Ps. des Compiles
LA BIBLE ET LES FLÉAUX
La flèche qui « vole dans le jour, » c’est Fange de la mort qui frappe à droite et à gauche ; le terrificat^ur nocturne , c’est le démon lucifuge que l’Église met en fuite avec ses cierges et ses lumières ; l’agent qui se promène dans Fombre, c’est le prince des ténèbres et des ombres de mort, principem tenebrarum; le démon du midi, c’est cette empuse des païens que nous voyions tout à l’heure semant la peste sur les places publiques et désignant les victimes. 11 sera curieux, plus tard, de la retrouver chez tous nos peuples chrétiens du nord, qui tous s’accordent à signaler cette heure de midi comme l’heure de la visitation par le spectre, comme celle de minuit par Fange des ténèbres.
Ces quatre espèces de démons ne s’appellent plus dans la bible Hécate, Até, Thermuthin ou les Kères, mais les noms seuls sont changés, les dieux restent les mêmes. Ce sont les Alastores ou bourreaux du Seigneur, les Azazel, Elüim, Ahaddon ou exterminateurs, les Meririm et Messaphin ou Brûleurs, en un mot, toutes ces cohortes maudites, que la Bible nous représente comme les exécuteurs des justices célestes, cohortes tolérées, employées, envoyées, afflictiones, transportées par les anges de malice, immissiones per angelos malos, mais, disons-le bien vite, surveillées, enchaînées et bridées par les saints vigilants que nous verrons tout à l’heure préposés à notre garde.
Et que l’on ne s’indigne pas surtout contre nos témérités désespérantes. Seule, la Bible nous les fournit et se charge d’en tirer l’espérance (( sagittas salutis, les flèches du salut. » D’ailleurs, nous n’avons probablement pas la prétention de nous dissimuler des fléaux que nous voyons, que nous sentons et, qui pis est, que nous sentons mérités; or, entre les hasards et les caprices d’une nature aveugle et sans frein, et la correction infligée par des esprits frappants {angeli percutientes) surveillés et guidés,... le choix, pour nous, n’est pas douteux. On ne fléchit jamais la nature, mais on fléchit un maître et l’on désarme un juge.
Rien de plus cruel qu’un panthéisme indifférent, rien de plus effrayant que V immutabilité des décrets de la nature.
Revenons aux plaies du Seigneur.
Pour peu que nous accordions encore un peu de confiance à cette Bible , elle justifie les païens; ils ne mentaient pas quand ils disaient qu’on leur envoyait des spectres.
La Sagesse, au chapitre XVI, énumère les fléaux que les idolâtres se sont attirés. Elle parle au verset 1 des bêtes qui les ont dévorés, et au verset 9 des sauterelles et des mouches ; on voit qu’il s’agit des plaies envoyées aux Égyptiens; au verset 16, il est question des pluies, des
IMPORT. MÉD. — GÉNIES ÉPIDÉMIQUES
grêles, des nouvelles eaux qui les ont éprouvés, et d’un feu que l’eau, contre son ordinaire, ne faisa^^t qu’animer...
Mais au chapitre XVII, l’écrivain sacré, continuant l’énumération des plaies, ajoute : « On les vit enveloppés dans les ténèbres d’une nuit obscure, frémir d’horreur au fond des cavernes, où ils espéraient se cacher avec leurs cris. » Car là, des fantômes qui s'offraient à leurs yeux et le fracas qui résonnait autour d’eux les glaçaient d’épouvante. Nous traduisons par fantômes, çaGy-axa, ce que la Vulgate traduit (on a peine aie comprendre) par des personnes tristes. Dansn?ie obscurité absolue un visage triste n’a jamais glacé d’elïroi personne. Nous trouvons donc beaucoup plus logiques saint Denis et saint Bonaventure, lorsqu’ils disent « qu’il s’agit ici de démons et de mânes. » Cela expliquerait l’expression d'épouvantables appliquée, par le verset 10, de Y Exode, à ces mêmes ténèbres, qui ne peuvent pas, après tout, avoir été plus horribles que la nuit. Cornélius à Lapide est aussi de cet avis >et voit ici les mânes des Égyptiens « apparaissant toujours en société de leurs démons. » Au verset 6, en effet, on lit encore : « Et Dieu leur envoyait des éclairs passagers; ils supposaient que ce qu’ils n’éclairaient pas était encore plus horrible que tout ce qu’ils voyaient (c’està-dire que ces fantômes).
Non, les païens ne mentaient pas lorsqu’ils disaient que la peste était comme le fond commun de cette accumulation de fléaux. C’est toujours elle, en effet, qui paraît tout résumer.
(( Je te perdrai parla peste, pestilentia te perdet »
(( Je les poursuivrai par la famine et la peste »
(( Ils mourront par le glaive, par la famine et par la peste »
(( Je le jugerai dans la peste et dans le sang »
A cette menace incessante, correspond une épouvante sans fin.
(( Prenons garde, disent les peuples, au jour de la tentation, prenons garde que la peste ne fonde sur nous,... sur nous et nos troupeaux ^ »
Et la peste a bien des formes et bien des précurseurs. « Je te frapperai de la fièvre, de la phthisie, de l’étisie, de l’ictère et de la peste »
Deutéron.^ xxviii, 2.
f. Jérém., xiv, 4 2.