Ibid
de mots ; de même que retarder l’entrée de Satan sur la scène théologique jusqu’à la captivité de Babylone, c’est encore faire de l’exception d’autant plus arbitraire, .que dix lignes plus bas M. Maury reconnaît que le serpent tentateur a toujours existé dans le second chapitre de la Genèse ; aveu suffisant dont il ne peut se tirer plus tard qu’en ne voyant que Yanimalité pure de ce serpent dans le récit de ces premiers narrateurs. « Animalité, dit-il, qu’on n’aurait plus tard métamorphosée en diable que pour arranger le récit hébraïque sur la fable d’Ahriman. Tout cela est antilogique, et du moment où l’on admet la simultanéité primitive, il n’y a plus lieu de recourir pour la suite à tous ces tours de force de concordance et d’arrangements habiles. »
Quant à M. Renan, comme il s’en rapporte en dernier ressort à M. Munck, « qui, dit-il, traite la question au même point de vue que lui, mais avec une grande excellence de principes, » notre tâche sera bien facile, car voici dans dans quels termes M. Munck se contredit à son tour :
« La base de la doctrine des Pharisiens était la tradition orale qu’ils faisaient vemouier jusqu’ à Moïse, et dont l’autorité pour eux était égale à celle de l’Écriture. Or, un des dogmes de cette tradition orale et moïsiaque était qu’ « il existait des êtres supérieurs à l’homme, de purs esprits, intermédiaires entre la Divinité et les hommes , et qui sont appelés messagers de Dieu ou anges. Il y en avait de bons et de mauvais, etc. Déjà, dans les croyances des anciens Hébreux, nous rencontrons les messagers célestes, ou les anges, représentant les actes émanés de Dieu, et les facultés de la nature; les Hébreux pouvaient donc facilement retrouver leurs messagers célestes dans les izeds de la doctrine de Zoroastre, ... et Moïse ne fit que céder à ces croyances populaires^. »
M. Salvador ne paraît ni moins embarrassé ni moins inconséquent. Après nous avoir affirmé que « la théorie des anges,
i . Voir la Palestine, Univers pittoresque, p. 51 3 et 51 4.
MYTHISME DE MOÏSE.
leur révolte contre Dieu, leur chute et les projets du prince des mauvais anges à l’égard de l’homme, ne se trouvent nullement exposés dans les livres de Moïse » il ajoute : « Cependant on ne peut s’empêcher de reconnaître dès le début de la Genèse des allusions, soit à un événement primitif dont la chute d’Adam ne serait qu’un reflet, soit à la pluralité des dieux, confirmée par le Dieu de la Genèse lui-même;... d’où vint enfin l’admission assez plausible de quelque bouleversement qui aurait déjà troublé la pureté des hauteurs célestes 2.»
Il est temps de nous résumer. Pour nous, voici donc les Hébreux possédant de tout temps ces mêmes croyances qu’on les accuse d’avoir empruntées à Babylone, voici leurs anciens 77ilac retrouvés dans les izeds^ et Moïse parlant lïiais
par pure complaisance et seulement pour flatter r opinion générale^ de ces êtres spirituels dont on l’accuse de n’avoir parlé nulle part!...
Nous n’en demandons pas davantage, et nous croyons nous montrer peu rigide en témoignant le désir qu’on ne nous parle désormais de ce fameux emprunt que lorsqu’on sera un peu plus sur de son fait, la contradiction étant le signe le plus clair de l’erreur : « Vous ne les trouverez jamais fermes^ » disait Montaigne en parlant des libres penseurs de son temps.
Cette fois-ci, ce qui les a fait, non pas vaciller, mais tomber, c’est qu’ils ont confondu l’éternelle et pure doctrine des anges et des démons avec la fausse kabbale effectivement rapportée de Babylone, mais qui ne constitue pas plus l’angélologie véritable que le grimoire ne constitue la théologie.