Instü., l. I, p
MOÏSE RT LES SClUHES ÉGYPTIENS.
Moïse, et par conséquent le pharaon régnant du x* siècle avant la captivité de Babylone. Or, il existe au Musée britannique de très-importants papyrus, contemporains de ce grand monarque et célébrant la gloire de son règne. On a traduit entre autres toute une épopée, dont l’intérêt redouble lorsque l’on constate sa conformité parfaite avec les inscriptions du Ramesséum de Karnak et des temples d’ibsamboul et de Louqsor, inscriptions surmontées par les tableaux eux-mêmes, que l’on pourrait appeler, suivant l’heureuse expression de M. Fr. Lenormant, des « bulletins officiels de campagnes militaires. ))
Ces papyrus, rédigés par le scribe Pentéhor, « l’an vu, le 2 du mois de payni, sous le règne de Rhamsès, aimé d’Ammon, et vivant à toujours comme son père le soleil, » sont tirés de la collection Sallier et Anastasi; mais laissons parler le savant que nous venons de nommer : « Tous ces papyrus, dit-il, datent de la belle époque de la littérature égyptienne, c’est-à-dire des règnes éclatants de Séthos et de Rhamsès, sous la dix-huitième et dix-neuvième dynastie. Ce sont des textes CONTEMPORAINS DU Pentatelque. Ils appartiennent à cette grande école de scribes, par laquelle Moïse fut élevé « dans toute la sagesse des Égyptiens. » C’est de la belle époque. On est frappé du rapport que présente cette poésie avec celle des Livres saints. C’est la même manière de dire, la même forme de pensées; la ressemblance des expressions est frappante, les métaphores sont les mêmes... L’empreinte de l’éducation égyptienne demeure ineffaçable dans les livres de Moïse, mais quelle différence dans l’objet de cette poésie ! »
Toutefois, voici bien autre chose! Voici dans les mêmes papyrus d’autres scribes qui se transmettent mutuellement de grandes nouvelles, et ces nouvelles,... ce n’est rien moins que le récit des fléaux dont Mosoc couvre l’Égypte, et celui de la submersion dans la mer Rouge, etc., etc. : le tout entremêlé des plus terribles imprécations contre ce Mosou, do7it les en-
chantements ont tout fait, et en même temps des témoignages de l’admiration la plus vive pour « cet ennemi qui n’a d’égal NI DANS l’art d’écrire NI DANS l’aRT DE CONDUIRE ET d’exAL- TER SON PEUPLE. »
Nous reproduirons intégralement plus tard ces admirables documents 1.
On le voit , toujours des précautions à prendre ! Avant de trop s’avancer au sujet de son emprunt mazdéen , l’erreur aurait dû se méfier de ses propres contradictions, et désormais, quant au mythisme de Moïse, il lui faudra se méfier bien autrement encore des scribes et des papyrus contemporains du grand homme.
§ Il
Date de la création des esprits. — V Ornement des cieux (ornatus) substitué par la Vulgate au mot hébreu tsaba (armée). — Tsaba, association angélique et sidérale. — Création des esprits, époque indéfinie. — Double création simultanée {spiritualem et mundanam).
i. — Date de la création des esprits.
« Mais au moins , va-t-on nous dire , vous conviendrez que Moïse ne dit pas un seul mot de la création des anges. » Ici, c’est encore M. Munck qui va nous fournir une réponse, en permettant d’appliquer à cette création toute spéciale le verset l"' du chap. Il de la Genèse, ainsi traduit par la Vulgate : « Igitur perfecti sunt cœli et terra et omnis ornatus eorum. Ainsi devinrent parfaits et le ciel et la terre, et tous leurs ornements. » M. Munck a d’autant plus raison de nous permettre cette application, que dans l’hébreu le mot traduit par ornatus est précisément tsaba, qui n’a jamais voulu dire ornement, mais bien armée, d’où vient tsahaoth élohim, le Dieu des armées. « Id est, n dit à son tour le maître de tous les commentateurs bibliques (Cornélius à Lapide), « id est, angelorum ac
K . Au chapitre de la Thaumaturgie comparée; voir, en attendant, l’article de M. Lenormant, inséré dans le Correspondant du 25 février 1858.
DATE DE LEUR CRÉATION
siderum , » c’est-à-dire le Dieu de l’armée des anges et des astres. (T. I, D'part., p. 66 1.)
Nous voici donc forcé par cela seul de prêter une nouvelle attention au premier verset de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. »
Dans le temps où l’époque de la création des anges pouvait encore intéresser les savants, on se divisait sur cette question comme sur beaucoup d’autres.
Tous les Pères grecs et quelques-uns des Pères latins tenaient pour une création spirituelle bien antérieure à l’œuvre des six jours et s’appuyaient principalement sur ce texte de Job : « Où étais-tu lorsque je posais les fondements de la terre, et que tous les astres du matin chantaient en même temps mes louanges à haute voix, et se réjouissaient avec les fils de Dieu^? » Saint Jérôme entre autres {Ep. à fit., chap. i) était parfaitement explicite sur cette antériorité : « Notre univers, disait-il, n’a pas encore six mille ans. Mais, auparavant, combien ne faut-il pas croire qu’il y a eu d'éternités, de temps, d’origines, de siècles, pendant lesquels les anges, les trônes, les dominations et les autres vertus auront servi Dieu, et subsisté sans aucune vicissitude ni mesure de temps. Dieu le voulant ainsi. »
Gomme saint Jérôme, et par les mêmes raisons, le grand évêque d’Hippone appliquait le premier verset génésiaque à la double création des esprits et de la matière en général.
Néannioins, cette opinion s’affaiblit peu à peu, et plus tard la difficulté de la concilier avec cette décision du quatrième concile de Latran : « Nous croyons fermement que Dieu créa de rien, dans le principe et simultanément, les deux natures, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire la nature angélique
1. Nous verrons plus tard s’il ne serait pas plus juste encore d’entendre par ce seul mot Isabaolh l’armée des anges-astres ou des anges des astres. M. Salvador se range tout à fait à cette opinion, (hislü. de Moïse, dernière édit., t. Il, p. 786.) â. Job, ch. XXXVIII, V. 7.
et la nature du monde (mundanam) , » l’avait fait abandonner à ce point qu’il a toujours fallu depuis une certaine témérité pour la soutenir.
Nous ne ferons donc remarquer qu’une seule chose, à savoir que cette double simultanéité de la double création, spirituelle et matérielle, n’entraînait pas nécessairement cette dernière coordination cosmologique appelée l’œuvre des six jours.
On ne peut se dissimuler qu’un élément nouveau est entré, depuis le commencement de ce siècle , dans la discussion de ce premier verset, c’est l’élément géologique ; quoique le système des époques reçoive en ce moment de bien terribles coups et qu’en fait de division de terrains tout soit à refaire , tout le monde sait que l’étude plus approfondie de ces terrains et plus spécialement encore la découverte des fossiles ont paru nécessiter un laps de temps énorme et indéterminé entre ce premier verset et le suivant.
Nous ne pouvons mieux faire que de laisser parler à cet égard M*''' Wiseman ^ :
« Il semblerait que cette période indéfinie a été mentionnée tout exprès pour laisser carrière à la méditation et à l’imagination de l’homme... Sur cette période... nous sommes dans une complète obscurité, à moins que nous ne supposions, avec un personnage éminent dans l’Église, qu’il est fait allusion ici à ces révolutions primitives, c’est-à-dire à des destructions et reproductions indiquées dans le premier chapitre de l’Ecclésiaste, ou qu’avec d’autres nous ne prenions dans un sens littéral les passages où il est dit que des mondes ont été créés (Hébr. I, 2) . Il est vraiment singulier que toutes les cosmogonies s’accordent pour suggérer la même idée et conserver la tradition d’une première série de révolutions, par lesquelles le monde fut détruit et renouvelé. »
Ces réflexions du cardinal Wiseman acquièrent une nouvelle force lorsqu’on les rapproche de ce passage du Zohar
') . Tome I, p. 309.
DATE DE LEUR CREATION
(cette somme judaïque dont nous examinerons plus loin la haute valeur) : <( La rotation de la terre est une vérité révélée aux maîtres de la sagesse , mais non aux géographes. » Ce singulier livre devinait donc Copernic au moins quinze cents ans à Tavance. Écoutons-le maintenant nous parler des anciens mondes en termes qui rappellent ceux de l’Ecclésiaste, et peut-être aussi quelques-unes de nos théories les plus modernes. .« Il a existé d’anciens mondes qui ont été détruits, des mondes sans forme, qu’on a appelés les étincelles^ car c’est ainsi que le forgeron, en battant le fer, fait jaillir des étincelles de tous côtés. Ces étincelles sont les anciens mondes et ils ont été détruits y et ils n’ont pas pu subsister, parce que l’ancien (dont le nom soit sanctifié) n’avait pas encore revêtu sa forme, et que l’ouvrier n’était pas encore à son œuvre (ï homme céleste... Mais quand on parle de la destruction de ces mondes, ce n’est pas une vraie mort^ mais une déchéance et un changement de place »
Il nous semble maintenant que cette concession une fois accordée à l’ancienneté possible de la première création matérielle doit s’étendre à la création spirituelle, qui date de la même époque. « Spiritualem simul ac corpoream. » Alors nous verrions cette nature spirituelle surgir du sein de Dieu , selon l’expression de saint Grégoire de Nazianze : « Comme les rayons du soleil, sicut radii a sole^, ou selon celle de saint Grégoire le Grand, comme les étincelles du caillou, tanquam scintillœ a silice^ ^ » en supposant que par le mot lumière il ne faille pas entendre avec saint Augustin les anges euxmêmes : « Que la lumière soit, dit-il, c’est-à-dire que les anges soient »
Mais, nous dira-t-on, quel grand intérêt pouvez-vous donc trouver à l’éloignement d’une époque impossible à préciser?