique historique), soit de les interpréter par des phénom'mes physiques ou par do simples jongleries (ce qui est contraire à la doctrine médicale). L’origine dos 'sciences occultes se lie aux plus anciens souvenirs de l’humanité. Aux temples étaient joints des oracles, des prophètes annonçant les choses futures... la guérison des maladies était du domaine sacerdotal... La foudre tombait-elle; il fallait intercéder et détourner les funestes influences par des conjurations ou des cérémonies religieuses. Beaucoup de temples étaient le théâtre de visions ; en vertu d'an pouvoir concède, les prêtres faisaient descendre la divinité de son séjour éthéré... Les morts eux mêhi' s n’étaient pas soustiaits à la puissance dont les temples disposaient ; on savait les évoquer de leurs tombea IX oubliés, les faire voir et toucher par ceux qui venaient interrog ‘r les hommes disparus de ce mond. ... Aiasi donc, on le voit (c’est touj^aurs M. Littré qui parle), le point d’histoire do it M. Salverte a fait l’objet de ses rech relies est digue de beaucoup d’intérêt. Il appartient aux plus astiques annales de l’humanité, il se lie aux institutions les plus élevées et les plus puissantes »

1. JambÜquLS de M gicler iis Æjypl.,, secl lll, du c x. i au xxxi*.

*2. lutrod. au livre dos Sciences occtilles ^ d Eusèbe Salvorie, réoddé toul dernière uioiit par le docteur Littré.

INTRODUCTION

Tout cela est vrai, tout cela est évident^ tout cela constitue la grande leçon que nous avons promise aux savants inébranlables. Il nous suffît de savoir que les éléments du problème sont les mêmes dans tous les siècles, et puisqu’ils ont présidé à l'origine de toutes les sociétés, voici notre question, si humiliée jusqu’ici par Tinintelligence générale, la voici, disons-nous, élevée, grâce à M. Littré, à la dignité de la plus importante de toutes les questions historiques et sociales. C’est donc un acheminement à la compréhension du mot, si peu compris, du père Ventura : « Ce que nous voyons ici, c’est le plus grand événement de

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